Dans nos déserts contemporains…

10 décembre 2017 : 2e dimanche de l’Avent (Fr. Clément-Marie)

Au lendemain de cette journée de pèlerinage, le prophète Isaïe ouvre la liturgie de la Parole de ce dimanche par ce mot répété deux fois, et qui est prononcé par Dieu lui-même : « Consolez, consolez mon peuple. » Voilà l’action de Dieu, que nous avons expérimentée hier : Dieu console son peuple. Il le console par sa présence. Il le console par ceux qui le rendent présent dans le monde, spécialement la Vierge Marie. Cette consolation est vraie. Elle est profonde, et elle touche l’intime de nos cœurs. Mais cette consolation n’est pas passive. Après cette invitation de Dieu à consoler son peuple, Isaïe ajoute : « Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur ; tracez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu. » Notre consolation dépend de notre préparation à la venue du Seigneur. Elle dépend de la manière dont nous préparons en nous le chemin pour que le Seigneur puisse accéder jusqu’à nous. Cette consolation n’est pas un sentiment inconsistant, ni une émotion virtuelle ou passagère. Elle dépend de notre conversion. Voilà pourquoi l’appel de Jean-Baptiste est un appel à la conversion ; car seule la conversion prépare les chemins au Seigneur, aplanit les montagnes, comble les ravins, et permet ainsi d’accueillir Dieu, et avec lui sa vraie consolation.

Jean-Baptiste, comme le prophète Isaïe, nous parle d’un désert. Nous vivons bien dans un désert. Benoît XVI parlait des « déserts du monde contemporain. »[1] Il faut reconnaître que nos déserts sont différents du désert tel qu’on l’envisage habituellement. Parce que nos déserts d’aujourd’hui sont remplis. Ce sont des déserts pleins de magasins, pleins de bruit, pleins de lumières qui clignotent, particulièrement à l’approche des « fêtes de fin d’année » – même le terme permet de mettre Dieu de côté… Des déserts remplis de monde. Des déserts vides de Dieu – et vides de sens. Et c’est là, dans ces déserts un peu particuliers, qu’il nous faut donner cette consolation, parce que les hommes y sont tristes. Ils ont tout, mais ils manquent de l’essentiel. Voilà les déserts où il nous faut vivre nous-mêmes cet appel à la conversion. Cet appel à la conversion est très exigeant ; saint Pierre nous le décrit en des mots sans appel dans la seconde lecture : « Quels hommes vous devez être, quelle sainteté de vie, quel respect de Dieu… » Dans un désert de sable, on regarde souvent le ciel, car on ne voit pas grand-chose d’autre. Dans nos déserts contemporains, par contre, nos regards et nos cœurs sont envahis par nombre de soucis. Alors l’oraison de ce dimanche prend tout son sens : « Ne laisse pas le souci de nos tâches présentes entraver notre marche à la rencontre de ton Fils. Mais éveille en nous cette intelligence du cœur qui nous prépare à l’accueillir et nous fait entrer dans sa propre vie. » Nous devons vivre dans ces déserts – nous ne pouvons pas les quitter. Mais il nous faut demander la grâce de savoir, dans nos tâches présentes, garder notre cœur tourné vers la vraie lumière. Il nous faut cette intelligence du cœur, qui nous permet d’exercer un vrai discernement. Ce discernement qui nous fait séparer la vraie lumière des fausses ; qui nous fait séparer les vraies joies des fausses… Il existe un critère essentiel pour ce vrai discernement, qui peut toujours être dénaturé par le père du mensonge. Ce critère nous est donné dans le psaume de ce dimanche : « Amour et vérité se rencontrent. » Rappelons-nous souvent ce critère donné par la Parole de Dieu, et nous nous approcherons de cette intelligence du cœur.

Nous rendons grâce pour cette journée vécue hier autour de Notre Dame des Neiges, et pour la profonde consolation divine qu’elle a mise en nos cœurs. Demandons-nous : pourquoi la Vierge Marie est-elle ainsi notre consolation ? Parce qu’elle a préparé parfaitement les chemins du Seigneur. Parce qu’elle a traversé le désert, les yeux fixés sur Jésus. Parce que les soucis de ce monde n’ont pas entravé sa marche à la rencontre du Seigneur. Parce qu’elle a discerné le vrai chemin à la lumière de Dieu. Parce qu’elle a eu cette intelligence du cœur qui lui a permis d’accueillir Jésus. Parce qu’en elle amour et vérité se sont rencontrés. Demandons à Notre Dame des Neiges cette intelligence du cœur, ce discernement. Alors ce que nous avons vécu hier durera longtemps. Alors la consolation que Dieu a déversée en nos cœurs sera durable… Alors, malgré les souffrances qui jalonnent notre marche dans nos déserts, nous pourrons accueillir toujours plus l’unique vraie consolation, qui descendra dans le silence et la discrétion dans la nuit de Noël.

[1] BENOÎT XVI, Homélie pour la Messe d’ouverture de l’année de la foi, 12 octobre 2012

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