Le Notre Père, la prière chrétienne par excellence

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En parcourant l’Ecriture… La prière du Notre Père (1/8)

Nous commençons, avec cette nouvelle année liturgique, une série d’articles qui vous permettront de découvrir tel ou tel passage des Écritures… Et puisque nous venons d’adopter une nouvelle traduction du Notre Père, voici pour commencer cette rubrique un commentaire sur le Notre Père ! N’hésitez pas à poser vos questions par l’intermédiaire des commentaires du Blog !

La prière du Notre Père est la prière chrétienne par excellence ! On l’appelle aussi « oraison dominicale » c’est-à-dire « prière du Seigneur », car elle nous a été enseignée et donnée par Jésus Lui-même. Dans la Bible, on la trouve à 2 endroits, au cœur des évangiles de St Matthieu, au centre du Sermon sur la Montagne dans lequel Jésus nous enseigne sur le Royaume (Mt 6, 9-13), et de St Luc, après que les disciples lui ont demandé de leur apprendre à prier comme Jean-Baptiste l’avait fait pour ses disciples (Lc 11, 2-4) : située au centre des Écritures, la prière du Notre Père est comme le résumé de tout l’évangile.

Pour St Thomas d’Aquin, « L’Oraison dominicale est la plus parfaite des prières … En elle non seulement nous demandons tout ce que nous pouvons désirer avec rectitude, mais encore selon l’ordre où il convient de le désirer. »[1].

Avant de commencer l’étude de la prière du Notre Père en elle-même (prochains articles !), nous allons essayer de voir quels sont les « protagonistes » impliqués par cette prière, son importance dans la prière de l’Eglise et enfin nous ferons quelques commentaires sur les traductions du Notre Père par rapport à sa version originale, telle qu’elle a pu être donnée par Jésus.

I – De qui et pour qui cette prière ?

Le Notre Père est d’abord une prière de Jésus :

  • Comme Fils, Il connaît le Père. St Luc introduit la demande du Notre Père alors que Jésus est en prière : par elle, Jésus nous introduit dans sa prière personnelle, Il nous fait participer à sa prière, nous fait entrer dans son intimité avec le Père. Réciter le Notre Père nous introduit donc dans cette filiation – par adoption pour nous – avec le Père.
  • Comme Dieu, il nous donne les Paroles-même de Dieu pour prier car « nous ne savons pas prier comme il faut»[2] : alors Dieu nous vient en aide : le Notre-Père est écrit en « mots célestes »… St Cyprien dit : « Lorsque nous disons le Notre Père, nous prions Dieu avec des mots donnés par Dieu. »[3]. Et pour montrer la grandeur de la prière (toute prière en général), St Jean-Marie Vianney ajoute : « Nous avions mérité de ne pas prier ; mais Dieu, dans sa bonté, nous a permis de Lui parler. Notre prière est un encens qu’Il reçoit avec un extrême plaisir. [4]»
  • Comme Verbe incarné, donc homme, Jésus connaît nos besoins et nos limites : dans la prière du Notre Père se trouvent inclues toutes les demandes que nous pourrions adresser à Dieu ! St Augustin dit : « Et si tu parcours toutes les formules de prières sacrées, tu n’y trouveras rien, je crois, qui ne soit contenu dans cette prière du Seigneur et n’y trouve sa conclusion.»[5]. La prière du Notre Père contient toutes nos demandes (2ème partie), mises sous le regard de Dieu (1ère partie) : elles prennent ainsi leur juste place. Dans son livre Jésus de Nazareth, Benoît XVI dit, en commentant le Notre Père : « Dans le Notre-Père est affirmé d’abord le primat de Dieu, dont découle naturellement la question de la juste façon d’être homme. […] Rien ne sera à sa place tant que nous ne serons pas à notre juste place par rapport à Dieu. »[6]

Qui prie ? Ceux qui peuvent dire en vérité « Notre Père ». Le P. Carmignac dans son commentaire sur les traductions du Notre Père est très éclairant à ce sujet. « Certes, le fait même de la Création constitue en Dieu une véritable paternité et entre les hommes une indubitable fraternité universelle. Mais ce point de vue, si noble soit-il, ne semble pas être celui de l’Evangile. En Luc 11,1, la prière enseignée par Jésus s’adresse à ses disciples et se distingue de celle des disciples de Jean-Baptiste ; en Matthieu 6, 7-9, elle s’adresse aux foules rassemblées autour du Christ et elle s’oppose aux prières machinales des païens. Dans la pensée de l’évangile, la prière du chrétien est essentiellement une participation à la prière du Christ ; ce sont les frères dans le Christ qui, à la suite du Christ répètent « Notre Père ». Etendre ici cette fraternité à tous les hommes, même non chrétiens, ce serait la dévaluer, car ce serait oublier qu’elle résulte principalement de la filiation adoptive qui nous est transmise par le Christ. La fraternité naturelle des hommes n’est pas niée, mais la fraternité surnaturelle des chrétiens est pleinement mise en valeur. »[7] Ce sont donc les chrétiens qui prient ainsi. Par ailleurs, dans l’évangile de St Matthieu, le don du Notre Père par Jésus à ses disciples est précédé de toute une catéchèse sur la prière, pour nous enseigner dans quelles dispositions nous devons prier (sans se donner en spectacle, sans rabâchage…)

Qui prie-t-on ? Nous prions le Père, par les mots de Jésus et donc avec Jésus, sous l’inspiration de l’Esprit Saint qui seul peut nous faire crier « Abba, Père ! » (Ga 4,6) : le Notre Père est donc une prière profondément trinitaire !

II – Le Notre-Père dans la prière de l’Eglise

Comme nous venons de le dire, le Notre-Père est la prière du chrétien ; elle a donc une place prépondérante dans les 3 sacrements de l’initiation chrétienne qui font de nous des enfants de Dieu :

  • Dans le baptême et la confirmation, la remise (traditio) de la Prière du Seigneur signifie la nouvelle naissance à la vie divine (CEC n°2769). L’Eglise, comme Mère, remet au nouveau baptisé les Paroles par lesquelles son « nouveau-né » va pouvoir s’adresser au Père !
  • Dans la Liturgie eucharistique la Prière du Seigneur apparaît comme la prière de toute l’Église. (CEC n° 2770). Après la prière eucharistique et la consécration, le Notre-Père récapitule toutes nos demandes et nous dispose à recevoir « notre pain de ce jour ». La prière du Seigneur prend ici aussi sa dimension eschatologique, puisqu’elle est ouverture à la vie éternelle en nous disposant à recevoir Jésus, gage de notre résurrection.

Le Notre-Père est prononcé par l’Eglise solennellement 3 fois par jour : aux Laudes, à la Messe et aux Vêpres, comme au temps des premières communautés chrétiennes, à la place des  » Dix-huit bénédictions  » en usage dans la piété juive (CEC 2767).

Si, en communion avec toute l’Eglise, nous prions le Notre-Père en vérité, il faut alors nous disposer à être réellement « les fils de Notre Père », dans un esprit filial et dans la volonté de ressembler au Père ! St Cyprien nous prévient : « Nous devons donc nous rappeler et savoir, frères bien-aimés, lorsque nous appelons Dieu notre Père, que nous devons nous conduire en fils de Dieu : et de même que nous nous complaisons à considérer Dieu comme notre Père, Il doit pouvoir se complaire lui aussi en nous. »[8].

III – Quelques commentaires généraux sur la traduction

Dans quelle langue Jésus a-t-il donné la prière du Notre Père ?

Probablement en hébreu, qui est la langue religieuse (comme pour nous le latin), ou en araméen, le dialecte plus commun alors en usage (comme pour nous le français). Mais cette prière ne nous est parvenue qu’en grec, langue des évangiles, donc déjà sous une forme traduite. On sait cependant que l’évangile de St. Matthieu a d’abord été écrit en langue hébraïque et la traduction grecque en garde de fortes traces, de sorte qu’il est possible pour des spécialistes de revenir à l’original assez aisément.

Comment retrouver le texte original ?

En utilisant notamment comme « contrôle » les manuscrits de la Mer Morte (de « Qumrân »), documents presque contemporains du Christ découvert en 1947, et déposés là en 66-73 (guerre contre les Romains !).

Quelle est la vraie version : celle de St. Matthieu ou de St. Luc ?

Les 2, celle de St. Luc étant simplement plus courte ! On sait que St Luc abrège souvent ses sources, notamment parce qu’il s’adresse à des chrétiens d’origine non juive, et qu’il supprime donc ce qui lui semble inutile ou susceptible d’être mal compris par eux, étant trop « sémitique ». Dans l’évangile de St. Matthieu, le Notre-Père a la structure d’un poème bien construit selon l’art de l’époque, ce qui, pour le P. Carmignac, est le signe qu’il ne peut guère être le fruit de retouches artificielles.

Et que dire de nos versions latine et française ?

La version latine est une traduction très proche du texte grec, pour « coller » au texte grec quitte à ce que la syntaxe latine soit un peu « amochée » ; en effet, pour St Jérôme, même l’ordre des mots est inspiré, c’est pourquoi il convient de le respecter au mieux, ce que permet davantage le latin par l’usage des cas qui assigne leur fonction aux mots, sans que leur position importe beaucoup. Ce qui n’est pas le cas pour le français. Ainsi la version française a-t-elle été travaillée afin de nous permettre de comprendre au mieux le sens de la prière, tout en restant très proche de la version d’origine, ce qui n’est pas toujours simple, mais nous y reviendrons le moment voulu !

[1] S. Thomas d’A., somme théologique. 2-2, 83, 9

[2] Rm  8,26

[3] S. Cyprien – La prière du Seigneur n.2

[4] Catéchisme de St Jean-Marie Vianney sur la prière – Office des Lectures du 4 Août – Tome 3 p.1194

[5] S. Augustin – Lettre à Proba sur la prière – Office des Lectures Mer 29e TO – Tome 4 p. 207

[6] Benoît XVI – Jésus de Nazareth, tome 1 – la prière du Seigneur – p.157 édition Flammarion

[7] Jean Carmignac – à l écoute du Notre Père – p.16-17

[8] S. Cyprien – commentaire sur la prière du Seigneur – Office des Lectures Mardi 11e TO

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