Les feuilles mortes se laissent emporter ; Dieu est le Rocher

3 décembre 2017 : 1er dimanche de l’Avent (Fr. Clément-Marie)

L’oraison de ce premier dimanche de l’Avent est très belle : « Donne à tes fidèles, Dieu tout puissant, d’aller avec courage sur les chemins de la justice à la rencontre du Seigneur, pour qu’ils soient appelés, lors du jugement, à entrer en possession du royaume des cieux. »

Nous sommes, en ce début d’avent, et en continuité avec la solennité du Christ Roi, placés dans la perspective du jugement, en vue du Royaume des cieux. Tous n’y entreront pas. Nous avons la responsabilité de nous y préparer. Pour cela, nous devons marcher sur les chemins de la justice, à la rencontre du Seigneur. En effet, c’est seulement sur les chemins de la justice – de la sainteté – que nous pourrons le rencontrer. Car seul ce chemin est celui sur lequel il nous attend. Et il nous faut du courage, comme le dit encore l’oraison, pour prendre ce chemin. En effet, nous sommes dans un monde où l’on peut dire comme le prophète Isaïe aujourd’hui dans la première lecture : « Personne n’invoque plus ton nom… » Et l’image qu’il prend encore dans la lecture est très caractéristique de notre époque : « Tous, nous étions desséchés comme des feuilles, et nos fautes, comme le vent, nous emportaient. » Aujourd’hui, il faut être à la mode ; il faut être « dans le vent ». Précisément, le vent tourne, et emporte les feuilles mortes qui sont le jouet des vents. Dans ce sens, le vent est du côté de l’esprit du monde, du changement permanent, de l’instabilité, de la versatilité, de l’inconstance, de l’insouciance. Et les feuilles mortes se laissent emporter ainsi, sans rien maîtriser de leur mouvement, dépendantes des caprices des vents. À l’opposé se trouve l’image biblique qui nous dit qui est Dieu : il est le rocher. Celui qui tient, qui ne change pas. Il est la stabilité, la force, la forteresse. Saint Paul s’inscrit dans cette ligne de la Parole de Dieu en nous parlant aujourd’hui dans la seconde lecture de Jésus, qui nous « fera tenir fermement jusqu’au bout… Car Dieu est fidèle. » Les saints ont prononcé de très belles phrases. Saint Bruno disait à ses chartreux : « Le monde tourne, mais la Croix demeure. » Sainte Thérèse d’Avila disait : « Que rien ne te trouble, que rien ne t’épouvante. Tout Passe, Dieu seul demeure. Dieu ne change pas. » Aujourd’hui, on a parfois tendance à considérer le changement comme un bien en soi. C’est une erreur. Un cardinal a écrit il y a quelques années : « J’ai toujours vu quelque chose de positif dans la recherche de ce qui est nouveau, dans la volonté d’introduire du changement. »[1] Au contraire, Joseph Ratzinger écrivait, lui : « Le changement n’est pas un bien en soi. »[2] Et l’expérience de notre monde nous le montre de façon évidente. Le rejet des repères stables, inchangeables – au premier rang desquels la loi naturelle –, a conduit à une situation de désordre et de péché. Au milieu de cette situation, retentit ce qui est le plus beau cri que puisse lancer notre humanité vers Dieu : « Ah si tu déchirais les cieux et si tu descendais ! » Voila ce que nous allons revivre dans quelques semaines avec la fête de Noël : la réponse de Dieu à cette demande instante des justes de tous les temps.

Jésus nous invite à veiller – ou plutôt il nous commande de veiller, et il le fait avec des mots forts : « Prenez garde. Restez éveillés. » Comme nous le disions, l’insouciance est peut-être ce qui caractérise le plus notre époque. On ne pense qu’à maintenant. À cette vie sur terre. Mais après ? Mais demain ? On travaille – et c’est bien. On se détend – et c’est bien. On profite des belles choses de la terre – et dans une certaine mesure, c’est bien aussi. Mais après ? Si nous ne pensons pas vraiment, au milieu de toutes ces activités, en soi humaines et légitimes, à l’après, nous ne veillons pas. Si nous nous contentons du minimum, de notre messe du dimanche, sans plus d’exigences, nous sommes comme ceux qui se laissent aller en vivant dans le courant, comme les feuilles mortes que le vent emporte là où il veut…

Alors l’Avent est un temps pour se réveiller. Nous avons la grâce de vivre à Saint Pierre un Avent particulièrement riche avec la Vierge Marie, ponctué par ces deux prochaines journées de la fête de Notre Dame des Neiges. Demandons-lui de bien nous y préparer, de bien la vivre, et de nous aider à être libres dans ce monde, et fidèles à Dieu, notre rocher. « Jésus Christ, hier et aujourd’hui, est le même, il l’est pour l’éternité » (He 13, 8).

Comme vous l’avez sans doute entendu, à partir de ce dimanche, dans tous les pays de langue francophone, nous dirons une version du Notre Père qui comporte un changement. Au lieu de dire : « Ne nous soumets pas à la tentation », nous dirons désormais : « Ne nous laisse pas entrer en tentation. » Si ce n’est pas une traduction exacte, cette nouvelle version marque clairement que ce n’est pas Dieu qui nous tente. Espérons que des traductions plus fidèles suivront bientôt pour le Credo et pour d’autres textes liturgiques. Car là aussi la fidélité rigoureuse aux textes latins est très importante pour exprimer la foi, qui ne change pas et ne peut pas changer.

[1] Carlo Maria MARTINI, Le rêve de Jérusalem, Desclée de Brouwer, 2009, page 71

[2] Joseph RATZINGER, La communion de foi – tome 2 : Discerner et agir, Parole et silence, 2009, page 224

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