Notre mission : le retour de Dieu dans le cœur des hommes

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Du symbole des Apôtres au Concile de Nicée (325) : foi et raison se rencontrent !

Récollections de Foyer 2017-2018 : « la beauté de notre foi » – 4e trimestre 2017 – enseignement 2/3

Le Concile de Nicée (325) pour répondre à la grave crise de la Foi : l’arianisme

Bien chers amis, nous avons conclu la première causerie par un appel à la joie de croire. Oui, quelle grâce avons-nous d’avoir la Foi ! Quelle grâce en ce temps d’apostasie et de grandes confusions. Nous avons été tous bouleversés par l’assassinat odieux de cette jeune femme, Alexia Daval, en Haute Saône. Elle a été étranglée. Les habitants de son village sont choqués et se sont mobilisés pour manifester à son époux et à ses parents leur proximité et leur compassion. Des manifestations sportives ou autres ont été organisées en plusieurs villes de France. Ces mêmes manifestations de sympathie et de compassion ont lieu, après chaque acte terroriste ou catastrophe naturelle. Elles révèlent que le cœur humain de nos contemporains n’est pas froid. A nous, chrétiens, de manifester notre proximité en disant à toutes ces personnes si éprouvées que nous prions pour elles et pour leurs proches, décédés dans des situations si atroces. Nous le constatons de plus en plus : nos Médias, nos contemporains ont perdu l’habitude de se tourner vers Dieu dans ces circonstances tragiques. Il ne s’agit pas d’une hostilité envers Dieu, mais tout simplement de l’oubli de Dieu. Jean-Paul II et Benoît XVI avaient parlé de l’absence de Dieu en notre monde ou de l’éclipse de Dieu. Soyons proches de nos contemporains désemparés et témoignons-leur de la compassion aimante du Cœur de Jésus. La grande et seule mission urgente de l’Eglise en notre temps est bien le retour de Dieu dans le cœur des hommes. Ce retour se fait dans le cœur d’un certain nombre, même si les Médias n’en parlent pas. Il peut et il doit se faire dans le cœur d’un grand nombre et il se fera par le triomphe du Cœur Immaculé de Marie. N’ayons pas peur et demeurons dans la confiance et l’espérance. Répétons-le encore : cultivons la joie de croire et transmettons avec conviction et détermination l’intégralité de la Foi à nos enfants afin qu’ils partagent, eux aussi, notre joie de croire et qu’ils soient les témoins joyeux et courageux de Jésus auprès des autres enfants. Nous comprenons de plus en plus l’appel de Benoît XVI aux jeunes lors des JMJ de Cologne : n’ayez pas honte du Christ et de Son Eglise ! Nos temps sont difficiles mais ils sont aussi des temps de grâces et ils peuvent devenir des temps de grandes grâces, comme l’ont été les premiers siècles de l’Eglise : temps de grandes persécutions, mais temps de développement de l’Eglise jusqu’à la conversion de l’empereur Constantin et jusqu’à l’édit de Milan en 313.

Le développement de l’Eglise de Sa Fondation à l’Edit de Milan.

Nous ne pouvons pas parler du dogme défini par le Concile de Nicée en 325 sans parler des trois premiers siècles de l’Histoire de l’Eglise. Nous pourrions dire d’abord que cette période de l’Histoire de l’Eglise pourrait s’intituler : « une Eglise apostolique toute tournée vers Jésus-Christ ». Les apôtres ont obéi au commandement de Jésus : ils sont partis évangéliser toutes les Nations. Ils n’ont pas craint la fatigue, les obstacles, la prison, la persécution. Ils sont, tous, devenus martyrs. Saint Jean, lui-même, a été martyr à Rome, mais il a été miraculeusement protégé et il n’est pas mort de son martyre ! Il a alors été envoyé en exil sur l’Île de Patmos.

Cette Eglise des trois premiers siècles a été une Eglise de martyrs illustres. Tertullien a fait l’éloge de ces martyrs et a dit : « le sang des martyrs est semence de chrétiens ». On voudrait relire l’histoire aujourd’hui et dire que, de fait, il n’y aurait eu qu’une petite poignée de martyrs. Telle n’est pas la vraie tradition ! Daniel Rops a parlé de 10 étapes de persécutions :

– celles de Néron en 64, avec comme illustres martyrs St Pierre et St Paul et de nombreux chrétiens de Rome fêtés le 30 juin.

Domitien à partir de 81 : le christianisme s’accroît. Il ne conquiert pas seulement de personnes de basse condition, mais des aristocrates. La « vox populi » serait contre les chrétiens.

Trajan avec son rescrit de 112 : il ne faut pas rechercher les chrétiens, mais s’ils sont dénoncés et convaincus qu’on les châtie ! Les deux martyrs les plus illustres sont Ignace d’Antioche et Polycarpe de Smyrne.

Marc-Aurèle avec comme martyrs : St Justin et Ste Cécile à Rome, Blandine, Pothin et leurs compagnons de Lyon en 177, les martyrs de Carthage.

Septime-Sévère vers 200-202 : rescrit plus sévère que celui de Trajan : interdit de se faire chrétiens. Le christianisme est un délit, les magistrats doivent rechercher et condamner les coupables. Beaucoup de martyrs dont St Irénée, St Andéol, Stes Perpétue et Félicité en Afrique du Nord.

Maximin à partir de 235 : il édite un document pour désorganiser l’Eglise et il vise ses chefs. Martyrs : Sts Pontien et Hyppolyte.

Dèce : édit de 250 : persécution générale et systématique contre l’Eglise. Le culte de Rome et d’Auguste devient obligatoire. Martyrs : Sts Fabien et Sébastien, Ste Agathe et bien d’autres. Au cours de cette persécution, des chrétiens ont renié, on les a appelés les « lapsi » = ceux qui sont tombés.

Valérien : après 3 années de calme, les persécutions reprirent car les barbares menacent l’Empire. On dit que cela est dû aux chrétiens qui sont des « magiciens noirs ». Martyrs : St Sixte II, St Laurent, St Cyprien et tant d’autres…

Aurélien a été plus tolérant, mais des persécutions continuent de 270 à 275.

Dioclétien : d’abord l’Eglise connaît 30 années de paix. Dioclétien partage l’autorité entre 4 Césars pour restaurer l’Empire. Mais le christianisme s’infiltre jusque chez les Césars … Dioclétien va alors déclencher la pire des persécutions en 303 qui durera 10 ans. Il est impossible de dénombrer les martyrs. Les plus connus : le Pape Marcellin, Sainte Agnès et Sainte Lucie.

Après ces 10 périodes, arrive l’édit de Milan signé par Constantin et Lucinus en février 313. Constantin était le fils de Sainte Hélène. En 306, il administre les Gaules et la Grande Bretagne. En 313, il est co-empereur avec Lucinus. En 314, les 2 co-empereurs se divisent. Lucinus persécutera les chrétiens malgré l’édit de Milan. Constantin le vaincra en 323 et il devient seul Maître de l’Empire en Orient et en Occident. Il privilégie la religion chrétienne.

Cette Eglise des trois premiers siècles a été très missionnaire et catholique= universelle. Tout l’Empire n’est pas chrétien en 313, mais le christianisme a tellement pénétré l’Empire que Constantin peut adhérer à la nouvelle religion. De nombreux évêchés existent dont on ne peut pas faire l’inventaire. En Afrique du Nord on compte 90 évêques, en Italie 60. L’Asie mineure et la Syrie sont à majorité chrétienne. Rome a une structure d’Eglise forte : 46 prêtres, 7 diacres, 7 sous-diacres, 42 acolytes et 52 autres clercs. La ville a plusieurs tituli= paroisses. On commence à construire des églises malgré les persécutions. L’Eglise en Gaule se développe également.

La Tête de l’Eglise n’est plus Jérusalem mais Rome. Ce nouveau centre n’a pas été choisi pour des raisons humaines mais providentielles. L’Esprit-Saint a conduit Pierre et Paul à Rome. C’est là qu’ils sont morts martyrs. En 70 le Temple de Jérusalem, quant à lui, a été détruit.

Cette Eglise de martyrs a été une Eglise fervente. Les chrétiens priaient plusieurs fois par jour et étaient stimulés par les chefs de l’Eglise qui leur rappelaient souvent l’exemple des apôtres et des martyrs, qui n’ont pas eu peur de verser leur sang pour Jésus. Nous avons le témoignage de St Justin, en 150, sur la manière dont les chrétiens vivaient la Liturgie du jour du soleil (le jour de la Résurrectio). Un autre témoignage important sur la Liturgie : la tradition apostolique de St Hyppolite, mort martyr en 235 à Rome. La prière eucharistique II est tiré de cette tradition apostolique.

Elle était une Eglise hiérarchisée et structurée comme la nôtre aujourd’hui : les apôtres ont ordonné des épiscopes et des presbytres pour leur succéder et gouverner les Eglises particulières. Les successeurs des apôtres seront appelés évêques. Les collaborateurs des évêques seront appelés prêtres. Les diacres ont une place importante. Les consacrés ne sont pas absents, même si l’on en parle peu en cette période dans les livres d’histoire de l’Eglise !

Les Pères apostoliques de cette Eglise sont : St Clément, qui a connu St Pierre et est devenu Pape ; St Ignace d’Antioche ; St Justin le philosophe, mort martyr en 165 avec son manteau de philosophe, pour bien montrer qu’en devenant chrétien, il n’avait pas abandonné la philosophie, mais découvert que la vraie sagesse qu’il enseignait en tant que philosophe était Jésus ; St Irénée, évêque de Lyon, mort vers 202 et qui a écrit des livres très importants pour combattre des hérésies ; St Clément d’Alexandrie, mort avant 215 et l’un des initiateurs de la grande école théologique d’Alexandrie. La philosophie doit aider à une meilleure connaissance du christianisme. On peut dire qu’avec Clément commence la théologie « spéculative ». Son but : conduire ses disciples du paganisme au christianisme. Le successeur de Clément sera un génie : Origène dont le père a été martyr et qui est mort vers 253. La pensée d’Origène a profondément marqué la pensée chrétienne. Saint Bernard s’est beaucoup servi d’Origène pour commenter le Cantique des cantiques ; Tertullien, mort vers 220, a marqué la pensée chrétienne de l’Afrique du Nord. Auteur prolifique, catéchète, son influence fut grande dans l’Occident chrétien. En effet, il est le premier auteur latin à utiliser le terme de Trinité, dont il développe une théologie précise. Il est ainsi considéré comme le plus grand théologien chrétien de son temps. C’est également un polémiste qui lutte activement contre les cultes païens et contre le gnosticisme de Marcion ; St Cyprien est enfin l’un des plus grands de ces trois premiers siècles. Il est mort martyr vers 258 en Afrique du Nord. St Cyprien a écrit en latin de nombreux traités ainsi que des lettres. Leur objet et leur but est de défendre le christianisme et de soutenir la foi des chrétiens. Ses lettres sont des documents historiques précieux, pour comprendre l’évolution du droit ecclésiastique.

Les combats internes de cette Eglise des trois premiers siècles : la gnose a probablement été le plus grand et grave danger de cette Eglise. Il est difficile de la définir. «Gnose» signifie connaissance. On pourrait dire que la gnose est une hérésie d’intellectuels voulant évacuer le « scandale de l’Incarnation et de la Croix » pour professer un salut personnel par la connaissance. Pour une majorité d’intellectuels grecs, la chair était un principe mauvais dont il fallait s’évader. Que Dieu ait pris chair, qu’Il soit ressuscité après sa mort en Croix, cela ne convenait pas à la raison ! Les gnostiques élaborèrent des systèmes très complexes pour interpréter l’Evangile et le rendre raisonnable. Saint Jean a lutté contre eux en affirmant que le Verbe s’est fait chair, qu’Il était mort et ressuscité. Mais la crise gnostique continuera à menacer la Foi de l’Eglise après Saint Jean. Il faudra la sagesse des Pères et de Saint Irénée pour s’opposer à cette grave crise. Cette crise, cependant, permettra de mieux formuler la Foi, ce que nous allons voir avec le Concile de Nicée. Marcion a opposé AT et NT. Il est arrivé à Rome en 144. Il sera excommunié, mais organisera une nouvelle église et aura des adeptes jusqu’au Ve siècle en Orient. Montan, prêtre en Phrygie vers 170, sera lui aussi à l’origine d’une nouvelle église d’illuminés. Il annonce la fin des temps, la pénitence et prêche le jeûne et la chasteté absolue. Avec ses adeptes, ils s’appellent les pneumatiques ou spirituels par opposition aux pauvres chrétiens communs : les psychiques ! Ses disciples verront en lui l’incarnation du Saint Esprit. Sa doctrine se répandra et perdurera jusqu’au VIIIe siècle. Tertullien adhéra au montanisme. Novatien, prêtre rigoriste obstiné, après la persécution de Dèce en 250 se dressera contre le Pape Corneille parce qu’il aurait été trop conciliant envers les chrétiens « lapsi ». Il s’est fait élire anti-pape et son intransigeance lui a gagné des adeptes en Italie, en Gaule, en Afrique et en Orient. Il se serait réconcilié ensuite avec l’Eglise. Le schisme des Novatiens a obligé le Pape à préciser la discipline canonique de la pénitence. Les « lapsi » devaient passer par une pénitence publique avant d’être admis aux sacrements, sauf danger de mort.

Cette synthèse historique était nécessaire pour comprendre les enjeux du Concile de Nicée en 325 et la très grave crise de l’arianisme.

Le concile de Nicée en 325 n’a pas été convoqué par le Pape mais par l’Empereur Constantin, qui avait signé l’édit de Milan, donnant la liberté à l’Eglise, 12 ans plus tôt. Constantin était inquiet pour l’Empire à cause des troubles que pourraient engendrer les divisions au sein de l’Eglise d’Orient. Celle-ci était, en effet déchirée, en Egypte surtout à cause du prêtre d’Alexandrie, Arius dont la doctrine a été appelée « arianisme ». Arius cherchait à résoudre la difficile question de l’unicité de Dieu. Nous vivons après la crise arienne et nous professons – avec routine peut-être !- que Dieu est Un en trois Personnes. Mais comment être UN et TROIS ? Les chrétiens n’avaient pas les mots précis pour le dire. Ils croyaient depuis les apôtres que le Père est Dieu, le Fils est Dieu, l’Esprit-Saint est Dieu et on baptisait au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ! Mais il fallait rendre raison de la Foi. Foi et raison devaient se rencontrer. Les Pères apostoliques dont nous venons de parler ont cherché à rendre raison de la Foi. Arius va, lui aussi, chercher à donner une réponse intellectuelle cohérente pour montrer que Dieu est UN. Il proclama que le Père est de nature supérieure au Fils, parce que le Père n’est pas engendré alors que le Fils, selon Arius, est créé. Jésus n’est donc pas Dieu, puisque, toujours selon Arius, seul le Père est de nature ou de substance divine. Arius vénère certes le Christ, mais en tant que créature suprême. Arius affirmait que si on appelait le Verbe « Fils de Dieu », il ne pouvait s’agir que d’une filiation adoptive ; le Verbe serait donc, toujours selon Arius, une créature tirée du néant, ce qui ne l’empêcherait pas d’avoir été exceptionnel par sa sainteté. La doctrine d’Arius mettait gravement en danger la Foi de l’Eglise !

L’essentiel du dogme  de Nicée : Le Fils n’a pas été créé. Il est engendré de la substance du Père :  Vrai Dieu né du Vrai Dieu. L’important de la définition de Nicée est « l’homoousios » = consubstantiel. Pour Aristote, le terme «substance», en grec ousia, répondait à certaines impasses de Platon et montrait la stabilité des êtres de notre monde. La substance, de fait pour Aristote, c’est l’être. Soulignons la distinction de Nicée entre «ex ousia» du Père et «homoousios to Patri». «Ousia» est un substantif féminin. Les Pères de Nicée ont affirmé d’abord que le Fils, unique engendré du Père, était «de la substance du Père». L’autre affirmation des Pères de Nicée : « homoousios to Patri » est bien difficile à traduire. Saint Hilaire l’aurait interprété ainsi : «d’une seule substance avec le Père». En latin, on a adopté l’adjectif « consubstantialis »= consubstantiel, pour interpréter le mot grec intraduisible « homo = même et ousios = substantié ». Dans le texte du Credo de Nicée, il est clair que le sujet grammatical d’homoousios est le Christ. La traduction «de même nature» n’est pas exacte. En fin de compte homoousios ne signifierait-il pas que Jésus-Christ, le Fils unique du Père est Yahvé comme le Père ? Alors homoousios signifierait : « même Etre divin que le Père ». Le mot du dogme « homoousios » forgé par les évêques du Concile de Nicée – sous la mouvance du Saint Esprit – exprime donc sans erreur le mystère trinitaire : Un Seul Dieu en Trois Personnes. Le dogme de Nicée n’est pas une « hellénisation » de la Foi de l’Eglise, mais il « dit » dans un langage rigoureux et précis la Révélation rapportée par Saint Jean sans changer le contenu de la Foi. Jésus est : « Je Suis ». Le Père et Lui sont UN (Jn 8 et 17). Il existe une pluralité de personnes, mais un unique Être divin ! L’Esprit Saint a fait entrer l’Eglise, par le Concile de Nicée, dans une plus grande compréhension de la Révélation, qui est déjà donnée dans l’Evangile. Nous avons un exemple concret de ce qu’est le développement du dogme dans l’esprit de Saint Vincent de Lérins.

Benoît XVI, dans son livre Dieu de Jésus-Christ, Communio/Fayard, 1977, pages 87 à 96», écrivait :  «Piscatorie, non aristotelice»; les Pères de Nicée ont en fait posé des questions en pêcheurs et non en philosophes ; c’est pourquoi ils ont posé aussi nos questions, les plus profondes, celles qui ne peuvent être dépassées. Mais ont-ils vraiment répondu en pêcheurs et non pas plutôt en aristotéliciens ? L’homoousios, est-ce une réponse de pêcheurs ? Cela ne tient-il pas plutôt d’Aristote et donc du passé ? Tout semble aller dans ce sens. Mais de quoi s’agit-il exactement ? Parmi les nombreuses dénominations par lesquelles la foi avait tout d’abord cerné le mystère de Jésus, une seule et unique se dégagea de plus en plus au fur et à mesure que s’élaborait la profession de foi, comme étant le centre qui englobe tout le reste : le mot « Fils ». Enraciné dans la prière de Jésus, ce mot renvoie à l’intimité profonde de celui-ci. Mais vu par la pensée humaine, il reste, appliqué à Dieu, une image. Quelle est sa portée ? Dans quelle mesure a-t-on le droit de le prendre dans son sens littéral et faut-il le faire ? … Le petit mot homoousios n’est aux yeux des Pères de Nicée que la transposition de l’image du « Fils » en un concept. Ce mot qui veut tout simplement dire : « Fils » n’est pas seulement une comparaison, mais une réalité littérale. Le cœur même de la Bible, son témoignage sur Jésus-Christ, est à prendre à la lettre, c’est cela et rien d’autre, appeler Jésus consubstantiel au Père. Ce n’est pas là une philosophie s’ajoutant à la Bible, c’est une protection contre l’emprise de la philosophie. Cela sert à protéger son sens littéral dans la querelle herméneutique. Ce que les Pères ont effectivement dit ici est une réponse de pêcheurs : le mot est à prendre au mot. Il vaut pour ce qu’il est. C’est l’audacieuse grandeur de cette phrase qui est tout autre chose qu’une performance humaine dans la chasse au concept : quittant la querelle des concepts, il ramène au cœur même du mot. Dans sa simplicité, le mot a sa valeur et c’est par là qu’il atteint une grandeur qui nous provoque. Ce n’est pas une idée, mais une réalité. Le Fils est vraiment le Fils. C’est pour cela que sont morts les martyrs, c’est de cela que vivent les chrétiens de tous les temps : seule une telle réalité est durable ». Mais la querelle de l’arianisme ne s’arrêta pas avec le Concile de Nicée !

Le Pape Libère et saint Athanase

En 325, le concile de Nicée définit la divinité du Christ contre Arius et ses partisans qui refusent de voir en Jésus le Fils de Dieu, consubstantiel au Père. L’état de l’Église dans les décennies qui suivirent cet important concile fut désastreux. Saint Basile compare la situation de l’Église à une bataille navale dans l’obscurité de la tempête, et il évoque « le cri rauque de ceux qui, en raison de la discorde, se dressent les uns contre les autres, les bavardages incompréhensibles, le bruit confus des clameurs ininterrompues [qui] a désormais rempli presque toute l’Eglise… » En 352 est élu le Pape Libère. C’est un homme bon et pieux, apprécié du peuple. Mais la situation est toujours très grave. En Orient, la quasi-totalité des évêques est acquise à l’hérésie arienne, à l’exception du grand saint Athanase, qui avait accompagné l’évêque d’Alexandrie au concile de Nicée en 325. Il contribua à la condamnation de son compatriote Arius et à la formulation du dogme de Nicée. Devenu lui-même évêque d’Alexandrie en 328, âgé d’à peine 30 ans, il fut, dès lors et pour le reste de sa vie, en butte à la persécution des ariens, semi-ariens et anti-nicéens, de plus en plus nombreux en Égypte et dans l’Église entière, tant en Orient qu’en Occident. En occident, saint Hilaire de Poitiers défend lui aussi la vraie foi. Le Pape Libère fut d’abord un ardent défenseur d’Athanase. Et c’est pour cette raison qu’il est exilé en 355. Là, il est soumis à des pressions de l’empereur Constance II. Sur les conseils de son ami Fortunatien d’Aquilée et d’autres de ses hommes de confiance, selon l’expression d’une historienne, le Pape « abandonna l’attitude courageuse qu’il avait maintenue jusque là », et il alla « de concessions en concessions… » Il se désolidarisa d’abord d’Athanase, puis signa une formule semi-arienne. Saint Athanase lui-même écrit, dans son Histoire des Ariens : « Libère ayant été exilé par la suite, deux ans après, il défaillit ; effrayé par des menaces de mort, il signa. » Saint Jérôme, qui était sur place, à Rome, en 358, parle également du Pape Libère, « vaincu par l’ennui de l’exil, ayant signé une formule hérétique. » Libère fit son retour à Rome, semble-t-il, le 2 août 358. 3 jours plus tard, ne l’oublions pas, il est témoin sur le Mont Esquilin du miracle de la neige marquant la Basilique que Dieu voulait voir construire en l’honneur de la Vierge Marie. Ce Pape Libère, qui avait déclaré Athanase « séparé de la communion romaine » – et dont nous ne pouvons pas juger le cœur – a été le Pape de Notre-Dame des Neiges ! Citons encore Daniel Rops qui décrit l’état de l’Eglise en cette année 358 : « Les grands défenseurs de la foi chassés, les évêchés occupés par des suspects ou par des traîtres, le pape Libère lui-même semblant céder au courant de l’erreur, on pourra croire que l’hérésie consacrera son triomphe. En fait, il n’en sera rien. Au moment de vaincre, l’arianisme se disloquera. » Saint Athanase et Saint Hilaire, St Eusèbe de Verceil ont gardé la foi de Nicée. Peu d’évêques l’ont gardé. Athanase sera cinq fois exilé. Sur les quarante-cinq années de son épiscopat, il en passa dix-sept en exil. Grand Saint Athanase garde-nous dans la fidélité à la Foi en ce temps de grande apostasie. Ce que nous venons d’approfondir doit nous aider à garder confiance en ce temps de crise. Alors que la crise arienne était à son paroxysme, – le Pape Libère ayant déclaré Athanase séparé de la communion romaine !- Dieu donnait un signe miraculeux à ce même Pape pour faire édifier sur le Mont Esquilin la Basilique Notre-Dame des Neiges. La crise que nous traversons ne peut être surmontée que par le triomphe du Cœur Immaculé de Marie. Il a été prophétisé à Fatima. Il viendra ! Cette deuxième causerie nous a permis de mieux comprendre les défis auxquels a été affronté l’Eglise des trois premiers siècles. Dieu a donné les grâces aux Pères de l’Eglise, aux Pape, évêques, prêtres et diacres, aux martyrs et consacrés pour témoigner jusqu’au martyre. Ils ont aussi cherché à rendre raison de leur Foi. Le dogme a commencé à se développer. Foi et raison se sont rencontrées. Jésus est bien la Voie, la Vérité et la Vie. Il éclaire les hommes

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