Moi, je suis toujours avec Toi, avec Toi qui as saisi ma main droite

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En parcourant l’Ecriture… à la découverte des psaumes ! (2/8)

 

 

Commentaire sur le Psaume 72

 Voir le mauvais réussir et l’innocent souffrir ébranle notre foi. Mais l’Esprit-Saint nous donne la réponse mystérieuse : tandis que les méchants disparaissent, Dieu conduit son fidèle et le prend avec lui dans sa gloire. Méditons ce mystère dans le Cœur du Christ qui souffre sa Passion…

 

I- Le texte du Psaume [1]

01 Vraiment, Dieu est bon pour Israël, pour les hommes au cœur pur.

02 Un rien, et je perdais pied, un peu plus, et je faisais un faux pas ;

03 car j’étais jaloux des superbes, je voyais le succès des impies.

04 Jusqu’à leur mort, ils ne manquent de rien, ils jouissent d’une santé parfaite ;

05 ils échappent aux souffrances des hommes, aux coups qui frappent les mortels.

06 Ainsi, l’orgueil est leur collier, la violence, l’habit qui les couvre ;

07 leurs yeux qui brillent de bien-être trahissent les envies de leur cœur.

08 Ils ricanent, ils prônent le mal, de très haut, ils prônent la force ;

09 leur bouche accapare le ciel, et leur langue parcourt la terre.

10 Ainsi, le peuple se détourne vers la source d’une telle abondance.

11 Ils disent : « Comment Dieu saurait-il ? le Très-Haut, que peut-il savoir ? »

12 Voyez comme sont les impies : tranquilles, ils amassent des fortunes.

13 Vraiment, c’est en vain que j’ai gardé mon cœur pur, lavé mes mains en signe d’innocence !

14 Me voici frappé chaque jour, châtié dès le matin.

15 Si j’avais dit : « Je vais parler comme eux », j’aurais trahi la race de tes fils.

16 Longtemps, j’ai cherché à savoir, je me suis donné de la peine.

17 Mais quand j’entrai dans la demeure de Dieu, je compris quel serait leur avenir.

18 Vraiment, tu les as mis sur la pente : déjà tu les entraînes vers la ruine.

19 Comment vont-ils soudain au désastre, anéantis, achevés par la terreur ?

20 A ton réveil, Seigneur, tu chasses leur image, comme un songe au sortir du sommeil.

21 Oui, mon cœur s’aigrissait, j’avais les reins transpercés.

22 Moi, stupide, comme une bête, je ne savais pas, mais j’étais avec toi.

23 Moi, je suis toujours avec toi, avec toi qui as saisi ma main droite.

24 Tu me conduis selon tes desseins ; puis tu me prendras dans la gloire.

25 Qui donc est pour moi dans le ciel si je n’ai, même avec toi, aucune joie sur la terre ?

26 Ma chair et mon cœur sont usés : ma part, le roc de mon cœur, c’est Dieu pour toujours.

27 Qui s’éloigne de toi périra : tu détruis ceux qui te délaissent.

28 Pour moi, il est bon d’être proche de Dieu ; j’ai pris refuge auprès de mon Dieu pour annoncer les œuvres du Seigneur aux portes de Sion.

Ce psaume traite du problème du véritable bonheur et de la rétribution. Il pénètre au cœur de l’énigme humaine…

II – Une lecture avec Israël

Au début de ce psaume, on a l’énoncé de la foi traditionnelle d’Israël : « Dieu est bon pour les justes » (v.1). Puis tout de suite vient la position du problème (v.2 à 14)… La grande tentation d’abord : cette foi est apparemment contredite par les faits : les impies…ont du succès, ne manquent de rien, sont en bonne santé, ont de la chance ; ils sont arrogants, sans scrupules, tous les coups leur sont permis, ils ricanent, ils étendent leur domination, ils gagnent de nouveaux partisans, ils entassent des fortunes (v.3 à 12), alors, à quoi bon être fidèle ??? (v.13-14). Mais le juste réfléchit plus longtemps (v.15-16) : il ne veut pas trahir la foi de ses ancêtres… Et Dieu l’éclaire : il trouve une solution en entrant dans la demeure du Seigneur (v.17-27) ! Le sort des impies ? Une pente vers la ruine. Leur prospérité ? Une illusion, un piège, un rêve : ils vont vers le « néant » (v.17-20). Le sort des justes ? Même dans l’épreuve, ils sont avec Dieu, et dans la joie de cette intimité (v.21-26). Que les impies en soient donc avertis : « Qui s’éloignent de toi périra : tu détruis ceux qui te délaissent ! » (v.27). Et à la fin du psaume, par un processus d’inclusion qui rappelle la solution du problème, le juste en revient à la foi d’Israël : « Pour moi, il est bon d’être proche de Dieu ; j’ai pris refuge auprès de mon Dieu pour annoncer les œuvres du Seigneur aux portes de Sion » (v.28) Oui, Dieu est bon, il est bon d’être près de Dieu quoi qu’il arrive !

III – Une lecture avec Jésus

Il est bouleversant de penser que Jésus Lui-même a connu cette tentation : quand Pierre, à l’annonce de la Croix, a essayé de proposer à Jésus la facilité (cf. Mt 16,22), nous voyons Jésus se rebiffer, comme s’il avait été mordu par le serpent tentateur : « Arrière Satan, tu es un obstacle sur ma route ! » (Mt 16,23). Relisons à présent ce psaume en pensant à Jésus en croix, voyant triompher apparemment ses adversaires qui ricanent de lui… alors qu’Il est « tenté » de désespoir (« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Mt 27,46), Jésus se réfugie dans la certitude de son intimité avec le Père (« Père, entre tes mains je remets mon esprit » Lc 23,46). De même, lorsqu’Il prévoit l’abandon de ses amis, il dit : « Vous allez me laisser seul. Mais non ! Je ne suis jamais seul, car le Père est avec Moi ! » (Jn 16,32)

IV – Une lecture avec notre temps

La tentation insidieuse de l’athéisme est de tous les temps et s’exprime dans ce psaume si « moderne » : « Comment Dieu saurait-Il ? Le Très-Haut, que peut-Il savoir ? » (v.11). C’est l’argument classique : ‘puisque Dieu ne semble pas prêter attention aux hommes, hé bien, ne prêtons plus attention à Lui !’ Ou, sous une autre forme : ‘S’il y avait un Bon Dieu, il n’y aurait pas tout ce mal…’. C’est ainsi que pensent se dédouaner les hommes pour leur conduite immorale : mais « qui s’éloigne de toi périra » (v.27) : si Dieu laisse l’homme libre, car il n’y a pas de véritable amour sans liberté, nous savons que la vraie Vie est auprès de Lui !

V – Une lecture avec Benoît XVI [2]

« Le Juste qui souffre et qui voit tout cela (= l’opulence des impies) court le danger d’être désorienté dans sa foi. « Vraiment, c’est en vain que j’ai gardé mon cœur pur… » (v.13). Le revirement s’opère lorsque, dans le sanctuaire, le juste qui souffre tourne son regard vers Dieu et que ce regard vers Dieu lui permet lui permet d’élargir sa perspective. Il voit maintenant que l’apparente ingéniosité qui assure le succès des cyniques, quand on y regarde de près, s’avère être une stupidité. Ce genre de sagesse signifie être « stupide, comme un bête » (v.22). Ces hommes-là restent enfermés dans une perspective animale, ils ont perdu la perspective de l’homme, qui va au-delà de la sphère matérielle et qui mène à Dieu et à la vie éternelle. […] Ce réveil qui a lieu dans la prière est le thème du psaume 72. Car l’homme en prière voit que le bonheur des cyniques qu’il envie tant n’est qu’un « songe au sortir du sommeil » ; il voit que le Seigneur, quand il se réveille, chasse leur image (v. 20). Et il connait maintenant ce qu’est le réel bonheur : « Moi, je suis toujours avec toi, avec toi qui as saisi ma main droite… Qui donc est pour moi dans le ciel si je n’ai, même avec toi, aucune joie sur la terre ? … Pour moi, il est bon d’être proche de Dieu » (v.23 ; 25 ; 28). Il ne s’agit pas d’une espérance consolatrice de l’au-delà, mais d’un éveil à la vraie grandeur de la condition humaine, dont bien sûr la vocation à la vie éternelle est partie intégrante. »

VI – Oraison psalmique

Seigneur Jésus, tu t’écriais à l’heure de ta Passion : « Maintenant, mon âme est troublée : mais c’est pour cela que je suis arrivé à cette heure. » : puisque le Père a changé pour Toi le châtiment en gloire, ne permets pas que la Croix nous soit un scandale : fais qu’elle soit ici-bas notre conseil et notre guide, et que par elle nous entrions enfin dans la gloire du Père. Amen.

[1] Avec l’aimable autorisation de l’AELF (http://www.aelf.org)

[2] Benoît XVI – Jésus de Nazareth, Tome 1, p.238 et suiv. « le message des paraboles. La parabole du riche et du pauvre Lazare »

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