Mon cœur exulte, mon âme est en fête…

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En parcourant l’Ecriture… à la découverte des psaumes ! (3/8)

 

 

Commentaire sur le Psaume 15

Comme le Seigneur Jésus, ressuscité par son Père, nous avons choisi Dieu pour notre part d’héritage, et nous attendons fermement, par delà la nuit de notre mort, la plénitude de sa vie et de sa joie.

 

I- Le texte du Psaume [1]

01 Garde-moi, mon Dieu : j’ai fait de toi mon refuge.

02 J’ai dit au Seigneur : « Tu es mon Dieu ! Je n’ai pas d’autre bonheur que toi. »

03 Toutes les idoles du pays, ces dieux que j’aimais, ne cessent d’étendre leurs ravages, et l’on se rue à leur suite.

04 Je n’irai pas leur offrir le sang des sacrifices ; leur nom ne viendra pas sur mes lèvres !

05 Seigneur, mon partage et ma coupe : de toi dépend mon sort.

06 La part qui me revient fait mes délices ; j’ai même le plus bel héritage !

07 Je bénis le Seigneur qui me conseille : même la nuit mon cœur m’avertit.

08 Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ; il est à ma droite : je suis inébranlable.

09 Mon cœur exulte, mon âme est en fête, ma chair elle-même repose en confiance :

10 tu ne peux m’abandonner à la mort ni laisser ton ami voir la corruption.

11 Tu m’apprends le chemin de la vie : devant ta face, débordement de joie ! A ta droite, éternité de délices !

II- Le seigneur comme refuge

Le Seigneur est le refuge de ceux qui mettent toute leur confiance en Lui : non pas un refuge pour fuir le monde ou soi-même, mais un refuge qui nous donne force et confiance dans les difficultés : « Il est à ma droite : je suis inébranlable » (v.8) et qui nous permet de marcher heureux, sans peur sur le chemin de la vie : « mon cœur exulte, mon âme est en fête » (v.9), « tu m’apprends le chemin de la vie » (v.11).

Le cardinal Parolin, commentant ce psaume lors d’une homélie dit : « Garde-moi, ô Dieu, mon refuge est en toi. » Ainsi prie le psalmiste. Lui, à qui ne manquent pas les difficultés et les adversaires violents, s’adresse, confiant, au Seigneur. Les impies et leurs manigances ne l’effraient pas, parce qu’il sait que sa vie est entre les mains de Dieu. Il sait que sa véritable force et sécurité est le Seigneur qui lui donne la paix et la joie et que se prépare pour lui un avenir définitif de joie. Une joie qui est toujours présente, même dans les tribulations et les dangers, parce qu’elle se fonde en Dieu. Une joie comme celle expérimentée par saint François, qui s’est identifié avec le Christ crucifié au point de recevoir les stigmates dans sa chair même. C’est la joie de chaque fidèle chrétien qui sait que l’Église est menée par la Providence et que les forces du mal ne prévaudront pas. [2]»

III- Nul ne peut servir deux maîtres…

Le choix de Dieu implique nécessairement le refus des idoles : « Toutes les idoles du pays… je n’irai pas leur offrir le sang des sacrifices, leur nom ne viendra pas sur mes lèvres… » (v.3-4) ; Jésus Lui-même nous a averti : « Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. » (Mt 6,24)

IV- Une prière sacerdotale

Ce psaume était anciennement prié dans la liturgie de l’admission à l’état clérical, cela essentiellement à cause des versets 5 et 6. En effet, ces versets se réfèrent à la situation des lévites dans l’Ancien Testament, les membres de la tribu de Lévi, la tribu des prêtres du Seigneur. Ceux-ci n’avaient pas reçu de part d’héritage (littéralement de « lot délimité au cordeau ») lors de leur installation en Terre Promise, car le Seigneur était Lui-même leur part d’héritage. C’est à eux en effet que s’adressent les paroles du Deutéronome : « C’est Yahvé qui est son héritage » (Dt 10,9) ou encore des Nombres : « C’est Moi (Yahvé) qui serait ta part et ton héritage » (Nb 12,20).

Ce psaume est donc une prière sacerdotale. Le prêtre ne vit pas des choses de la terre (même si cette terre est donnée par Dieu) mais il vit en s’attachant à Dieu Lui-même : « Seigneur, mon partage et ma coupe, de Toi dépend mon sort ! » (v.5). Dieu devient « la terre » du prêtre, sa « propriété » de laquelle il reçoit ce qui lui est essentiel pour vivre.

Le verset 8 montre comment cela devient, pour l’homme de prière, une réalité quotidienne : il garde le Seigneur devant lui sans relâche ! Il vit de la présence du Seigneur. Marcher avec Dieu, savoir qu’Il est à côté de soi (« à ma droite » dit le v.8), s’entretenir avec Lui, Le regarder et se savoir regardé par Lui : voilà ce qui constitue l’essentiel de sa vie. De cette façon, Dieu devient véritablement sa « terre », le terrain de sa vie personnelle.

Ce n’est qu’en comptant totalement sur le Seigneur, en recevant tout de Lui comme notre unique part d’héritage, que l’on peut être tout au Seigneur. « Alors, […] laissant tout, ils Le suivirent » dit l’évangile ! (Lc 5,11). L’appel à suivre le Christ n’est pas possible sans cet acte de confiance, qui est à la fois signe de liberté et refus de tout compromis. Le célibat, dans la mesure où il est une preuve d’espérance dans une terre à venir où Dieu sera « tout en tous » (cf. 1 Co 15,28), prend toute sa signification et devient pratiquement indispensable pour que l’abandon à Dieu sur cette terre persiste et se concrétise (on voit mal comment un père de famille pourrait faire vivre sa famille sans avoir de « part d’héritage » concrète !).

V- Seigneur, mon partage et ma coupe…

Dans l’Ecriture et dans la tradition ancienne, la coupe a plusieurs significations : c’est dans une coupe qu’on tirait au sort les parts d’héritage qui revenait à chaque enfant ; les prophètes aiment à représenter sous la figure d’une « coupe de colère » ou « coupe de vengeance » les châtiments divins qui doivent être versés sur la tête des coupables comme le contenu d’une coupe funeste (Ex. : Is 51, 17 : « Réveille-toi, réveille-toi, debout, Jérusalem ! Tu as bu de la main du Seigneur la coupe de sa fureur, tu as bu jusqu’à la lie la coupe du vertige ! »). C’est le sens de la coupe que le Père présente à Jésus au moment de l’agonie : ce sont toutes les souffrances qu’Il va devoir porter pour réparer nos péchés, pour nous obtenir le pardon… et qu’Il accepte généreusement (cf. Lc 22,42 : « Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que soit faite non pas ma volonté, mais la tienne. » ou Jn 18,11 : « Jésus dit à Pierre : ‘Remets ton épée au fourreau. La coupe que m’a donnée le Père, vais-je refuser de la boire ?’ »). Au repas qui se tenait pour des funérailles, on présentait aux convives la « coupe de la consolation », tandis qu’on présentait, pour le sacrifice d’action de grâce, la « coupe du Salut » (cf. Ps 115 : « J’élèverai la coupe du salut, j’invoquerai le nom du Seigneur. »).

Pour nous aujourd’hui, la coupe fait davantage référence au Calice de l’Eucharistie (1 Co 11,25 : « Après le repas, [le Seigneur] fit de même avec la coupe, en disant :Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi.’ ») grâce auquel le Seigneur est devenu notre terre car c’est dans le calice eucharistique qu’Il se donne à nous. L’Eucharistie est au sens le plus profond la terre devenue notre partage, elle est la part qui nous revient et qui fait nos délices.

VI – Tu ne peux m’abandonner à la mort…

Cette espérance dépasse la personne du roi David, qui est l’auteur de ce psaume. Elle a trouvé son parfait accomplissement dans la personne de Jésus-Christ qui n’a pas vu la corruption du tombeau, que Dieu n’a pas abandonné au pouvoir de la mort. Ce psaume est donc une prophétie de la Résurrection du Christ.

C’est ce que fait valoir Saint Pierre dans sa prédication aux Juifs de Jérusalem : « Mais Dieu l’a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort, car il n’était pas possible qu’elle le retienne en son pouvoir. En effet, c’est de lui que parle David dans le psaume : Je voyais le Seigneur devant moi sans relâche : il est à ma droite, je suis inébranlable. C’est pourquoi mon cœur est en fête, et ma langue exulte de joie ; ma chair elle-même reposera dans l’espérance : tu ne peux m’abandonner au séjour des morts ni laisser ton fidèle voir la corruption. Tu m’as appris des chemins de vie, tu me rempliras d’allégresse par ta présence. Frères, il est permis de vous dire avec assurance, au sujet du patriarche David, qu’il est mort, qu’il a été enseveli, et que son tombeau est encore aujourd’hui chez nous. Comme il était prophète, il savait que Dieu lui avait juré de faire asseoir sur son trône un homme issu de lui. Il a vu d’avance la résurrection du Christ, dont il a parlé ainsi : Il n’a pas été abandonné à la mort, et sa chair n’a pas vu la corruption. » (Ac 2, 24-31).

C’est aussi ce que fait valoir Saint Paul dans la synagogue d’Antioche de Pisidie : « De fait, Dieu l’a ressuscité des morts sans plus de retour à la condition périssable, comme il l’avait déclaré en disant : Je vous donnerai les réalités saintes promises à David, celles qui sont dignes de foi. C’est pourquoi celui-ci dit dans un autre psaume : Tu donneras à ton fidèle de ne pas voir la corruption. En effet, David, après avoir, pour sa génération, servi le dessein de Dieu, s’endormit dans la mort, fut déposé auprès de ses pères et il a vu la corruption. Mais celui que Dieu a ressuscité n’a pas vu la corruption. » (Ac 13, 34-37).

Tous deux tiennent certainement cette interprétation de Jésus Lui-même qui, après sa Résurrection, leur expliqua dans les Ecritures tout ce qui Le concernait, comme Il l’a fait pour les disciples d’Emmaüs. (cf. Lc 24,27).

Benoît XVI, dans son livre Jésus de Nazareth [3], dit : « Le psaume 15 est un témoignage scripturaire décisif pour l’Eglise naissante. Là se trouve exprimé clairement que le Christ, le David définitif, n’aurait pas subi la corruption, qu’il devait vraiment être ressuscité. « Ne pas subir la corruption », cela est précisément la définition de la Résurrection. La corruption seulement était vue comme la phase par laquelle la mort devenait définitive. Par la décomposition du corps qui se désagrège dans ses éléments – un processus qui dissout l’homme et le rend à l’univers –  la mort a vaincu. […] Compte-tenu de cette perspective, il était fondamental pour l’Eglise antique que le corps de Jésus n’ait pas subi la corruption. Dans ce cas seulement il était clair qu’il n’était pas resté prisonnier de la mort, qu’en lui la vie avait vaincu la mort. […] Des spéculations théologiques tendant à dire que la corruption et la Résurrection de Jésus seraient compatibles l’une avec l’autre appartiennent à la pensée moderne et sont en opposition évidente avec la vision biblique. […] Si le corps de Jésus était resté gisant dans le sépulcre, une annonce de la Résurrection aurait été impossible. »

Si David a pu se réjouir en voyant d’avance la Résurrection du Christ, son descendant (cf. Ac 2,31), combien plus grande doit être notre joie, nous qui savons maintenant avec certitude que Dieu nous fera participer à cette résurrection ! Oui, nous savons qu’au terme de notre vie sur terre, dans la mesure où nous lui aurons été fidèles, Dieu ne nous abandonnera pas à la mort (cf. v.10) mais nous fera entrer dans la vraie vie, la vie auprès de Lui et en Lui : « devant ta face, débordement de joie, à ta droite, éternité de délices ! » (v.11).

 

VII – oraison psalmique

Seigneur Dieu, dans ton mystérieux vouloir d’amour et de salut, tu as donné à ton Christ la coupe d’une mort amère ; mais tu n’as pas permis qu’il connaisse la corruption et tu lui as ouvert le chemin de la vie. Accorde-nous de ne chercher qu’en toi seul notre bonheur, et de goûter, près de toi, dans la gloire de la résurrection, mes délices éternelles de ta face, pour les siècles des siècles. Amen.

 

[1] Avec l’aimable autorisation de l’AELF (http://www.aelf.org)

[2] Cardinal Pietro Parolin – homélie du 4 oct. 2014 : messe avec les nonces apostoliques du Moyen Orient

[3] Benoît XVI – Jésus de Nazareth, Tome 2. Chap. 9 : La Résurrection de Jésus d’entre les morts,  p.291. (éditions du Rocher)

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