Rendez au Seigneur la Gloire de son Nom !

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En parcourant l’Ecriture… à la découverte des psaumes ! (5/8)

Commentaire sur le psaume 28

Dans le tonnerre, c’est la voix de Dieu qui se manifeste : que Lui soit rendue la gloire, à Lui qui est Roi pour toujours !

I- Le texte du Psaume [1]

01 Rendez au Seigneur, vous, les [fils de] dieu, rendez au Seigneur gloire et puissance.

02 Rendez au Seigneur la gloire de son nom, adorez le Seigneur, éblouissant de sainteté.

03 La voix du Seigneur domine les eaux, le Dieu de la gloire déchaîne le tonnerre, le Seigneur domine la masse des eaux.

04 Voix du Seigneur dans sa force, voix du Seigneur qui éblouit,

05 voix du Seigneur : elle casse les cèdres. Le Seigneur fracasse les cèdres du Liban ;

06 il fait bondir comme un poulain le Liban, le Sirion, comme un jeune taureau.

07 Voix du Seigneur : elle taille des lames de feu ;

08 Voix du Seigneur : elle épouvante le désert ; le Seigneur épouvante le désert de Cadès.

09 Voix du Seigneur qui affole les biches en travail, qui ravage les forêts. Et tous dans son temple s’écrient : « Gloire ! »

10 Au déluge le Seigneur a siégé ; il siège, le Seigneur, il est roi pour toujours !

11 Le Seigneur accorde à son peuple la puissance, le Seigneur bénit son peuple en lui donnant la paix.

II – Dans la liturgie juive

Dans la liturgie juive, ce psaume est chanté pour la fête de la Pentecôte, qui célèbre le don de la loi à Moïse sur le mont Sinaï. Israël se souvient alors de cette théophanie (= manifestation divine) formidable qu’il avait vécue. La voix de Dieu révélait au Peuple sa Loi. Ce n’est donc pas un hasard si, dans ce psaume, cette voix se fait entendre 7 fois : le chiffre 7 est symbole de perfection : la voix de Dieu est parfaite !

 

III – Une lecture avec Jésus et pour aujourd’hui

Ce psaume est proposé le dimanche du Baptême de Jésus, car il illustre tout à fait la parole de l’Evangile : « Dès que Jésus fut baptisé, il remonta de l’eau, et voici que les cieux s’ouvrirent : il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. » (Mt 3, 16-17).

On peut aussi y voir un parallèle avec cet autre passage de l’Evangile : alors que Jésus se prépare à sa Pâque et qu’Il y prépare ses disciples, il dit : « Maintenant mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? “Père, sauve-moi de cette heure” ? – Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! ‘Père, glorifie ton nom !’ Alors, du ciel vint une voix qui disait : ‘Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore.’ En l’entendant, la foule qui se tenait là disait que c’était un coup de tonnerre. D’autres disaient : ‘C’est un ange qui lui a parlé.’ » (Jn 12, 27-29) : ici aussi, la voix de Dieu s’apparente au tonnerre, comme elle avait été perçue par les hébreux au Mont Sinaï (cf. Ex. 20).

C’est aussi 7 coups de tonnerre, 7 tonnerres qui parlent que Saint Jean a entendu et qu’il nous décrit dans l’Apocalypse (Ap. 10, 3-4), exactement comme dans le psaume.

Mais la Voix du Seigneur par excellence, c’est Jésus, le Verge Incarné, dont la Parole doit venir nous réveiller de nos torpeurs, comme le ferait un coup de tonnerre !

Autrefois, le tonnerre était vu comme un évènement étonnant, manifestant la puissance de Dieu. Mais aujourd’hui ? Aujourd’hui, nous connaissons le phénomène de l’orage et pouvant parfaitement l’expliquer ; nous pouvons même, dans une certaine mesure, en éviter les mauvais effets. L’homme nouveau s’est libéré de certaines peurs (comme celle que le ciel lui tombe sur la tête !), mais il s’en est données d’autres : la peur atomique, la peur de l’avenir, la peur du terrorisme…

Prier ce psaume aujourd’hui, c’est dire que, malgré ses peurs, l’homme de foi n’est pas submergé par l’angoisse : il sait que tout est dans la main de Dieu, lui en premier lieu. Avec ceux qui sont dans le temple saint, il peut donc s’écrier « gloire » (cf. v.9) devant les manifestations divines : même quand tout tremble autour de lui, le peuple des croyants peut continuer à chanter les louanges de Dieu. C’est le Seigneur qui aura le dernier mot : « il siège, le Seigneur, il est roi pour toujours ! […] le Seigneur bénit son peuple en lui donnant la paix. » (v. 10-11).

IV- Avec Jean-Paul II…

Audience générale du Pape Jean-Paul II sur le Psaume 28 [2]

« Certains chercheurs considèrent le Psaume 28 […] comme l’un des textes les plus antiques du Psautier. L’image qui sous-tend sa description poétique et sa prière est puissante: nous nous trouvons,  en  effet,  devant  le  déroulement progressif d’une tempête. Elle est rythmée dans l’original hébreu par un terme, qol, qui signifie à la fois « voix » et « tonnerre ». C’est pourquoi certains commentateurs intitulent notre texte « le Psaume des sept coups de tonnerre », en raison du nombre de fois où ce terme retentit dans celui-ci. En effet, on peut dire que le Psalmiste conçoit le tonnerre comme un symbole de la voix divine qui, par son mystère transcendant et inabordable, fait irruption dans la réalité créée jusqu’à la bouleverser et à l’effrayer, mais qui dans sa signification intime est une parole de paix et d’harmonie. Notre pensée se tourne ici vers le chapitre 12 du IVème Evangile, où la voix qui répond du ciel à Jésus est perçue par la foule comme le tonnerre (cf. Jn 12, 28-29).

En proposant le Psaume 28 pour la prière des Louanges, la Liturgie des Heures nous invite à prendre une attitude d’adoration profonde et confiante de la Majesté divine.

Les moments et les lieux dans lesquels le poète biblique nous conduit sont au nombre de deux. Au centre (vv. 3-9) se trouve la représentation de la tempête qui se déchaîne à partir de l' »immensité des eaux » de la Méditerranée. Aux yeux des hommes de la Bible, les eaux de la mer incarnent le chaos qui porte atteinte à la beauté et à la splendeur de la création, jusqu’à l’éroder, la détruire et l’abattre. Dans l’observation de la tempête qui fait rage on a donc la découverte de l’immense puissance de Dieu. Le priant voit l’ouragan se déplacer vers le nord et s’abattre sur la terre ferme. Les cèdres très hauts du mont Liban et du mont Syriôn, parfois appelé Hermon, sont abattus par la foudre et semblent bondir sous les coups de tonnerre comme des animaux effrayés. Les coups de tonnerre deviennent proches, traversent toute la Terre Sainte et descendent jusqu’au sud, dans les steppes désertiques de Kades.

Après cette description d’un grand mouvement et de forte tension nous sommes invités à contempler, par opposition, une autre scène qui est représentée au début et à la fin du Psaume (vv. 1-2 et 9b-11). A la terreur et à la crainte s’oppose à présent la glorification de Dieu pleine d’adoration, dans le temple de Sion.

Il existe comme une voie de communication qui unit le sanctuaire de Jérusalem et le sanctuaire céleste : dans ces deux domaines sacrés règne la paix et s’élève la louange à la gloire divine. Le bruit assourdissant du tonnerre est remplacé par l’harmonie du chant liturgique, la terreur laisse place à la certitude de la protection divine. Dieu apparaît à présent comme ayant « siégé pour le déluge »,  comme « roi éternel » (v. 10), c’est-à-dire comme le Seigneur et le Souverain suprême de toute la création.

Face à ces deux tableaux antithétiques le priant est invité à accomplir une double expérience. Il doit tout d’abord découvrir que le mystère de Dieu, exprimé dans le symbole de la tempête, ne peut pas être capturé et dominé par l’homme. Comme le chante le prophète Isaïe, le Seigneur, semblable à la foudre ou à la tempête, fait irruption dans l’histoire en semant la panique à l’égard des pervers et des oppresseurs. Grâce à l’intervention de son jugement, les adversaires pleins d’orgueil sont déracinés comme des arbres frappés par un ouragan ou comme des cèdres fracassés par les éclairs divins (cf. Is 14, 7-8). 

Sous cette lumière est mis en évidence ce qu’un penseur moderne (Rudolph Otto) a qualifié comme le tremendum de  Dieu,  c’est-à-dire  sa  transcendance ineffable et  sa  présence  de  juge  juste dans l’histoire de l’humanité. Celle-ci a l’illusion vaine de s’opposer à sa puissance souveraine. Marie exaltera elle-aussi,  dans  le  Magnificat,  cet  aspect de l’action de Dieu : « Il a déployé la force de son bras, il a dispersé les hommes au cœur superbe. Il a renversé les puissants de leur trône » (Lc 1, 51-52a).

Le Psaume nous présente cependant un autre aspect du visage de Dieu, celui qui se découvre dans l’intimité de la prière et dans la célébration de la liturgie. Il s’agit, selon le penseur mentionné, du fascinosum de Dieu, c’est-à-dire de la fascination qui émane de sa grâce, du mystère d’amour qui se répand sur le fidèle, de la sécurité sereine de la bénédiction réservée au juste. Même devant le chaos du mal, les tempêtes de l’histoire et la colère de la justice divine, le priant se sent en paix, enveloppé par le manteau protecteur que la Providence offre à celui qui loue Dieu et suit ses voies. A travers la prière on apprend que le désir véritable du Seigneur consiste à donner la paix.

Dans le temple, notre inquiétude est apaisée et notre terreur est effacée; nous participons à la liturgie céleste avec tous les « fils de Dieu », anges et saints. Et sur la tempête, semblable au déluge destructeur de l’humanité mauvaise, se déploie alors l’arc-en-ciel de la bénédiction divine, qui rappelle « l’alliance que j’établis [Dieu] entre moi et toute chair qui est sur la terre » (Gn 9, 16).

C’est surtout ce message qui ressort de la relecture « chrétienne » du Psaume. Si les sept « coups de tonnerre » de notre Psaume représentent la voix de Dieu dans le cosmos, l’expression la plus élevée de cette voix est celle avec laquelle le Père, dans la théophanie du Baptême de Jésus, a révélé l’identité la plus profonde de celui-ci en tant que « Fils bien-aimé » (Mc 1, 11 et par.). Saint Basile écrit   « Peut-être, et de façon encore plus mystique, « la voix du Seigneur sur les eaux » a-t-elle retenti lorsqu’une voix vint d’en-haut lors du baptême de Jésus et dit : Celui-ci est mon Fils bien-aimé. En effet, le Seigneur planait alors sur de nombreuses eaux, les sanctifiant par le baptême. Le Dieu de la gloire tonna d’en-haut avec la voix de son témoignage… Et tu peux également comprendre par « tonnerre » ce changement qui, après le baptême, s’accomplit à travers la grande « voix » de l’Evangile » (Homélies sur les Psaumes- PG 30, 359). »

V- Oraison psalmique

Dieu à qui reviennent toute gloire et puissance, tu as fait entendre ta voix au-dessus de Jésus de Nazareth, pour que nous reconnaissions en Lui ton Fils unique, éblouissant de sainteté. Domine encore sur les eaux baptismales où deviendront fils de Dieu ceux que ta Parole a illuminés : qu’ils soient le peuple béni en qui Tu mets tout ton amour.

[1] Avec l’aimable autorisation de l’AELF (http://www.aelf.org)

[2] Jean-Paul II – Audience générale du 13 juin 2001 :

https://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/audiences/2001/documents/hf_jp-ii_aud_20010613.html

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