Amour et Vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent…

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En parcourant l’Ecriture… à la découverte des psaumes ! (6/8)

Commentaire sur le psaume 84

 

En faisant revenir son peuple de la terre d’exil dans la terre promise, Dieu lui prouvait son amour. C’était l’annonce d’une autre délivrance : la venue de son Fils sur notre terre, bonheur donné des cieux, mais fruit germé de la terre et de Marie, nous apportant Paix et Justice. Appelons cet avènement : que le Seigneur nous pardonne nos péchés et nous donne le Salut !

I- Le texte du Psaume [1]

02 Tu as aimé, Seigneur, cette terre, tu as fait revenir les déportés de Jacob ;

03 tu as ôté le péché de ton peuple, tu as couvert toute sa faute ;

04 tu as mis fin à toutes tes colères, tu es revenu de ta grande fureur.

05 Fais-nous revenir, Dieu, notre salut, oublie ton ressentiment contre nous.

06 Seras-tu toujours irrité contre nous, maintiendras-tu ta colère d’âge en âge ?

07 N’est-ce pas toi qui reviendras nous faire vivre et qui seras la joie de ton peuple ?

08 Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut.

09 J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ? Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple et ses fidèles ; qu’ils ne reviennent jamais à leur folie !

10 Son salut est proche de ceux qui le craignent, et la gloire habitera notre terre.

11 Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent ;

12 la vérité germera de la terre et du ciel se penchera la justice.

13 Le Seigneur donnera ses bienfaits, et notre terre donnera son fruit.

14 La justice marchera devant lui, et ses pas traceront le chemin.

 

II – Dans la liturgie juive

Ce psaume célèbre le retour des déportés après l’exil de Babylone. Dans son audience générale sur le Psaume 84 [2], le Pape Jean-Paul II disait : « Le Psaume 84 […] est un chant joyeux et rempli d’espérance dans l’avenir du salut. Il reflète le moment exaltant du retour d’Israël sur la terre des pères après l’exil babylonien. La vie nationale recommence dans ce foyer bien-aimé, qui avait été éteint et détruit lors de la conquête de Jérusalem par les armées du roi Nabuchodonosor en 586 av. J.-C.

En effet, dans l’original hébreu du Psaume, on entend résonner de façon répétée le verbe shûb, qui indique le retour des déportés, mais qui signifie également un « retour » spirituel, c’est-à-dire la « conversion ». La renaissance ne concerne donc pas seulement la nation, mais également la communauté des fidèles, qui avaient ressenti l’exil comme une punition pour les péchés commis et voyaient à présent le retour dans leur patrie et la nouvelle liberté comme une bénédiction divine, due à la conversion qui avait eu lieu. »

 

III – Une lecture avec Jésus…

Jésus, quand Il priait avec ce Psaume, avait bien conscience d’être la réalisation parfaite de ce qui était attendu et désiré par Israël : en Lui, « Amour et Vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent » (v.11) ; Il est Celui qui, envoyé du Ciel, germe de la terre par Marie sa Mère (v. 12) : oui, la Gloire de Dieu a habité notre terre (v.10) ! Etant Lui-même le Chemin, ses pas nous ont tracé le chemin (v.14) pour qu’à notre tour nous Le suivions (cf. 1P2, 21 : « C’est pour nous que le Christ a souffert ; Il nous a marqué le chemin pour que nous allions sur ses traces… »).

 

IV – Une lecture avec Saint Augustin

Dans une de ses homélies pour Noël [3], Saint Augustin commente particulièrement le v.12 de notre psaume:

« la Vérité a germé de la terre : le Christ, qui a dit : Moi, je suis la Vérité, est né de la Vierge. Et du ciel s’est penchée la justice, parce que, lorsque l’homme croit en celui qui vient de naître, il reçoit la justice, non pas de lui-même, mais de Dieu.

La Vérité a germé de la terre, parce que le Verbe s’est fait chair. Et du ciel s’est penchée la justice, parce que les présents les meilleurs, les dons parfaits, proviennent tous d’en haut.

La Vérité a germé de la terre : la chair est née de Marie. Et du ciel s’est penchée la justice, parce qu’un homme ne peut rien s’attribuer, sinon ce qui lui est donné du Ciel.~ 

Nous qui sommes devenus justes par la foi, nous voici en paix avec Dieu parce que justice et paix se sont embrassées. Par notre Seigneur Jésus Christ : car la Vérité a germé de la terre. C’est lui qui nous a donné, par la foi, l’accès à cette grâce dans laquelle nous sommes établis ; et nous mettons notre fierté dans l’espérance d’avoir part à la gloire de Dieu. Paul ne dit pas : « à notre gloire » ; mais à la gloire de Dieu parce que la justice n’est pas sortie de nous mais s’est penchée du ciel. Donc, celui qui cherche la gloire, qu’il mette sa gloire non en lui, mais dans le Seigneur.

De là vient que la louange angélique pour le Seigneur né de la Vierge a été : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes comblés de sa bienveillance.

En effet, d’où vient la paix sur la terre, sinon de ce que la Vérité a germé de la terre, autrement dit, que le Christ est né de la chair ? Et c’est lui qui est notre paix : des deux, il a fait une seule réalité, pour que nous soyons des hommes pleins de bienveillance, tendrement attachés les uns aux autres par le lien de l’unité. »

V- Une lecture avec Jean-Paul II…

Voici encore ce que disait Jean-Paul II dans son commentaire du Psaume 84 [4] :

 « Le Psaume peut être suivi dans son déroulement selon deux étapes fondamentales. La première est rythmée par le thème du « retour »[…] (v. 1-8).

Le Seigneur agit de façon active dans ce « retour », révélant son amour en pardonnant l’iniquité de son peuple, en effaçant tous ses péchés, en retirant son emportement, en mettant fin à sa colère (cf. Ps 84, 3-4).

C’est précisément la libération du mal, le pardon des fautes, la purification des péchés qui créent le nouveau Peuple de Dieu. Cela est exprimé à travers une invocation, qui est également entrée dans la liturgie chrétienne: « Fais-nous voir, Yahvé, ton amour, que nous soit donné ton salut » (v. 8).

Mais à ce « retour » de Dieu qui pardonne doit correspondre le « retour », c’est-à-dire la conversion, de l’homme qui se repent. En effet, le Psaume déclare que la paix et le salut sont offerts à « qui revient à lui de tout son cœur » (v. 9). Celui qui se place de façon décidée sur la voie de la sainteté reçoit les dons de la joie, de la liberté et de la paix.

On sait que, souvent, les termes bibliques concernant le péché évoquent le fait de se tromper de route, de manquer l’objectif, de dévier du droit chemin. La conversion est précisément un « retour » sur la voie linéaire qui conduit à la maison du Père, qui nous attend pour nous embrasser, nous pardonner et nous rendre heureux (cf. Lc 15, 11-32 : le fils prodigue).

Nous arrivons ainsi à la deuxième partie du Psaume (cf. Ps 84, 10-14), si chère à la tradition chrétienne. On y décrit un monde nouveau, dans lequel l’amour de Dieu et sa fidélité, comme s’il s’agissait de personnes, s’embrassent; de même, la justice et la paix s’embrassent-elles aussi lorsqu’elles se rencontrent. La vérité germe comme lors d’un nouveau printemps et la justice, qui pour la Bible est également salut et sainteté, se présente dans le ciel pour entamer son chemin au milieu de l’humanité.

Toutes les vertus, auparavant chassées de la terre en raison du péché, rentrent à présent dans l’histoire et, en s’entrecroisant, dessinent la carte d’un monde de paix. Miséricorde, vérité, justice et paix deviennent comme les quatre points cardinaux de cette géographie de l’esprit. Isaïe chante lui aussi: « Cieux, épanchez-vous là-haut, et que les nuages déversent la justice, que la terre s’ouvre et produise le salut, qu’elle fasse germer en même temps la justice. C’est moi, Yahvé, qui ait créé cela » (Is 45, 8).

Les paroles du Psalmiste, déjà au II siècle avec saint Irénée de Lyon, ont été lues comme une annonce de l' »engendrement du Christ par la Vierge » (Adversus haereses, III, 5, 1). La venue du Christ est, en effet, la source de la miséricorde, l’éclosion de la vérité, la floraison de la justice, la splendeur de la paix. C’est pourquoi le Psaume, en particulier dans sa partie finale, est relu en liaison avec la nativité par la tradition chrétienne. […] »

 

VI- Une lecture pour aujourd’hui

Comme le peuple d’Israël se souvenait des bienfaits du passé pour s’assurer que Dieu ne l’abandonnait pas, nous aussi, dans l’épreuve, faisons mémoire des grâces qui ont jalonné notre vie : le Seigneur m’a éclairé ici, il m’a pardonné là, il m’a tendu la main à travers telle personne là-bas… etc.

Nous voyons dans ce psaume que la terre répond au Ciel et le Ciel à la terre : Dieu et l’homme sont tournés l’un vers l’autre. La grâce et la liberté sont nécessaires dans chacune de nos actions : la grâce sans la réponse de l’homme reste stérile ; l’effort de l’homme sans l’aide de la grâce est voué à l’échec !

« J’écoute… que dira le Seigneur Dieu ? » lit-on au verset 9… Souvent, nous nous plaignons du silence de Dieu… mais sommes-nous vraiment à son écoute ? Lui laissons-nous la parole ? Acceptons-nous qu’Il parle différemment de ce que nous aimerions entendre ?

 

VII – Oraison psalmique

Dieu d’amour et de Vérité, Tu as tant aimé les hommes que Tu leur as envoyé ton propre Fils en qui Tu mets toute ta complaisance ; et Tu as voulu que, par la maternité d’une Vierge, la terre germe son Sauveur : fais que nous reconnaissions en Jésus, né de Marie selon la chair, ta propre Gloire venue habiter notre terre pour notre salut et la rémission de  nos péchés, afin que nous marchions sur ses traces dans sa justice et dans la paix. Amen.

[1] Avec l’aimable autorisation de l’AELF (http://www.aelf.org)

[2] Jean-Paul II – Audience générale du 25 septembre 2002 :

https://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/audiences/2002/documents/hf_jp-ii_aud_20020925.html

[3] Cf. Office des Lectures du 24 décembre.

[4] Jean-Paul II – Audience générale du 25 septembre 2002

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