Dans cette nuit où je crie en ta présence, que ma prière parvienne jusqu’à Toi !

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En parcourant l’Ecriture… à la découverte des psaumes ! (7/8)

 

Commentaire sur le psaume 87

 

Sans rémission nous nous acheminons vers notre mort et, meurtris par les maux de toute une vie, nous descendons vers la solitude de la tombe. C’est la rançon du péché. Jésus, par sa mort, a voulu la payer pour nous. En descendant aux Enfers, Il a brisé les portes du Royaume des morts ; Que notre prière devant l’effroi d’une vie qui finit soit, dans le cœur du Christ, un appel à la Résurrection !

 

 

I- Le texte du Psaume [1]

02 Seigneur, mon Dieu et mon salut, dans cette nuit où je crie en ta présence,

03 que ma prière parvienne jusqu’à toi, ouvre l’oreille à ma plainte.

04 Car mon âme est rassasiée de malheur, ma vie est au bord de l’abîme ;

05 on me voit déjà descendre à la fosse, je suis comme un homme fini.

06 [Ma place est parmi les morts, avec ceux que l’on a tués, enterrés, ceux dont tu n’as plus souvenir, qui sont exclus, et loin de ta main.]

07 Tu m’as mis au plus profond de la fosse, en des lieux engloutis, ténébreux ;

08 le poids de ta colère m’écrase, tu déverses tes flots contre moi.

09 Tu éloignes de moi mes amis, tu m’as rendu abominable pour eux ; enfermé, je n’ai pas d’issue :

10 à force de souffrir, mes yeux s’éteignent. Je t’appelle, Seigneur, tout le jour, je tends les mains vers toi :

11 [fais-tu des miracles pour les morts ? Leur ombre se dresse-t-elle pour t’acclamer ?

12 Qui parlera de ton amour dans la tombe, de ta fidélité au royaume de la mort ?

13 Connaît-on dans les ténèbres tes miracles, et ta justice, au pays de l’oubli ?]

14 Moi, je crie vers toi, Seigneur ; dès le matin, ma prière te cherche :

15 pourquoi me rejeter, Seigneur, pourquoi me cacher ta face ?

16 Malheureux, frappé à mort depuis l’enfance, je n’en peux plus d’endurer tes fléaux ;

17 sur moi, ont déferlé tes orages : tes effrois m’ont réduit au silence.

18 Ils me cernent comme l’eau tout le jour, ensemble ils se referment sur moi.

19 Tu éloignes de moi amis et familiers ; ma compagne, c’est la ténèbre.

 

II – Un psaume « pour la maladie et pour l’affliction »

Le terme « ténèbres » rythme le Psaume. Le psalmiste se trouve dans une situation de souffrance sans soulagement. Les indications temporelles (la nuit, tout le jour, le matin, dès l’enfance) elles aussi réparties tout au long du Psaume laissent penser à une souffrance qui embrasse l’entière existence du psalmiste. Le thème de la prière est lui aussi central. En réalité le Psaume entier est tissé du rapport d’un « je » à un « tu ». Comme est constante la douleur du psalmiste, constante est aussi sa relation à YHWH, car de nul autre il n’attend le salut (v. 2). Enfin ce qui frappe le lecteur est que, si le psalmiste est en quête du sens de son existence souffrante, il ne demande nullement sa guérison, il n’exige rien de Dieu si ce n’est qu’il accueille sa prière (v. 3), son cri (v.14) et ses larmes (v. 10) alors qu’il pourrait exiger justice de celui qu’il considère comme l’auteur de ses souffrances (vv. 7-9.16-18).

Le Psaume lui-même ne dit rien sur la nature de la souffrance du psalmiste. Certains y ont vu la terrible maladie de la lèpre qui peut atteindre même un enfant, qui nécessite la réclusion du malade, privé de tout contact, même avec ses proches et qui enfin conduit à une dégénérescence du corps telle que l’on devient extérieurement presque aussi mort que vivant. Il semble cependant qu’on ne doive pas réduire l’interprétation au seul cas de cette maladie. Ravasi relève avec pertinence qu’« il existe deux grandes maladies de l’existence : le silence de Dieu et le fait que l’homme soit un être limité, destiné à la mort ». Le silence du sépulcre et le silence de Dieu caractérisent dans notre Psaume la situation de profond abandon du psalmiste. En ce sens tout homme peut un jour ou l’autre s’identifier au souffrant du Psaume 87.

 

III – Une lecture avec Israël…

« Autant le Psaume 88 (87) est bouleversant du point de vue humain, autant ce qu’il apporte, dans l’ordre de la Révélation, apparaît décevant. Sa représentation de l’au-delà peut même sembler choquante à beaucoup de chrétiens » écrit Deissler avant de préciser : « cependant, nous devons admettre que le Dieu de la Révélation n’a dévoilé que graduellement les secrets des fins dernières de l’homme » [2].

Il est vrai que la situation du Shéol telle que la décrit le psalmiste semble ne s’accorder que difficilement avec la conception du « Dieu Vivant toujours fidèle à son Alliance », qui est la figure de Dieu dominante dans l’Ancien Testament. Le silence du tombeau est double : silence de l’homme qui ne peut plus louer Dieu, silence de Dieu qui n’intervient plus pour le sauver. L’homme dans la tombe ne peut plus confesser la fidélité de Dieu à son Alliance. L’argument du suppliant qui réclame un prolongement de vie est ainsi bien trouvé : si Dieu le laisse descendre au Shéol, il y aura une voix de moins dans le chœur de ceux qu’Il a créés pour sa louange. Les « refaim » (littéralement en hébreu : les ombres) ne peuvent plus louer Dieu (Ps 78,6).

Il faudra attendre la Résurrection du Christ pour que soit brisé le silence du sépulcre. Alors celui qui est vrai Dieu et vrai homme réalisera au cœur même du Shéol l’action salvatrice de Dieu, libérant les âmes des justes de l’Ancien Testament et faisant résonner ainsi la louange parfaite à YHWH. Mais pour l’heure on reste avec le Psaume 87 avec une nette démarcation entre la vie et la mort…

 

IV – Une lecture avec Jésus

Les Pères de l’Eglise ont largement commenté ce Psaume en le mettant dans la bouche de Jésus, en particulier au moment de son agonie. Voici, par exemple, quelques-uns de ces commentaires :

  • Sur la signification générale du Psaume 87 :

Athanase : Ce psaume fait mémoire de la mort du Christ soufferte pour nous. Il pleure sur Jérusalem déchue de son espérance. Le Christ implore son Père pour le salut du peuple

Jérôme : Ce psaume contient les mystères de la Passion du Seigneur jusqu’à la consommation. « Mon âme est remplie de maux » = remplie des péchés du peuple.

Augustin : L’âme remplie des douleurs du corps et des maux humains, il souffre pour nous (Is 53,4). Le Seigneur Jésus a pris ces sentiments de l’infirmité humaine pour « transfigurer  » en lui son Corps qui est l’Église. Quand il nous arrive de souffrir et d’être tristes, ne nous croyons pas étrangers à la grâce du Christ

  • Sur l’abandon et la solitude du psalmiste :

Cyrille de Jérusalem : « Tu as éloigné de moi mes connaissances » : les disciples en effet se sont enfuis.

Jérôme : Tu as éloigné les anges et les apôtres.

  • Sur le fait que le psalmiste connaisse une existence entièrement marquée par la souffrance :

Athanase : « Je suis pauvre », parce qu’il a pris la forme d’esclave. « Dans la peine dès ma jeunesse », car poursuivi par Hérode dès le berceau.

Jérôme : J’ai crié : Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? Je tends les mains sur la croix

  • Sur l’allusion au « matin » comme annonce de la résurrection :

Eusèbe et Jérôme : Le matin = Résurrection du Seigneur.

Cyrille de Jérusalem : « Le matin ma prière te préviendra » : Ceci prophétise l’heure de la Résurrection.

 

V- Dans la liturgie…

L’utilisation liturgique du Psaume 87 nous donne la clef d’interprétation pour une lecture authentiquement chrétienne de ce psaume. « Si précisément l’Église fait réciter ce Psaume aux Matines des Vendredi et Samedi Saints (3°Noct.), c’est bien parce qu’elle y voit comme une “préfiguration” de l’agonie de celui qui, en sa passion, a dû passer par la plus profonde solitude morale, abandonné de Dieu (cf. Mc 15, 34) et des hommes (cf. Lc 23, 49), envahi à cette heure qu’il avait tant appréhendée (cf. Lc 12, 50), d’une tristesse si profonde (cf. Mt 26, 42) que l’épître aux Hébreux a pu dire: “Aux jours de sa chair, avec de grands cris et des larmes, il a offert des prières et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort” (cf. Hb 5, 7) » [3].

Relevons aussi que le Psaume 87 fait partie des Complies du vendredi soir. Sans doute ce choix est-il motivé par la thématique du sépulcre qu’il contient. Il aurait cependant aussi bien correspondu aux Complies du jeudi soir comme rappel de l’heure de l’agonie de Jésus.

 

VI – Une lecture pour aujourd’hui…

Nous nous trouvons ici devant le Psaume caractérisé comme « le plus triste du psautier ».

Il semble cependant qu’on aurait tort de considérer ce Psaume comme dépourvu d’espérance. « On exagère quand on dit qu’aucun rayon d’espoir n’éclaire ces lourds nuages. Celui qui dit : « YHWH, mon Dieu », ou, suivant les versions : « YHWH , Dieu de mon Salut », qui invoque ce Dieu jour et nuit, le prévient chaque matin de sa prière, le supplie que cette prière ne soit plus repoussée, mais entendue et exaucée, celui-là n’est pas un désespéré; même s’il n’exprime pas explicitement son espérance, sa constance à prier la proclame pour lui».

Derrière les apparences dramatiques d’une âme en proie aux pires tourments, se cache une foi profonde et une fidélité parfaite à celui que le psalmiste nomme « Dieu de mon salut » (Ps 87,2).

L’appel au « Dieu de mon salut » est déjà signe de foi. Et la fidélité dans la foi et la constance dans l’espérance à l’heure de la souffrance est certainement une des plus grandes preuves de l’amour. Ainsi le Psaume 87 devient-il exemple pour la foi des croyants qui peuvent tous se reconnaître dans la supplique du psalmiste. Car toute existence humaine est appelée à faire tôt ou tard l’expérience de la souffrance quel qu’en soit le degré. Le psaume 87 est une invitation à présenter toutes nos souffrances à Dieu, même s’Il nous semble alors absent, avec la même confiance dont ont fait preuve Job ou Jérémie dans les grands tourments de leurs vies. En voyant dans ce psaume le cri d’angoisse de Jésus lors de son agonie, le chrétien sait que Jésus lui-même a partagé son angoisse, ses souffrances, et qu’il peut unir ses souffrances aux siennes pour œuvrer au Salut des âmes.

Durant l’Angélus de ce dimanche 11 mars, « revenant sur l’Évangile de ce dimanche “laetare”, autrement dit “dimanche de la joie », le Saint-Père a précisé que «même quand la situation est désespérée, Dieu intervient, en offrant à l’homme le salut et la joie. Dieu, en effet, ne se met pas à l’écart, mais il entre dans l’histoire de l’humanité pour l’animer avec sa grâce et la sauver». Ces paroles, prononcées par Jésus durant sa rencontre avec Nicodème, synthétisent un thème au centre de l’annonce chrétienne a précisé François. Face à notre fragilité et à nos limites, «il peut arriver d’être pris par l’angoisse, par l’inquiétude pour le lendemain, par la peur de la maladie et de la mort» a reconnu le Saint-Père. Mais alors que de nombreuses personnes cherchent une voie de sortie, en prenant «parfois des raccourcis dangereux comme par exemple le tunnel de la drogue ou celui des superstitions ou des ruineux rituels de magie», le christianisme nous donne «la vraie et grande espérance en Dieu, Père riche de miséricorde, qui nous a donné son Fils en révélant ainsi son immense amour». Le christianisme «demande une foi et une vie morale saine, qui refuse le mal, l’égoïsme, la corruption» a insisté le Saint-Père[4]»

 

VII – Oraison psalmique

Seigneur Jésus-Christ, Premier-né d’entre les morts, tu as voulu subir notre mort et connaître la solitude des ténèbres ; mais, descendu aux Enfers, tu en as ouvert les portes : rends-nous libres par ta Résurrection, pour qu’avec les vivants nous nous souvenions de ton amour, et qu’avec tous les saints nous chantions à jamais tes merveilles. Amen.

[1] Avec l’aimable autorisation de l’AELF (http://www.aelf.org)

[2] Alphonse Deissler – le Livre des Psaumes – Ancien Testament 2 (éditions Beauchesne, p.65)

[3] Alphonse Deissler – le Livre des Psaumes – Ancien Testament 2 (éditions Beauchesne, p.65)

[4] Cf. Vatican News : http://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2018-03/angelus—le-pape-invite-a-trouver-la-joie-dans-le-grand-amour-d.html

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