Fiat Lux !

Homélie de la Vigile pascale – 31 mars 2018 (Fr. Paul)

« Qu’éclate dans l’Église la joie des fils de Dieu : la lumière éclaire l’Église, la lumière éclaire la terre ».

La liturgie de cette vigile pascale nous invite à passer avec Jésus des ténèbres à la lumière. Au cœur de cette nuit, comme au premier instant de la création a retenti à nouveau la toute première parole du Créateur : Fiat lux ! « Que la lumière soit ! » (Gn 1,3). Cette parole de Dieu est la première, mais  elle annonce déjà sa victoire finale, victoire  anticipée en cette nuit : dans la Jérusalem Céleste le Christ Ressuscité sera lui-même notre lumière, la Lumière qui nous comblera d’une joie éternelle.

Dieu nous avait créés pour vivre dans sa lumière, dans la simple et merveilleuse intimité de sa présence, dans la claire splendeur de la vérité. Mais, entraînés par Lucifer, le porte-lumière, nous avons préféré nos ténèbres à sa lumière, le péché à la vérité, nous avons préféré nos petites lumières à l’obéissance à la Parole de Dieu. En nous perdant dans notre raison humaine nous nous sommes finalement trouvés dans les ténèbres, dans la froideur d’un monde sans Dieu. L’esprit des Lumières, en chassant Dieu loin de l’humanité ne nous a pas rendu plus libres, il ne nous a pas rendus plus heureux, il ne nous pas rendus plus sages : il n’a fait qu’épaissir le poids des ténèbres dans un monde sans Dieu, sans cœur : donc sans Amour.

Mais Dieu ne pouvait se résigner à nous voir errer loin de lui. En cette sainte nuit il nous lance de nouveau cet appel : Fiat lux ! « Que la lumière soit ! ». Le feu pascal, dont la flamme pleine de vie l’élevait vers le ciel, ce feu qui éclaire et réchauffe, nous a rappelé l’Amour brûlant du Cœur du Christ qui, pour sauver l’humanité et lui rendre la lumière, a accepté de se consumer lui-même en mourant sur la Croix. À l’heure des ténèbres les plus épaisses de l’histoire de l’humanité, la Croix est devenu elle-même source de lumière : désormais nous savons qui est Dieu. « Dieu est Amour » (1Jn 4,16), « Dieu est Lumière ; en lui point de ténèbres » (1Jn 1,5) nous a dit saint Jean. Dieu est la Vérité et s’offre lui-même par Amour pour nous tirer du mensonge et nous rendre la capacité d’aimer. Le crépitement du feu, les tisons embrasés s’élevant vers le ciel et retombant vers la terre semblaient vouloir nous embraser de l’Amour du Christ pour que nous puissions à notre tour illuminer ce monde de la lumière divine.

Comme le peuple hébreu fuyant les ténèbres de l’Égypte a suivi la nuée lumineuse à travers les eaux de la mer rouge, avec nos cierges à la main nous nous sommes mis en marche, suivant le cierge pascal – symbole du Christ ressuscité – vers l’église, anticipation ici-bas de la cité céleste, notre véritable terre promise. Comme le peuple hébreu dans le désert, nous avons écouté la Parole de Dieu et nos cœurs ont été émerveillés au récit des merveilles accomplies par Dieu. Comme les vierges prudentes, nous avons veillé en cette nuit avec l’Église entière, avec nos lampes à la main, attendant avec amour et un grand désir le retour de l’Époux, le divin Crucifié.

Nous avons contemplé la beauté de la création façonnée à l’image de celui qui a « pour manteau la lumière » (Ps 103,2). Nous avons admiré le mystère de la vie que Dieu a fait surgir du milieu des eaux (cf. Gn 1,20).  Cette eau, devenue symbole de vie, Dieu à la puissance de la faire jaillir même là où la mort semble régner. « Dans les ravins tu fais jaillir des sources et l’eau chemine au creux des montagnes » (Ps 130,10). Même dans les ravins, lieu du danger mortel pour l’homme, Dieu fait jaillir la vie. Jésus Ressuscité, le vainqueur de la mort, nous en donne la preuve en cette nuit. Désormais nous savons que nous ne serons jamais seuls : Jésus sera toujours avec nous, même dans la solitude de la mort.

En cette vigile nous renouvellerons aussi les promesses de notre baptême par lequel, nous a dit saint Paul, « vous avez été plongés dans la mort du Christ, pour aussi ressusciter à une vie nouvelle » (Rm 6). La mort ne doit plus nous faire peur car nous sommes déjà passés de la mort à la vie. Par le baptême, que les Pères de l’Église appelaient le sacrement de l’illumination, nous sommes devenus membres « du peuple que Dieu s’est acquis pour proclamer les louanges de celui qui nous a appelés des ténèbres à son admirable lumière » (1P 2,9). Dans le baptême nous avons été lavés par l’eau pure jaillie du cœur du Crucifié, comme l’avait prophétisé Ézéchiel (cf. Ez 36,25) et nous avons reçu le vêtement de lumière de la grâce. Par le baptême nous somme devenus « concitoyens des saints, membres de la famille de Dieu » (Ep 2,19). Dieu nous rendu capables d’avoir par à l’héritage des saints, dans la lumière (Col 1,12).

Par la litanie des saints nous demanderons à nos frères et sœurs du Ciel de nous aider à ouvrir tout grand les portes de notre cœur à la lumière du Christ Ressuscité ! Cette vigile, nous la vivons avec eux et avec tous les anges. Ils nous appellent et nous encouragent. « Reviens Jacob, marche à la lumière de la Sagesse de Dieu, vers la splendeur (Ba 4,2). « La nuit est avancée. Le jour est arrivé. Laissons là les œuvres de ténèbres et revêtons les armes de lumière » (Rm 13,12).

En cette nuit sainte en renouvelant les promesses de notre baptême disons un non ferme à Satan et à ses œuvres de ténèbres et un oui décidé pour Dieu et pour sa lumière. Ne laissons aucune ombre enténébrer encore notre cœur goûtons la joie pascale, avant-goût de la joie du Ciel.

Enfin dans l’évangile l’ange disait aux femmes : « allez dire à ses disciples et à Pierre : Il vous précède en Galilée. Là vous le verrez, comme il vous l’a dit » (Mc 16,7). La Galilée, c’est le lieu où Jésus avait commencé l’évangélisation, le lieu de l’appel de Pierre (Mc 1,16-18) et des premiers apôtres (Mc 1,19-20), le carrefour des nations. Si Jésus précède ses apôtres en Galilée, cela veut dire que sa vie et son œuvre n’ont pas prit fin avec la Croix. Grâce à la Résurrection il devient à nouveau possible de le suivre. Puisque lui-même nous précède nous pouvons à nouveau le suivre et donc être ses disciples.

Dans la lumière de sa mort et de sa résurrection, Jésus nous invite à aller  en Galilée, c’est-à-dire retourner à notre première rencontre avec Jésus et témoigner auprès de nos contemporains de l’expérience de cette nuit. Que la lumière de la Vérité et l’eau pure de la miséricorde qui jaillissent du Cœur du Christ Ressuscité emplissent chacun de nos cœurs. Amen, Alléluia.

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