Je la bénirai : d’elle aussi je te donnerai un fils

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En parcourant l’Ecriture… Les figures de la Vierge Marie dans l’Ancien Testament (3/8)

Sara

Seconde figure de la Vierge Marie dans l’Ancien Testament, voici Sara, l’épouse d’Abraham !

I – de Saraï à Sara, par la bénédiction de Dieu !

 « Dieu dit encore à Abraham : ‘ Saraï, ta femme, tu ne l’appelleras plus du nom de Saraï ; désormais son nom est Sara (c’est-à-dire : Princesse).’ » (Gn 17,15)

Dans la Bible, le nom correspond à la mission qui est confiée à la personne. Ainsi, « Abram » (= « père élevé ») va devenir « Abraham » (= « père d’une multitude ») suite à la promesse de Dieu : « Abram tomba face contre terre et Dieu lui parla ainsi : ‘Moi, voici l’alliance que je fais avec toi : tu deviendras le père d’une multitude de nations. Tu ne seras plus appelé du nom d’Abram, ton nom sera Abraham, car je fais de toi le père d’une multitude de nations’ » (Gn 17, 3-5). Pour Sara, on pourrait s’étonner du changement de nom de Saraï en Sara, c’est-à-dire de « ma princesse » à « la princesse »… On ne voit pas bien, à première vue, la différence !

Ce changement de nom intervient, comme pour Abraham, au moment de la Promesse d’une alliance nouvelle de Dieu avec Abraham, et d’une descendance issue de Sara : « Je la bénirai : d’elle aussi je te donnerai un fils ; oui, je la bénirai, elle sera à l’origine de nations, d’elle proviendront les rois de plusieurs peuples. » (Gn 17,16). On peut alors penser que Sara acquiert ici une dimension, une mission universelle : elle n’est plus simplement « ma princesse » = la princesse d’Abraham mais « LA princesse » qui sera bénie à travers son fils, de même que Marie sera LA femme qui sera bénie à travers le Fils de la promesse : Jésus. C’est ainsi qu’Elisabeth s’écriera : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. » (Lc 1,42) !

D’autres y voient un passage d’un état de « servitude », à une prise de possession réelle de sa dignité de « princesse », d’élue : en effet, dans plusieurs passages, on peut voir Abram se « servir » de Sara comme d’un bouclier pour sauver sa vie ; ainsi, en arrivant en Egypte : « Quand il fut sur le point d’entrer en Égypte, il dit à Saraï, sa femme :  ‘Vois-tu, je le sais, toi, tu es une femme belle à regarder. Quand les Égyptiens te verront, ils diront : “C’est sa femme” et ils me tueront, tandis que toi, ils te laisseront vivre. S’il te plaît, dis que tu es ma sœur ; alors, à cause de toi ils me traiteront bien et, grâce à toi, je resterai en vie.’ » (Gn 12, 11-13). De même fit-il avec Abimélek, roi de Guérar… (cf. Gn. 20). Mais ensuite, Dieu recommandera à Abraham (ici au sujet d’Agar et Ismaël) : « Ecoute tout ce que Sara te dira » (Gn 21,12) ; et alors Abraham obéira à la voix de Sara, comme Jésus obéira à la voix de Marie à Cana, en accédant à sa demande !

Mais c’est une obéissance réciproque que l’on observe ici. Comme le fait remarquer Saint Pierre dans sa Première épitre, lorsqu’il s’adresse aux femmes : « Que votre parure ne soit pas extérieure – coiffure élaborée, bijoux d’or, vêtements recherchés – mais qu’elle soit une qualité d’humanité au plus intime de votre cœur, parure impérissable d’un esprit doux et paisible : voilà ce qui a grande valeur devant Dieu. C’est cela qui faisait la parure des saintes femmes de jadis, elles qui espéraient en Dieu, soumises chacune à leur mari, comme Sara qui obéissait à Abraham, en l’appelant seigneur. Vous êtes devenues les filles de Sara en faisant le bien, sans vous laisser troubler par aucune crainte. » (1P 3,3-6). D’ailleurs, pour plusieurs Pères de l’Eglise, Sara est la figure de la vertu. Ainsi, Origène dit d’elle : « Je pense qu’elle représente la vertu morale. C’est l’homme sage et fidèle qui s’attache et s’unit à cette vertu, tel le Sage qui disait de la Sagesse : ‘j’ai cherché à l’avoir pour épouse’ (Sg 8,2). Aussi Dieu dit à Abraham : ‘Tout ce que te dira Sara, accomplis-le’ (Gn 21,12) […] C’est que lorsqu’on s’est adjoint la vertu en mariage, il faut accomplir toutes les inspirations qu’elle suggère ! [1]»

II – Rien n’est impossible à Dieu…

 « Abraham tomba face contre terre. Il se mit à rire car il se disait : ‘Un homme de cent ans va-t-il avoir un fils, et Sara va-t-elle enfanter à quatre-vingt-dix ans ?’ » (Gn17, 17)

« Ils lui demandèrent : ‘Où est Sara, ta femme ?’ Il répondit : ‘Elle est à l’intérieur de la tente.’ Le voyageur reprit : ‘Je reviendrai chez toi au temps fixé pour la naissance, et à ce moment-là, Sara, ta femme, aura un fils.’ Or, Sara écoutait par-derrière, à l’entrée de la tente. Abraham et Sara étaient très avancés en âge, et Sara avait cessé d’avoir ce qui arrive aux femmes. Elle se mit à rire en elle-même ; elle se disait : ‘J’ai pourtant passé l’âge du plaisir, et mon seigneur est un vieillard !’ Le Seigneur Dieu dit à Abraham : ‘ Pourquoi Sara a-t-elle ri, en disant : “Est-ce que vraiment j’aurais un enfant, vieille comme je suis ?” Y a-t-il une merveille que le Seigneur ne puisse accomplir ? Au moment où je reviendrai chez toi, au temps fixé pour la naissance, Sara aura un fils. ‘ Sara mentit en disant : ‘Je n’ai pas ri’, car elle avait peur. Mais le Seigneur répliqua : ‘Si, tu as ri.’ » (Gn18, 9-15)

C’est ici l’un des traits principaux qui fait de Sara une préfiguration de la Sainte Vierge. En effet Sara, qui était stérile et âgée, va enfanter un fils par la puissance de Dieu. On retrouve, ici, en écho, l’annonciation de l’ange Gabriel à Marie :

« Marie dit à l’ange : ‘Comment cela va-t-il se faire puisque je ne connais pas d’homme ?’ L’ange lui répondit : ‘L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu. Or voici que, dans sa vieillesse, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils et en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait la femme stérile. Car rien n’est impossible à Dieu.’ » (Lc 1, 34-37)

Jean-Paul II, dans une homélie pour la fête de l’Annonciation commente ainsi ce parallèle entre l’Ancien et le Nouveau Testament : « Tant pour Abraham que pour Marie la promesse arrive de façon totalement inattendue.  Dieu  change  le  cours quotidien de leur vie, bouleversant les rythmes établis et les attentes normales. La promesse apparaît impossible tant à Abraham qu’à Marie. La femme d’Abraham, Sara, était stérile et Marie n’est pas encore mariée : « Comment sera-t-il, – demande-t-elle à l’ange – puisque je ne connais pas d’homme? » (Lc 1, 34). Comme à Abraham, il est également demandé à Marie de répondre « oui » à quelque chose qui n’est jamais arrivé auparavant. Sara est la première des femmes stériles de la Bible à concevoir grâce à la puissance de Dieu, précisément comme Elisabeth sera la dernière. Gabriel parle d’Elisabeth pour rassurer Marie: « Et voici qu’Elisabeth, ta parente, vient, elle aussi, de concevoir un fils dans sa vieillesse » (Lc 1, 36). [2]»

Au-delà de la Toute-Puissance de Dieu qui transparait dans ces épisodes, c’est également sa Paternité sur toute vie qui est mise en avant ici. C’est ce que le Pape François écrivait dans son encyclique Lumen Fidei : « Ce Dieu qui demande à Abraham de lui faire totalement confiance se révèle comme la source dont provient toute vie. De cette façon, la foi se rattache à la Paternité de Dieu de laquelle jaillit la création : le Dieu qui appelle Abraham est le Dieu créateur, celui qui « appelle le néant à l’existence » (Rm 4, 17), celui qui « nous a élus en lui, dès avant la fondation du monde … déterminant d’avance que nous serions pour Lui des fils adoptifs » (Ep 1, 4-5). Pour Abraham la foi en Dieu éclaire les racines les plus profondes de son être, lui permet de reconnaître la source de bonté qui est à l’origine de toutes choses, et de confirmer que sa vie ne procède pas du néant ou du hasard, mais d’un appel et d’un amour personnels. Le Dieu mystérieux qui l’a appelé n’est pas un Dieu étranger, mais celui qui est l’origine de tout, et qui soutient tout. La grande épreuve de la foi d’Abraham, le sacrifice de son fils Isaac, montrera jusqu’à quel point cet amour originaire est capable de garantir la vie même au-delà de la mort. La Parole qui a été capable de susciter un fils dans son corps « comme mort » et « dans le sein mort » de la stérile Sara (cf. Rm 4, 19), sera aussi capable de garantir la promesse d’un avenir au-delà de toute menace ou danger (cf. He 11, 19 ; Rm 4, 21). [3]»

III – Le fils de la Promesse…

 « Mais Dieu reprit : ‘Oui, vraiment, ta femme Sara va t’enfanter un fils, tu lui donneras le nom d’Isaac. J’établirai mon alliance avec lui, comme une alliance éternelle avec sa descendance après lui.’ »  (Gn 17, 19)

« Regardez Abraham votre père, et Sara qui vous a enfantés ; car il était seul quand je l’ai appelé, mais je l’ai béni et multiplié. » (Is 51, 2)

D’un fils unique, Isaac, Dieu suscitera à Abraham, par Sara, une descendance innombrable, avec qui Il fera alliance. Et c’est en Jésus, le fils unique de Marie, que Dieu mènera à son accomplissement cette Alliance. On voit donc bien ici combien Isaac et Sara sont des préfigurations de Jésus et de Marie.

Et on voit aussi toute l’importance de la Foi qui permet à Dieu d’accomplir des merveilles : « Grâce à la foi, Sara, elle aussi, malgré son âge, fut rendue capable d’être à l’origine d’une descendance parce qu’elle pensait que Dieu est fidèle à ses promesses. » dit l’épitre aux Hébreux (He 11,11), ce que reprend le Catéchisme de l’Eglise Catholique[4]. On saisit alors encore mieux comment Marie, héroïque dans la foi, surtout au pied de la croix et dans l’attente du Samedi saint, a permis à Dieu d’accomplir de grandes choses, en Lui faisant une confiance totale, en ne mettant aucun obstacle à la réalisation de Sa volonté en elle… Oui, le Puissant fit pour elle – et par elle – des merveilles ! (cf. Magnificat, Lc 1,49)

IV – La place préparée

« Les Hittites répondirent à Abraham :Écoute, mon seigneur. Tu es, au milieu de nous, un prince de Dieu. Ensevelis ta morte [Sara] dans le meilleur de nos tombeaux. Aucun d’entre nous ne te refusera son tombeau pour y ensevelir ta morte.’[…] Après quoi, Abraham ensevelit sa femme Sara dans la caverne du champ de Macpéla, qui est en face de Mambré c’est-à-dire à Hébron, dans le pays de Canaan. » (Gn 23, 5-6 ; 19)

A la mort de Sara, Abraham lui offre une sépulture digne d’une reine : c’est pour elle qu’il acquiert la caverne du champ de Macpéla, qui deviendra la sépulture des patriarches. On peut y voir une image de Dieu qui a préparé pour la Vierge Marie une place digne d’elle : à sa mort (ou ‘dormition’), elle est enlevée directement au Ciel, corps et âme, où Dieu l’attend ; c’est le dogme de l’Assomption, prononcé par Pie XII en 1950 : Marie, au terme de sa vie terrestre, a été élevée en âme et en corps à la gloire céleste.

V – Sara, Marie, et l’Eglise

Terminons cette fois encore avec une analogie entre Sara, Marie et l’Eglise.

« Or, Sara regardait s’amuser Ismaël, ce fils qu’Abraham avait eu d’Agar l’Égyptienne. Elle dit à Abraham : ‘Chasse cette servante et son fils ; car le fils de cette servante ne doit pas partager l’héritage de mon fils Isaac.’ » (Gn 21, 9-10)

Saint Paul, dans l’épitre aux Galates, utilise l’opposition entre Agar et Sara comme une figure des deux Alliances, l’Ancienne et la Nouvelle : « Dites-moi, vous qui voulez être soumis à la Loi, n’entendez-vous pas ce que dit la Loi ? Il y est écrit en effet qu’Abraham a eu deux fils, l’un né de la servante, et l’autre de la femme libre. Le fils de la servante a été engendré selon la chair ; celui de la femme libre l’a été en raison d’une promesse de Dieu. Ces événements ont un sens symbolique : les deux femmes sont les deux Alliances. La première Alliance, celle du mont Sinaï, qui met au monde des enfants esclaves, c’est Agar, la servante. Agar est le mont Sinaï en Arabie, elle correspond à la Jérusalem actuelle, elle qui est esclave ainsi que ses enfants, tandis que la Jérusalem d’en haut est libre, et c’est elle, notre mère. L’Écriture dit en effet : Réjouis-toi, femme stérile, toi qui n’enfantes pas ; éclate en cris de joie, toi qui ne connais pas les douleurs de l’enfantement, car les enfants de la femme délaissée sont plus nombreux que ceux de la femme qui a son mari. Et vous, frères, vous êtes, comme Isaac, des enfants de la promesse. » (Ga 4, 21-28). Sara est donc ici, comme l’est Marie, l’image de l’Eglise, qui enfante les enfants de la Promesse, des fils libres car libérés par le Christ : « L’esclave ne demeure pas pour toujours dans la maison ; le fils, lui, y demeure pour toujours. Si donc le Fils vous rend libres, réellement vous serez libres. » (Jn 8, 35-36) dit Jésus !

[1] Origène – Homélies sur la Genèse – VI : Abimélech et Sara

[2] Jean-Paul II – Homélie pour l’Annonciation, à Nazareth – 25 mars 2000

[3] Pape François – encyclique Lumen Fidei – n°11

[4] Catéchisme de l’Eglise Catholique – n°145 : « L’Épître aux Hébreux, dans le grand éloge de la foi des ancêtres, insiste particulièrement sur la foi d’Abraham :  » Par la foi, Abraham obéit à l’appel de partir vers un pays qu’il devait recevoir en héritage, et il partit ne sachant où il allait  » (He 11, 8 ; cf. Gn 12, 1-4). Par la foi, il a vécu en étranger et en pèlerin dans la Terre promise (cf. Gn 23, 4). Par la foi, Sara reçut de concevoir le fils de la promesse. Par la foi enfin, Abraham offrit son fils unique en sacrifice (cf. He 11, 17).

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