L’homme appela sa femme Ève parce qu’elle fut la mère de tous les vivants…

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En parcourant l’Ecriture… Les figures de la Vierge Marie dans l’Ancien Testament (2/8)

Ève

« Les livres de l’Ancien Testament décrivent l’histoire du salut et la lente préparation de la venue du Christ au monde. Ces documents primitifs, tels qu’ils sont lus dans l’Église et compris à la lumière de la révélation postérieure et complète, font apparaître progressivement dans une plus parfaite clarté la figure de la femme, Mère du Rédempteur. Dans cette clarté, celle-ci se trouve prophétiquement esquissée dans la promesse (faite à nos premiers parents après la chute) d’une victoire sur le serpent (cf. Gn 3, 15).[1]» nous dit la Constitution dogmatique Lumen Gentium.

Nous commençons aujourd’hui notre parcours sur les figures de la Vierge Marie dans l’Ancien Testament en nous penchant sur la figure d’Ève, la première femme et la mère du genre humain.

« La comparaison Eve-Marie revient constamment au cours de la réflexion sur le dépôt de la foi reçue de la Révélation divine, et c’est l’un des thèmes fréquemment repris par les Pères, par les écrivains ecclésiastiques et par les théologiens. […] Auprès de toutes les générations, dans la tradition de la foi et de la réflexion chrétienne sur la foi, le rapprochement entre Adam et le Christ va souvent de pair avec le rapprochement entre Ève et Marie. Si Marie est aussi décrite comme la «nouvelle Ève», quelle peut être la signification de cette analogie ? Elle est assurément multiple. Il faut s’arrêter en particulier sur le sens qui voit en Marie la pleine révélation de tout ce qui est compris dans le mot biblique «femme», une révélation à la mesure du mystère de la Rédemption. [2]» nous dit Saint Jean-Paul II dans Mulieris dignitatem

 

I – La femme, née du côté d’Adam

« Alors le Seigneur Dieu fit tomber sur lui un sommeil mystérieux, et l’homme s’endormit. Le Seigneur Dieu prit une de ses côtes, puis il referma la chair à sa place. Avec la côte qu’il avait prise à l’homme, il façonna une femme et il l’amena vers l’homme. L’homme dit alors : ‘Cette fois-ci, voilà l’os de mes os et la chair de ma chair ! On l’appellera femme – Ishsha –, elle qui fut tirée de l’homme – Ish.’ » (Gn 2, 21-23)

Comme Eve fut « engendrée d’Adam », tirée de son côté, Marie, la Nouvelle Eve, est engendrée du Nouvel Adam, Jésus, de qui elle tient son Immaculée Conception ; en effet, elle a été lavée par anticipation du Péché Originel par le sang rédempteur de son Fils… Ainsi, comme le dit l’hymne Alma Redemptoris Mater : « Tu quæ genuísti, natúra miránte, túum sánctum Genitórem » : « Toi qui as engendré, ô miracle de la nature, ton saint Créateur (géniteur) », Marie enfante le Christ après avoir été elle-même enfantée par Lui !

De plus, de même qu’Adam nomme Eve « femme », ainsi fait Jésus avec Marie, aux noces de Cana : « Jésus lui répond : ‘Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue.’ » (Jn 2,4) ou au pied de la Croix « Femme, voici ton fils. » (Jn 19,26). Marie est LA FEMME, annoncée dès la Genèse, qui avec son Fils devait écraser la tête du serpent (Gn 3,15). Elle est aussi la femme de l’Apocalypse, en prise avec le Dragon (cf. Ap 12) et couronnée d’étoiles par Dieu.

Dans sa lettre apostolique Mulieris dignitatem, Jean-Paul II continuait : « Nous pouvons penser que dans le paradigme biblique de la «femme» s’inscrit, dès le commencement et jusqu’au terme de l’histoire, la lutte contre le mal et contre le Malin. C’est la lutte pour l’homme, pour son véritable bien, pour son salut. La Bible ne veut-elle pas nous dire que précisément dans la «femme», Eve-Marie, l’histoire connaît une lutte dramatique pour tout être humain, la lutte pour le «oui» ou le «non» fondamental qu’il dit à Dieu et à son dessein éternel sur l’homme ? [3]»

II – Épouse d’Adam, son « aide assortie »

« Le Seigneur Dieu dit : ‘Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Je vais lui faire une aide qui lui correspondra. » (Gn 2,18).

« Lorsque l’être humain fut créé, homme et femme, […] la femme fut confiée à l’homme dans sa différence féminine et aussi avec sa capacité d’être mère. L’homme aussi fut confié à la femme par le Créateur. Ils furent mutuellement confiés l’un à l’autre comme personnes faites à l’image et à la ressemblance de Dieu. […] La force morale de la femme, sa force spirituelle, rejoint la conscience du fait que Dieu lui confie l’homme, l’être humain, d’une manière spécifique. Naturellement, Dieu confie tout homme à tous et à chacun. Toutefois cela concerne la femme d’une façon spécifique – précisément en raison de sa féminité – et cela détermine en particulier sa vocation. [4]» dit encore Jean-Paul II.

Plus encore que toute autre femme, Marie fut vraiment la grande collaboratrice, « l’aide assortie » au nouvel Adam, le Christ, pour la grande œuvre de la Rédemption. Elle est là à ses côtés. Et elle prie et intercède pour tout le genre humain.

« L’Evangile nous révèle comment Marie prie et intercède dans la foi : à Cana (cf. Jn 2, 1-12) la mère de Jésus prie son fils pour les besoins d’un repas de noces, signe d’un autre Repas, celui des noces de l’Agneau donnant son Corps et son Sang à la demande de l’Église, son Epouse. Et c’est à l’heure de la nouvelle Alliance, au pied de la Croix (cf. Jn 19, 25-27), que Marie est exaucée comme la Femme, la nouvelle Eve, la véritable  » mère des vivants « . [5]»

Dans le Credo du Peuple de Dieu, Paul VI met en lumière la collaboration active de la Vierge Marie à l’œuvre de la Rédemption : dans la constitution Lumen gentium, il est dit que « [Marie] se livra elle-même intégralement, comme la servante du Seigneur, à la personne et à l’œuvre de son Fils, pour servir, dans sa dépendance et avec lui, par la grâce du Dieu tout-puissant, au mystère de la Rédemption. C’est donc à juste titre que les saints Pères considèrent Marie non pas simplement comme un instrument passif aux mains de Dieu, mais comme apportant au salut des hommes la coopération de sa libre foi et de son obéissance.[6] ». Et cette collaboration de la Vierge Marie continue, et avec plus d’étendue encore, au Ciel, si bien que Paul VI peut dire qu’elle « coop[ère] à la naissance et au développement de la vie divine dans les âmes des rachetés. »

« Comme dit S. Irénée,  » par son obéissance elle est devenue, pour elle-même et pour tout le genre humain, cause de salut  » (Hær. 3, 22, 4). Aussi, avec lui, bon nombre d’anciens Pères disent :  » Le nœud dû à la désobéissance d’Eve, s’est dénoué par l’obéissance de Marie ; ce que la vierge Eve avait noué par son incrédulité, la Vierge Marie l’a dénoué par sa foi  » (cf. ibid.) [7]»

III – Mère des Vivants

 « L’homme appela sa femme Ève (c’est-à-dire : la vivante), parce qu’elle fut la mère de tous les vivants. » (Gn 3,20). « C’est toi qui as fait Adam ; tu lui as fait une aide et un appui : Ève, sa femme. Et de tous deux est né le genre humain.» (Tb 8,6).

Il faut réaffirmer ici la réalité de l’unicité du genre humain ou monogénisme : nous sommes tous nés d’un couple unique que la tradition nomme Adam et Eve. « Les fidèles en effet ne peuvent pas adopter une théorie (= le polygénisme) dont les tenants affirment ou bien qu’après Adam il y a eu sur la terre de véritables hommes qui ne descendaient pas de lui comme du premier père commun par génération naturelle, ou bien qu’Adam désigne tout l’ensemble des innombrables premiers pères. En effet on ne voit absolument pas comment pareille affirmation peut s’accorder avec ce que les sources de la vérité révélée et les Actes du magistère de l’Eglise enseignent sur le péché originel, lequel procède d’un péché réellement commis par une seule personne Adam et, transmis à tous par génération, se trouve en chacun comme sien [8]» disait Pie XII dans son encyclique Humani generis.

Ainsi, bien que nous transmettant une nature déchue à cause du péché commis, Eve fut bien « la Mère de tous les vivants », qu’elle et Adam engendrèrent avec la promesse d’un secours de la part de Dieu.

 « Comparant Marie avec Ève, [les Pères de l’Eglise] appellent Marie  » la Mère des vivants  » et déclarent souvent :  » par Eve la mort, par Marie la vie « . [9]». Le Catéchisme de l’Eglise Catholique présente Marie comme « le chef-d’œuvre de la mission du Fils et de l’Esprit dans la plénitude du temps. […] Au terme de cette mission de l’Esprit, Marie devient la  » Femme « , nouvelle Ève  » mère des vivants « , Mère du  » Christ total «  (cf. Jn 19, 25-27). C’est comme telle qu’elle est présente avec les Douze,  » d’un même cœur, assidus à la prière  » (Ac 1, 14), à l’aube des  » derniers temps  » que l’Esprit va inaugurer le matin de la Pentecôte avec la manifestation de l’Église. [10]»

Marie est devenue, au pied de la Croix, la Mère de tous les enfants de Dieu rachetés par le Sang de son Fils. A Sainte Gertrude, la Vierge Marie disait : « On ne doit pas appeler mon Fils unique, mais bien mon Premier-né, mon très doux Jésus. Je l’ai conçu le premier dans mon sein, mais après Lui, ou plutôt par Lui je vous ai tous conçus pour être ses frères et pour être mes enfants en vous adoptant dans les entrailles de ma charité maternelle. [11]»

« Mais, tant d’enfants ! dira-t-on… Une telle multitude ne peut que disperser et niveler l’amour. Cette objection ressemble fort à la question que la mère d’un enfant unique posait à une mère de famille nombreuse : ‘Mais comment fais-tu pour aimer tant d’enfants ? Je réussis mal à en aimer un seul ! –  Mais pour moi, chaque enfant est unique’ répondit-elle Pour chacun notre cœur s’élargit. Le cœur de Marie s’est élargi, non seulement à la mesure que la nature donne largement aux mères de familles nombreuses, mais à la mesure de Dieu dont elle partage la vie. Pour Marie, chacun de nous est unique.[12]»

IV – Ève, Marie, et l’Eglise

Terminons par cette analogie entre Eve, la Sainte Vierge et l’Eglise. « Entre Marie et l’Église, il existe une conformité de nature [13]», dit Benoît XVI. Mais on trouve aussi une analogie entre Eve et l’Eglise : écoutons en effet Saint Jean Chrysostome :

« Et il jaillit de son côté de l’eau et du sang. […] J’ai dit que cette eau et ce sang étaient le symbole du baptême et des mystères. Or, l’Église est née de ces deux sacrements : par ce bain de la renaissance et de la rénovation dans l’Esprit, par le baptême donc, et par les mystères. Or, les signes du baptême et des mystères sont issus du côté. Par conséquent le Christ a formé l’Église à partir de son côté, comme il a formé Ève à partir du côté d’Adam.

Aussi saint Paul dit-il : Nous sommes de sa chair et de ses os, désignant par là le côté du Seigneur. De même en effet que le Seigneur a pris de la chair dans le côté d’Adam pour former la femme, ainsi le Christ nous a donné le sang et l’eau de son côté pour former l’Église. Et de même qu’alors il a pris de la chair du côté d’Adam, pendant l’extase de son sommeil, ainsi maintenant nous a-t-il donné le sang et l’eau après sa mort. ~

Vous avez vu comment le Christ s’est uni son épouse ? Vous avez vu quel aliment il nous donne à tous ? C’est de ce même aliment que nous sommes nés et que nous sommes nourris. Ainsi que la femme nourrît de son propre sang et de son lait celui qu’elle a enfanté, de même le Christ nourrit constamment de son sang ceux qu’il a engendrés. [14]».

Comme Eve, et plus encore qu’Eve, Marie est la figure de l’Eglise : non seulement dans un sens analogique, mais aussi parce qu’à un moment précis de l’Histoire, au moment justement où l’Eglise naît du côté transpercé de Jésus, mort sur la Croix, l’Eglise, c’est Marie ! Le Cardinal Journet dit en effet : « Qu’en est-il de l’Eglise au temps de la présence du Christ ? Il n’y a pas de pouvoir hiérarchique, car ils sont encore tous repliés dans le Christ. Jésus promet de les transmettre aux apôtres, mais tant qu’Il est là, personne ne commande. En face du Christ qui est l’Epoux, il y a l’Eglise qui est l’Epouse, et l’Eglise est alors entièrement condensée dans la Vierge Marie. L’Eglise ne sera jamais plus sainte qu’elle ne l’a été à ce moment-là, et cette concentration de la grâce en la Vierge donnera à l’Eglise naissante une certaine coloration qui fait qu’elle sera mariale. [15]»

Marie, figure de l’Eglise, est aussi « Mère de l’Eglise ». Jean-Paul II, dans son encyclique Redemptoris Mater commente ainsi le même passage de l’évangile : « Les paroles que Jésus prononce du haut de la Croix signifient que la maternité de sa Mère trouve un «nouveau» prolongement dans l’Eglise et par l’Eglise symbolisée et représentée par Jean. Ainsi celle qui, «pleine de grâce», a été introduite dans le mystère du Christ pour être sa Mère, c’est-à-dire la Sainte Mère de Dieu, demeure dans ce mystère par l’Eglise comme «la femme» que désignent le livre de la Genèse (3, 15) au commencement, et l’Apocalypse (12, 1) à la fin de l’histoire du salut. Selon le dessein éternel de la Providence, la maternité divine de Marie doit s’étendre à l’Eglise, comme le montrent les affirmations de la Tradition, pour lesquelles la maternité de Marie à l’égard de l’Eglise est le reflet et le prolongement de sa maternité à l’égard du Fils de Dieu [16]»

Et on sait que Paul VI proclama Marie « Mère de l’Eglise » au cours du Concile Vatican II,[17] et que le Pape François a demandé que soit instituée la fête de Marie, Mère de l’Eglise le lundi de Pentecôte [18]! « « Le chef et les membres naissent d’une même mère » (Traité de la vraie dévotion, n°32), nous rappelle saint Louis-Marie. C’est pourquoi nous disons que, par l’œuvre de l’Esprit Saint, les membres sont unis et conformés au Christ Chef, Fils du Père et de Marie, de façon telle qu' »il faut qu’un vrai enfant de l’Eglise ait Dieu pour père et Marie pour mère » (St Louis-Marie Grignon – Secret de Marie, n. 11) [19]»

Au lendemain de la fête de l’Annonciation, nous ne pouvons que remercier la Providence de Dieu qui conduit toute chose pour notre Salut ! Depuis la Création du monde et du genre humain, avec Adam et Ève, jusqu’à la fin des temps, en passant par Marie, la nouvelle Ève !

[1] Concile Vatican II – Constitution dogmatique Lumen gentium (sur l’Eglise) n°55

[2] Jean-Paul II – Lettre apostolique Mulieris dignitatem (1988) – n°11

[3] Jean-Paul II – Lettre apostolique Mulieris dignitatem n°30

[4] Jean-Paul II – Lettre apostolique Mulieris dignitatem n°14 et n°30

[5] Catéchisme de l’Eglise Catholique n°2618

[6] Concile Vatican II – Constitution dogmatique Lumen Gentium n°56

[7] Catéchisme de l’Eglise Catholique n°494

[8] Pie XII – Encyclique Humani generis (1950)

[9] Cf. Constitution dogmatique Lumen Gentium n°56

[10] Catéchisme de l’Eglise Catholique n°721 et 726

[11] Sainte Gertrude – Les révélations de Ste Gertrude – Livre IV, Chap. III (de la très douce Nativité de Notre Seigneur).

[12] Père René Laurentin pour Magnificat.

[13] Benoît XVI – Homélie au Consistoire, 25 mars 2006

[14] Saint Jean Chrysostome – Catéchèse baptismale – cf. Offices des Lectures, Mardi Ve semaine de Carême

[15] Cardinal C. Journet – Entretiens sur la grâce. VIIe entretien : IIIe état existentiel, la grâce christique par dérivation. (p.165, éditions Saint Augustin-Saint Maurice)

[16] Jean-Paul II – Encyclique Redemptoris Mater – n°24

[17] Proclamation faite le mercredi 16 novembre 1963, durant l’audience générale dans la basilique Saint Pierre.

[18] Cf.  http://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2018-03/-marie-mere-de-l-eglise–celebree-le-lundi-apres-la-pentecote.html

[19] Jean-Paul II – Lettre aux religieux et religieuses des familles montfortaines – 8 décembre 2003

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