Thomas n’est pas là. Mais Thomas va revenir…

Dimanche 8 avril 2018 – 2ème dimanche de Pâques, fête de la Miséricorde (Fr. Clément-Marie)

Aujourd’hui, nous célébrons encore, en cette octave, la résurrection du Seigneur. Mais il y a un homme qui vit encore le samedi saint : c’est saint Thomas. Il vit encore le samedi saint puisque, pour lui, Jésus n’est pas ressuscité. Pour le moment, il n’a pas accepté de se laisser toucher par les autres, par l’enthousiasme de ceux qui ont vu, qui ont cru, qui sont dans la joie, et qui témoignent auprès de lui qu’ils ont bien vu Jésus vivant. Non. Il faut qu’il voie lui-même. Qu’il touche. Alors pour l’instant, il reste dans le samedi saint, tandis que les autres sont dans la joie de Pâques. En ce sens, saint Thomas est une image de notre monde. Benoît XVI avait dit un jour très justement : « Notre époque est devenue dans une mesure toujours plus grande un Samedi Saint »[1] En effet, Beaucoup ne croient pas, seulement parce qu’ils ne voient pas. Beaucoup ne se laissent pas toucher par les témoins, même lorsque ceux-ci rayonnent Jésus, l’ont vu, touché, aimé.

D’où cela vient-il ? Pour saint Thomas, on peut constater son éloignement des autres apôtres. À partir du moment où il prend son indépendance, où il s’éloigne de la Communauté – intérieurement d’abord –, sa foi se fait plus fragile, jusqu’à devenir refus : « Non, je ne croirai pas ! » Ce qui fait la force de l’Église – comme d’une communauté, comme d’une famille – c’est son unité de cœur. À ce titre, la première lecture est très parlante. Il y a dans les Actes des apôtres trois descriptions de la première communauté chrétienne. Chaque année, en ce deuxième dimanche de Pâques, nous en lisons une (années A, B et C). Dans la première, il est question des croyants qui ont « un même cœur » – dans le latin : unanimiter (Ac 2, 46). Dans la seconde, celle que nous avons entendue aujourd’hui, il nous est dit qu’ils avaient « un seul cœur et une seule âme » – cor et anima una (Ac 4, 32). Dans la troisième, on nous répète que les croyants avaient « un même cœur » – unanimiter (Ac 5, 12). Ainsi, l’unanimité – un seul cœur et une seule âme – est constitutive de la première communauté chrétienne, et est présente dans les trois descriptions que nous en avons. Elle est un fruit de l’Esprit-Saint. Il est clair que le Démon ne veut pas de cette unité profonde de cœur et d’âme. Il n’en veut pas dans l’Eglise, dans les Communautés, dans les familles. Or c’est une condition de la fécondité de la mission. C’est ainsi que nous voyons aujourd’hui saint Thomas qui, en s’éloignant de ce « un seul cœur et une seule âme », va perdre la foi, parce qu’il s’est éloigné de cette unité. Or cette unité n’est pas seulement unité de foi et d’amour. Elle est aussi et inséparablement unité de vie. Car l’amour se voit dans la vie concrète. Saint Jean le souligne dans sa lettre aujourd’hui : « Car tel est l’amour de Dieu : garder ses commandements. » Le témoignage des apôtres est donc clair : on ne vit pas l’amour de Dieu quand on ne vit pas ses commandements. On ne transmet pas l’amour de Dieu quand on ne transmet pas ses commandements.

Mais Thomas va revenir. Il ne s’est pas éloigné de manière totale. Et en raison de ce retour, de sa présence au milieu des autres apôtres en ce huitième jour après Pâques, Dieu va lui faire miséricorde. Et cet « homme du samedi saint » va parvenir enfin à la joie de Pâques : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Prions donc saint Thomas pour notre monde. Pour que notre monde, qui en grande partie vit encore dans le samedi saint, s’ouvre à la miséricorde. Il pourra s’ouvrir à cette miséricorde, comme saint Thomas, en constatant le prix de l’amour de Jésus. Car cet amour miséricordieux, qui est infini, a un prix, qui lui aussi est infini : ce sont les plaies de Jésus, sa souffrance. Il est très touchant et significatif que la grande neuvaine à la miséricorde, demandée par Jésus à sainte Faustine, commence précisément le vendredi saint. Rappelons-nous les paroles de Benoît XVI : « La miséricorde du Christ n’est pas une grâce à bon marché, elle ne suppose pas la banalisation du mal. Le Christ porte dans son corps et sur son âme tout le poids du mal, toute sa force destructrice. Il brûle et transforme le mal dans la souffrance, dans le feu de son amour qui souffre. »[2]

Notre monde, qui continue à vivre le samedi saint, a besoin de la miséricorde de Dieu. Pour faire cette expérience, il lui faut vivre ces deux expériences de saint Thomas : d’abord réaliser le prix de cette miséricorde, en contemplant la souffrance de Jésus. Et se rapprocher de l’Église, en faisant l’unité de cœur, de foi, d’amour. Ces deux expériences demandent une conversion, un changement. Ce n’est pas l’Église qui doit changer dans sa foi ni dans sa morale. C’est le monde, c’est nous, qui devons revenir à Dieu. D’une part en témoignant du prix de cet amour, et donc de son exigence : vivre selon les commandements. Et d’autre part en étant comme la première communauté chrétienne unanime dans la foi qui nous vient des apôtres, et ne peut changer. La Vierge Marie, mère de la miséricorde, qui a gardé la foi le samedi saint, a certainement prié pour saint Thomas. Elle prie pour que notre monde sorte du samedi saint et s’ouvre à la lumière et à la joie de Pâques. Qu’elle intercède pour notre monde, afin qu’il s’ouvre à la miséricorde divine et se tourne vers Jésus en lui disant : « Mon Seigneur et mon Dieu – Jésus, j’ai confiance en toi ! »

 

[1] BENOÎT XVI, Méditation pour la vénération du Saint Suaire, 2 mai 2010

[2] Joseph RATZINGER, Homélie de la Messe d’entrée en conclave, 18 avril 2005

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