Oui, tu m’as consolée ; oui, tu as parlé au cœur de ta servante !

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En parcourant l’Ecriture… Les figures de la Vierge Marie dans l’Ancien Testament (6/8)

Ruth la Moabite

Nous restons dans le temps des Juges pour nous tourner vers Ruth, notre 5e figure de la sainte Vierge dans l’Ancien Testament…

I – Ruth, Marie et l’Eglise

Une fois n’est pas coutume, et pour faciliter la compréhension de l’histoire de Ruth, nous commencerons par un rapprochement possible entre Ruth, la Vierge Marie et l’Eglise…

En effet, le Livre de Ruth[1] commence ainsi : « À l’époque où gouvernaient les Juges, il y eut une famine dans le pays. Un homme de Bethléem de Juda émigra avec sa femme et ses deux fils pour s’établir dans la région appelée Champs-de-Moab. L’homme se nommait Élimélek (c’est-à-dire : Mon-Dieu-est-roi), sa femme : Noémi (c’est-à-dire : Ma-gracieuse) et ses deux fils : Mahlone (c’est-à-dire : Maladie) et Kilyone (c’est-à-dire : Épuisement). C’était des Éphratéens de Bethléem de Juda. Ils arrivèrent aux Champs-de-Moab et y restèrent. Élimélek, le mari de Noémi, mourut, et Noémi resta seule avec ses deux fils. Ceux-ci épousèrent deux Moabites ; l’une s’appelait Orpa (c’est-à-dire : Volte-face) et l’autre, Ruth (c’est-à-dire : Compagne). Ils demeurèrent là une dizaine d’années. Mahlone et Kilyone moururent à leur tour, et Noémi resta privée de ses deux fils et de son mari. (Rt 1, 1-5)

On voit donc des membres du peuple élu, dont sera issu le Messie, prendre pour épouses des « étrangères », dont Ruth, les associant ainsi au Salut, tout comme Jésus prendra pour Epouse l’Eglise pour donner le Salut à tous ses membres. Alors qu’ils étaient étrangers à la nature divine et même coupés de Dieu, les hommes, dans l’Eglise, vont non seulement retrouver leur lien avec Dieu mais devenir participants de sa nature divine ! Et Marie, image de l’Eglise, est la première des créatures à jouir déjà pleinement des grâces du Salut (puisqu’elle vit au Ciel, auprès de Dieu et en Dieu, avec son âme et son corps).

« Alors, avec ses belles-filles, elle [Noémi] se prépara à quitter les Champs-de-Moab et à retourner chez elle, car elle avait appris que le Seigneur avait visité son peuple et lui donnait du pain. […] Alors Noémi dit à ses deux belles-filles : ‘Allez, retournez chacune à la maison de votre mère. Que le Seigneur vous montre le même attachement que vous avez eu envers nos morts et envers moi ! Que le Seigneur vous donne de trouver chacune un foyer stable, avec un mari.’ […] Ruth lui répondit : ‘Ne me force pas à t’abandonner et à m’éloigner de toi, car où tu iras, j’irai ; où tu t’arrêteras, je m’arrêterai ; ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu. Où tu mourras, je mourrai ; et là je serai enterrée. Que le Seigneur me traite ainsi, qu’il fasse pire encore, si ce n’est pas la mort seule qui nous sépare !’ Voyant qu’elle était résolue à l’accompagner, Noémi cessa de lui parler de cela..» (Rt 1, 6 ; 8-9 ; 16-18).

Ruth, parce qu’elle est attachée à Noémi, s’attache aussi au Seigneur, au Dieu d’Israël. Ici, c’est Noémi qui est l’image de l’Eglise, qui conduit toujours ses enfants à l’amour et la foi en Dieu. Marie fait de même avec chacun de ses enfants, selon la formule de Saint Louis-Marie : « tout à Jésus par Marie » !

Ruth est aussi image de l’Eglise lorsqu’elle attend de Booz qu’il fasse valoir sur elle son droit de rachat face à un autre qui a également sur elle des droits : elle doit avoir confiance, sachant que tout a été mis en œuvre pour obtenir ce rachat : « Noémi lui dit : ‘Reste ici, ma fille, jusqu’à ce que tu saches comment l’affaire aboutira. Car cet homme n’aura de cesse qu’il n’ait conclu cette affaire, aujourd’hui même.’ » (Rt 3,18).

En effet, Jésus a racheté l’humanité, qu’il s’associe dans l’Eglise, en l’arrachant au pouvoir de l’adversaire, Satan, qui avait acquis, par le péché, un réel pouvoir sur elle ! Et parce qu’Il a vaincu Satan par sa Passion, l’Eglise peut avoir confiance ; comme Jésus l’affirme à Pierre : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. » (Mt 16,18). Et Marie est celle sur qui l’adversaire n’a eu aucun pouvoir : elle est l’Immaculée conception, qui n’a jamais cédé au pouvoir du Tentateur et n’a jamais péché !

II – L’humble servante

« Ruth la Moabite dit à Noémi : ‘Laisse-moi aller glaner dans les champs, derrière celui aux yeux de qui je trouverai grâce.’ Elle lui répondit : ‘Va, ma fille.’ » (Rt 2,2)

De retour à Bethléem, Ruth prend la condition d’esclave et de pauvre, pour subvenir à ses besoins et à ceux de Noémi. C’est avec humilité qu’elle se met au travail, sans rien réclamer pour elle. Sa modestie et son humilité touchent Booz, le propriétaire du champ dans lequel elle est allée glaner :

« Booz dit à Ruth : ‘ Tu m’entends bien, n’est-ce pas, ma fille ? Ne va pas glaner dans un autre champ. Ne t’éloigne pas de celui-ci, mais attache-toi aux pas de mes servantes. Regarde dans quel champ on moissonne, et suis-les. N’ai-je pas interdit aux serviteurs de te molester ? Si tu as soif, va boire aux cruches ce que les serviteurs auront puisé.’ Alors Ruth se prosterna face contre terre et lui dit : ‘Pourquoi ai-je trouvé grâce à tes yeux, pourquoi t’intéresser à moi, moi qui suis une étrangère ?’ Booz lui répondit : ‘On m’a dit et répété tout ce que tu as fait pour ta belle-mère après la mort de ton mari, comment tu as quitté ton père, ta mère et le pays de ta parenté, pour te rendre chez un peuple que tu n’avais jamais connu de ta vie. Que le Seigneur te rende en bien ce que tu as fait ! Qu’elle soit complète, la récompense dont te comblera le Seigneur, le Dieu d’Israël, sous les ailes de qui tu es venue t’abriter !’ Et Ruth lui dit : ‘Que je trouve toujours grâce à tes yeux, mon seigneur ! Oui, tu m’as consolée ; oui, tu as parlé au cœur de ta servante, à moi qui ne suis même pas comme l’une de tes servantes.’ » (Rt 2, 8-13)

Son humilité et sa serviabilité sont la source de sa consolation, de sa joie ; Marie reconnaît cela aussi dans son propre cantique : « …parce qu’il a jeté les yeux sur l’abaissement de sa servante, oui, désormais toutes les générations me diront bienheureuse » (Lc 1,48).

Avec Noémi : « Et Ruth lui répondit : ‘Tout ce que tu me dis, je le ferai.’ » (Rt 3, 5) puis avec Booz « C’est moi, Ruth ta servante… » (Rt 3,9), Ruth se place dans la condition de la servante, fidèle à accomplir ce qui lui est demandé avec exactitude… On entend ici en écho la réponse de la Vierge Marie à l’annonce de l’ange Gabriel : «Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » (Lc 1,38).

III – Fidélité et respect entre les époux

« ‘C’est moi, Ruth ta servante. Étends sur ta servante le pan de ton manteau, car c’est toi qui as droit de rachat.’ […] ‘C’est vrai que j’ai droit de rachat, mais il existe un plus proche parent que moi qui a droit de rachat. Passe donc la nuit ici, et demain matin, s’il veut te racheter, eh bien ! qu’il te rachète ! Mais s’il ne le veut pas, c’est moi qui te rachèterai, aussi vrai que le Seigneur est vivant !’ » (Rt 3,9 ; 12-13)

A l’image de Marie et Joseph, Ruth et Booz se marient selon Dieu (en accomplissant ici se que prescrit la loi), unis par la tendresse et dans une grande pureté et fidélité (Booz ne veut pas s’approcher de Ruth tant qu’il n’a pas acquis le droit de se marier avec elle). Le Catéchisme de l’Eglise Catholique les cite d’ailleurs en exemple lorsqu’il présente le sacrement du mariage : « Les livres de Ruth et de Tobie donnent des témoignages émouvants du sens élevé du mariage, de la fidélité et de la tendresse des époux. »[2]

De plus, on peut voir dans le geste d’étendre le pan du manteau sur Ruth – geste qui signifie qu’il accepte de la prendre pour femme – le geste de protection de Joseph envers la Vierge Marie, qu’il accepte de « cacher sous le pan de son manteau » pour permettre l’Incarnation du Verbe dans le secret et l’intimité familiale, mystère qui restera ainsi caché jusqu’au moment où Dieu décidera de le révéler…

IV – Coopératrice à l’Histoire du Salut

« Salmone, de son union avec Rahab, engendra Booz, Booz, de son union avec Ruth, engendra Jobed, Jobed engendra Jessé, Jessé engendra le roi David. » (Mt 1, 5-6)

Par son union avec Booz, Ruth entre dans la grande Histoire du Salut, dans la généalogie du Messie telle que Saint Matthieu nous la transmet : elle sera l’arrière grand-mère du roi David !

Et Ruth devient l’épouse de Booz, mais c’est Dieu qui lui donne de concevoir : « Booz prit donc Ruth comme épouse, elle devint sa femme et il s’unit à elle. Le Seigneur lui accorda de concevoir, et elle enfanta un fils. » (Rt 4,13).

De même en fut-il, et de manière encore plus radicale (puisque Jésus a été conçu directement par l’action du Saint-Esprit) pour Marie, qui est la dernière femme mentionnée dans sa généalogie : Marie « de laquelle naquit Jésus, que l’on appelle Christ » (Mt 1,16).

Que la grande humilité de Ruth et de la Vierge Marie soit pour nous un modèle, et que nous sachions, comme elles, être dociles à la volonté de Dieu pour entrer dans son plan de Salut pour le monde !

Pour retrouver les autres figures de la Vierge Marie dans l’Ancien Testament :

(1) Ève – (2) Sara – (3) Anne – (4) Débora

 

[1] NB : Benoît XVI, dans sa catéchèse du 3 août 2011, propose aux catholiques de lire en continu certains livres de la Bible pendant les vacances pour en goûter toute la saveur ; entre autres, le livre de Ruth : « Certains de ces «livrets» qui la composent demeurent presque inconnus à la plupart des gens, même bons chrétiens. Certains sont très brefs, comme le Livre de Tobie, un récit qui contient un sens très élevé de la famille et du mariage; ou le Livre d’Esther, dans lequel la reine juive, par la foi et la prière, sauve son peuple de l’extermination; ou encore plus court, le Livre de Ruth, une étrangère qui connaît Dieu et qui fait l’expérience de sa providence. Ces petits livres peuvent être lus en entier en une heure. »

[2] Catéchisme de l’Eglise Catholique – n°1611

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