Je marcherai avec toi…

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En parcourant l’Ecriture… Les figures de la Vierge Marie dans l’Ancien Testament (5/8)

Débora, juge et prophétesse

Quatrième figure de femmes annonçant la Vierge Marie dans l’Ancien Testament, voici Débora, juge et prophétesse en Israël au temps où se sont justement les juges qui dirigent le peuple d’Israël… (cf. Livre des Juges).

Au temps du règne de Débora comme juge, c’est Sissera, le chef de l’armée cananéenne ennemie, qui opprimait durement le peuple d’Israël.

I – La femme juge et conseillère

« Débora, une prophétesse, femme de Lappidoth, jugeait Israël en ce temps-là. Elle siégeait sous le Palmier de Débora, entre Rama et Béthel, dans la montagne d’Éphraïm, et les fils d’Israël venaient vers elle pour faire arbitrer leurs litiges. » (Jg 4, 4-5)

Débora représente l’autorité : elle est juge, conseillère, avocate… Les fils d’Israël l’écoutent ; ils la respectent comme une mère. D’ailleurs, dans son chant de louange après la victoire sur Sissera, Débora dit : « « Les guides manquaient, ils manquaient en Israël, jusqu’à ce que je me lève, moi, Débora, jusqu’à ce que je me lève, mère en Israël ! » (Jg 5,7). En cela, Débora est l’image de la Vierge Marie, Mère et Reine, notre avocate aussi, comme nous le chantons dans le Salve Regina !

II – La femme prophétesse, porte-parole de Dieu

« Elle (Débora) fit appeler Baraq, fils d’Abinoam, de Qèdesh en Nephtali, et elle lui dit : ‘Le Seigneur, Dieu d’Israël, n’a-t-il pas donné cet ordre ? “Va, fais venir au mont Tabor et prends avec toi dix mille hommes parmi les fils de Nephtali et les fils de Zabulon. Je ferai venir vers toi, au torrent de Qishone, Sissera, le chef de l’armée de Yabine, avec ses chars et ses troupes, et je le livrerai entre tes mains.”’» (Jg 4, 6)

Débora ne fait que transmettre les ordres du Seigneur ; elle s’applique à faire respecter Sa volonté, elle met toute sa confiance dans le Seigneur, le Dieu Tout-Puissant. On retrouve ici encore une préfiguration de la Vierge Marie dans son « Ecce ancilla Domini » = « Voici la servante du Seigneur » (Lc 1, 38) et dans les ordres qu’elle transmet aux serviteurs de Cana : « Faites tout ce qu’Il vous dira » (Jn 2,5).

III – L’aide assortie, force et courage de l’homme

« Baraq lui dit : ‘Si tu marches avec moi, j’irai ; mais si tu ne marches pas avec moi, je n’irai pas.’ Elle dit : ‘Je marcherai donc avec toi. Mais, sur la voie où tu marches, l’honneur ne sera pas pour toi : car c’est à une femme que le Seigneur abandonnera Sissera.’ Débora se leva et se rendit avec Baraq à Qèdesh. » (Jg 4,8-9)

Ce n’est que s’il est assuré de la présence et de l’aide de Débora que Baraq consent à mener le combat contre Sissera. Débora est sa force, son courage ; elle accepte généreusement de collaborer au salut du Peuple d’Israël dans le combat contre Sissera.

De même, la Vierge Marie a accepté généreusement de collaborer à l’œuvre rédemptrice de Jésus, en menant avec Lui le combat contre Satan, pour le Salut de tous ses enfants.

Dans la Constitution dogmatique Lumen gentium, il est dit : « La bienheureuse Vierge, prédestinée de toute éternité, à l’intérieur du dessein d’incarnation du Verbe, pour être la Mère de Dieu, fut sur la terre, en vertu d’une disposition de la Providence divine, l’aimable Mère du divin Rédempteur, généreusement associée à son œuvre à un titre absolument unique, humble servante du Seigneur. En concevant le Christ, en le mettant au monde, en le nourrissant, en le présentant dans le Temple à son Père, en souffrant avec son Fils qui mourait sur la croix, elle apporta à l’œuvre du Sauveur une coopération absolument sans pareille par son obéissance, sa foi, son espérance, son ardente charité, pour que soit rendue aux âmes la vie surnaturelle. C’est pourquoi elle est devenue pour nous, dans l’ordre de la grâce, notre Mère. »[1]

Et de même que Débora annonce que le triomphe viendra par une femme, de même Dieu dans le protévangile (Gn 3, 15) annonce que c’est la femme qui écrasera la tête du serpent. Et à Fatima, la Vierge Marie nous l’a rappelé : « Finalement, mon cœur immaculé triomphera ! »

IV – La femme salvatrice

« Débora dit à Baraq : « Lève-toi ! Car c’est aujourd’hui que le Seigneur livre Sissera entre tes mains ! Le Seigneur n’est-il pas sorti devant toi ? » Baraq descendit du mont Tabor avec dix mille hommes derrière lui. Alors, le Seigneur frappa de panique Sissera, tous les chars et toute l’armée, qui fut passée au fil de l’épée devant Baraq. Sissera descendit de son char et s’enfuit à pied. » (Jg 4, 14-15).

Ici, Débora apparait comme le protagoniste du salut du peuple d’Israël : c’est elle qui ordonne que soit lancée l’offensive contre Sissera.

Dans une audience générale sur les femmes impliquées dans l’Histoire du Salut, Jean-Paul II commentait ainsi cet épisode : « L’Ancien Testament nous fait admirer quelques femmes extraordinaires qui, sous l’impulsion de l’Esprit-Saint de Dieu, participent aux luttes et aux triomphes d’Israël, ou contribuent à son salut. Leur présence dans les vicissitudes du peuple n’est ni marginale, ni passive : elles se présentent comme d’authentiques protagonistes de l’histoire du Salut. […]

Après avoir ordonné au chef de l’armée qu’il réunisse ses hommes et lance la bataille, [Débora], par sa présence, assure le succès de l’armée d’Israël, annonçant qu’une autre femme, Yaël, tuerait le chef des ennemis. Et, pour célébrer la grande victoire, Débora entonne un grand cantique dans lequel elle loue l’action de Yaël : ‘Bénie soit parmi les femmes Yaël, (…), parmi les femmes qui habitent sous la tente, bénie soit-elle !’ (Jg 5,24). Les paroles adressées par Elisabeth à Marie le jour de la Visitation : ‘Bénie sois-tu entre toutes les femmes’ sont un écho de cette louange dans le Nouveau Testament. […]

La tradition vétérotestamentaire met ainsi en relief à plusieurs occasions, surtout dans les écrits les plus proches de la venue du Christ, l’action décisive de la femme pour le Salut d’Israël. De cette façon l’Esprit-Saint, à travers les vicissitudes des femmes de l’Ancien Testament, dessinait les lignes, avec toujours plus de précisions, des caractéristiques de la mission de Marie dans l’Œuvre du Salut de l’humanité entière. » [2]

Et dans une autre audience générale, Jean-Paul II soulignait qu’en confiant son œuvre à des femmes, « l’œuvre de Dieu apparaît d’autant plus lumineuse qu’Il n’a pas recours à un guerrier ou à une armée. »[3].

En délivrant Israël du joug des ennemis cananéens, Débora préfigure ici l’action salvatrice du Christ qui dira Lui-même : « L’Esprit du Seigneur […] m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. » (Lc 4, 18-19). A la différence que Jésus ne vient pas pour nous libérer d’ennemis politiques mais du Mal et du Malin, pour nous libérer de la captivité dans laquelle nous maintient le péché… Il nous aide à mener le combat spirituel ! Et comment le fait-Il aujourd’hui ? Par l’Eglise à qui Il a confié ses sacrements qui sont sacrements du Salut !

V – Débora, Marie et l’Eglise

Débora dit : « Je marcherai donc avec toi. » (Jg 4, 9)

De même que Débora a marché avec Baraq dans sa lutte, de même la Vierge Marie marche avec l’Eglise dans son pèlerinage sur la terre, tout en étant son modèle : le Concile Vatican II dit : « Dans l’exercice de son apostolat, l’Église regarde à juste titre vers celle qui engendra le Christ, conçu du Saint-Esprit et né de la Vierge précisément afin de naître et de grandir aussi par l’Église dans le cœur des fidèles. La Vierge a été par sa vie le modèle de cet amour maternel dont doivent être animés tous ceux qui, associés à la mission apostolique de l’Église, coopèrent pour la régénération des hommes. »[4]

Regardons-donc Marie comme notre modèle et notre Mère, notre avocate et notre refuge… et prions-la avec davantage de confiance et d’affection en ce mois de mai qui lui est consacré !

Pour retrouver les autres figures de la Vierge Marie dans l’Ancien Testament :

(1) Ève – (2) Sara – (3) Anne

 

[1] Concile Vatican II – Constitution dogmatique Lumen gentium (sur l’Eglise) n°61

[2] Jean-Paul II – Audience générale du 27 mars 1996 : “ El Antiguo Testamento nos hace admirar a algunas mujeres extraordinarias que, bajo el impulso del Espíritu de Dios, participan en las luchas y los triunfos de Israel o contribuyen a su salvación. Su presencia en las vicisitudes del pueblo no es ni marginal ni pasiva: se presentan como auténticas protagonistas de la historia de la salvación.[…] Después de haber ordenado al jefe del ejército que reuniera a sus hombres y entablara batalla, [Débora], con su presencia, asegura el éxito del ejército de Israel, anunciando que otra mujer Yael, matará al jefe de los enemigos. Además, para celebrar la gran victoria, Débora entona un largo cántico con el que alaba la acción de Yael : Bendita entre las mujeres Yael (…). Bendita sea entre las mujeres que habitan en tiendas» (Jc 5, 24). Las palabras que Isabel dirige a María el día de la Visitación: «Bendita tú entre las mujeres…» (Lc 1, 42), son un eco de esa alabanza en el Nuevo Testamento. […] La tradición veterotestamentaria pone de manifiesto en numerosas ocasiones, sobre todo en los escritos más cercanos a la venida de Cristo, la acción decisiva de la mujer para la salvación de Israel. De este modo, el Espíritu Santo, a través de las vicisitudes de las mujeres del Antiguo Testamento, iba delineando cada vez con mayor precisión las características de la misión de María en la obra de la salvación de la humanidad entera.”

[3] Jean-Paul II – Audience générale du 29 août 2001

[4] Concile Vatican II – Constitution dogmatique Lumen gentium (sur l’Eglise) n°65

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