L’Esprit-Saint, force de l’Amour des époux

Le Concile de Constantinople (381) et la Foi en Dieu Trinité

Récollections de Foyer 2017-2018 : « la beauté de notre foi » – 1e trimestre 2018 – enseignement 3/3

Le mystère de la Trinité et la vie conjugale et familiale

Bien chers amis, en cette troisième causerie (1ère causerie ici ; 2ème causerie là), nous voudrions actualiser davantage encore le dogme sur l’Esprit-Saint à votre vie conjugale et familiale. Nous avons vu que l’Esprit-Saint est la motion vitale et l’impulsion de l’Amour. Vous avez besoin, pour vous aimer amoureusement, de cette motion vitale et de cette impulsion de l’Amour qu’est l’Esprit-Saint et vous en avez, bien sûr, absolument besoin pour aimer vos enfants et pour que vos familles rayonnent l’Amour de Dieu.

            Tout conjoint est appelé au don sans réserve de lui-même à son conjoint. Aussi, le premier don communiqué par l’Esprit-Saint aux conjoints est celui de l’Amour-don. Jean-Paul II écrivait dans «Familiaris Consortio», le 22 novembre 1981 : « L’Esprit-Saint répandu au cours de la célébration sacramentelle remet aux époux chrétiens le don d’une communion nouvelle, communion d’amour, image vivante et réelle de l’unité tout à fait singulière qui fait de l’Eglise l’indivisible Corps mystique du Christ« . Ce don, chers époux, vous l’avez réellement reçu, au jour de votre mariage sacramentel ; l’Esprit-Saint ne désire qu’une chose : le raviver sans cesse ! C’est pour cela que Jean-Paul II ajoutait : « Le don de l’Esprit est règle de vie pour les époux chrétiens, et il est en même temps souffle entraînant afin que croisse chaque jour entre eux une union sans cesse plus riche à tous les niveaux – des corps, des caractères, des cœurs, des intelligences, et des volontés, des âmes -, révélant ainsi à l’Eglise et au monde la nouvelle communion d’amour donnée par la grâce du Christ » (FC 19). Ne cessez jamais d’invoquer l’Esprit-Saint pour qu’Il soit la motion vitale et l’impulsion d’Amour de votre propre amour conjugal ! Aimez-vous dans l’Esprit-Saint !

            Le don d’amour que vous a communiqué l’Esprit-Saint au jour de votre mariage est une participation à l’Amour divin trinitaire ! L’Amour en Dieu ne se limite pas à l’Amour entre deux Personnes, mais existe éternellement en perfection dans la communion parfaite des Trois Personnes divines. L’Esprit-Saint, «motion vitale» et «impulsion de l’amour», ne peut pas ne pas caractériser l’amour des conjoints autrement qu’en les orientant vers l’enfant, le fruit de leur amour ! L’amour conjugal est intrinsèquement ouvert à la vie, ceci est l’enseignement majeur d’«Humanae vitae». Les époux qui souffrent de la terrible épreuve de la stérilité ne doivent pas se décourager, l’Esprit-Saint les aidera à ouvrir leur cruelle souffrance à la Croix de Jésus, et à trouver une fécondité spirituelle plus grande encore à leur amour conjugal.

            L’Esprit-Saint ne cessera jamais d’être pour chacun de vous l’Esprit de Vérité. Il éclairera sans cesse votre conscience par le Magistère de l’Eglise et la morale conjugale. Rappelons que l’on ne peut pas vivre de l’Esprit-Saint et refuser en pleine conscience et liberté la morale conjugale clairement enseignée avec autorité dans l’Encyclique « Humanae Vitae« . Faire le choix éclairé et volontaire du refus d’Humanae Vitae, risquerait de rendre esclave de la loi de la chair, qui, selon Saint Paul, s’oppose à la Loi de l’Esprit.

            L’Esprit-Saint vous donnera toujours sa force pour l’éducation de vos enfants, et pour que vous puissiez témoigner de Jésus dans votre milieu de vie et de travail.

            L’Esprit-Saint sera toujours votre «Paraclet» auprès du Père : ne cessez jamais de Le prier pour qu’Il intercède en votre faveur auprès du Père et du Fils. Il augmentera votre confiance en la sollicitude si aimante de la divine Providence. Il augmentera votre confiance en l’infinie Miséricorde du Père qui ne cessera jamais de vous accorder son Pardon par le Fils de son Amour dans le Sacrement de Pénitence, si vous Lui demandez humblement pardon.

            L’Esprit-Saint, enfin, veut être l’âme, la vie de votre famille, qui, à l’image de la première communauté chrétienne, malgré les défauts et péchés de chacun de ses membres, pourra donner le témoignage d’une intime communauté de vie et d’amour, « unanime » dans la joie et l’amour.

            L’Esprit-Saint, enfin, veut vous garder éternellement jeunes ! Ne pensez pas que cette expression est exagérée ! Nous avons été créés pour la vie éternelle, pour participer à l’enthousiasmante vie divine, vie où l’on ne peut pas vieillir, vie où l’on reste éternellement jeune, pur, aimant, confiant et tout abandonné à la «motion vitale» et à «l’impulsion de l’amour» pour être Un dans le Fils à la Gloire de Dieu le Père !

            Rien l’un sans l’autre ! La prière de Jésus «Ut sint unum» est gravée sur le calice d’ordination de notre fondateur. Il n’est donc pas étonnant que notre Père Fondateur nous disait : “Nous considérons cette expression répétée par Jésus dans la prière sacerdotale “Ut sint unum” comme une devise pour notre Communauté”. Nous avons la conviction que la fécondité de l’action terrestre de notre Famille spirituelle dépendra surtout du degré de réalisation de cette unité évangélique dès ici-bas. Ce sera alors une grande force rayonnante de foi et de conquête à l’amour de Dieu. La Famille Missionnaire de Notre-Dame des Neiges doit être “Un” pour contribuer à rassembler dans l’unité tous les enfants de Dieu dispersés. L’unité que Dieu veut de nous dépend de notre union au Cœur de Jésus : “L’unité fondamentale dans le Cœur de Jésus produira, d’une part, et exigera aussi l’unité de cœur de tous les membres, dans l’amour”. Mais il faut veiller sans cesse contre les insinuations et les tentations de l’Ennemi de l’unité (cf. Ep 4, 3) !

            Ce qui vaut pour notre Famille spirituelle vaut aussi, d’une manière adaptée, pour les Foyers amis, mais aussi pour les foyers qui se consacrent à Notre-Dame des Neiges. L’unité est vraiment fondamentale pour la vie et la mission de toute intime communauté de vie et d’amour.

            Dieu veut pour vous, d’une manière particulière, la réalisation du «Ut sint unum», mais l’unité à laquelle vous êtes appelés se fonde sur une triple complémentarité, comme l’a bien montré Jean-Paul II :          – La complémentarité physique qui est une évidence physiologique et que l’époux et l’épouse doivent accepter pleinement pour réaliser leur unité de couple.

– La complémentarité psychologique qui permet d’élargir et d’enrichir les psychologies masculines et féminines. Le dialogue est absolument nécessaire dans le couple. L’épouse, normalement “sent” davantage les personnes, alors que l’époux retient plutôt les idées développées par les personnes. L’épouse “voit” davantage les détails, l’époux les ensembles ! L’homme a besoin du complément de la psychologie féminine et la femme du complément de la psychologie masculine.

            – La complémentarité ontologique. Jean-Paul II parlait de «l’être homme» et de «l’être femme». Cette complémentarité relève davantage du mystère de l’être personnel de chacun et de l’âme spirituelle.

            Le réalisme de notre condition historique : nous ne pouvons pas parler d’une manière utopique et idéaliste de la triple complémentarité de l’homme et de la femme. Le Livre de la Genèse montre les graves conséquences du péché originel sur la vie conjugale d’Adam et Eve : – la domination de l’homme :« Ta convoitise te poussera vers ton mari et lui dominera sur toi » (Gn 3, 16) ; – la division, le rejet de la faute sur l’autre : “C’est la femme que tu as mise auprès de moi !” (Gn 3, 12).     Moïse a permis le divorce à cause de la dureté des cœurs (Mt 19, 8). Jésus annulera cette permission, car “au commencement il n’en était pas ainsi !” Mais, à cause de la triple concupiscence, qui demeure malgré les grâces de la Rédemption, l’unité n’est jamais acquise pour toujours. Un long et douloureux combat est nécessaire pour tendre patiemment, et sans se décourager, vers cette unité. Mais nous ne devons pas être pessimistes : Jésus a accompli la Rédemption et l’Esprit-Saint nous a été donné. La sainteté est donc possible pour tous les époux baptisés !

            L’expression biblique : “Ils seront une seule chair(Gn 2, 24), interprétée par Jésus : “Ainsi ils ne sont plus deux mais une seule chair” (Mt 19, 6), ne doit pas être comprise exclusivement comme l’union sexuelle. Jean-Paul II, fidèle à la Tradition, lui donne un sens beaucoup plus large : “L’amour conjugal comporte une totalité où entrent toutes les composantes de la personne – appel du corps et de l’instinct, force du sentiment et de l’affectivité, aspiration de l’esprit et de la volonté – ; il vise une unité profondément personnelle, celle qui au-delà de l’union en une seule chair, conduit à ne faire qu’un cœur et qu’une âme ; il exige l’indissolubilité et la fidélité dans la donation réciproque définitive ; et il s’ouvre sur la fécondité” (FC 13). L’unité à laquelle vous êtes appelés est donc, d’abord et avant tout, une union des personnes, une unité des esprits et des âmes, une union des cœurs, et, enfin, une union des corps.

            – a) L’union des personnes est déjà réalisée sacramentellement au jour du mariage. Les époux sont bien «comme consacrés» par la grâce de leur mariage, et le Christ a bien réalisé une union très importante : “L’effet premier et immédiat du mariage (res et sacramentum) n’est pas la grâce surnaturelle elle-même, mais le lien conjugal chrétien, une communion à deux typiquement chrétienne parce que représentant le mystère d’incarnation du Christ et son mystère d’alliance” (FC 13). L’unité provenant du Sacrement du Mariage est un grand don : l’Esprit-Saint a réellement fait de vos deux personnes, une communion à deux ! Vous êtes vraiment «deux en un» ! Pensez plus souvent à la grâce sacramentelle de votre mariage ! Priez l’Esprit-Saint de vivifier sans cesse cette grâce ! Dans les moments d’épreuves et de tentations, ne doutez jamais de cette grâce. Jésus est fidèle ! L’Esprit-Saint est fidèle ! Aucune épreuve, aucun péché ne pourront rompre votre lien conjugal, votre communion à deux, vous êtes «deux en un» jusqu’à votre mort ! Vous comprenez mieux pourquoi nous insistons tellement sur la nécessité de la prière conjugale. Cette prière vous permet de fortifier cette union sacramentelle indissoluble, elle permet de vous ouvrir à l’Esprit-Saint, elle permet à Jésus d’être au milieu de vous. Jésus vous donne alors la force de tout vous pardonner, si vous avez à vous pardonner. Il vous donne, par son Esprit, un «nouveau souffle» pour vous aimer toujours plus profondément ! Cette unité sacramentelle, réalisée par l’Esprit-Saint, n’est pas donnée en perfection, cependant, elle est un appel à une plus grande unité. Comparons la grâce de votre mariage à la grâce du Baptême : dans le Baptême nous avons été sanctifiés, Saint Paul appelait les baptisés «les saints», même s’ils étaient bien loin de la perfection de la sainteté, qui ne sera acquise qu’au Ciel !

            – b) L’unité des esprits ou des âmes demande beaucoup de temps ! Notre fondateur dit : “Qu’est-ce qui fait l’union et l’unité des âmes ? C’est l’unité de pensée, de vouloir, l’unité d’amour. Quel domaine immense recouvre ces mots ! Quelle découverte mutuelle est d’abord nécessaire à ces deux personnes qui ont vécu une vingtaine d’années séparées, dans des milieux divers, recevant une éducation qui a pu être très différente, garnissant leur esprit de connaissances, d’idées, de réflexions ignorées l’un de l’autre, même quand ils se disent le “oui” qui les attache à jamais l’un à l’autre. Leurs vies spirituelles, leurs vertus et leurs faiblesses morales, leurs attraits et leurs répulsions, l’histoire de leurs âmes, tout cela est, malgré de bonnes fiançailles, en bonne partie “terra ignota” = “terre inconnue” à explorer. C’est pourquoi, malgré la vigueur du terme au présent : “ils sont un”, c’est petit à petit, progressivement, et malgré beaucoup de tentations, malgré des incompréhensions, des heurts parfois, à travers beaucoup de joies et aussi de souffrances, que se développera cette unité« . La Sainte Vierge et Saint Joseph ont bien été unis par le lien conjugal du mariage. La perfection de leur union et de leur unité n’a pas été immédiate ! Notre fondateur disait encore : « La Sainte Vierge a gardé le silence (concernant l’Incarnation). Elle ne s’est pas ouverte. Un silence pénible, certainement, douloureux même pour l’un et pour l’autre quand Joseph s’aperçoit qu’elle est enceinte… Comment aurait-elle pu dire une telle merveille ?” Le temps et surtout l’épreuve ont permis à ces saints époux de faire grandir leur unité : “Quand, à 12 ans, Jésus reste à Jerusalem peut-on penser que Marie et Joseph se laissèrent aller à des reproches mutuels comme Adam et Eve ? Certainement pas ! On peut être sûr de leur communion dans la souffrance et dans la supplication à Dieu. Ils se soutinrent l’un l’autre pendant trois jours où ils cherchèrent Jésus en pleurant tous deux probablement. Et ce fut sans doute encore une occasion d’accroissement d’union et d’amour entre ces saints époux, car la souffrance partagée unit encore plus que la joie”.        Que les souffrances de la Sainte Vierge et de Saint Joseph pour atteindre l’unité que Dieu voulait d’eux vous encouragent et vous aident dans votre difficile marche vers l’unité de vos âmes ! Ne comptez pas avec vos années, ne dites pas : « puisque nous ne sommes pas encore arrivés à l’unité de nos âmes après 10, 20, 50 années de mariage, comment pourrons-nous y arriver un jour ? Cessons de rechercher cette unité impossible ! » N’oubliez pas ce que dit notre fondateur : « la souffrance partagée unit encore plus que la joie”! Ne vous découragez jamais, mais priez beaucoup l’un pour l’autre !

            – c) L’union des cœurs se réalise dans la charité. Le cœur, dans le sens biblique, n’est pas seulement le siège des affections, il exprime notre «personnalité» profonde. Le coeur ne se confond pas, cependant, avec la personne, à proprement parler. Jésus nous a aimés avec un coeur profondément humain. Saint Joseph et la Sainte Vierge se sont développés dans l’amour du coeur et, avec Jésus, ils se sont profondément aimés du bel amour, tendre, délicat, attentionné, pénétrant. Il est difficile d’arriver à l’union des coeurs ! Le coeur masculin et le coeur féminin vibrent bien aux mêmes sentiments et aux mêmes affections, mais ils ne sont pas “impressionnés” de la même manière. L’homme “ressent” moins que la femme telle ou telle attitude, telle ou telle délicatesse. Beaucoup de détails lui échappent, et il peut faire souffrir son épouse sans s’en apercevoir ! L’homme ne se rend pas compte de l’emprise des sentiments et des émotions sur le coeur féminin ! La femme, elle, ne comprend pas que l’homme puisse demeurer “si froid” devant tel ou tel événement ! Nous comprenons mieux alors la nécessité des partages fréquents et profonds. Si ces échanges n’existent pas, les époux ne pourront pas arriver à l’union profonde de leurs coeurs. Notre fondateur disait encore aux époux : “L’esprit de famille exige non seulement une vie commune, mais encore un esprit de partage total, “partage du pain quotidien amer ou non”, partage des inquiétudes, partage des joies, partage des pensées, des désirs, des aspirations, partage des connaissances, des relations, des amitiés, appui mutuel quotidien, dans une confiance totale l’un dans l’autre. Et donc, pour réaliser cela, il faut absolument un esprit d’ouverture, un besoin grandissant de se parler, s’exprimer, prendre du temps pour échanger, par lettres si l’éloignement l’exige, mais habituellement par les moments d’intimité maintenus coûte que coûte, chaque jour si possible, pour cette union des âmes, qui maintient et développe l’unité. L’esprit de famille est un esprit qui ne peut supporter sans dommage le repli sur soi, le mutisme, la cachoterie, la jalousie, la méfiance, le silence… Mille prétextes peuvent venir à l’esprit, prétextes s’appuyant soi-disant sur des sentiments d’amour, de délicatesse affectueuse ; par exemple : “si je lui dis cela, cela lui fera de la peine. Pourquoi l’inquiéter pour cette bricole ? Pourquoi lui faire partager ma peine, elle en a assez comme çà ? Je n’ai pas à m’humilier par cet aveu qui peut lui enlever sa confiance”… Le démon est subtil”.

            Il faut se méfier particulièrement de ses subtilités en ce qui concerne les sentiments et les fausses impressions ! Aimer n’est pas nécessairement ressentir sensiblement que l’on aime. La sentimentalité n’est pas mauvaise en soi, si elle est assumée dans l’amour du cœur. Mais elle peut, en certaines circonstances, être très trompeuse. On peut alors croire que l’on n’est plus amoureux de son époux ou de son épouse. Il peut même faire éprouver des sentiments plus forts pour telle ou telle autre personne. C’est plus que jamais le moment de veiller et de prier ! Ne vous laissez pas impressionner par ces sentiments. Au jour de votre mariage vous vous êtes donné l’un à l’autre pour toujours, et Jésus s’est engagé avec nous. Ne remettez jamais en cause cet engagement de la volonté et du cœur, sous le faux prétexte que vous ne ressentiriez plus les sentiments que vous aviez ressentis au moment de vos engagements ! Ne croyez pas les mensonges de l’Adversaire ! Satan n’est pas le seul responsable, cependant ! Les défauts, les péchés peuvent fermer le coeur et nuire gravement à l’union des cœurs ! Il faut un combat incessant contre son égoïsme pour que le coeur demeure toujours ouvert et aimant ! La charité est le lien qui unit les coeurs, la haine est le poison dont Satan se sert, et qui est l’instrument de la division ! Il faut la bannir absolument de nos cœurs !

            – d) L’union des corps ne doit pas être négligée. Nous ne l’avons pas mise à la première place, car elle ne favorise pas l’unité des époux, si elle n’est pas réalisée en conformité avec le plan de Dieu (cf. Enc. “Humanae vitae”). Pour parler de l’union des corps, Jean-Paul II aime utiliser l’expression : «le langage des corps». Cette expression signifie que l’union des corps doit être le signe d’une union plus grande : l’union des personnes, l’union des âmes. L’union des corps réalisée sans l’union des personnes, des esprits et des cœurs, ne procure pas la paix profonde des conjoints et leur bonheur, mais elle risque de déboucher sur des sentiments d’incompréhension, de tristesse, de révolte, voire de rancune. L’union des corps doit être préparée avec délicatesse et amour. Dieu a voulu cette union pour le bien des époux, et pour le don de la vie. Cette union ne devrait jamais être banalisée, ni imposée par la force ou la contrainte. Notre fondateur donnait les conditions pour que les époux trouvent l’épanouissement dans l’union de leur corps : “Si la tradition de l’Eglise met en relief la misère de l’homme charnel, ce n’est pas pour accabler, mais au contraire pour libérer. Et si l’on puise la grâce en Jésus, le libérateur du démon et du péché, l’âme s’épanouit de plus en plus dans la joie, et le corps lui-même est revêtu d’une dignité renouvelée, d’un respect proclamé par Saint Paul (1 Co 3,16). Par le combat spirituel, que les époux mènent ensemble, et en s’aidant l’un l’autre de tout leur cœur, l’amour conduit à la domination de l’instinct, à la maîtrise de soi et, par le fait même, à une harmonie spirituelle et sentimentale qui remplit de bonheur profond chaque époux. Ils peuvent alors chanter le Cantique des cantiques : “je suis à mon bien-aimé et mon bien-aimé est à moi” (Ct 6, 3). L’Eglise a toujours considéré que l’union des corps, vécue dans la dignité, était un bien pour les époux, même s’ils étaient frappés de stérilité. Il ne faut donc pas la refuser, sans qu’il y ait de raisons graves. Au jour du mariage, les époux se sont donné l’un à l’autre. Leurs corps ne leur appartiennent plus. Ils sont vraiment une seule chair. La Sainte Vierge et Saint Joseph ont eu une mission tout à fait particulière, qui n’est normalement pas demandée aux époux. L’Eglise n’a connu que quelques exceptions : l’Empereur Saint Henri et Sainte Cunégonde et, en nos temps, Jacques et Raïssa Maritain. Monsieur et Madame Martin pensaient eux-aussi vivre leur mariage dans la virginité. Ils ont écouté l’Eglise qui leur a demandé de s’unir. Bienheureuse obéissance qui nous a valu 5 consacrées dont la plus illustre : Sainte Thérèse !

Jean-Paul II, dans sa lettre aux familles du 2 février 1994, a développé la notion de communion pour mieux faire comprendre le contenu de l’expression biblique : “une seule chair : “Le «Nous» divin constitue le modèle éternel du «nous» humain. La famille est une communauté de personnes, pour lesquelles la vraie façon d’exister et de vivre ensemble est la communion des personnes. Seules les personnes sont capables d’exister «en communion». La famille naît de la communion conjugale, que le Concile Vatican II qualifie «d’alliance», dans laquelle l’homme et la femme «se donnent et se reçoivent mutuellement» (GS 48). J’ai mentionné deux concepts voisins mais non identiques  le concept de «communion» et celui de «communauté». La «communion» concerne la relation personnelle entre le «je» et le «tu». La «communauté» dépasse au contraire ce schéma dans la direction d’une «société», d’un «nous». La famille, communauté de personnes, est donc la première «société» humaine. Elle naît au moment où se réalise l’alliance du mariage, qui ouvre les époux à une communion durable d’amour et de vie et se complète pleinement et d’une manière spécifique par la mise au monde des enfants : la «communion» des époux fait exister la «communauté» familiale » (7). Pour atteindre une telle communion et vivre une communauté familiale, vous avez absolument besoin de l’aide de l’Esprit-Saint !

            Tirons 2 conséquences importantes de ce texte de Jean-Paul II :  – a) L’unité à laquelle Dieu vous appelle est une unité-communion qui vous fait préférer au «je» ou au «moi» pour utiliser le «nous» : nous avons décidé, nous avons acheté, nous avons fait. Faites porter votre examen de conscience sur ce point pour voir où en est réellement votre unité : ai-je utilisé davantage le «nous» ou le «je» ? – b) L’unité à laquelle Dieu vous appelle concerne toute la communauté familiale. Votre union-communion a créé une famille-communauté qui est appelée à vivre le «ut sint unum». Vous ne pouvez pas vivre avec vos enfants ce que vous vivez entre conjoints, mais vous devez être vigilants pour qu’ils soient très ouverts et très unis d’âme, d’esprit et de cœur avec vous. Bien évidemment, surtout avec les adolescents, il faut de la discrétion pour ce qui concerne leur conscience et leur intimité avec Dieu.

            Saint Joseph et la Sainte Vierge sont les parfaits modèles des époux, même s’ils ne se sont jamais unis sexuellement. Leur mariage a été valide. Ils ont vraiment été tout donnés l’un à l’autre, et ils ont vécu une magnifique communion. Existe-t-il un époux qui ait aimé aussi délicatement et amoureusement son épouse que Saint Joseph ? Existe-t-il une épouse qui ait autant aimé, dans l’humble soumission confiante et aimante, son époux que la Sainte Vierge ? Il existe bien des saints époux, heureusement, comme les parents de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, mais même ces derniers n’ont pas pu atteindre la perfection de l’amour de Saint Joseph et de la Sainte Vierge. La Sainte Famille est aussi, avec Jésus, parfait modèle d’intime communauté de vie et d’amour. Donnez souvent à vos enfants l’exemple de Jésus obéissant à ses parents ! La Sainte Famille est vraiment miroir sans ombre de la Famille divine ! Elle manifeste que la perfection de l’Amour divin est l’Amour trinitaire.

            Quelques conseils pratiques que notre Père Fondateur donnait aux époux et qu’il avait tirés de la Règle de la Famille Missionnaire de Notre-Dame :

Vie commune ! Cela paraît évident pour une «intime communauté de vie et d’amour», mais des circonstances peuvent l’empêcher ! Si la vie seule ne peut être qu’exceptionnelle pour les consacrés, il devrait en être de même pour les époux. Les conditions de travail ou d’autres circonstances peuvent empêcher la vie commune, il faudra alors être très vigilant pour que les contacts soient les plus fréquents possible, envers et contre tout, malgré les distances et les frais ! L’unité avant tout !

            – Vie commune sans individualisme. Les foyers peuvent appliquer à leur vie ce qui vaut pour nous : “La vie commune ne devra jamais être individualiste. Il faut le renoncement à son moi égoïste et jouir ainsi des exigences et de la force fraternelle de la vie commune. Il n’y aura pas de chambre personnelle, sauf raison spéciale, par exemple raison de santé. Malgré les activités multiples et un accueil large, il faudra toujours se réserver du temps d’intimité familiale pour l’union et l’unité de pensées, d’affection et d’action”.

            – Repas : “Les repas seront habituellement pris ensemble. Ils seront un temps de mise en commun fraternelle et de dialogue formateur. Mais ils seront aussi un moyen de contact amical et apostolique… Cependant il y aura toujours certains repas réservés au libre et intime échange familial”.

            – Vie commune calme et réfléchie : Il est important de combattre le démon de l’agitation, du désordre, de l’irréflexion… Redisons encore l’importance des temps de silence pour faire croître notre union à Dieu et l’union de nos âmes en Dieu.

            Esprit d’enfance évangélique : Dans notre vie Domini, nous devons tous tendre à devenir de petits enfants pour entrer dans le Royaume des Cieux. L’esprit d’enfance s’incarne dans la vie par la pratique quotidienne de l’humble confiance entre les mains des Responsables. Les époux doivent se faire confiance l’un à l’autre. Saint Paul a demandé de se soumettre les uns aux autres avant de parler de l’autorité de l’homme (Ep 5, 21). Cela ne signifie pas que l’Apôtre nie l’autorité donnée par Dieu à l’époux. Saint Joseph avait les grâces d’état pour exercer l’autorité dans la Sainte Famille. La Sainte Vierge et Jésus lui étaient soumis ! L’autorité est un grand service de l’unité ! L’époux peut exercer son autorité en disant par exemple à son épouse : “Nous ferons comme tu avais pensé !”N’ayez pas peur d’exercer l’exigeant service de l’autorité auprès de vos enfants afin que votre famille vive vraiment le «ut sint unum».

            – L’ouverture est indispensable à l’unité, comme nous l’avons déjà dit. Se fermer est toujours dangereux. C’est une porte ouverte à l’action du Malin. L’ouverture déjoue les attaques subtiles du démon et facilite l’obéissance confiante et affectueuse. Soyez très vigilants lorsque vous vous apercevez que tel ou tel de vos enfants est «bouclé», particulièrement les adolescents ! Comme on l’a dit précédemment, il faut également de la discrétion pour respecter leur conscience.

            – La simplicité confiante est importante pour l’unité des époux. Ne cherchez pas à faire de belles phrases. Ouvrez bien votre cœur à votre conjoint ! Créez également un climat familial de simplicité afin que vos enfants ne soient pas gênés pour vous parler librement. Soyez disponibles pour les écouter !

            – La coulpe est un élément essentiel de l’unité de notre Famille Domini. On doit sans tarder et, avec la simplicité de l’enfant, se demander pardon pour les manques de charité ou de délicatesse. Nos journées se clôturent toujours par le baiser fraternel de pardon et de paix. Que les époux sachent se donner également ce baiser de pardon et de paix ! Eduquez vos enfants pour qu’ils apprennent à demander pardon après leurs chutes.

            – La joie familiale : elle est tellement importante pour l’unité que Jésus veut dans les familles ! Cette joie est puisée dans l’intimité avec Jésus lui-même. Elle peut s’exprimer dans l’humour et le rire spontané. Le coeur garde ou retrouve sa jeunesse dans une ambiance empreinte de douceur, de patience et de sollicitude mutuelle. La joie familiale des enfants de Dieu n’est pas, bien sûr, l’esprit grossier ou superficiel ! Eduquez vos enfants à cette joie paisible et combattez l’excitation qui nuit à l’âme et qui ne procure pas la vraie joie.

            – L’esprit de cordée est indispensable pour les foyers encordés à Notre-Dame des Neiges. Etre encordés, c’est être unis pour toujours, c’est monter ensemble, c’est un effort commun, une vigilance de tous au service de la Cordée. C’est accepter aussi que plus l’ascension avance, plus la montée est rude. La cordée est exigeante mais combien “unifiante”. Quelle joie nous attend au bout du chemin ! Plus il y a d’enfants et plus la cordée est exigeante pour les premiers de cordée… mais quelle joie éternelle aurez-vous lorsque vous verrez entrer au Ciel, dans la maison du Père, les enfants que vous aurez éduqués dans la patience et l’amour !

            – S’avertir les uns les autres : il est bien difficile de ne plus avoir de faiblesses et de ne plus pécher ! Pour le service de l’unité, avertissons-nous avec douceur, humilité, charité, sans jamais oublier la parabole de la “paille et de la poutre” (Mt 7, 3-5). Ne rien dire alors que l’on doit avertir son conjoint, l’un ou l’autre de ses enfants serait lâcheté et contraire à l’unité profonde.

            – Port mutuel des fardeaux : Ayez beaucoup de charité pour vous aider à porter vos défauts dans la patience et l’amour, combien votre unité en sera renforcée !

            – Soutien dans les épreuves : les amis de Jésus sont voués à la Croix ! Les époux peuvent passer par des épreuves crucifiantes. La sollicitude aimante et le soutien délicat du conjoint pendant l’épreuve feront grandir l’unité profonde.

            – Les temps de détente sont importants pour la famille. Il faut savoir bien organiser les jours de vacances en famille pour que grandisse l’affection familiale !

            – N’oubliez pas enfin le plus important : aimez-vous amoureusement ! Pour cela, vous avez absolument besoin de l’aide de l’Esprit-Saint, l’hôte de vos âmes ! Quelle grâce avons-nous d’être habité par l’Esprit Saint du Père et du Fils !

            Conclusion : nos récollections de Foyers devraient nous affermir dans la Foi et nous rendre forts pour ne pas nous laisser influencer par les diverses tempêtes que peut encore avoir à affronter l’Eglise. Au cœur des tempêtes, comme celle de l’arianisme, Dieu a suscité Saint Athanase, Saint Antoine d’Egypte et Saint Hilaire pour garder fidèlement la Foi malgré les pressions de toutes parts. La divinité du Saint-Esprit, niée par des chrétiens hérétiques, a été défendue par les Père Cappadociens, Basile, Grégoire de Nazianze et Grégoire de Nysse avant d’être proclamé dogmatiquement par le Concile de Chalcédoine. Les proclamations dogmatiques de Nicée et de Constantinople ne sont pas les manières de dire la Foi en 325 ou en 381. Elles ne sont pas des opinions théologiques mais des Vérités infaillibles enseignées par le Magistère extraordinaire de l’Eglise que tout baptisé doit croire « firma fide » et qu’aucun baptisé ne peut remettre en question sans être frappé par la sentence : «anathema sit» ! Nous voudrions insister encore sur l’importance du dogme trinitaire révélé par Jésus. Il n’existe pas le Dieu des chrétiens, le Dieu des Juifs, le Dieu des musulmans, mais il n’existe qu’un Seul Dieu, Père, Fils et Esprit-Saint. Ce mystère éclaire le mystère de l’homme et de la femme unis dans le sacrement du mariage. Lorsque nous professerons le Credo de Nicée-Constantinople nous serons plus attentifs aux mots choisis par les évêques de Constantinople et nous ne nous focaliserons pas sur la tradition latine du « filioque ». Nos frères orthodoxes ne sont pas hérétiques : Jésus a bien dit que l’Esprit-Saint procède du Père comme l’unique Principe de la Trinité. Les catholiques latins ne sont pas hérétiques en proclamant qu’Il procède du Père et du Fils. Le Père demeure bien le Principe, mais Il communique l’Être divin à l’Esprit-Saint par le Fils. Retenons la leçon de Saint Basile : nous ne comprendrons pas sur cette terre comment le Père engendre éternellement son Fils et spire éternellement l’Esprit-Saint. Adorons le mystère trinitaire et vivons la vie dans l’Esprit dont Saint Paul nous a donné les fruits spirituels dans la lettre aux Galates : « Mais le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la foi, la douceur, la maîtrise de soi. » (Ga 5,22-23) Plus vous laisserez l’Esprit-Saint faire mûrir ces fruits, mieux votre amour conjugal, parental et sociétal grandira ! Jésus a donné un avertissement sévère à Conchita, fondatrice des Missionnaires du Saint-Esprit : «La plupart des maux que l’on déplore dans l’Eglise et dans le champ des âmes vient de ce que l’on n’accorde pas à l’Esprit-Saint la primauté que Moi J’ai donnée à cette Troisième Personne de la Trinité. On l’aime avec tiédeur, on l’invoque sans ferveur et en beaucoup de cœurs, même parmi les miens, on ne se souvient même pas de Lui. Tout cela afflige profondément mon Cœur ».

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