Parle de nous au roi, délivre-nous de la mort !

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En parcourant l’Ecriture… Les figures de la Vierge Marie dans l’Ancien Testament (8/8)

La reine Esther

Pour terminer notre série sur les grandes figures de la Vierge Marie dans l’Ancien Testament, voici la reine Esther, dont le livre éponyme retrace l’histoire.

On apprend, au début du livre d’Esther, que par un décret du roi Assuérus de Perse : « La jeune fille qui plaira au roi deviendra reine à la place de Vasti. » (Est 2,4) (Vasti ayant déplu au roi par sa désobéissance).

« Or il y avait dans Suse-la-Citadelle un Juif du nom de Mardochée, […] Il élevait alors Hadassa – c’est Esther –, fille de son oncle, qui était orpheline de père et de mère. […] Lorsque furent connus l’ordre du roi et son édit, de nombreuses jeunes filles furent rassemblées à Suse-la-Citadelle, sous l’autorité de Hégué. Esther fut choisie parmi elles et conduite dans la maison du roi, sous l’autorité de Hégué, gardien des femmes. » (Est 2, 5-8)

Et c’est ainsi qu’Esther fut choisi comme reine, épouse du roi Assuérus. Mais voilà qu’une persécution s’annonce pour le peuple juif, à cause de la jalousie d’Aman, un dignitaire du roi…

I – Esther, membre du peuple juif

Saint Alphonse-Marie de Liguori commente ainsi l’épisode : « On lit au livre d’Esther, que, sous le règne d’Assuérus, un édit fut publié qui condamnait à la mort tous les Juifs de ses États. Alors Mardochée, l’un des condamnés, recommanda leur salut à Esther, et la pria d’intercéder pour eux auprès du Roi, afin d’obtenir les révocations de la sentence. Au premier abord, Esther refusa de faire cette démarche, craignant d’accroître par là l’indignation d’Assuérus. Mais Mardochée lui envoya quelqu’un, chargé de lui faire des remontrances : elle ne devait pas, lui faisait-il dire, songer uniquement à sa propre sûreté, puisque le Seigneur l’avait élevée sur le trône pour procurer le salut de tous les Juifs. Ne croyez pas que vous puissiez vous sauver seule, parce que, dans la maison du roi, vous tenez un rang supérieur à tous les Juifs. Ainsi parlait Mardochée à la reine Esther ; »

Et Esther, après avoir demandé que son peuple prie et jeûne avec elle, se résolut à aller trouver le roi, encourant ainsi la peine de mort si le roi n’était pas d’humeur à la recevoir… On voit ainsi que la condition de reine d’Esther ne la dispense pas de songer à tout son peuple, au contraire : ayant plus de pouvoir, elle a plus de responsabilité…

Et Saint Alphonse-Marie continue : « Ainsi pourrions-nous aussi, nous, pauvres pécheurs, parler à notre Reine Marie, si jamais elle répugnait à nous obtenir de Dieu la remise de la peine due à nos péchés : Ne pensez pas qu’il vous soit permis de vous sauver seule, parce que, dans la maison du Roi, vous occupez un rang plus haut qu’aucun homme. Non, auguste Souveraine, ne pensez pas que Dieu vous ait élevée à la dignité de Reine du monde, uniquement en vue de votre bonheur ; il a voulu aussi que cette sublime grandeur vous mît à même de compatir plus efficacement à nos misères et de les soulager mieux. »[1]

Membre éminent du Peuple de Dieu, Marie, notre Reine, ne reste pas sans rien faire ! Elevée dans la gloire du Ciel, elle intercède pour nous avec toute la puissance de son amour auprès de Dieu, son Roi !

Le Concile Vatican II dit : « À partir du consentement qu’elle apporta par sa foi au jour de l’Annonciation et qu’elle maintint sous la croix dans sa fermeté, cette maternité de Marie dans l’économie de la grâce se continue sans interruption jusqu’à la consommation définitive de tous les élus. En effet, après l’Assomption au ciel, son rôle dans le salut ne s’interrompt pas : par son intercession multiple, elle continue à nous obtenir les dons qui assurent notre salut éternel. Son amour maternel la rend attentive aux frères de son Fils dont le pèlerinage n’est pas achevé, et qui se trouvent engagés dans les périls et les épreuves, jusqu’à ce qu’ils parviennent à la patrie bienheureuse. C’est pourquoi la bienheureuse Vierge est invoquée dans l’Église sous les titres d’avocate, auxiliatrice, secourable, médiatrice, tout cela cependant entendu de telle sorte que nulle dérogation, nulle addition n’en résulte quant à la dignité et à l’efficacité de l’unique Médiateur, le Christ. »[2]

Avant d’aller trouver le roi Assuérus, Esther invoque le « Dieu de ses pères » et met toute sa confiance en Lui. C’est comme membre du Peuple élu qu’elle s’adresse à Dieu. Benoît XVI disait : « [Le témoignage] d’Esther nous montre que la famille est appelée à apporter sa contribution à la transmission de la foi. Esther confesse : «J’ai entendu répéter, dans la tribu de mes pères, que tu as choisi Israël de préférence à toutes les nations» (14, 5). […] Dans ces témoignages bibliques, la famille ne comprend pas seulement les parents et leurs enfants, mais aussi les grands-parents et les ancêtres. La famille nous est ainsi présentée comme une communauté de générations et comme la garante d’un patrimoine de traditions. »[3] On voit ici toute l’importance de la famille ; d’ailleurs, le Fils de Dieu Lui-même n’a-t-Il pas voulu naître et vivre sur terre au sein d’une famille ? Et le peuple chrétien n’est-il pas appelé à vivre comme la « famille du Seigneur » ? C’est ce que nous dit le Catéchisme de l’Eglise Catholique au n°759.[4]

« En plus de la mémoire de ses ancêtres et de son peuple, son père avait transmis à Esther la mémoire d’un Dieu de qui tous procèdent et à qui tous sont appelés à répondre. La mémoire de Dieu Père, qui a choisi son peuple et qui agit dans l’histoire pour notre salut. La mémoire de ce Père éclaire l’identité la plus profonde des hommes: d’où nous venons, qui nous sommes et quelle est la grandeur de notre dignité. »[5] De cette conscience d’être les créatures de Dieu nait notre conscience du devoir que nous avons de faire sa Volonté : Esther agira ainsi selon la volonté divine ; la Vierge Marie est celle qui a le plus profondément réalisé cette obéissance à la volonté divine : « Voici la servante du Seigneur : que tout m’advienne selon ta parole » (Lc 1, 38)

II – Esther, reine

En tant que reine, Esther ne s’appartient plus à elle-même, elle se doit à son peuple : « Parle de nous au roi, délivre-nous de la mort » (Est 4,8) ! Et comme membre du peuple juif, elle se fait aussi, dans sa prière, la voix de tout son peuple : « Même quand elle est collective, la prière du peuple de Dieu est la voix d’un seul cœur et d’une seule âme,  un  dialogue  « en  tête  à  tête », comme l’émouvante imploration de la Reine Esther lorsque son peuple va être exterminé : « O mon Seigneur, notre Roi, tu es l’Unique! Viens à mon secours, car je suis seule et n’ai d’autre recours que  toi,  et  je  vais  jouer  ma  vie » (Est 4, 17l). Face à un « grand danger » une plus grande  espérance  est  nécessaire, et celle-ci n’est que l’espérance qui peut compter sur Dieu. »[6]

De même fait la Vierge Marie : « Comme la reine Esther, la Vierge immaculée qui a conquis le cœur de Dieu et en qui le Tout-Puissant fait « de grandes choses » (cf. Est 5, 5; Lc 1, 49) ne cessera d’accueillir de nombreux fils et d’intercéder pour eux : ‘mon désir est que mon peuple soit épargné’ (cf. Est. 7, 3). »[7]

III – Mère et avocate

« L’Eglise en prière a vu en cette humble reine [Esther], qui intercède avec tout son être pour son peuple qui souffre, une préfiguration de Marie, que son Fils nous a donné à tous comme Mère ; une préfiguration de la Mère qui, par son amour, protège la famille de Dieu qui chemine en ce monde. Marie est l’image exemplaire de toutes les mères, de leur grande mission d’être les gardiennes de la vie, de leur mission d’enseigner l’art de la vie, l’art d’aimer. »[8] disait Benoît XVI lors d’une rencontre mondiale des familles.

Et le Pape François complète en soulignant combien cela doit être pour nous source de joie : « Le chrétien est joyeux, il n’est jamais triste. Dieu nous accompagne. Nous avons une Mère qui intercède toujours pour la vie de ses enfants, pour nous, comme la reine Esther […] (cf. Est 5, 3). Jésus nous a montré que le visage de Dieu est celui d’un Père qui nous aime. Le péché et la mort ont été vaincus. Le chrétien ne peut pas être pessimiste ! »[9]

Ecoutons ici à nouveau Saint Alphonse-Marie de Liguori : « Lorsqu’Assuérus vit Esther en sa présence, il lui demanda avec amour ce qu’elle désirait. O mon Roi, répondit-elle, si j’ai trouvé grâce devant vos yeux, accordez-moi le salut de mon peuple pour lequel j’implore votre clémence. – Assuérus l’exauça et ordonna aussitôt que la séquence fût révoquée. Or, si Assuérus accorda le salut des Juifs à Esther, parce qu’il l’aimait, comment Dieu, qui aime Marie d’un amour immense, pourrait-il ne pas l’exaucer lorsqu’elle le prie pour les pauvres pécheurs qui réclament son intercession, et qu’elle lui dit : O mon Roi et mon Dieu, si j’ai trouvé grâce devant vous, si vous m’aimez, accordez-moi le salut de ces pécheurs pour lesquels j’intercède auprès de vous.

« Si vous m’aimez !… » Ah ! Elle n’ignore pas, cette divine Mère, qu »elle est la bénie, la bienheureuse, celle qui, seule entre tous les enfants d’Adam, a trouvé la grâce perdue par l’homme ; elle sait qu’elle est la Bien-Aimée de son Seigneur, plus aimée que tous les saints et tous les anges ensemble ; comment donc Dieu pourrait-il ne pas l’exaucer ? Qui ne connaît pas la force des prières de Marie auprès de Dieu ? Une loi de clémence sort de ses lèvres, dit le Sage, chacune de ses prières est comme une loi aussitôt sanctionnée par le Seigneur, et qui garantit un arrêt de miséricorde à tous ceux pour qui elle intercède.

Saint Bernard demande pourquoi l’Église appelle Marie Reine de miséricorde, et il répond : C’est que l’on croit qu’elle ouvre l’abîme de la miséricorde divine à qui elle veut, quand elle veut, et comme elle veut ; en sorte que nul pécheur, si criminel soit-il, ne se perd, pourvu que Marie le protège. »[10]

En effet, Esther comme Marie sont témoins et protagonistes de la Miséricorde divine. Dans son encyclique sur la miséricorde, Jean-Paul II soulignait ainsi comment la notion, le concept de miséricorde avait été de plus en plus approfondi dès l’Ancien Testament :

« Dans l’Ancien Testament, le concept de «miséricorde» a une longue et riche histoire. Nous devons remonter jusqu’à elle pour que resplendisse plus pleinement la miséricorde que le Christ a révélée. En la faisant connaître par ses actions et son enseignement, il s’adressait à des hommes qui non seulement connaissaient l’idée de miséricorde, mais qui aussi, comme peuple de Dieu de l’Ancienne Alliance, avaient tiré de leur histoire séculaire une expérience particulière de la miséricorde de Dieu. Cette expérience fut sociale et communautaire tout autant qu’individuelle et intérieure.

Israël en effet fut le peuple de l’alliance avec Dieu, alliance qu’il brisa de nombreuses fois. Quand il prenait conscience de sa propre infidélité – et, tout au long de l’histoire d’Israël, il ne manqua pas d’hommes et de prophètes pour réveiller cette conscience -, il faisait appel à la miséricorde. […]

Dans ce vaste contexte «social», la miséricorde apparaît en corrélation avec l’expérience intérieure de chacun de ceux qui se trouvent en état de péché, qui sont en proie à la souffrance ou au malheur. Le mal physique aussi bien que le mal moral ou péché sont cause que les fils et les filles d’Israël s’adressent au Seigneur en faisant appel à sa miséricorde. C’est de cette manière que David, pleinement conscient de la gravité de sa faute, s’adresse à lui. De même Job, après ses rébellions dans son terrible malheur. Esther s’adresse également à lui, consciente de la menace mortelle qui plane sur son peuple »[11]

IV – Esther, Marie et l’Eglise

C’est Saint Bonaventure qui ici va nous éclairer sur l’un des parallèles que l’on peut établir entre Esther, Marie et l’Eglise : « Marie Reine est encore dispensatrice de la grâce, ce qui fut signifié dans le livre d’Esther, où il est dit : ‘C’est la petite source qui devient un fleuve et s’est transformée en lumière et en soleil’ (Esther 10, 6). La Vierge Marie, sous la figure d’Esther, est comparée à la diffusion de la source et de la lumière […] Car la grâce de Dieu, qui guérit le genre humain, descend jusqu’à nous à travers elle comme par un aqueduc, parce que la dispensation de la grâce appartient à la Vierge non pas par mode de principe, mais par mode de mérite. Par son mérite, donc, la Vierge Marie est la Reine très éminente, par rapport au peuple, puisqu’elle obtient le pardon, triomphe dans le combat et distribue la grâce, et par suite, conduit jusqu’à la gloire »[12]. L’Eglise, de même, est pour nous dispensatrice de la grâce de Dieu, dispensatrice du Salut. C’est elle qui nous fait naître à la grâce par le baptême, elle qui maintient et vivifie en nous cette grâce au moyen des sacrements et de la liturgie.

Alors que nous venons de fêter, hier, Marie sous ce beau titre de Mère de l’Eglise, prions-la tout particulièrement pour que nous apprenions à aimer toujours plus l’Eglise, notre Mère, dispensatrice du Salut. Confions-lui tous les membres de l’Eglise, qu’ils soient fidèles à leurs engagements pour que l’Eglise apparaisse toujours mieux aux yeux des hommes comme « Lumen gentium » : lumière pour tous les peuples !

Pour retrouver les autres figures de la Vierge Marie dans l’Ancien Testament :

(1) Ève – (2) Sara – (3) Anne – (4) Débora – (5) Ruth – (6) Judith

[1] Saint Alphonse-Marie de Liguori – Les gloires de Marie – Commentaire sur le Salve Regina, Chap. I : « Salve Regina, Mater misericordiae »

[2] Concile Vatican II – Constitution dogmatique Lumen Gentium n°62

[3] Benoît XVI – Homélie lors de la Ve rencontre mondiale des familles, Valence (Espagne), 9 juillet 2006

[4]Catéchisme de l’Eglise Catholique n°759 : «  » Le Père éternel par la disposition absolument libre et mystérieuse de sa sagesse et de sa bonté a créé l’univers ; il a décidé d’élever les hommes à la communion de sa vie divine « , à laquelle il appelle tous les hommes dans son Fils :  » Tous ceux qui croient au Christ, le Père a voulu les appeler à former la sainte Église « . Cette  » famille de Dieu  » se constitue et se réalise graduellement au long des étapes de l’histoire humaine, selon les dispositions du Père : en effet, l’Église a été  » préfigurée dès l’origine du monde ; elle a été merveilleusement préparée dans l’histoire du peuple d’Israël et dans l’Ancienne Alliance ; elle a été instituée enfin en ces temps qui sont les derniers ; elle est manifestée grâce à l’effusion de l’Esprit Saint et, au terme des siècles, elle sera consommée dans la gloire  » (LG 2).

[5] Benoît XVI – Homélie lors de la Ve rencontre mondiale des familles, Valence (Espagne), 9 juillet 2006

[6] Benoît XVI – Homélie pour le Mercredi des Cendres – 6 février 2008

[7] Jean-Paul II – Homélie au sanctuaire de Notre-Dame d’Aparecida (Brésil) – 4 juillet 1980

[8] Benoît XVI – Homélie lors de la Ve rencontre mondiale des familles, Valence (Espagne), 9 juillet 2006

[9] Pape François – Homélie lors de la XXVIIIe JMJ – Sanctuaire de ND d’Aparecidad, Rio de Janeiro, 24 juillet 2013

[10] Saint Alphonse-Marie de Liguori – Les gloires de Marie – Commentaire sur le Salve Regina, Chap. I : « Salve Regina, Mater misericordiae »

[11] Jean-Paul II – Encyclique Dives in misericordia (1980) n°4 : la miséricorde dans l’Ancien Testament

[12] Saint Bonaventure – Sermon sur la Dignité Royale de la Bienheureuse Vierge Marie

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