Tu es la gloire de Jérusalem ! Tu es le grand honneur de notre race !

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En parcourant l’Ecriture… Les figures de la Vierge Marie dans l’Ancien Testament (7/8)

Judith contre Holopherne

6ème figure de la Vierge Marie dans l’Ancien Testament, voici Judith qui annonce déjà le grand combat de la femme contre le Dragon (cf. Apocalypse 12)… Nous sommes ici dans le temps des prophètes, après le retour d’exil du peuple d’Israël…

I- Elle te frappera à la tête…

Alors que c’est le serpent qui avait séduit Eve et l’avait entraînée à la blessure du péché originel, avec Judith on a l’annonce de la revanche de la femme sur le serpent telle qu’annoncée dans le protévangile (Gn 3, 15) : « Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance : celle-ci te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon. »

Ici, le serpent, c’est Holopherne, général en chef des armées assyriennes ennemies, qui assiège la ville de Béthulie et la coupe de son approvisionnement en eau. Le désespoir guette la ville et les hommes veulent se rendre… Ozias, le chef du peuple, demande de persévérer encore 5 jours, pour laisser à Dieu le temps de répondre et de venir à leur secours… mais sans grande espérance…

Le Pape François, dans son audience générale du 25 janvier 2017, commente ainsi l’épisode : « Ils accordent cinq jours à Dieu pour les sauver, mais ils savent qu’ils n’ont pas confiance, ils attendent le pire. En réalité, personne dans le peuple n’est encore capable d’espérer. Ils étaient désespérés. C’est dans cette situation que Judith apparaît sur la scène. Veuve, femme d’une grande beauté et sagesse, elle parle au peuple avec le langage de la foi. Courageuse, elle réprimande le peuple en face (en disant): «Et maintenant vous mettez le Seigneur Tout-Puissant à l’épreuve ! […]. Non, frères, gardez-vous d’irriter le Seigneur notre Dieu ! S’il n’est pas dans ses intentions de nous sauver avant cette échéance de cinq jours, il peut nous protéger dans le délai qu’il voudra, comme il peut nous détruire à la face de nos ennemis. […] Dans l’attente patiente de son salut, appelons-le plutôt à notre secours. Il écoutera notre voix si tel est son bon plaisir» (8, 13.14 – 15.17). C’est le langage de l’espérance. Frappons à la porte du cœur de Dieu, il est le Père, il peut nous sauver. Cette femme, veuve, risque également de faire une piètre figure devant les autres ! Mais elle est courageuse ! Elle va de l’avant! Voilà mon opinion personnelle: les femmes sont plus courageuses que les hommes. » [0]

En effet, Judith va réussir à séduire Holopherne – on voit ici le renversement des rôles avec le récit du péché originel de la Genèse ! – et, une fois que celui-ci est ivre, à lui trancher la tête : « Elle s’approcha du lit, empoigna la chevelure d’Holopherne et dit :  » Rends-moi forte en ce jour, Seigneur, Dieu d’Israël.  » Par deux fois, elle le frappa au cou, de toute sa vigueur, et en détacha la tête. » (Jdt 13, 7-8)

Continuons avec un commentaire du Pape Jean-Paul II : « L’œuvre de Dieu apparaît d’autant plus lumineuse qu’il n’a pas recours à un guerrier ou à une armée. Comme autrefois, à l’époque de Deborah, où il avait éliminé le général cananéen Sisera au moyen de Yaël, une femme (Jg 4, 17-21), il se sert à présent à nouveau d’une femme sans défense pour venir en aide à son peuple en difficulté. Forte de sa foi, Judith s’aventure dans le campement ennemi, subjugue le général par sa beauté et le supprime de façon humiliante. Le cantique souligne profondément ce fait : « Car leur héros n’est pas tombé devant des jeunes gens, ce ne sont pas des fils de titans qui l’ont frappé, ni de fiers géants qui l’ont attaqué, mais c’est Judith, fille de Merari, qui l’a désarmé par la beauté de son visage » (Jdt 16, 5-6).

La figure de Judith deviendra ensuite l’archétype qui permettra non seulement à la tradition juive, mais également à la tradition chrétienne, de souligner la prédilection de Dieu pour ce qui est considérée comme fragile et faible, mais qui, précisément pour cette raison, est choisi pour manifester la puissance divine. Elle est également une figure exemplaire servant à exprimer la vocation et la mission de la femme, appelée comme l’homme, selon ses qualités spécifiques, à jouer un rôle significatif dans le dessein de Dieu. »[1]

Marie, comme Judith, est celle qui est appelée à écraser la tête du serpent, Satan, pour délivrer tout le genre humain grâce à la Puissance salvifique de Dieu !

Benoît XVI disait : « Lorsque Dieu appelle Marie « pleine de grâce », l’espérance du salut s’allume pour le genre humain : une fille de notre peuple a trouvé grâce aux yeux du Seigneur, qui l’a choisie comme Mère du Rédempteur. Dans la simplicité de la maison de Marie, dans un pauvre village de Galilée, commence à s’accomplir la prophétie solennelle du salut : « Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t’écrasera la tête et tu l’atteindras au talon » (Gn 3, 15). C’est pourquoi le peuple chrétien a adopté le cantique de louange que les juifs élevèrent à Judith et que nous venons de prier dans le psaume responsorial : « Sois bénis, ma fille, par le Dieu Très Haut, plus que toutes les femmes de la terre » (Jdt 13, 18). Sans violence, mais avec le doux courage de son « oui », la Vierge nous a libérés, non d’un ennemi terrestre, mais de l’antique adversaire, en donnant un corps humain à Celui qui allait lui écraser la tête une fois pour toute. »[2]

II – Quand l’eau vient à manquer…

« Ils [les ennemis] prirent position dans le vallon et s’emparèrent des points d’eau et des sources des fils d’Israël. » (Jdt 7, 17)

C’est pour sauver son peuple de la soif que Judith intervient, le sauver du manque d’eau qui frappe toute la ville… Or, dans la Bible, l’eau est symbole de Vie mais aussi de l’Esprit-Saint, et de la Grâce qui nous vient par Jésus… C’est pour cela que, durant le temps de l’Avent, nous supplions le Ciel de nous donner la « rosée céleste » = le Messie attendu, avec l’hymne « Rorate, caeli de super… » dont le refrain est tiré du Livre d’Isaïe (45, 8) : « Cieux, épanchez-vous là-haut, et que les nuages déversent la justice, que la terre s’ouvre et produise le salut ». Marie est celle qui nous donne justement cette eau venue du Ciel

Saint Bernard qualifie la Vierge Marie « d’Aqueduc » de la grâce : «Vous voyez déjà, si je ne me trompe, de qui je veux parler par cet aqueduc : il a pris au cœur du Père, la plénitude même de la source, et nous l’a donnée ensuite, sinon telle qu’il l’avait reçue, du moins telle que nous pouvions la recevoir. Vous savez bien, en effet, à qui s’adressaient ces paroles : ‘Je vous salue pleine de grâce.’ Faut-il nous étonner qu’on ait pu trouver comment faire un tel et si grand aqueduc? car, à l’exemple de l’échelle que vit le patriarche Jacob (Gen. XXVIII, 12), par le haut il touche aux cieux, que dis-je, il perce les cieux mêmes, et va prendre à sa source cette eau vive, qui se trouve au dessus des cieux. Salomon, frappé d’étonnement, s’écriait avec une sorte de désespoir : ‘Qui trouvera la femme forte (Prov. XXXI, 10) ?’ Sans doute, si le courant de la grâce fut si longtemps desséché pour, le genre humain, c’est qu’il n’avait pas encore cet, aqueduc si désirable, dont je vous parle. […] Ne t’arrête point parmi les anges, Vierge sainte, la terre assoiffée attend de recevoir par ton intervention une eau désaltérante venue de plus haut. »[3]

III – L’honneur de notre peuple

Le nom de Judith, « Yehoudit » = la juive en hébreu, fait d’elle l’incarnation du peuple juif dans son ensemble, auquel Dieu prête main forte car elle reste fidèle à la Loi. De plus, si l’on regarde chaque ancêtre cité dans sa généalogie, ils renvoient à des tribus d’Israël différentes : Judith est ainsi liée à l’ensemble du peuple hébreu, tout comme Marie est l’image de toute l’Eglise !

« Quand ils virent Judith le visage transformé, et portant d’autres vêtements, sa beauté les plongea dans la plus grande admiration. Ils lui dirent : ‘Que le Dieu de nos pères te tienne en grâce, qu’il te donne de mener à bien ton projet, pour l’orgueil des fils d’Israël, l’exaltation de Jérusalem.’ » (Jdt 10, 7-8). La beauté de Judith comme de Marie ne réside pas tant dans une beauté extérieure que dans la beauté de leurs âmes qui sont tournées vers Dieu et veulent accomplir sa Volonté !

La bénédiction de Judith annonce celle de Marie par Élisabeth : « Sois bénie, ma fille, par le Dieu Très-Haut, plus que toutes les femmes de la terre » (Jdt 13,18). Les louanges adressées à Judith – « Tu es la gloire de Jérusalem ! Tu es le suprême orgueil d’Israël ! Tu es le grand honneur de notre race ! » (Jdt 15,9) – ainsi que des paroles provenant de son propre hymne sont aussi fréquemment employées en lien avec Marie : « Je veux chanter à mon Dieu un cantique nouveau. Seigneur tu es grand, tu es   glorieux, admirable dans ta force, invincible. Que toute ta création te serve ! Car tu as dit et les êtres furent, tu envoyas ton souffle et ils furent créés, et personne ne peut résister à ta voix » (Jdt 16,13-14).

Jean-Paul II disait : « Certaines expressions du livre de Judith passeront, plus ou moins intégralement, dans la tradition chrétienne, qui verra dans l’héroïne juive l’une des préfigurations de Marie. N’est-ce pas un écho des paroles de Judith que l’on entend quand, dans le Magnificat, Marie chante : « Il a renversé les potentats de leurs trônes et élevé les humbles » (Lc 1, 52) ? On comprend donc comment la tradition liturgique, familière aux chrétiens d’Orient comme d’Occident, aime attribuer à la Mère de Jésus des expressions se référant à Judith, comme les suivantes : « Tu es la gloire de Jérusalem ! Tu es le suprême orgueil d’Israël ! Tu es le grand honneur de notre race ! » (Jdt 15, 9). »[4] Marie, en effet, est la plus belle créature, le plus beau fruit de la Rédemption, l’honneur de tout le genre humain !

IV – Judith, Marie et l’Eglise

Dans le monde plein de dangers, Judith tout comme Marie et l’Eglise ne restent pas sans rien faire : elles défendent leurs enfants, leur peuple ! Comment ?

En les conseillant d’abord ! Judith dit à son Peuple : « S’il n’est pas dans ses intentions de nous sauver avant cette échéance de cinq jours, il [Dieu] peut nous protéger dans le délai qu’il voudra, comme il peut nous détruire à la face de nos ennemis. Mais vous, n’exigez pas de garanties envers les desseins du Seigneur notre Dieu. Car on ne met pas Dieu au pied du mur comme un homme, on ne lui fait pas de sommations comme à un fils d’homme. Dans l’attente patiente de son salut, appelons-le plutôt à notre secours. Il écoutera notre voix si tel est son bon plaisir ». (Jdt 8,15-17). Judith apparait ici comme la figure de Marie, « Mère du Bon Conseil », et la figure de l’Eglise enseignante, qui guide le peuple de Dieu

En leur faisant remettre toute leur confiance en Dieu seul : dans son audience générale où il commentait le cantique de Judith utilisé dans la liturgie des heures, le pape Jean-Paul II s’exprimait ainsi : « Il faut avoir confiance en Dieu. Le véritable ennemi qu’Israël doit craindre n’est pas les puissants de cette terre, mais l’infidélité au Seigneur. C’est cette dernière qui le prive de la protection de Dieu et le rend vulnérable. En revanche, lorsqu’il est fidèle, le peuple peut compter sur la force même de Dieu, « admirable dans sa force, invincible » (Jdt 16,13). Ce principe est merveilleusement illustré par toute l’histoire de Judith. […] La situation décrite dans les paroles de Judith est semblable à d’autres situations vécues par Israël, où le salut était arrivé alors qu’il semblait ne plus y avoir d’issue. Cela n’avait-il pas également été le cas lors de la fuite de l’Exode, du passage prodigieux de la mer Rouge? A présent, également, le siège effectué par une armée nombreuse et puissante ôte toute espérance. Mais tout cela ne fait que souligner la puissance de Dieu qui se manifeste comme le protecteur invisible de son peuple. »[5]

Mais Judith ne se contente pas de conseiller : ensuite « elle intercéda et agit pour son peuple. Même si elle reprocha l’incrédulité des Israélites, elle voulait agir pendant les cinq jours en faveur de son peuple. Elle avait compassion du peuple qui souffrait et n’en pouvait plus… On peut y voir la figure de Notre Dame du secours, Marie médiatrice de toute grâce, Marie qui défend la vie de ses enfants, la compassion de Marie… »[6]. C’est aussi l’image de l’Eglise, l’Epouse du Christ, qui intercède auprès de l’Epoux céleste…

Enfin, Benoît XVI, lors de la journée du malade en 2010 disait : « L’Eglise, comme Marie, conserve en elle les drames de l’homme et le réconfort de Dieu, elle les garde ensemble, le long du pèlerinage de l’histoire. A travers les siècles, l’Eglise manifeste les signes de l’amour de Dieu, qui continue à accomplir de grandes choses chez les personnes humbles et simples. La souffrance acceptée et offerte, le partage sincère et gratuit, ne sont-ils pas des miracles de l’amour ? Le courage d’affronter le mal, désarmé – comme Judith – avec la seule force de la foi et de l’espérance dans le Seigneur, n’est-il pas un miracle que la grâce de Dieu suscite continuellement chez tant de personnes qui consacrent leur temps et leurs énergies à aider ceux qui souffrent ? Pour tout cela, nous vivons une joie qui n’oublie pas la souffrance, mais qui la comprend plus encore. De cette façon, les malades et toutes les personnes qui souffrent sont dans l’Eglise non seulement les destinataires d’attentions et de soins, mais avant tout les acteurs du pèlerinage de la foi et de l’espérance, témoins des prodiges de l’amour, de la joie pascale qui jaillit de la Croix et de la Résurrection du Christ. »[7]

Que Judith et la Vierge Marie soient pour nous des modèles et nous guident alors que nous attendons l’Esprit de Force et de Crainte du Seigneur pour être à notre tour de courageux témoins du Christ et de son Amour dans notre monde !

Pour retrouver les autres figures de la Vierge Marie dans l’Ancien Testament :

(1) Ève – (2) Sara – (3) Anne – (4) Débora – (5) Ruth

[0] Pape François – Audience générale du 25 janvier 2017

[1] Jean-Paul II – Audience générale du 29 août 2001

[2] Benoît XVI – Homélie sur l’esplanade du sanctuaire De finibus terrae à Santa Maria Di Leuca – visite pastorale du 14 juin 2008

[3] Saint Bernard – L’Aqueduc, sermon pour la Nativité de la Vierge Marie (n°4 et 10)

[4] Jean-Paul II – Audience générale du 29 août 2001

[5] Jean-Paul II – Audience générale du 29 août 2001

[6] https://www.mariedenazareth.com/tout-sur-marie/ecritures-saintes/lancien-testament/les-annonces-de-marie-dans-lancien-testament/au-temps-de-lexil-et-apres-lexil-vers-marie/judith-et-marie-approfondissement/

[7] Benoît XVI – Homélie pour la XVIIIe journée du malade – 11 février 2010

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