A force de tout voir, on finit par tout accepter, et à force de tout accepter, on finit par tout approuver…

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50 ans après mai 68 : comment être acteurs du Renouveau ?

Rassemblement jeunes – Pentecôte 2018 (Fr. Xavier) (Forum 3/3)

Après les causes et les conséquences de la crise de mai 68, et les grandes orientations pour un Renouveau de l’Europe dans l’Esprit-Saint, voici la dernière intervention de ce forum pour nous aider à devenir acteurs de ce renouveau !

Introduction

Après avoir mis en lumière les racines et les conséquences de la révolution de mai 68, après avoir dégagé les principaux axes qui permettront un renouveau de l’Occident, en guise de conclusion, nous donnerons quelques éléments pour répondre à la question : comment être acteur de ce renouveau ? En effet, nous ne pouvons pas nous cantonner à une attitude de résistance même si celle-ci est nécessaire. La résistance permet d’éviter que nous soyons comme la grenouille qui, dans son bocal, s’habitue à la monter progressive de la température de l’eau et en meure sans avoir vu le danger. Ou encore a tombé dans la situation décrite par St Augustin qui disait : « A force de tout voir, on finit par tout accepter et à force de tout accepter, on finit par tout approuver ». Il faut être actif pour jeter les bases d’un renouveau. Certains se diront peut-être qu’ils ne sont pas capables d’être acteur du renouveau et penseront : Je me contente de ne pas me laisse submerger par la lame de fond, je ne suis pas capable de plus. Tenir ce raisonnement est non seulement lâche mais dangereux car celui qui ne combat pas positivement s’affadira et se laissera prendre par les idées du temps. La foi se fortifie et se purifie en la communiquant sinon elle se ternit et dévie !

Quelques attitudes nécessaires pour être acteur du renouveau

Affirmer la Vérité dans l’amour et de manière décomplexée.

Un petit exemple tiré du livre de Rod Dreher[1]. Il site Vaclav Havel qui, dans son essai écrit en 1978, le pouvoir des sans pouvoirs, donne l’exemple d’un marchand vivant sous un régime communiste et qui mettrait sur sa devanture une pancarte clamant ; « Travailleurs de tous les pays, unissez-vous ! » Il ne le fait pas nécessairement parce qu’il y croit ; mais parce qu’il ne veut pas d’ennuis. Et s’il n’y croit pas vraiment, il se justifie en ce disant après tout il n’y  a pas de mal à ce que tous les travailleurs du monde s’unissent. C’est par la peur que l’idéologie officielle se maintient au pouvoir, et par elle que finalement, le marchand changera d’opinion. Toute action qui contredit l’idéologie officielle est une négation de tout le système. Que se passe-t-il si le marchant cesse d’accrocher sa pancarte ? S’il refuse de se plier à la règle ? « Sa révolte est une tentative de vivre en vérité », et elle va lui coûter cher. Il perdra peut-être son travail, sa position sociale. Ses enfants n’obtiendront peut-être pas l’université qu’ils veulent. Il sera rejeté et ostracisé. Mais en s’affirmant témoin de la vérité, il a accompli quelque chose de puissant : il a affirmé que l’empereur était nu. Et parce que l’empereur est de fait nu, quelque chose de dangereux vient de naître. Par son action, en s’adressant au monde, il a permis à tous de voir ce qu’il avait derrière le rideau. Il leur a montré qu’il était vraiment possible de vivre en vérité.

Si vous faites ainsi, vous aussi aurez contribué à poser une pierre en vue du renouveau !

Tout le problème est de vaincre la peur. Jean-Paul II est en la matière un modèle. En effet, saint Jean-Paul II n’a cessé de dire tout au long de son pontificat : N’ayez pas peur. Dès la messe de l’intronisation de son pontificat, il a lancé son célèbre : « N’ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ ! ». Ce n’était pas un slogan. Jean Paul II a essayé de communiquer aux jeunes le secret de sa force : ne pas avoir peur. Jean Paul II a voulu nous libérer de la peur pour que nous retrouvions le dynamisme qu’engendre le courage.  Il disait : « Mais vous, chers jeunes, n’ayez pas peur de proclamer l’Evangile de la Croix en toutes circonstances. N’ayez pas peur d’aller à contre-courant ! »[2]

« Jeunesse de l’esprit, jeunesse de l’esprit ! Même si j’ai vécu des moments de profondes ténèbres, sous de durs régimes totalitaires, j’ai vu assez de choses pour être convaincu de manière inébranlable qu’aucune difficulté, qu’aucune peur n’est assez grande pour étouffer complètement l’espérance qui jaillit éternellement dans le cœur des jeunes»[3]

Voici un exemple où vous devez être courageux et qui engendrera quelque chose de nouveau en vous positionnant : apprenez à refuser de participer à un weekend où la messe du dimanche n’est pas prévue. Pour une chrétien un week end sans messe n’est pas possible. Rappelons–nos que les 49 martyrs d’Abitène, dans l’actuelle Tunisie, ont  été martyrisés en 304 parce qu’ils célébraient le Jour du Seigneur. Ils disaient « Sine dominico non possumus »Sans nous réunir en assemblée le dimanche pour célébrer l’Eucharistie, nous ne pouvons pas vivre[4].

Chaque fois que vous vous positionnez en ayant la foi en Jésus, vous posez un acte de vérité. Vous refusez le dictat de la pensée unique qui ne veut pas que vous exprimiez en publique votre foi chrétienne alors que souvent c’est plus admis pour les autres religions.

  • Se former sur notre foi.

Jean Paul II disait : « le pire ennemi de la foi est l’ignorance ».

« Vous devez connaître ce que vous croyez; disait Benoît XVI dans sa préface au catéchisme Youcat donné lors des JMJ de Madrid,  vous devez connaître votre foi avec la même précision avec laquelle un spécialiste en informatique connaît le système d’exploitation d’un ordinateur; vous devez la connaître comme un musicien connaît son morceau; oui, vous devez être bien plus profondément enracinés dans la foi que la génération de vos parents, pour pouvoir résister avec force et détermination aux défis et aux tentations de ce temps ».

St Paul nous dit : «Ne soyez pas paresseux dans le zèle, laissez-vous enflammer par l’Esprit et servez le Seigneur» (Rm 12, 11).

– Se former sur les questions sociétales.

Des jeunes ont passé du temps à se former sur les questions bioéthiques et de sociétés. Nous pouvons mentionner en ce domaine le très bon travail de formation fait par l’association Alliance Vita. Cette année doit avoir lieu la révision des lois sur la bioéthiques. Des états généraux sur ces questions ont commencé le 18 janvier dernier. On y aborde les questions de procréation (PMA, GPA, etc.)  ainsi que la fin de vie. Grâce à la présence de personnes formées, une vraie information a été donnée. Les partisans de la PMA, GPA n’ont pas pu remporter le débat en bien des cas. Leur argumentation est apparue extrêmement pauvre. Cela ne veut malheureusement pas dire que les lois légalisant la PMA GPA et l’Euthanasie ne passeront pas mais une conscience nouvelle est apparue !

– Vivre l’Evangile.

Apprendre à vivre l’évangile dans sa radicalité. Rappelons-nous qu’à son époque, saint François d’Assise a renouvelé l’Europe en vivant et faisant vivre l’Evangile dans sa radicalité.

Notre fondateur, le père Lucien Marie DORNE et mère Marie-Augusta ont été interpelés par la radicalité de l’Evangile et ont voulu la vivre d’une manière nouvelle à travers le charisme familiale de notre communauté.

Gandhi avait bien perçu la puissance transformante de l’Evangile : « Vous les chrétiens, vous avez en garde un document comportant assez de dynamite pour faire voler en éclat la civilisation entière, pour mettre le monde sans dessus dessous, pour apporter la paix à ce monde déchiré par les guerres. Mais vous le traitez comme s’il n’était qu’un simple ouvrage de bonne littérature, un point c’est tout »[5].

Samir Nassif, ce prêtre catholique de rite maronite et d’origine libanaise, né en 1967, témoignait dans notre foyer de Sens dans le cadre de l’AED. En substance, il disait qu’étant encore jeune homme, un haut dignitaire de l’Islam du lieu où il vivait lui avait fait cette confidence : « Vous savez, vous les chrétiens, vous avez un trésor, mais heureusement pour vous que vous n’en vivez pas pleinement car nous n’existerions plus !».

– Rechercher la sainteté.

Cherchez à mener une vie vertueuse. Menez le combat spirituel. Jean-Paul II disait encore aux jeunes :

  • « C’est vrai : Jésus est un ami exigeant, qui indique des objectifs élevés et qui demande que l’on sorte de soi-même pour aller à sa rencontre. «Celui qui perdra sa vie pour moi et pour l’Évangile la sauvera» (Mc 8, 35). C’est avec des jeunes vertueux, qu’un pays devient grand. C’est pourquoi, parce que l’avenir de Cuba dépend de vous, de la façon dont vous formez votre caractère, (…) N’oubliez pas que la responsabilité fait partie de la liberté »[6].
  • « Résistez à la tentation de la médiocrité et du conformisme.  Ce n’est qu’ainsi que vous pourrez faire de la vie un don et un service pour l’humanité »[7]

– L’engagement.

Chaque fois que vous vous engagez, vous luttez contre la liquéfaction de la société.

Quand vous êtes fidèles à vos engagements vous lutter contre, ce qu’appelle le pape François, la culture du provisoire.

– Investir la culture ;

Pour saint Jean Paul II la culture des peuples doit être préservée, elle une garantie de paix, de liberté et d’épanouissement des personnes. Il y a un droit de chaque personne à vivre dans sa culture et de sa culture même si celle-ci doit être évangélisée. C’est par la valorisation de la culture polonaise à laquelle il a travaillé toute sa vie, depuis sa jeunesse où il faisait du théâtre, en passant par son ministère d’évêque, de prêtre et de pape, qu’il a contribué à ce que la Pologne résiste de manière pacifique aux totalitarismes du nazisme et du communisme. Partout où il est passé, il a exhorté les populations soumises à des dictatures à replonger dans les racines de leur culture pour résister. Au sujet de l’Europe, sa volonté était que les jeunes s’engagent à ce qu’ils n’oublient pas leurs cultures issues du christianisme. Le but étant de faire barrage à ce qu’il appelait les cultures de la mort.

Signes d’espérance : « dans les années 60, les premiers à l’agrégation étaient des trotskystes, aujourd’hui les premiers à l’agrégation sont des Veilleurs. C’est là l’espoir. Quand on est mal aimé et que l’on veut être un fer de lance, il faut tenir le rang sur tous les plans, et la ferveur ne suffit pas »[8]

Apprenez à connaitre l’histoire de son Pays, ses traditions. Exercez les règles de bonnes tenues et de savoir-vivre.

– Remettre Dieu au centre de vos vies car Dieu ou rien

« A côté du temps consacré aux études et aux activités associatives, il faut toujours conserver la conscience d’être avant tout des contemplateurs du mystère de Dieu. (…) »[9]

« Ces paroles signifient que l’homme ne peut être heureux que dans la mesure où il est capable d’accepter les exigences que lui pose sa propre humanité, sa dignité d’homme. Les exigences que lui pose Dieu. (…) »[10]

– Consécration au Cœur Immaculé de Marie.

 Terminons par un dernier moyen pour être acteur du renouveau, il n’est pas le moindre, au contraire, il nous est directement recommander par Dieu lui-même : le chapelet, vivre la consécration au Cœur immaculé de Marie et tout particulièrement consoler son Cœur Immaculée : c’est une demande essentielle de Fatima.

Conclusion

Nous concluons par une conviction : plus  l’Occident sombrera dans l’acédie spirituelle, plus nombreux seront ceux qui se mettront en recherche de quelque chose de vrai, de profond, d’entier. C’est pourquoi, en quittant le sol français en septembre 2008, Benoît XVI avait dit : « les temps sont propices à un retour à Dieu ».

Notre mission de chrétien est de le leur offrir. C’est un travail enthousiasment.

Si nous voulons que notre foi change le monde nous devons commencer localement. Alors en avant !

 

[1] Rod DREHER, Comment être chrétien dans un monde qui ne l’est plus, éditions Artège, 2017, p. 141sq

[2] Homélie de la messe des Rameaux le 4 avril 2004

[3] Jean-Paul II, JMJ de Toronto 2002.

[4] Benoît XVI, Homélie prononcée le 29 mai 2005 lors du 24éme congrès Eucharistique.

[5] Citation tirée du Youcat

[6] Jean-Paul II, message écrit aux jeunes Cubains, 23 janvier 1998

[7] Jean-Paul II, discours à l’UNIV en 2002

[8] Chantal DELSOL, Une réaction française, la Nef, Juin 2017, n° 293, p. 24

[9] Jean-Paul II aux jeunes étudiants de la fédération des universitaires catholiques italiens (FUCI), 26 avril 2002

[10] Jean-Paul II, message adressé aux jeunes de France, Paris,  1980

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