Avance au large, et jetez vos filets !

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En parcourant l’Ecriture… Les miracles de Jésus : des « signes » pour notre foi… (5/8)

La pêche miraculeuse

Avant de nous intéresser plus particulièrement à ce miracle de la pêche miraculeuse, nous voudrions revenir sur l’importance de voir, à travers la Parole de Dieu, combien Celui-ci est proche de l’homme, combien son Cœur se laisse toucher et émouvoir devant les souffrances et les besoins des hommes…

Dans son exhortation apostolique Verbum Domini, Benoît XVI écrivait : « La Parole de Dieu ne s’oppose pas à l’homme, ne mortifie pas ses désirs authentiques, bien au contraire, elle les illumine, les purifie et les mène à leur accomplissement. Comme il est important pour notre temps de découvrir que seul Dieu répond à la soif qui est dans le cœur de tout homme ! À notre époque et surtout en Occident, s’est malheureusement diffusée l’idée que Dieu est étranger à la vie et aux problèmes de l’homme et, plus encore, que sa présence peut être une menace pour son autonomie. En réalité, toute l’économie du Salut nous montre que Dieu parle et intervient dans l’histoire en faveur de l’homme et de son salut intégral. Il est donc important, d’un point de vue pastoral, de présenter la Parole de Dieu dans sa capacité de répondre aux problèmes que l’homme doit affronter dans la vie quotidienne. Jésus se présente justement à nous comme celui qui est venu pour que nous puissions avoir la vie en abondance (cf. Jn 10, 10). Pour cela, nous devons déployer tous nos efforts pour que la Parole de Dieu apparaisse à chacun comme une ouverture à ses problèmes, une réponse à ses questions, un élargissement des valeurs et en même temps comme une satisfaction apportée à ses aspirations. »[1]

 

Tout l’Evangile nous révèle qui est Jésus. Jésus, comme le dit encore Benoît XVI dans son livre Jésus de Nazareth, a apporté Dieu au monde. En effet, Il est Dieu, Il se révèle à nous, dans notre quotidien, à travers des évènements familiers. C’est en cela que Jésus est très proche de nous. « La « bonne nouvelle » que Jésus proclame  se résume en ces paroles : « Le royaume de Dieu – ou royaume des cieux – est proche » (Mt 4, 17 ; Mc 1, 15). Que signifie cette expression ? Elle n’indique certes pas un royaume terrestre délimité dans l’espace et dans le temps, mais elle annonce que c’est Dieu qui règne, que c’est Dieu le Seigneur et que sa seigneurie est présente, actuelle, qu’elle est en train de se réaliser. La nouveauté du message du Christ est donc qu’en Lui Dieu s’est fait proche, qu’il règne désormais au milieu de nous, comme le démontrent les miracles et les guérisons qu’il accomplit. Dieu règne dans le monde à travers son Fils fait homme et avec la force de l’Esprit Saint qui est appelé « le doigt de Dieu » (cf. Lc 11, 20)… Jésus veut ainsi révéler le visage du vrai Dieu, le Dieu proche, plein de miséricorde pour tout être humain ; le Dieu qui nous donne la vie, sa vie, en abondance. Le royaume de Dieu est donc la vie qui s’affirme sur la mort, la lumière de la vérité qui dissipe les ténèbres de l’ignorance et du mensonge. »[2]

Les miracles, rapportés dans l’Evangile, sont nombreux ! 31% du texte de St Marc, les 12 premiers chapitres de St Jean ! L’idée dominante que les gens s’étaient faite de Jésus au cours de sa vie était peut-être, plus encore que l’idée d’un prophète, celle de quelqu’un qui accomplit des miracles. Jésus lui-même présente cela comme une preuve de l’authenticité messianique de sa mission : « Les aveugles voient et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent » (cf. Mt 11, 5). On ne peut supprimer le miracle de la vie de Jésus sans défaire toute la trame de l’Evangile.

Venons-en maintenant au récit de la première pêche miraculeuse. Car, comme pour la multiplication des pains, ce miracle s’est reproduit plusieurs fois au cours de la vie de Jésus et les évangélistes nous en rapportent au moins deux. La première se situe au début de la vie publique de Jésus et prélude au choix des premiers Apôtres, Pierre, Jacques et Jean ; la seconde se situe après la Résurrection et annonce l’envoi en mission des Apôtres. On le voit donc, la pêche miraculeuse nous place d’emblée dans le mystère de l’Eglise : ses débuts, sa mission…

I – Le récit de la pêche miraculeuse

C’est Saint Luc qui nous rapporte le récit de la première pêche miraculeuse (Lc 5, 1-11). Elle a lieu au cœur même de la vie de la Palestine : la mer de Galilée, ou lac de Tibériade, c’est la grande réserve d’eau, la « source » du pays, là où l’on pêche. Jésus est toujours à l’œuvre : alors qu’Il arrive au bord du lac, Il est entouré par beaucoup de monde venu L’écouter.

Pour pouvoir mieux enseigner, il monte dans une des barques de Simon et lui demande de s’éloigner un peu du rivage…Il est assis : c’est l’attitude du maître ; et Il enseigne aux foules, par la parole, mais aussi par l’exemple : « Duc in altum ! » (« Avance au large ! » Lc 5, 4).

Ensuite, Il demande à Simon de jeter les filets au large… Réponse de Simon : il connaît son métier, ce n’est plus le moment de jeter les filets, et ils ont déjà peiné toute la nuit sans résultat. Pourtant, il répond en homme qui fait confiance à Jésus, dès le début : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur ta parole, je vais jeter les filets. » (Lc 5,5)

Alors l’incroyable se produit ! Lorsqu’il veut relever les filets, ceux-ci sont pleins à craquer : « Et l’ayant fait, ils capturèrent une telle quantité de poissons que leurs filets allaient se déchirer. » (v.6)

Simon découvre en Jésus une manifestation de la puissance divine. Et en même temps il se découvre pécheur. Simon l’appelle non plus maître mais Seigneur ! Il est saisi d’effroi… Mais Jésus ne veut pas écraser Pierre mais le conquérir ! Il dit à Simon : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras. » (v.10)

Et généreusement et avec confiance, laissant tout, les disciples suivent Jésus…

Saint Jean nous rapporte une deuxième pêche miraculeuse : elle se situe à la fin de son Evangile (Jn 21), après la Résurrection de Jésus. Cette pêche est plus miraculeuse encore que la première : en effet, Saint Jean précise que « le filet [était] plein de gros poissons » (Jn 21, 11), et pourtant la pêche s’est faite près du rivage cette fois…

Les deux pêches miraculeuses se situent au début et à la fin de la vie publique de Jésus : on y voit le long apprentissage pour devenir pêcheurs d’hommes. Si les deux pêches miraculeuses ont lieu au même endroit, entre temps beaucoup d’évènements se sont passés. Pendant près de trois ans, les apôtres se sont mis à l’école de Jésus. Il leur faudra du temps. Jésus devra corriger avec son inlassable patience. Si la Passion et la Résurrection de Jésus donnent un sens nouveau à ces évènements, il faudra encore attendre la Pentecôte pour que les apôtres les saisissent en profondeur.

Mais ils ont ensuite accompli leur mission avec grande fidélité…

II – S’engager pour la mission…

Pour pêcher, il faut quitter le rivage de soi-même, cela demande de l’énergie, mais aussi de la confiance. Comme Pierre qui obéit à Jésus, il nous faut quitter nos propres raisonnements, la logique humaine et c’est alors que la mission peut avoir une grande fécondité ! Nous pouvons comprendre, à travers ce miracle, que la mission de l’Eglise ne dépend pas de moyens humains mais de la FIDELITE à Jésus, et de notre confiance en Lui.

Dans son exhortation apostolique Evangelii gaudium, le Pape François disait : « Quand nous avons davantage besoin d’un dynamisme missionnaire qui apporte sel et lumière au monde, beaucoup de laïcs craignent que quelqu’un les invite à réaliser une tâche apostolique, et cherchent à fuir tout engagement qui pourrait leur ôter leur temps libre. Aujourd’hui, par exemple, il est devenu très difficile de trouver des catéchistes formés pour les paroisses et qui persévèrent dans leur tâche durant plusieurs années. Mais quelque chose de semblable arrive avec les prêtres, qui se préoccupent avec obsession de leur temps personnel. Fréquemment, cela est dû au fait que les personnes éprouvent le besoin impérieux de préserver leurs espaces d’autonomie, comme si un engagement d’évangélisation était un venin dangereux au lieu d’être une réponse joyeuse à l’amour de Dieu qui nous convoque à la mission et nous rend complets et féconds. Certaines personnes font de la résistance pour éprouver jusqu’au bout le goût de la mission et restent enveloppées dans une acédie paralysante. »[3]

Pour l’accomplissement du miracle, l’initiative revient à Jésus, et cela peut nous faire réfléchir… Saint Pierre ne fait pas SA mission mais celle de Jésus ! Cependant, Jésus a besoin de Pierre, de ses filets, de son obéissance, obéissance scrupuleuse : Jésus donne des ordres très précis.

Ces pêches miraculeuses, avec la multitude de poissons pris dans les filets, sont des signes que Jésus veut sauver tous les hommes en les unissant à Lui par l’intermédiaire de son Eglise, le grand filet. Benoît XVI, lors de l’Angélus du 10 février 2013, disait : « L’image de la pêche renvoie à la mission de l’Église. Saint Augustin commente à ce propos : « Deux fois les disciples se mirent à pêcher sur commandement du Seigneur : une première fois avant la passion et une autre après la résurrection. Dans les deux pêches est représentée l’Église entière : l’Église comme elle est aujourd’hui et comme elle sera après la résurrection des morts. Aujourd’hui, elle accueille une multitude impossible à dénombrer, qui inclut les bons et les mauvais ; après la résurrection elle n’inclura que les bons » (Discours 248, 1). L’expérience de Pierre, assurément singulière, est également représentative de l’appel de chaque apôtre de l’Évangile, qui ne doit jamais se décourager d’annoncer le Christ à tous les hommes, jusqu’aux extrémités du monde. En outre, le texte d’aujourd’hui fait réfléchir sur la vocation au sacerdoce et à la vie consacrée. Celle-ci est l’œuvre de Dieu. L’homme n’est pas l’auteur de sa propre vocation, mais il répond à la proposition divine ; et la faiblesse humaine ne doit pas faire peur si Dieu appelle. Il faut avoir confiance dans sa force qui agit justement dans notre pauvreté ; il faut avoir toujours plus confiance dans la puissance de sa miséricorde, qui transforme et renouvelle. »[4]

Jésus a voulu par ces deux signes nous montrer la fécondité de l’Eglise. L’Eglise tirera des eaux de la mer (qui représente les puissances du Mal) de nombreux « poissons ». Croyons à la fécondité de l’Eglise, malgré  les apparences contraires. Ayons cette certitude dans notre cœur à la suite de Saint Jean-Paul II qui disait « N’ayez pas peur. Entrez dans l’espérance ! ». Plus que quiconque, Saint Jean-Paul II a connu les forces du mal mais jamais il ne s’est résigné à les voir triompher. Ayons confiance, Dieu est à l’œuvre. Il ne cessera de jeter les filets et de peiner jour et nuit.

Avec Jésus, nous devons nous aussi prier pour le salut des âmes, et travailler à la mission ! Jésus nous redit à chacun : « Suis-Moi ! » (Jn 21, 19), pas forcément sur un chemin facile : « Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller. » (Jn 21, 18) mais avec la certitude qu’Il sera toujours là à nos côtés.

Dans son message pour la journée missionnaire 2015 ; le Pape François disait : « Lorsque nous nous tenons en prière devant Jésus crucifié, nous reconnaissons la grandeur de son amour qui nous donne dignité et nous soutient et, en même temps, nous percevons que cet amour qui part de son cœur transpercé s’étend à tout le peuple de Dieu et à l’humanité entière. Ainsi nous sentons qu’il veut aussi se servir de nous pour arriver toujours plus près de son peuple bien-aimé (cf. Evangelii gaudium n. 268) et de tous ceux qui le cherchent avec un cœur sincère. Dans le commandement de Jésus « Allez » sont présents les scénarios et les défis toujours nouveaux de la mission évangélisatrice de l’Eglise. En elle, tous sont appelés à annoncer l’Évangile par le témoignage de la vie. »[5]

Prions tout spécialement pour tous les nouveaux prêtres ordonnés en ce mois de juin : qu’ils soient d’ardents missionnaires selon le Cœur de Jésus !

Et pour terminer, un petit fait miraculeux supplémentaire…

III – Une nouvelle pêche miraculeuse…

A Ozernoye, au Kazakhstan, la Vierge Marie est intervenue pour sauver ses fils en détresse : en 1936, des déportés polonais et ukrainiens ont été abandonnés là par les Communistes. Ils ont fait ce qu’ils ont pu mais en 1940, avec la réquisition des récoltes pour l’armée, les gens mouraient de faim. Ils se mirent à prier de tout leur cœur leur Mère Céleste… C’est alors qu’au Printemps 1941, lors de la fonte des neiges, un lac se forma au bord du village et les poissons pullulèrent ! Le village fut sauvé et, plus tard, exportera même du poisson dans les autres Républiques soviétiques avoisinantes. La paroisse est dédiée à la Vierge Marie sous le vocable : « Notre-Dame de la pêche miraculeuse. »

 

[1] Benoît XVI – Exhortation apostolique Verbum Domini n°23 (2008)

[2] Benoît XVI – Angélus du 27 janvier 2008

[3] Pape François – Exhortation apostolique Evangelii gaudium (2013) – n°81

[4] Benoît XVI – Angélus du 10 février 2013

[5] Pape François – message pour la journée missionnaire mondiale 2015

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