Donnez-leur vous-mêmes à manger !

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En parcourant l’Ecriture… Les miracles de Jésus : des « signes » pour notre foi… (2/8)

La multiplication des pains

Nous commençons notre série sur les miracles de Jésus racontés dans les évangiles par le miracle de la multiplication des pains. Ou plutôt par les miracles de multiplications des pains car les évangiles nous en mentionnent au moins deux (cf. par exemple Mt 14, 14-21 et Mt 15, 29-38).

On lit l’une de ces pages d’évangile pour la fête du Saint-Sacrement (Lc 9, 11-17, pour l’année C), comme préfiguration de l’institution de l’Eucharistie. C’est d’ailleurs tout le sens du commentaire fait par le bienheureux Charles de Foucauld méditant sur cet évangile : faisant parler Jésus, il dit : « Mes petits enfants, souvenez-vous que parmi tous les miracles que j’ai faits devant vous, certains ont été d’un genre tout particulier… Ils ont été la figure d’un grand mystère… Je vous ai expliqué, ainsi qu’à la foule, quelque chose de ce mystère à Capharnaüm, et ces vérités ont tant surpris les hommes que la plupart ne m’ont pas cru, et que beaucoup de mes disciples se sont retirés de Moi et ont, dès lors, cessé de Me suivre. Je veux parler des multiplications des pains qui présagent le Sacrement de mon Corps et de mon Sang que j’instituerai la veille de ma mort, à la dernière heure et au dernier repas que je passerai et que je prendrai avec vous… Je ne puis me décider, mes enfants, à vous quitter complètement… Je ne veux pas vous laisser orphelins… […] Je reviendrai […] dans le Très Saint Sacrement de l’Autel jusqu’à la fin des temps… Ainsi, tout en montant au Ciel, je resterai sur la terre, et je serai parmi vous jusqu’à la consommation des siècles… Je le ferai parce que vous êtes froids, pour vous rendre chauds, fervents, aimants, tendres, par ma présence, ma vue, la vue de mon amour…, parce que vous êtes faibles pour vous rendre forts, courageux, par le sentiment de ma présence, par la claire vue que je suis toujours avec vous…, parce que vous êtes sans espérance et sans confiance, pour vous donner espoir et confiance à la vue de mon amour pour vous, de ma familiarité avec vous…, parce que vous êtes tristes et découragés, pour vous rendre heureux, joyeux, pleins d’allégresse, par le bonheur d’être aux pieds, aux genoux de votre Bien-Aimé, d’être sans cesse en sa présence…, parce que vous êtes portés à vous occuper des choses matérielles, extérieures, mondaines, passagères, de ce qui concerne votre corps, pour vous porter à les laisser de côté et à ne vous occuper, au contraire, que de choses spirituelles, intérieures, célestes, éternelles, concernant votre âme. […] En vous donnant le Pain céleste, je ne me place pas seulement devant vous pour être adoré, quoique cette seule présence soit déjà un bien infini, un don divin, parfait, le Tout : en vous donnant  ainsi ma Présence dans vos tabernacles jusqu’à la fin des siècles, je vous fais un premier don infini… mais je vous en fais deux autres, infinis aussi… je me donne à vous, en deuxième lieu, pour être votre nourriture, et en troisième lieu, pour être offert par vous en sacrifice à mon Père en mon Nom »[1]

Nous allons suivre ici le récit de la multiplication des pains selon Saint Marc, au chapitre 6.

Tout d’abord, situons l’évènement dans son cadre…

I – le contexte de la multiplication des pains

Nous sommes près du lac de Tibériade, en direction de Bethsaïde, un peu avant la Pâque juive, la 2ème de Jésus au cours de sa vie publique. Saint Marc précise que l’herbe était verte (Mc 6, 39)… nous sommes au printemps !

Les apôtres, de retour de mission, font leur compte-rendu à Jésus… Celui-ci, plein de délicatesse à leur égard, veut les emmener se reposer un peu à l’écart, dans un lieu désert ; en effet, est-il dit, « ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux, et l’on n’avait même pas le temps de manger. » (Mc 6, 30-31).

Mais les gens ne sont pas dupes et devinent vite où ils se rendent… Ils les suivent, et les devancent même, par la terre et par la mer, de sorte que lorsqu’ils débarquent, c’est une foule qui est là, à attendre Jésus et ses apôtres…

Et que fait Jésus ? Se fâche-t-Il ? Non. Il est plein de compassion pour cette foule errante « parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les enseigner longuement. » (Mc 6,34). Lors de la 2nde multiplication des pains, Il dira : « J’ai de la compassion pour cette foule, car depuis trois jours déjà ils restent auprès de moi, et n’ont rien à manger. Si je les renvoie chez eux à jeun, ils vont défaillir en chemin, et certains d’entre eux sont venus de loin.» (Mc 8, 2-3). Il s’agit ici de la vraie pitié, de la vraie compassion : quelle bonté de la part de notre Dieu ! Déjà, l’Ancien Testament le soulignait : « Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas. » (Is 49,15). Ce grand miracle confirme la grande sollicitude de la Providence divine qui, selon le Catéchisme de l’Eglise Catholique, « prend soin de tout, des moindres petites choses jusqu’aux grands événements du monde et de l’histoire. »[2]

A la suite de Jésus, apprenons la souplesse, apprenons à nous laisser bousculer pour nous occuper de nos frères…par amour pour eux !

Le récit de l’évangile se poursuit… le jour baisse est-il dit, et le lieu est désert… Les hommes vont donc se retrouver dans la nuit, nuit qui porte à l’angoisse, à la peur… Les Apôtres aussi sont inquiets : ici il n’y a rien à manger ! Jusqu’alors, avec la foule, ils ont été rassasiés par la Parole de Jésus, ils ont écouté sans s’inquiéter : Jésus était là, et Il enseignait… mais voilà le moment de revenir au « quotidien »… Nous pouvons nous retrouver dans la même situation après avoir vécu un « temps fort » spirituel : après, nous retombons dans la réalité quotidienne qui peut nous plonger dans l’angoisse… que faire alors ? Comme lors de la multiplication des pains, il faut rester près de Jésus, revenir sans cesse à Lui par la prière.

Soulignons qu’il s’agit d’une foule, c’est-à dire que ce miracle est pour tous les hommes, de tous les temps et de tous les lieux. Et certains « viennent de loin » (Mc 8, 3) : ils sont loin de tout, et l’homme est « perdu » loin de sa vraie patrie, le Ciel.

Ils ont faim. C’est le grand problème pour chacun de nous : une faim nous dévore, que nous n’arrivons pas à combler sur cette terre sans Jésus, une soif d’infini… Cette faim, Jésus Lui aussi l’a connue au désert, tenté par Satan : « dis que ces pierres deviennent du pain ! » (cf. Lc 4,3) : faim physique qu’Il élève vers la faim spirituelle : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu… ». Mais Jésus n’est étranger à aucun de nos besoins : rappelons-nous comment Il prit la défense de ses Apôtres contre les pharisiens offusqués car ils avaient eu faim et avaient froissé des épis pour les manger le jour du Sabbat (cf. Mt 12,1 sq)… et puis Jésus enseignera la prière à son Père pour demander « notre Pain de ce jour » (Mt 6,11)… Oui, Jésus est venu combler toutes nos faims, et SE donner Lui-même en nourriture : « Je suis le Pain de Vie » (Jn 6,35) et « Je suis venu pour qu’ils aient la Vie, la vie en abondance » (Jn 10,10)… Et effectivement, dès cette multiplication des pains, nous pouvons constater qu’ « Ils mangèrent tous et ils furent rassasiés. » (Mc 6,42).

Ce qui est aussi remarquable, c’est de constater que cette foule est si enthousiaste qu’elle n’a même pas pensé à emporter de quoi manger, ou à partir à temps pour rentrer chez elle… Ce qu’elle veut, c’est entendre Jésus, approcher de cet homme si bon… Et nous ? Sommes-nous aussi attachés à Jésus ? Certes, il ne nous est pas demandé d’en oublier les réalités terrestres : continuons à bien prévoir nos repas… mais que la préparation du repas ne nous préoccupe pas au point de passer avant Jésus, la cuisson du rôti avant la messe… Et laissons une marge à la Providence pour qu’elle agisse même si nos « horaires » sont moins cadrés ! Regardons Marthe et Marie : Marie a choisi la meilleure part, il faut que Dieu chez nous soit « premier servi », et c’est tout un combat à mener, chaque jour…

II – Jésus, éducateur

Mais cette foule n’est pas à canoniser tout de suite pour autant ! Et Jésus leur fera ensuite un sérieux reproche : « Vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés. Travaillez non pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l’homme, lui que Dieu, le Père, a marqué de son sceau. » (Jn 6, 26-27). Là encore, Jésus nous rappelle  que « ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4,4, cf. Dt 8,3).

Benoît XVI, dans son livre Jésus de Nazareth, montre comment avec Jésus, la Loi qui fait vivre est devenue Personne, et comment cette Personne s’est faite nourriture, Pain pour nous dans l’Eucharistie, en lien avec sa Passion[3].

Et les Apôtres ? Jésus sera obligé également de les « sermonner », de les « tirer » un peu plus tard lorsqu’ils se désoleront d’avoir oublié les provisions : « Ils discutaient entre eux en disant : ‘C’est parce que nous n’avons pas pris de pains.’ Mais Jésus s’en rendit compte et leur dit : ‘Hommes de peu de foi, pourquoi discutez-vous entre vous sur ce manque de pains ? Vous ne comprenez pas encore ? Ne vous rappelez-vous pas les cinq pains pour cinq mille personnes et combien de paniers vous avez emportés ? Les sept pains pour quatre mille personnes et combien de corbeilles vous avez emportées ? Comment ne comprenez-vous pas que je ne parlais pas du pain ?’ » (Mt 16, 7-11)

Et pourtant, Jésus veut qu’ils soient des témoins actifs et vigilants de ce grand miracle. Il leur montre à la fois que, sans Lui, ils ne peuvent rien faire, mais qu’Il veut tout de même passer par eux. Il envoie ainsi André faire son enquête et trouver les cinq premiers pains, et les deux poissons. Oui, Jésus veut avoir besoin de nous. C’est une annonce de la mission de l’Eglise !

Jésus éprouve la foi de ses Apôtres qui sont inquiets : « donnez-leur vous-mêmes à manger ! » (Mc 6,37). Oui, Il leur donnera ce pouvoir « sacerdotal », mais pour le moment ils ne peuvent comprendre comment ils vont le faire… Ils sont dans le désarroi… Cinq pains et deux poissons… « Mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ? » (Jn 6,9)

Jésus leur demande un acte de confiance : « faites étendre la foule par groupe sur l’herbe » (cf. Mc 6, 39). Et ils le font. C’est un appel pour nous à toujours faire confiance, à ne jamais douter de Jésus. C’est ainsi que Jésus prépare ses Apôtres au grand don de l’Eucharistie…

III – La multiplication des pains comme prémice de l’institution du sacerdoce et de l’Eucharistie

Et nous en arrivons au miracle : le Christ va faire œuvre de Miséricorde en renouvelant les merveilles de la manne pendant l’Exode du peuple hébreu…

Prenant alors les pains et les poissons, Jésus lève les yeux au Ciel… pas de sensationnel : des gestes dignes et sobres… Et on retrouve dans ce récit les paroles de l’offertoire, de la consécration (cf. prières eucharistiques II et III par exemple) : « prenant alors les pains […], Il leva les yeux au Ciel, Il bénit, et rompit les pains, et Il les donnait à ses disciples pour les leur servir » (Mc 6,41).

Vu le prodige accompli, Jésus aurait pu terminer tout seul, faire Lui-même la distribution… mais non, Il veut passer par ses Apôtres : c’est une annonce de l’institution du sacerdoce. En effet, Jésus confiera ensuite à ses prêtres une participation à son unique sacerdoce, Il leur donnera le pouvoir de faire descendre et de distribuer le Pain de vie…

Car peu après ce miracle, on trouve dans l’évangile de Saint Jean le discours du Pain de Vie (cf. Jn 6) qui est une annonce claire de l’Eucharistie, en terme très réalistes : Jésus annonce qu’il faudra « manger sa chair et boire son sang pour avoir la vie éternelle » (cf. Jn 6, 54). On voit donc combien, une fois de plus, le miracle de la multiplication des pains était une préparation à l’Institution de l’Eucharistie.

Jésus aime l’ordre : Il a fait étendre la foule par groupe, pour que la distribution puisse se réaliser sans agitation. Il ne veut pas de gaspillage et fait ramasser les restes. On peut y voir également une image du respect qui est dû au Saint-Sacrement pour lequel on doit faire bien attention à ne perdre aucune parcelle, et de l’atmosphère qui doit régner dans nos liturgies : ordre, calme, recueillement… La communion plus pleine avec Jésus exige le silence pour vivre en intimité avec Jésus.

Et après ce miracle, Jésus contraint ses Apôtres à monter dans la barque : Il veut les éloigner pour éviter la gloire humaine ne les prenne. Lui-même, après avoir renvoyé la foule, se retire pour prier son Père (cf. Mc 6, 45-46). Encore une fois, Jésus est éducateur : Il tourne nos regards vers Dieu son Père, de qui vient toute gloire et à qui nous devons rendre toute gloire.

Pour conclure, en ces jours où nous avons fêté le Saint-Sacrement, réveillons notre Foi et notre contact avec Jésus, présent dans l’hostie consacrée, avec son Corps, son Sang, son Âme et sa Divinité ! C’est le miracle encore plus grand que préparait la multiplication des pains… « Il est là » disait le Saint Curé d’Ars… Témoignons de sa présence par nos signes d’adoration, nos génuflexions… et consolons Jésus, blessé par tant de manques de respect, par tant de cœurs endurcis… « Jésus est attentif à nos faits et gestes qui lui donnent amour ou offense » disait Mère Marie-Augusta.

En cette prochaine fête du Sacré-Cœur, demandons à Jésus plus de foi et répétons-nous souvent, comme Saint Paul : « Je sais en qui j’ai cru » (II Tm 1, 12) ! Et alors, nous dira Jésus, « si tu crois, si tu crois, tu verras la Puissance de mon Cœur ! », tout comme Il l’a dit à Sainte Marguerite-Marie !

[1] Bx Charles de Foucauld – Écrits spirituels – « Huit jours à Ephrem », la multiplication des pains.

[2] Catéchisme de l’Eglise Catholique n°303

[3] Cf. Benoît XVI – Jésus de Nazareth, Tome I – Chap. 8 : les grandes images de l’évangile de Jean – le pain (p. 290-299, éditions Flammarion)

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