Qu’y a-t-il entre vous et nous Jésus, Fils de Dieu ?

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En parcourant l’Ecriture… Les miracles de Jésus : des « signes » pour notre foi… (3/8)

Le démoniaque gérasénien

En ce mois du Sacré Cœur, nous pourrions reprendre avec fruits certains aspects que le Pape François nous avait invités à méditer durant l’année de la Miséricorde… Miséricorde qui caractérise tout particulièrement le Cœur de notre Dieu…

Ainsi  ces pages du prophète Isaïe : « Le jeûne qui me plaît, n’est-ce pas ceci : faire tomber les chaînes injustes, délier les attaches du joug, rendre la liberté aux opprimés, briser tous les jougs ? […] »[1].  En effet, Jésus a parfaitement accompli cette parole ; durant ses 3 années de vie publique, Il n’a cessé de délivrer les corps et les âmes du joug du péché et de Satan. Ceci est particulièrement manifeste dans certains miracles relatés par les évangélistes.

La délivrance du démoniaque gérasénien, racontée par les 3 synoptiques (Mt 8, 28-34 ; Mc 5,1-20 & Lc 8, 26-39) en est un. La vie chrétienne a pour objectif de nous libérer de la servitude du péché et de l’emprise de Satan : comme le démoniaque gérasénien, laissons-nous approcher par Jésus pour parvenir « libres et confiants vers le matin de la Pâque »[2] !

Nous verrons d’abord quelques aspects des récits évangéliques, puis nous verrons comment transparaît dans ce miracle la domination de Jésus sur les démons, et nous terminerons par une application pour notre propre combat spirituel !

I –Quelques détails : contexte de la délivrance du démoniaque gérasénien

1 – les différences entre les récits :

Bien que semblables sur l’essentiel, les 3 récits des synoptiques diffèrent sur certains points :

  • D’un point de vue général, le récit de Saint Matthieu ne raconte que les faits principaux, il glisse sur les détails ; les 2 autres récits sont plus complets, et plus dramatiques aussi !
  • Alors que Saint Marc et Saint Luc parlent d’un seul possédé, Saint Matthieu lui en présente deux: le récit des 2 autres évangélistes ne signale certainement que le principal d’entre eux, spécialement remarquable par sa violence et sa conversion radicale par la suite, puisqu’il désira devenir le disciple de Jésus.
  • Le nom de la région présente plusieurs variantes, erreurs de copistes probablement : on parle des démoniaques géraséniens ou gadaréniens… : la Bible commentée par le Père Fillion souligne en note qu’il doit s’agir en réalité non pas ni de Gadara (capitale de la Pérée, au Sud-Est du lac), ni de Gérasa (ville de la Décapole, très loin du lac), ni encore de Gergésa (dont on ne sait rien[3]), mais de Gersa, petite localité retrouvée par des fouilles au XXe siècle, sur la rive orientale du lac de Tibériade.

2 – Détails géographiques :

  • La région « de l’autre côté du lac» dans laquelle Jésus et ses Apôtres viennent de débarquer est une région où résident de nombreux païens[4] : en témoigne la présence des porcs, animal impur par excellence pour les juifs. Dans ses visions, Anne-Catherine Emmerich précise également que c’est une région dans laquelle on pratiquait beaucoup de divinations, de magie noire, (ainsi qu’un culte important aux idoles, aux « Baals »), où donc Satan et ses démons régnaient en maître depuis plusieurs siècles.
  • Le possédé erre dans les sépulcres: c’est le lieu de la mort, du pouvoir de Satan ; il doit s’agir ici, comme pour Lazare, de tombeaux taillés dans le roc, et assez spacieux pour servir au besoin d’habitation. Ils semblent d’ailleurs proches de la montagne où le démoniaque se rend aussi (Mc 5,5 – ou dans « le désert » en Lc 8,29, séjour favori des démons sur la terre !) : il est donc isolé du reste des hommes…

3 – Description du démoniaque :

  • Le démon donne au possédé une force surhumaine qui le libère de toute entrave, provoquant ainsi la terreur dans toute la région. Mais cette force et cette soi-disant liberté ne sont que pour la destruction de l’homme: il est isolé (cf. ci-dessus), criant (il ne parle plus) et se meurtrissant avec des pierres (destruction) ; il est nu (perte de sa dignité). « Le démoniaque gérasénien figure en quelque sorte l’homme moderne qui recherche la liberté mais ne sait que s’enchaîner lui-même ; la libération et l’unification de la vie ne peut être donnée que par le Christ ! » expliquait le Cardinal Lustiger à des jeunes[5].
  • Les démons qui le possèdent usent de lui, à tel point qu’on ne sait pas vraiment qui parle : l’homme ou les démons.
  • En répondant à la question de Jésus, il se nomme « Légion», or la légion romaine est composée de 5 à 6000 soldats ! Jésus prépare ainsi les voies au miracle et dévoile aux témoins combien sont nombreux les démons qu’il va dompter !
  • Après sa guérison, la transformation est remarquable : l’homme est assis, vêtu, et dans son bon sens. Il veut suivre Jésus, mais Celui-ci l’envoie plutôt annoncer la bonne nouvelle chez les siens : il retrouve sa dignité (vêtement), la parole, une vie sociale…
II – Jésus, vainqueur du Démon

1 – par sa puissance divine (Jésus est vrai Dieu)

Dès que Jésus débarque sur le rivage, on voit le possédé accourir vers Lui et se prosterner (Mc 5,6) puis Le supplier par 3 fois, angoissé (v7, 10 et 12) ; il se soumet à l’ordre de Jésus de donner son nom et les démons attendent son autorisation pour entrer dans le troupeau de porcs : même nombreux, les démons savent que Jésus est leur Maître et ils lui sont soumis.

Les démons ont une certaine connaissance de la grandeur de Jésus : ils l’appellent « Fils du Dieu Très-Haut » mais plutôt dans le sens large de « Messie », c’est-à-dire « Oint du Seigneur », « envoyé de Dieu ». L’expression « Qu’y a-t-il entre vous et nous Jésus, Fils de Dieu ? », souvent traduite par « Que nous veux-tu ? » (cf. Mt 8,29 // Mc 5,7 // Lc 8,28), montre qu’ils pressentent la totale opposition entre eux et Jésus et lui disent en somme : « Il n’y a rien de commun entre toi et nous qui te permette de t’occuper de nous ; que chacun s’occupe de ses affaires ! » (NB : c’est la même expression que Jésus utilisera aux noces de Cana quand Il répondra à Marie, mais avec respect » « laissez-moi faire, ma Mère ! » – cf. Jn 2,4). Ils reconnaissent aussi en partie sa mission : « Es-tu venu pour nous tourmenter avant le temps ? » c’est-à-dire avant le jugement dernier ? En effet, jusque-là, Dieu laisse une certaine liberté aux démons pour tenter les hommes. Mais la nature divine de Jésus restera un mystère pour Satan jusqu’à la descente de Jésus aux enfers, qui scellera la défaite du démon.

Il suffit d’un mot de Jésus « Allez ! » (Mt 8,32) pour que les démons obtempèrent. Le Verbe Incarné conserve la Puissance de sa Parole ! On peut noter qu’une fois dans les porcs, les démons les précipitent dans la mer, qui est dans la Bible le symbole des puissances mauvaises et de l’Enfer… L’objectif de Satan est là : nous faire chuter en Enfer ! Mais un chapitre avant dans l’évangile, Jésus n’a-t-Il pas commandé même à la mer de se taire ?

Pourtant, ce n’est pas uniquement en tant que Fils de Dieu que Jésus vainc le démon… Il l’a aussi vaincu en tant qu’homme !

2- par les tentations vaincues au désert (Jésus est vrai homme)

Par ses 40 jours passés dans le désert au début de sa vie publique, Jésus a combattu et vaincu pour nous toutes les formes de tentations de Satan[6]. Il y va « poussé par l’Esprit » juste après son baptême, dans ce but : « Alors Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable. » (Mt 4,1). C’est en tant qu’homme (on le voit souffrir de la faim par ex.), par sa prière et son jeûne, qu’Il nous obtient pour chaque tentation la force de la vaincre et des mérites que nous pouvons unir aux siens pour la Gloire de Dieu. « Dans le Christ, c’est toi qui était tenté, parce que le Christ tenait de toi sa chair pour te donner le Salut… » nous dit St Augustin[7] !

Jésus apparaît comme le Nouvel Adam qui renverse l’épisode du péché originel : Il est vainqueur de Satan, il retrouve une domination paisible sur la création (Il vit au milieu des bêtes sauvages) et les anges Le servent (alors qu’Ils avaient fermé le Paradis à Adam).

3- Jésus laisse l’homme libre…

Après avoir été témoins de la scène, les gardiens des porcs partent avertir tous les hommes de la contrée qui accourent… et sont saisis de crainte (Lc 8,34-35) ! On leur raconte à nouveau ce qui s’est passé : ils savent donc que Jésus pourrait les libérer de l’emprise démoniaque qui règne chez eux, mais ils préfèrent supplier Jésus de partir ! Jésus laisse l’homme libre : devant ce refus, Il s’en va.

III – Pour le combat, tu m’emplis de vaillance…

Jésus nous invite nous aussi a lutter avec Lui contre Satan. Comment ?

« Quand les Apôtres demandèrent au Sauveur pourquoi ils n’avaient pu, eux, délivrer de l’esprit malin un démoniaque, le Seigneur répondit:  » De pareils démons ne se chassent que par la prière et par le jeûne « . Le mal qui aujourd’hui ravage l’humanité ne pourra de même être vaincu que par une sainte et universelle croisade de prière et de pénitence. » [8]disait le Pape Pie XI !

Il ne faut pas avoir peur de combattre pour garder une vie de prière : on peut éprouver dégoût, sécheresse, ne pas trouver ni l’envie, ni le temps : « Une prière difficile est parfois plus agréable à Dieu. Si on s’accroche, notre prière a beaucoup de prix. Surtout, ne jamais baisser les bras ! » disait notre Père fondateur.

Dans notre combat contre Satan, nous ne sommes pas seuls : « même si toute notre existence est encerclée par les menaces, rien ne pourra jamais nous séparer de l’amour que le Christ lui-même gagna pour nous, en se donnant totalement. Même les puissances démoniaques, hostiles à l’homme, s’arrêtent impuissantes face à l’union intime d’amour entre Jésus et celui qui l’accueille avec foi. Cette réalité de l’amour fidèle que Dieu a pour chacun de nous, nous aide à affronter avec sérénité et force le chemin de chaque jour »[9] nous dit le Pape François. Encore faut-il que nous Lui demandions son aide : nous l’avons vu, Dieu ne force jamais notre liberté !

Si c’est le temps du combat, c’est aussi le temps de la grâce : l’Eglise nous ouvre toujours les trésors des sacrements… du sacrement de pénitence en particulier. N’ayons pas peur d’aller puiser aux sources de la Miséricorde pour détruire en nous toutes traces du péché, toute emprise de Satan sur nous et, ayant reçu Miséricorde, être ensuite capable de faire nous aussi miséricorde à nos frères ! Misericordes sicut Pater ! 

Terminons par ces réflexions du Pape François[1] au sujet de la tentation : « Comment suivre notre route chrétienne quand les tentations se présentent ? Quand le diable entre pour nous déranger ? » demandait-il. […] « On ne peut pas obtenir la victoire de Jésus sur le mal, sur le diable, à moitié. […] Ou tu es avec Jésus ou tu es contre Jésus. Et sur ce point il n’y a pas de nuances. Il existe une lutte, une lutte dans laquelle est en jeu notre salut éternel à tous. […] Nous devons toujours veiller, veiller contre la tromperie, contre la séduction du malin. Et nous pouvons nous poser la question : est-ce que je veille sur moi ? Sur mon cœur ? Sur mes sentiments ? Sur mes pensées ? Est-ce que je protège le trésor de la grâce ? Est-ce que je protège la présence de l’Esprit Saint en moi ? ». Il faut garder à l’esprit, que « le démon est astucieux : il n’est jamais chassé pour toujours, il ne le sera que le dernier jour ».

Courage donc. Continuons, sans nous lasser, notre combat spirituel, appuyés sur le Cœur de Jésus !

 

[1] cf. Misericordiae Vultus n°17

[2] Cf. oraison des Complies mardi

[3] Cité par Origène et A.C. Emmerich (Tome 2, p.157 sq.)

[4] Cf. aussi le témoignage de F. Josèphe.

[5] Card. Lustiger – Congrès international pour la Nouvelle Evangélisation – Vienne (Autriche), 2003.

[6] « Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations, le diable s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé. » Lc 4,13

[7] Saint Augustin – Homélie sur le Ps. 60 – Office des Lectures, I Dimanche de Carême.

[8] Encyclique Divini Redemptoris – Pape Pie XI – n°59

[9] Homélie du Pape François – Messe pour les cardinaux et les évêques défunts  – Basilique vaticane, 4 nov. 2013

[1] Pape François – méditation du 11 octobre 2013

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