Religieux, apôtre de l’Amour dans la Famille Domini, prêtre !

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Méditation de Père Bernard avant l’ordination sacerdotale de fr. Jean

Dimanche 17 juin 2018, Saint Pierre de Colombier

            Bien chers amis, nous voudrions tout d’abord vous dire un très grand merci d’être venu, une semaine après la journée de pèlerinage en l’honneur du Sacré Cœur et les vœux de frère Gabriel, pour l’ordination sacerdotale de frère Jean. Votre présence révèle votre attachement à notre Famille Missionnaire de Notre-Dame et nous en sommes très touchés.

            Pour préparer la cérémonie d’ordination, après la récitation du chapelet, j’ai choisi comme sujet de méditation, le titre que le Père m’avait donné pour témoigner après mon ordination sacerdotale en 1986, auprès du groupe fidélité et ouverture de Mr Gérard Soulages : religieux, apôtre de l’Amour, prêtre. Il est bien évident que ce titre ne veut pas signifier que nous déprécierions le ministère sacerdotal. Nous savons, tous, ce qu’était le sacerdoce pour le Saint Curé d’Ars : l’amour du Cœur de Jésus. Nous n’oublions pas tout ce que Saint Jean-Paul II a dit sur le sacerdoce dans ses lettres aux prêtres qu’il leur adressait tous les Jeudis Saints. Nous n’oublions pas les grâces de l’année sacerdotale décrétée par Benoît XVI. Nous nous préparons à vivre un moment très important avec l’ordination sacerdotale de notre frère Jean et nous remercions notre évêque, Mgr Jean-Louis Balsa, qui va ordonner prêtre notre frère. Monsieur Gérard Soulages désirait, en août 1986, que je donne un témoignage de ma joie d’être prêtre et je pense l’avoir donné. Mais il était important aussi, dans l’esprit de notre Père Fondateur, que je témoigne que j’étais un religieux Domini prêtre.

       Il est important de bien distinguer la mission des prêtres diocésains et des religieux prêtres. Les uns et les autres, nous faisons partie du même presbytérium. Nos missions sont différentes mais complémentaires. Nous avons besoin de prêtres diocésains et nous prierons pour les vocations des prêtres diocésains de Viviers. Nous avons aussi besoin de religieux prêtres et nous vous remercions de prier pour les vocations d’apôtres de l’Amour. Il est important aussi de souligner qu’évêques, prêtres et diacres exercent ensemble le ministère ecclésial. Cette expression au singulier se retrouve, plusieurs fois, dans le CEC. Cette expression révèle qu’il n’y a qu’un unique Grand Prêtre : Jésus qui, par les évêques, les prêtres et les diacres, exercent le ministère ecclésial= le ministère qui fait vivre l’Eglise. Nous ne devons pas oublier, enfin, que les ministres ordonnés ne doivent jamais oublier qu’ils sont des serviteurs et qu’ils doivent exercer leur ministère en esprit de service. Le Pape François souligne beaucoup cela. Nous devons imiter Jésus qui n’est pas venu pour être servi mais pour servir. Merci de prier afin que nous soyons en vérité des serviteurs humbles, zélés, donnés et miséricordieux.

> Religieux

Que signifie être religieux ? Le Concile Vatican II a donné deux textes sur la vie religieuse : le chapitre 6 de la Constitution dogmatique Lumen Gentium. Le chapitre 5 parle de l’appel universel à la sainteté et le chapitre 7 traite du Royaume de Dieu. Les consacrés doivent donc, par leur fidélité aux conseils évangéliques de pauvreté, chasteté et obéissance et la sainteté de leur vie, être témoins de l’appel à la sainteté pour tous, comme vient de le rappeler le Pape François, et signes du Royaume de Dieu. Le deuxième texte du Concile Vatican II est le décret pour la vie religieuse : Perfectae caritatis, de la charité parfaite. Les consacrés doivent, là encore, témoigner auprès des autres baptisés de la poursuite de la charité parfaite. Ces deux textes du Concile Vatican II ne veulent pas dire que les consacrés sont plus parfaits que les autres baptisés mais qu’ils doivent, de par leur état de consacré, rechercher l’imitation des deux modèles parfaits des consacrés : Jésus et Marie.

Jean-Paul II a donné une Exhortation post-synodale sur la vie consacrée : vita consecrata. Dans cette exhortation, il a montré que le fondement de la vie consacrée était Jésus, le parfait consacré, pauvre, chaste et obéissant. Jésus est l’Oint du Seigneur = le Christ (Ac 10, 38). Il est le modèle de tout consacré qui ne s’appartient plus mais appartient totalement à Dieu.

Jésus pauvre : Saint Paul a montré jusqu’où était allé le dépouillement du Verbe incarné : la kénose (mot grec qui signifie : se vider). Jésus s’est volontairement dépouillé de sa divinité (Ph 2, 6-11), pour nous enrichir de sa pauvreté (2 Co 8, 9). Jésus a vécu une pauvreté effective : naissance dans la plus grande pauvreté à Bethléem, vie cachée en Egypte et à Nazareth. Saint François a été fasciné par une telle pauvreté. Charles de Foucauld a voulu imiter Jésus pauvre, mais il savait, par l’abbé Huvelin, que Jésus avait tellement choisi la dernière place que nul ne pourrait jamais la lui ravir ! Quelle pauvreté dans sa mission ! Quelle pauvreté sur la Croix !

Jésus chaste ! Il ne s’est pas marié. Saint Paul dit que son épouse est l’Eglise (Ep 5). Nous pouvons découvrir implicitement, par quelques passages de l’Ecriture, l’ineffable pureté de Jésus. Saint Jean a écrit que nous verrons Dieu tel qu’Il est. Quiconque aura eu cette expérience se rendra pur comme Jésus est pur (1 Jn 3, 2-3). Les Apôtres, témoins de la transfiguration, ont perçu un rayonnement de l’éblouissante pureté de Jésus. Ils ont essayé de la décrire avec des mots évoquant la lumière ou la neige. Cette description est à rapprocher de celle du prophète Daniel présentant Dieu vêtu d’un vêtement blanc comme la neige (Dn 7, 9). Saint Jean a vu Jésus ressuscité revêtu d’une longue robe blanche avec une ceinture en or, des cheveux blancs comme la laine blanche et la neige (Ap 1, 13-15). Jésus a dit : “Bienheureux les cœurs purs, ils verront Dieu (Mt 5, 8). Saint Bernard aimait beaucoup le Cantique des cantiques parce qu’il découvrait, dans ce Livre, la Révélation de l’Amour pur, délicat, limpide, “amoureux” du Verbe incarné. Mais la réalité est tellement au-delà de ce que nous pouvons contempler. Seuls les Anges et les Saints du Ciel en ont l’expérience – et quelle expérience ! -, mais ils ne pourraient pas nous dire ce qu’elle est, car aucun mot de notre langage ne saurait l’exprimer ! En contemplant la pureté de Jésus, nous comprenons que la chasteté consacrée est un don de Dieu qui permet de libérer le cœur et d’aimer comme Jésus. Monsieur Gérard Soulages, dans les dernières années de sa vie, aimait dire : Jésus est l’Innocence divine !

Jésus obéissant !  Le péché originel a été un péché de désobéissance. Il fallait le réparer par l’obéissance du Rédempteur. L’épître aux Hébreux a révélé, qu’en entrant dans le monde, le Verbe incarné manifestait son intention d’obéir à son Père : “Voici, je viens pour faire ta volonté” (He 10, 5-10). Jésus n’a jamais cessé de renouveler sa volonté d’obéir. Les évangélistes ont donné quelques témoignages importants : “Je me dois aux affaires de mon Père” (Lc 2, 49) ; “Je ne fais rien de moi-même ; ce que le Père m’a enseigné, je le dis … je fais toujours ce qui lui plaît” (Jn 8, 28) ; “Non pas ma volonté, mais la tienne !” (Lc 23, 42). L’obéissance de Jésus a été absolument parfaite. Saint Paul a bien compris que la Rédemption a été accomplie par l’obéissance du Christ (Rm 5, 19 ; Ph 2, 6-8 ; Hb 10, 7). En contemplant Jésus obéissant nous découvrirons que la fécondité de toute vie consacrée ne réside pas dans le “faire”, mais dans la pratique de l’obéissance aimante.

> Apôtre de l’Amour :

la vie consacrée est vécue dans une grande variété de charismes inspirés par l’Esprit-Saint. Il existe des consacrés contemplatifs et d’autres consacrés apostoliques. Il y a des consacrés prêtres contemplatifs et d’autres qui sont missionnaires. Les membres de la FMND sont des consacrés. Ils professent les conseils évangéliques de pauvreté, chasteté et obéissance. Ils sont missionnaires. Mère Marie-Augusta a compris, dans sa prière, dès les premiers mois de la Fondation du premier Foyer à St Pierre que notre mission était d’être apôtres de l’Amour. Elle disait encore : “Ce qui fait un véritable apôtre de l’Amour, c’est son activité intérieure intense, beaucoup plus que son activité extérieure, mais cependant il faut les deux”. Jésus est le parfait modèle des apôtres de l’Amour. Son activité intérieure était intense et il a exercé, pendant sa vie publique, une activité extérieure vraiment donnée. Il a été tout à tous ! Il s’est révélé comme le Bon Pasteur (Jn 10, 1-18), allant à la recherche de toutes les brebis : les pharisiens, les scribes, les grands pécheurs, les malades, les pauvres, les exclus … Jésus a été véritablement “mangé”, mais Il s’est donné sans compter à la mission demandée par son Père. Il ne s’est pas attardé dans les lieux où Il était bien reçu, ni dans les maisons de ses amis. Il est allé partout où son Père l’envoyait. Il a rencontré des personnes de toutes catégories. Aucune n’a été exclue de sa charité pastorale ! Il a pris le temps de parler longuement à la Samaritaine (Jn 4), d’écouter une bonne partie de la nuit Nicodème (Jn 3), d’aller à la rencontre de Marie-Magdeleine, de Matthieu, du publicain, des lépreux… Il prenait aussi du temps pour éduquer ses apôtres et ses disciples. Il savait écouter les malades sans leur mesurer son temps ! Il s’est arrêté, alors que la foule le pressait et qu’Il avait une mission importante à réaliser, pour secourir un aveugle que tout le monde voulait faire taire, car il était le “trouble-fête” : Bartimée (Mc 10, 46s). Pendant le chemin de Croix, alors qu’Il était totalement exténué, Il s’est encore arrêté pour évangéliser les filles de Jerusalem, qui pleuraient en le voyant dans un tel état misérable ! Mère Marie-Augusta a eu cette intuition dans sa prière : Donum Dei, Don de Dieu, c’est Ton Nom, Mon Seigneur, c’est aussi Ton Histoire, Se donner c’est le besoin de Ton Amour ! Voilà ce que doivent tendre à être les apôtres de l’Amour.

> Prêtre :

le sacerdoce reçu par un consacré, apôtre de l’Amour, ne le met pas au-dessus de ses frères et de ses sœurs, mais à leur service. Saint Augustin disait :  » avec vous, je suis chrétien, pour vous je suis évêque. Un consacré, apôtre de l’Amour, doit également dire à ses frères et sœurs : avec vous je suis apôtre de l’Amour, pour vous je suis religieux prêtre. Notre évêque nous dira dans son homélie ce que doit être la vie et la mission du prêtre. »

Le directoire pour le ministère et la vie des prêtres (31-1-1994)  a mis en valeur la dignité de la consécration par l’ordination sacerdotale : elle configure l’ordonné au Christ, en le faisant participer au pouvoir sanctificateur, magistériel et pastoral du Christ et en lui permettant d’agir in persona Christi Capitis (7). Le prêtre, consacré au Christ de manière nouvelle et privilégiée, est configuré au Christ Époux de l’Eglise et acquiert une paternité spirituelle et réelle. Le Saint Curé d’Ars disait devant la grandeur du Sacerdoce : “Oh que le prêtre est quelque chose de grand ! S’il le comprenait, il en mourrait ! » Jean-Paul II, dans l’Exhortation apostolique sur la formation des prêtres (25-3-1992) écrivait : “Par l’ordination, chers amis, vous avez reçu l’Esprit même du Christ, qui vous rend semblables à Lui afin que vous puissiez agir en son nom et vivre en vous-mêmes ses propres sentiments. Tandis que cette intime communion avec l’Esprit du Christ assure l’efficacité de l’action sacramentelle que vous accomplissez “in persona Christi”, elle requiert également de s’exprimer dans la ferveur de la prière, dans la cohérence de la vie, dans la charité pastorale d’un ministère orienté vers le salut des frères. En un mot elle requiert votre sanctification personnelle” (33). Le 25 mars 1992, Jean-Paul II avait pris comme titre de son Exhortation apostolique pour les prêtres, cette promesse de Dieu : “Je vous donnerai des pasteurs selon mon Cœur” (Jr 3, 15). Il voulait donner à tous les prêtres leur modèle unique : le Bon Pasteur. Le prêtre doit tendre à exercer son sacerdoce dans l’imitation de Jésus, doux et humble de Cœur. Le Pape François aime rappeler que le prêtre doit aimer tous ceux que Jésus lui confie, plus particulièrement encore ceux qui sont méprisés, délaissés, exclus. Il doit être marqué par l’odeur des brebis.

Pour le 50e anniversaire de son ordination sacerdotale, Jean-Paul II avait donné ce témoignage émouvant : « Si l’on analyse les attentes que l’homme contemporain nourrit envers le prêtre, on verra que, au fond, il n’y a en lui qu’une seule et grande attente : il a soif du Christ. Le reste, ce qui a une utilité économique, sociale et politique, il peut le demander à beaucoup d’autres. Au prêtre, il demande le Christ ! Et il a droit de l’attendre de lui, d’abord par l’annonce de la Parole. Les prêtres ont comme premier devoir d’annoncer l’Evangile de Dieu à tous les hommes (PO 4). Mais cette annonce a pour but d’amener l’homme à rencontrer Jésus, spécialement dans le mystère eucharistique, cœur vivant de l’Eglise et de la vie sacerdotale. C’est un pouvoir mystérieux et impressionnant que détient le prêtre à l’égard du Corps eucharistique du Christ. A cause de cela, il devient l’intendant du plus grand bien de la Rédemption, car il donne aux hommes le Rédempteur en personne. Célébrer l’Eucharistie, c’est la fonction la plus sublime et la plus sacrée de tous les prêtres. Et pour moi, dès les premières années de mon sacerdoce, la célébration de l’Eucharistie a été non seulement mon devoir le plus sacré, mais surtout le besoin le plus profond de mon âme ». « Le prêtre, disait encore Jean-Paul II, est témoin et instrument de la miséricorde divine ! Combien le service du confessionnal est important dans sa vie ! C’est justement au confessionnal que sa paternité spirituelle se réalise le plus pleinement. Au confessionnal, tout prêtre devient témoin des grandes merveilles qu’opère la miséricorde divine dans l’âme de ceux qui accueillent la grâce de la conversion. Mais il est nécessaire que tout prêtre qui est au service de ses frères au confessionnal sache faire lui-même l’expérience de cette miséricorde de Dieu, en se confessant lui-même régulièrement et en recourant à la direction spirituelle. Intendant des mystères divins, le prêtre est particulièrement un témoin de l’Invisible dans le monde. En effet, il est l’intendant de biens invisibles et incommensurables, qui appartiennent à l’ordre spirituel et surnaturel« .

            Le consacré, apôtre de l’Amour, prêtre est, encordé à ses frères et sœurs, consacré à Notre-Dame des Neiges. Saint Jean-Paul II, dans Vita Consecrata, écrivait : “Marie est un exemple sublime de consécration parfaite, par sa pleine appartenance à Dieu et par le don total d’elle-même. Proche du Christ, avec Joseph, dans la vie cachée de Nazareth, présente auprès de son Fils dans les moments cruciaux de sa vie publique, la Vierge est maîtresse pour montrer comment suivre le Christ sans conditions et Le servir assidûment. En elle «sanctuaire du Saint-Esprit», brille ainsi toute la splendeur de la créature nouvelle. La vie consacrée la considère comme un modèle sublime de consécration au Père, d’union avec son Fils et de docilité à l’Esprit, dans la conscience qu’embrasser le genre de vie virginale et pauvre du Christ signifie faire sien également le genre de vie de Marie. La personne consacrée est appelée, comme Jean, à prendre avec elle la très sainte Vierge Marie (cf. Jn 19, 27) : elle l’aimera et elle l’imitera avec la radicalité propre à sa vocation, et elle fera l’expérience, en retour, d’une tendresse maternelle toute spéciale. La Vierge lui communique l’amour qui lui permet d’offrir chaque jour sa vie pour le Christ, en coopérant avec Lui au salut de monde. C’est pourquoi le rapport filial avec Marie constitue la voie privilégiée de la fidélité à l’appel reçu et une aide très efficace pour progresser dans sa réponse et vivre en plénitude sa vocation” (JP II dans VC 28).

            Préparons-nous plus intensément encore à la cérémonie d’ordination de frère Jean, en faisant nôtre cette prière de Jean-Paul II qui concluait Vita Consecrata : “O Mère, qui veux le renouveau spirituel et apostolique de tes fils et de tes filles, par une réponse d’amour et d’offrande totale au Christ, nous t’adressons notre prière avec confiance. Toi qui as fait la volonté du Père, empressée dans l’obéissance, courageuse dans la pauvreté, accueillante dans ta féconde virginité, obtiens de ton divin Fils que ceux qui ont reçu le don de Le suivre sachent Lui rendre témoignage par une existence transfigurée” (VC 112)

 

en vidéo…

Père Bernard – 17 juin 2018 – Saint Pierre de Colombier

 

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