S’Il se fait réellement tout petit pour venir jusqu’à nous, nous ne devons pas oublier qu’il demeure notre Dieu !

3 juin 2018 : Fête du Saint Sacrement (Profession de Foi – Saint Pierre de Colombier) (Fr. Clément-Marie)

Vous faites en ce jour votre profession de foi et votre communion solennelle. C’est une étape importante de votre vie. Au jour de votre baptême, ce sont vos parents, parrain et marraine qui se sont engagés pour vous. Aujourd’hui, c’est vous qui vous engagez personnellement. Cette profession de foi que vous ferez cet après-midi est aussi une occasion pour vous de remercier vos parents de vous avoir donné le plus beau cadeau : celui de devenir enfants de Dieu par le baptême. Renouveler personnellement les promesses de votre baptême, c’est donc aussi leur dire un grand merci.

Nous célébrons la solennité du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Seigneur. Il y a un mot qui revient dans les trois lectures de ce jour : c’est le mot « alliance », qui dit quelque chose du grand sacrement de l’Eucharistie. Dieu a voulu faire alliance avec les hommes, et cette alliance culmine dans son sacrifice de la Croix et sa résurrection. Or c’est ce mystère que, dans l’Eucharistie, Jésus nous permet de revivre « comme si nous y avions été présents. (…) Qu’est ce que Jésus pouvait faire de plus pour nous ? »[1]

Insistons d’abord sur la réalité de ce sacrement. Sur la réalité de la présence du Seigneur Jésus. Dans la séquence que nous avons priée avant l’évangile, écrite par saint Thomas d’Aquin, il était dit : « C’est un dogme pour les chrétiens que le pain se change en son corps, que le vin devient son sang. Ce qu’on ne peut comprendre et voir, notre foi ose l’affirmer, hors des lois de la nature. » Voilà ce qu’a fait Jésus pour nous. La promesse entendue dimanche dernier dans l’évangile ne pouvait pas être plus réelle ni plus concrète : « Et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. » Il y a cinquante ans exactement, le 29 juin 1968, le Pape Paul VI avait compris l’importance fondamentale de redire clairement ce dogme de l’Église : les apparences demeurent, mais le pain est changé dans le Corps de Jésus et le vin est changé en son Sang. Il écrivait ainsi : « Ce changement mystérieux, l’Église l’appelle d’une manière très appropriée transsubstantiation. Toute explication théologique, cherchant quelque intelligence de ce mystère, doit, pour être en accord avec la foi catholique, maintenir que, dans la réalité elle-même, indépendante de notre esprit, le pain et le vin ont cessé d’exister après la consécration, en sorte que c’est le corps et le sang adorables du Seigneur Jésus qui dès lors sont réellement devant nous sous les espèces sacramentelles du pain et du vin, comme le Seigneur l’a voulu, pour se donner à nous en nourriture et pour nous associer à l’unité de son Corps mystique. »[2] Même les enfants peuvent comprendre cela. Un petit enfant qui un jour était rentré dans l’église juste avant la consécration s’était exclamé : « Ouf ! On est arrivé juste à temps pour voir le miracle ! » Oui, Dieu est tout puissant. Il veut se faire tout petit pour demeurer au milieu de nous, et venir en nous pour y faire sa demeure.

Mais s’il se fait réellement tout petit pour venir jusqu’à nous, nous ne devons pas oublier qu’il demeure notre Dieu, « Dieu de gloire et de majesté »,[3] Notre Seigneur Jésus-Christ. Aussi, parce qu’un chrétien ne prie pas seulement avec son esprit, mais aussi avec son corps, on doit voir dans notre attitude que c’est bien notre Dieu qui est là, dans le tabernacle, là dans l’hostie consacrée. Notre attitude et nos gestes sont très importants. C’est pourquoi il est particulièrement important en nos temps de redécouvrir l’agenouillement. Tout simplement parce que Dieu est là. Se mettre à genoux, c’est se reconnaître petit, dépendant. Quelle attitude est plus juste, en présence de Dieu ? Le cardinal Ratzinger, dans l’un de ses livres les plus importants, sur la liturgie, écrivait : « Il se peut bien que l’agenouillement soit étranger à la culture moderne – pour la bonne raison que cette culture s’est éloignée de la foi. Elle ne connaît plus Celui devant lequel l’agenouillement est le seul geste adéquat, le seul geste nécessaire. La foi apprend aussi à nous agenouiller. C’est pourquoi une liturgie qui ne connaîtrait plus l’agenouillement serait intrinsèquement malade. Il faut réapprendre à nous agenouiller, réintroduire l’agenouillement partout où il a disparu, afin que, par notre prière, nous restions en communion avec les apôtres et les martyrs, en communion avec le cosmos tout entier, en union avec Jésus-Christ. » Il disait aussi : « L’incapacité de se mettre à genoux apparaît comme l’essence même du diabolique. »[4] Souvenons-nous de l’admirable exemple du Pape Jean-Paul II qui, au cours de sa dernière procession du Saint Sacrement, alors qu’il souffrait terriblement de sa maladie de Parkinson, avait insisté pour qu’on le mette à genoux devant le Saint Sacrement, alors qu’il n’en pouvait plus… « Il est si grand, ce sacrement, que nous adorons prosternés… », chantons-nous dans le Tantum ergo. Que la Vierge Marie vous garde toujours fidèles à l’adoration, à l’amour de l’Eucharistie, à la Messe de chaque dimanche, sans laquelle vous ne pourrez pas vivre. L’Église vit de l’Eucharistie. Nous aussi ! Demandez bien la grâce de la fidélité à Jésus, et adorez-le souvent.

Messe de la solennité du Corps et du Sang du Seigneur – Dimanche 3 juin 2018 – Fr. Clément-Marie

 

[1] JEAN-PAU II, Ecclesia de Eucharistia, nº 11

[2] PAUL VI, Credo du Peuple de Dieu, 29 juin 1968

[3] Première prière eucharistique

[4] Joseph RATZINGER, L’esprit de la liturgie, éditions Ad solem, Genève, 2001, page 153

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