Faites tout ce qu’Il vous dira…

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En parcourant l’Ecriture… Les miracles de Jésus : des « signes » pour notre foi… (8/8)

Les noces de Cana

Pout terminer cette série sur les miracles de Jésus, nous avons choisi l’épisode des noces de Cana, qui est précisément, selon l’évangile de Saint Jean qui le rapporte (Jn 2, 1-11), « le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. » (Jn 2,11).

Nous voici donc ramenés au commencement… Les disciples qui sont réunis autour de Jésus ne se doutent pas que, quelques années plus tard, ils seront envoyés par leur Maître pour évangéliser les nations ! Alors soyons prêts, nous aussi, pour remplir la mission que Jésus nous confie, en n’oubliant pas que la puissance de Dieu se déploie dans notre faiblesse !

I – Le commencement des signes…

Saint Jean, en appelant les miracles des Jésus des « signes », a voulu souligner que ces miracles ont été voulus par Dieu le Père comme signes qui agissent un peu à la manière des sacrements, pour aider les disciples à découvrir une réalité spirituelle supérieure : le Royaume de Dieu que vient inaugurer Jésus. Chaque miracle, comme chaque signe sensible d’un sacrement, révèle quelque chose du Royaume, tel ou tel mystère. Ainsi, l’eau du baptême signifie que ce sacrement lave et vivifie, le Pain et le vin de l’Eucharistie signifient que ce sacrement nourrit etc.

Que peut signifier le signe du « bon vin » donné à Cana ? Il n’est pas encore le Sang du christ donné dans le sacrement de l’Eucharistie, mais les noces de Cana révèlent déjà le festin des noces de l’Agneau dans le Royaume. Ce miracle manifeste la gloire de Jésus « l’Epoux », venu en ce monde pour sceller son mariage avec l’Eglise son Epouse. Et cette manifestation était en vue de faire grandir la Foi des disciples.

Contemplons l’attitude de Jésus et de la Vierge Marie au cours de ces noces de Cana.

La prière de la Sainte Vierge est très discrète, sans insistance auprès de son Fils. Jésus a mis sa Mère à l’épreuve : « qu’est-ce que cela pour toi et pour moi ? Mon heure n’est pas encore venue » (Jn 2,4) ! Cette réponse a pu surprendre la Vierge Marie, et la question de « l’heure » de son Fils était difficilement compréhensible… de quelle heure voulait parler Jésus ? Cependant, Marie a fait une entière confiance à son Fils et a communiqué cette confiance aux serviteurs : « Faites tout ce qu’Il vous dira ! » (Jn 2,5).

Jésus ne fait pas de grande déclaration, il n’imite pas les faux prophètes du Mont Carmel qui entraient en transe, se tailladaient, s’agitaient pour que leurs dieux accomplissent un miracle. Il est très calme et, après avoir fait remplir d’eau les jarres, il dit le plus simplement du monde aux serviteurs de puiser et de porter le contenu au maître du repas.

Les serviteurs, rendus confiants par les paroles de la Sainte Vierge, ne posent pas de questions : comme des enfants, ils obéissent. Et la suite se passe aussi sans agitation, le plus « naturellement » possible : personne ne crie au miracle… Après l’étonnement du maître du repas, tout se poursuit normalement, paisiblement…

Ainsi, Jésus manifeste sa Gloire sans ostentation, sans bruit, dans le déroulement paisible d’un repas de noces… et Il commençait ainsi à conquérir le cœur de ses disciples.

II – Le miracle de Cana pour notre vie spirituelle

En méditant ce deuxième mystère lumineux, faisons grandir notre confiance en l’intercession de Notre-Dame. Prions-la plus souvent, appelons-la à notre secours, elle intercédera pour nous auprès de son Fils et elle nous aidera à ne jamais douter, à ne jamais nous décourager. Dans la tempête, elle nous répétera : « Confiance, Jésus est là ! ».

Jésus accomplit son premier miracle au cours d’un repas. Comprenons l’importance des repas pour la vie de famille, la vie de communauté. Ils sont le lieu des partages, des échanges qui soudent les liens entre nous !

Enfin, le miracle de la transformation de la substance de l’eau en celle du vin annonce un autre plus grand miracle, un plus grand changement de substance encore : la transsubstantiation du pain et du vin en Corps et Sang de Jésus. Parler de transsubstantiation n’est pas une manière « simpliste » de parler ou un mépris pour la science mais une fidélité à la vérité historique de l’Evangile : c’est Jésus Lui-même qui nous a dit : voici mon Corps, voici mon sang ! Dieu seul est Créateur et peut, à partir de rien faire surgir quelque chose, ou à partir d’un être (ici l’être du pain et du vin, leur substance) le transformer en un autre (ici l’être, la substance de son Corps et de son Sang). Le terme ‘transsubstantiation’ est donc le seul terme parfaitement adapté pour décrire avec exactitude ce grand miracle de l’Eucharistie ! (Cf. à ce sujet, notre commentaire à partir du Credo du Peuple de Dieu – Forum de Février 2018)

III – Commentaire de Benoît XVI

Pour terminer, voici une homélie de Benoît XVI commentant pour ses compatriotes le passage évangélique des noces de Cana. C’était au sanctuaire d’Altötting, en septembre 2006 : « Dans le passage évangélique Marie adresse à son Fils une demande en faveur de ses amis qui se trouvent en difficulté. A première vue, cela peut apparaître une conversation tout à fait humaine entre Mère et Fils ; et, en effet, c’est également un dialogue rempli de profonde humanité. Toutefois, Marie ne s’adresse pas simplement à Jésus comme à un homme, en comptant sur son initiative et sa disponibilité à porter secours. Elle confie une nécessité humaine à son pouvoir – à un pouvoir qui va au-delà de l’habileté et de la capacité humaine. Et ainsi, dans le dialogue avec Jésus, nous la voyons réellement comme une Mère qui demande, qui intercède. Cela vaut la peine d’approfondir un peu plus la compréhension de ce passage évangélique : pour mieux comprendre Jésus et Marie, mais précisément aussi pour apprendre de Marie à prier de manière juste. Marie n’adresse pas une véritable demande à Jésus. Elle dit simplement : « Ils n’ont pas de vin » (Jn 2, 3). En Terre Sainte, les noces étaient fêtées pendant une semaine entière; tout le village y participait, et l’on consommait donc de grandes quantités de vin. Or, les époux se trouvent en difficulté, et Marie le dit simplement à Jésus. Elle ne demande pas une chose précise, et encore moins que Jésus exerce son pouvoir, accomplisse un miracle, produise du vin. Elle confie simplement  le  fait  à  Jésus et Lui laisse la décision sur la façon de réagir. Nous constatons ainsi deux choses dans les simples paroles de la Mère de Jésus : d’une part, sa sollicitude affectueuse pour les hommes, l’attention maternelle avec laquelle elle perçoit la situation difficile d’autrui; nous voyons sa bonté cordiale  et  sa  disponibilité à aider. Telle est la Mère vers laquelle les fidèles se mettent en pèlerinage depuis des générations, ici à Altötting. C’est à Elle que nous confions nos préoccupations, les nécessités et les situations difficiles. Cette bonté prête à aider de la Mère, à laquelle nous nous confions, c’est ici, dans l’Ecriture  Sainte,  que nous  la voyons pour la première fois. Mais à ce premier aspect très familier à tous s’en ajoute un autre, qui nous échappe facilement : Marie remet tout au jugement du Seigneur. A Nazareth, elle a remis sa volonté, la plongeant dans celle de Dieu : « Je suis la servante du Seigneur; qu’il m’advienne selon ta parole! » (Lc 1, 38). Telle est son attitude permanente de fond. Ainsi, elle nous enseigne à prier : ne pas vouloir affirmer face à Dieu notre volonté et nos désirs, aussi importants et raisonnables qu’ils puissent nous sembler; mais les présenter devant Lui et le laisser décider de ce qu’il veut faire. De Marie, nous apprenons la bonté prête à aider, mais également l’humilité et la générosité d’accepter la volonté de Dieu, en ayant confiance en Lui, certains que sa réponse, quelle qu’elle soit, sera notre bien, mon bien véritable.

Je crois que nous pouvons très bien comprendre l’attitude et les paroles de Marie; il nous est cependant d’autant plus difficile de comprendre la réponse de Jésus. Déjà, l’appellation ne nous plaît pas : « Femme » – pourquoi ne dit-il pas : mère? En réalité, ce titre exprime la position de Marie dans l’histoire du salut. Il renvoie à l’avenir, à l’heure de la crucifixion, où Jésus lui dira : « Femme, voici ton fils – Fils, voici ta mère » (cf. Jn 19, 26-27). Il indique donc à l’avance l’heure où Il fera devenir la femme, sa mère, mère de tous ses disciples. D’autre part, ce titre évoque le récit de la création d’Eve : Adam, au milieu de la création et de toute sa richesse, se sent seul, comme être humain. Eve est alors créée, et en elle, il trouve la compagne qu’il attendait et qu’il appelle du nom de « femme ». Ainsi, dans l’Evangile de Jean, Marie représente la femme nouvelle, définitive, la compagne du Rédempteur, notre Mère : l’appellation apparemment peu affectueuse exprime en revanche la grandeur de sa mission éternelle.

Mais ce que Jésus dit ensuite à Marie, à Cana, nous plaît encore moins : « Que me veux-tu, femme ? (litt. : « quoi entre toi et moi, femme ? ») Mon heure n’est pas encore arrivée » (Jn 2, 4). Nous serions tentés de répondre : Tu as beaucoup à voir avec elle! C’est elle qui t’a donné ta chair et ton sang, ton corps. Et pas seulement ton corps:  avec son « oui », provenant du plus profond de son cœur, elle t’a porté dans son sein et, avec amour maternel, elle t’a donné le jour et introduit dans la communauté du peuple d’Israël. Mais si nous parlons  ainsi  avec Jésus, nous sommes déjà sur la bonne voie pour comprendre sa réponse. Car tout cela doit rappeler à notre esprit que lors de l’incarnation de Jésus, deux dialogues vont de pair et se fondent l’un avec l’autre, devenant une seule chose. Il y a tout d’abord le dialogue que Marie entretient avec l’Archange Gabriel, et dans lequel elle dit : »Qu’il m’advienne selon ta parole! » (Lc 1, 38). Mais il existe un texte parallèle à celui-ci, un dialogue, pour ainsi dire, à l’intérieur de Dieu, qui nous est rapporté par la Lettre aux Hébreux, quand il est dit que les paroles du Psaume 40 sont devenues comme un dialogue entre le Père et le Fils – un dialogue dans lequel commence l’incarnation. Le Fils éternel dit au Père : « Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation; mais tu m’as façonné un corps… Voici je viens… pour faire […] ta volonté » (He 10, 5-7; cf. Ps 40, 6-8). Le « oui » du Fils : « Je viens pour faire ta volonté », et le « oui » de Marie:  « Qu’il m’advienne selon ta parole » – ce double « oui » devient un unique « oui », et ainsi, le Verbe devient chair en Marie. Dans ce double « oui », l’obéissance du Fils prend corps; Marie, avec son « oui » lui donne un corps. « Que me veux-tu, femme? ». Ce qu’au plus profond ils ont à voir l’un avec l’autre, c’est ce double « oui », dans la concomitance duquel a eu lieu l’incarnation. C’est ce point de leur très profonde unité que le Seigneur vise à travers sa réponse. C’est précisément là que renvoie la Mère. Là, dans ce « oui » commun à la volonté du Père, se trouve la solution. Nous devons nous aussi apprendre toujours à nouveau à nous acheminer vers ce point; là apparaît la réponse à nos interrogations.

A partir de là, nous comprenons à présent également la deuxième phrase de la réponse de Jésus : « Mon heure n’est pas encore venue ». Jésus n’agit jamais seulement de lui-même; jamais pour plaire aux autres. Il agit toujours en partant du Père, et c’est précisément cela qui l’unit à Marie, car c’est là, dans cette unité de volonté avec le Père, qu’elle a voulu elle aussi déposer sa demande.  C’est pourquoi, après la réponse de Jésus, qui semble repousser la demande, elle peut dire de manière surprenante aux serviteurs avec simplicité : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le » (Jn 2, 5). Jésus n’accomplit pas un prodige, il ne joue pas de son pouvoir dans un événement qui est au fond entièrement privé. Non, il accomplit un signe, avec lequel il annonce son heure, l’heure des noces, l’heure de l’union entre Dieu et l’homme. Il ne « produit » pas simplement du vin, mais il transforme les noces humaines en une image des noces divines, auxquelles le Père invite à travers le Fils et dans lesquelles Il donne la plénitude du bien, représentée dans l’abondance du vin. Les noces deviennent l’image de ce moment, où Jésus pousse l’amour jusqu’à l’extrême, laisse  déchirer  son corps et se donne ainsi à nous pour toujours, devient une seule chose avec nous – noces entre Dieu et l’homme. L’heure de la Croix, l’heure à laquelle naît le Sacrement dans lequel il se donne réellement à nous en chair et en sang, où il place son Corps entre nos mains et dans notre  cœur, telle est l’heure des noces. Ainsi, de manière véritablement divine, est également résolue la nécessité du moment et la demande initiale est largement dépassée. L’heure de Jésus n’est pas encore arrivée, mais dans le signe de la transformation de l’eau en vin, dans le signe du don de fête, il anticipe déjà son heure au moment présent.

Son « heure » est la Croix; son heure définitive sera son retour à la fin des temps. Il anticipe également sans cesse précisément cette heure définitive dans l’Eucharistie, dans laquelle il vient toujours déjà à présent. Et il le fait toujours à nouveau par l’intercession de sa Mère, par l’intercession de l’Eglise, qui l’invoque dans les prières eucharistiques : « Viens, Seigneur Jésus! ». Dans le Canon, l’Eglise implore toujours à nouveau cette anticipation de l' »heure », elle demande qu’il vienne déjà à présent et qu’il se donne à nous. Ainsi, nous voulons nous laisser guider par Marie, par la Mère des grâces d’Altötting, par la Mère de tous les fidèles, vers l' »heure » de Jésus. Nous Lui demandons le don de le reconnaître et de le comprendre toujours davantage. Et faisons en sorte que le moment où l’on reçoit ne soit pas seulement limité à celui de la Communion. Il reste présent dans l’Hostie sainte et nous attend sans cesse. L’adoration du Seigneur dans l’Eucharistie a trouvé à Altötting, dans l’antique salle du trésor, un lieu nouveau. Marie et Jésus vont de pair. A travers Elle, nous voulons continuer à dialoguer avec le Seigneur, en apprenant ainsi à mieux le recevoir. Sainte Mère de Dieu, prie pour nous, comme à Cana, tu as prié pour les époux! Guide-nous vers Jésus – toujours à nouveau! Amen! [1]»

 

[1] Benoît XVI – Homélie au sanctuaire d’Altötting, voyage apostolique en Allemagne, 11 septembre 2006

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