La petitesse a été assumée par la Majesté…

Classé dans : Actualité Domini, Formation | 0

Du Concile d’Éphèse au Concile de Chalcédoine

Récollections de Foyer 2017-2018 : « la beauté de notre foi » – 2e trimestre 2018 – enseignement 3/3

La divinité de Jésus et le mystère de Marie Mère de Dieu dans notre vie conjugale et familiale

Bien chers amis, commençons cette troisième causerie (les 2 premières causeries sont disponibles ici [1] et ici [2]) en méditant cette lumineuse lettre du Pape Saint Léon le Grand à Flavien, qui lui a valu cet éloge unanime des Pères du Concile de Chalcédoine : « Pierre a parlé par la bouche de Léon ! » : « Le Verbe fait chair. La petitesse a été assumée par la majesté, la faiblesse par la force, l’asservissement à la mort par l’immortalité ; et pour payer la dette de notre condition humaine, la nature inaltérable s’est unie à la nature exposée à la souffrance. C’est ainsi que, pour mieux nous guérir, le seul médiateur entre Dieu et les hommes, l’homme Jésus Christ devait, d’un côté, pouvoir mourir et, de l’autre, ne pas pouvoir mourir. C’est donc dans la nature intégrale et complète d’un vrai homme que le vrai Dieu est né, tout entier dans ce qui lui appartient, tout entier dans ce qui nous appartient. Par là nous entendons ce que le Créateur nous a donné au commencement et qu’il a assumé pour le rénover. Car les défauts que le démon trompeur a introduits dans l’homme, et que l’homme trompé a contractés n’ont aucunement marqué le Sauveur. Aussi, bien qu’il ait accepté de partager les faiblesses humaines, n’a-t-il pas participé à nos fautes. Il a pris la condition de l’esclave sans la souillure du péché ; il a rehaussé l’humanité sans abaisser la divinité. Par son anéantissement, lui qui était invisible s’est rendu visible, le Créateur et Seigneur de toutes choses a voulu être un mortel parmi les autres. Mais ce fut là une condescendance de sa miséricorde, non une défaite de sa puissance. Par conséquent, lui qui a fait l’homme en demeurant dans la condition de Dieu, c’est encore lui qui s’est fait homme en adoptant la condition d’esclave. Le Fils de Dieu entre donc dans la basse région du monde qui est la nôtre, en descendant du séjour céleste sans quitter la gloire de son Père ; il est engendré selon un ordre nouveau et par une naissance nouvelle. Selon un ordre nouveau : étant invisible par lui-même, il est devenu visible en se faisant l’un de nous ; dépassant toute limite, il a voulu être limité ; existant avant la création du temps, il a commencé à exister temporellement ; le Seigneur de l’univers a adopté la condition d’esclave en plongeant dans l’ombre la grandeur infinie de sa majesté ; le Dieu inaccessible à la souffrance n’a pas dédaigné d’être un homme capable de souffrir, et lui qui est immortel, de se soumettre aux lois de la mort. En effet, le même qui est vrai Dieu est aussi vrai homme, et il n’y a aucun mensonge dans cette unité, puisque la bassesse de l’homme et la hauteur de la divinité se sont unies dans cet échange. De même que Dieu n’est pas altéré par sa miséricorde, de même l’homme n’est pas anéanti par sa dignité. Chacune des deux natures agit en communion avec l’autre, mais selon ce qui lui est propre : le Verbe opère ce qui appartient au Verbe, et la chair exécute ce qui appartient à la chair. L’un brille par ses miracles, l’autre succombe aux outrages. Et de même que le Verbe ne perd pas son égalité avec la gloire du Père, de même la chair ne déserte pas la nature de notre race humaine. C’est un seul et même être, il faut le dire souvent, vraiment Fils de Dieu et vraiment fils d’homme. Dieu par le fait que, au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu. Homme par le fait que le Verbe s’est fait chair et a établi sa demeure parmi nous ». Nous ne pouvions pas trouver, comme introduction de cette troisième causerie, un plus beau texte qui synthétise vraiment tout ce que nous avons dit depuis le début de notre récollection. Tout est dit !

 Cette troisième causerie devrait vous aider à développer votre union à Jésus et votre dévotion mariale. Le Verbe ne s’est pas fait chair pour les autres seulement, Il s’est fait chair pour chacun de nous. Il s’est fait homme pour que nous devenions enfants de Dieu ! Demandons la grâce de savoir nous émerveiller davantage devant ce mystère ineffable !

Citons à nouveau notre Père Fondateur : « Nous avons souligné combien nous trouvions des ressemblances, dans notre œuvre d’éducation spirituelle de consacrés à Dieu, avec ce qui est exprimé dans le livre « Un appel à l’Amour », paru quelques années auparavant, qui expose la vie mystique de Sœur Josefa Menendez, religieuse coadjutrice de la Société du Sacré-Cœur de Jésus.   Jésus lance toujours ses appels à l’Amour. En ces temps, Il n’a pas le nombre ni la ferveur qu’Il désire dans les réponses à cet appel. Or, pourtant, la réponse à l’Amour du Christ, c’est le but essentiel de l’apostolat chrétien. L’amour divin, c’est la Vie éternelle. Il n’y a pas de salut sans un acte d’hum­ble amour, reconnaissant l’amour miséricordieux du Sauveur, au moins avant le dernier soupir. Comme l’exprime le livre « Cum clamore valido », c’est l’union à la souffrance, à la Croix du Bien-Aimé du Père qui obtient la con­ver­sion, la vitalité des cœurs et qui rend féconde la vie des con­sa­crés à Dieu. Mère Marie-Augusta comprenait cela depuis longtemps. Elle souffrait beaucoup dans son âme et dans son corps. Mais, au début de sa retraite de juillet 1948, elle a eu l’impression qu’elle était moins unie à la souffrance de Jésus. Or il n’en était rien, mê­me si, physiquement, elle avait eu un certain soulagement ces jours-là. Elle pria beaucoup pour être rassurée et bien unie à son Bien-Aimé, et elle comprit qu’elle aurait toujours bien des souf­frances, qui pourraient être très cruelles, tout en étant ignorées même de tous ceux qui l’entouraient. Il le fallait et elle le voulait, car comment convertir les cœurs de tant d’humains qui n’ont, on peut dire, quasi pas de cœur, pas d’amour ? Il fallait qu’elle prie et offre largement d’une façon semblable à Sœur Josefa, à qui Jésus di­sait que ses souffrances « seraient mystérieuses et sans cesse accrues ». Notre-Seigneur nous lançait cet Appel à l’Amour. Il exprime souvent cette soif qui Le dévore. Son Cœur est « assoif­fé d’amour ». Une demande de Jésus à Sœur Josefa nous convenait par­faitement en cette retraite : « Puisque mon Cœur veut se servir de vils instruments pour faire l’œuvre la plus grande de son amour, voici ce que tu feras comme introduction à cette œuvre : bien approfondir le rien de mes instruments. Te confier entièrement à la miséricorde de mon Cœur et promettre du fond de l’âme de ne jamais résister à mes demandes, si crucifiantes qu’elles paraissent. » Jésus voulait certainement se servir de nous comme de vils instruments. Il est important de souligner l’humilité nécessaire pour être instruments du Cœur de Jésus. Il insiste en nous demandant de réfléchir, de méditer sur le « rien » des ins­tru­ments que nous sommes. Cette compréhension de ce rien que nous sommes est nécessaire. Il faut aussi l’acceptation des souffrances corédemptrices. Il faut l’obéissance parfaite et toujours renouvelée pour accepter de bon cœur les demandes « crucifiantes » et donc unissant à la Croix. Et cependant Jésus précise que ces souffrances peuvent paraître plus dures et effrayantes qu’elles ne le sont en réalité. Cela rappelle d’ail­leurs les paroles de Jésus :« Mon joug est doux et mon fardeau léger » (Mt 11, 30).    Il nous faut donc être, en cette retraite, dans l’abandon au Cœur de Jésus assoiffé d’amour et disponibles pour être des instruments, de vils instruments, pour travailler à l’œuvre la plus grande de son amour, qui est justement la révélation de l’amour de son Cœur. Mais on ne peut espérer la réalisation de cette gran­de œuvre, qu’en se confiant entièrement à la mi­séricorde divine, miséricorde du Père céleste nous envoyant son Fils bien-aimé pour que son Cœur infiniment miséricordieux ai­me et souffre pour nous ».

Cet appel à l’Amour, Jésus vous le lance aussi à vous, époux et épouses. Nous vous encourageons à lire des extraits d’une mère de famille de 9 enfants, mexicaine, Conchita, devenue veuve, et qui a été fondatrice des Missionnaires du Saint-Esprit pendant la première moitié du vingtième siècle. Elle disait que si elle pouvait ravir quelque chose à Jésus, elle lui ravirait Son Amour pour aimer. Son amour pour Jésus n’a pas nui à son amour pour son époux, bien au contraire ! Vous trouverez l’essentiel de ses intuitions spirituelles dans le livre « Conchita, journal spirituel d’une mère de famille » PHILIPON Michel-Marie EDITIONS DE L´EMMANUEL, 20/11/2003. Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus avait bien compris qu’il était impossible d’aimer comme Jésus, mais puisque Notre-Seigneur l’a commandé dans son discours après la Cène, il n’y a qu’une solution : Il nous donne Son Amour pour aimer comme Lui. Voilà la première conséquence spirituelle dont nous voulions vous faire part en cette troisième causerie.

Où puiser l’Amour de Jésus pour aimer ? Dans l’évangile, bien évidemment ; dans la prière puisque lorsque deux ou trois sont réunis en Son Nom, Il est là au milieu de ses disciples ; mais c’est surtout dans le Saint-Sacrement, le Sacrement de Son Amour, que nous puiserons davantage encore Son Amour pour aimer. Nous savons, à présent, ce qu’a été la grande épreuve de la Foi que Sainte Mère Térésa a vécue pendant 50 ans. Elle a toujours cru, mais elle était totalement « privée » de toute consolation. Devant le St Sacrement exposé, elle était aride intérieurement, sa prière était très difficile … Mais lorsqu’on lui demandait : comment faites-vous, Mère Térésa, pour aimer ces personnes abandonnées, exclues et qui heurtent tant notre sensibilité ? Sa réponse était : l’Eucharistie quotidienne ! Nous avons entendu, dans la première causerie, ce que Saint Cyrille d’Alexandrie enseignait : « la chair du Seigneur est vivifiante … elle est la propre chair du Verbe de Dieu le Père ». Nous connaissons, par l’évangile, les paroles prononcées par Jésus au moment de l’institution de l’Eucharistie : « ceci est mon Corps, ceci est mon Sang ». Les apôtres, les Pères de l’Eglise, n’avaient pas de doute : l’Eucharistie, pour eux, n’était plus du pain, plus du vin mais le Corps et le Sang de Jésus. Le Concile d’Ephèse a précisé : ce Corps et ce Sang de Jésus sont la chair vivifiante du Verbe de Dieu le Père !!! Lorsque Marthe Robin recevait la communion, elle était toute à Son Epoux divin : elle recevait Jésus !!! Ainsi, en communiant, nous ne sommes pas seulement en communion avec l’humanité de Jésus, nous sommes en communion avec la Personne divine du Fils de Dieu, avec Dieu Lui-même en recevant l’Eucharistie ! Emerveillons-nous davantage et adorons ce mystère ineffable. Eduquons nos enfants dans la vraie Foi en la présence réelle et substantielle de Jésus dans l’Eucharistie. Développons aussi l’adoration du Saint-Sacrement. Notre vie sera alors davantage la vie avec le Christ, avec le Fils de Dieu.

L’amour amoureux de Jésus, non seulement ne vous détournera pas de votre amour pour votre conjoint, mais il élèvera votre amour, ainsi que le Concile Vatican II l’a affirmé dans la Constitution Gaudium et Spes traitant de l’amour conjugal : « L’amour conjugal, par un don spécial de sa grâce et de sa charité, le Seigneur a daigné le guérir, le parfaire et l’élever. Associant l’humain et le divin, un tel amour conduit les époux à un don libre et mutuel d’eux-mêmes qui se manifeste par des sentiments et des gestes de tendresse et il imprègne toute leur vie ; bien plus, il s’achève lui-même et grandit par son généreux exercice. Il dépasse donc de loin l’inclination simplement érotique qui, cultivée pour elle-même, s’évanouit vite et d’une façon pitoyable ». L’amour, don désintéressé, dont a si bien parlé Jean-Paul II est cet amour conjugal, guéri, parfait, élevé par Jésus et le don de sa Grâce. Cet amour conjugal, guéri et purifié par Jésus, est un amour fort, magnanime, prompt au sacrifice. Il se caractérise enfin par la fidélité, l’harmonie, le dévouement. Apprenons de Jésus le dévouement que Lui, l’Epoux, a eu pour Son Eglise. Son dévouement est allé jusqu’au don de sa vie pour nous ! Jean-Paul II a souvent rappelé que, pour Jésus, servir c’est régner ! Soulignons encore ce que Jésus apporte à votre amour conjugal : l’exercice de la chasteté, l’énergie du bel amour. Notre Fondateur parlait avec enthousiasme de la sixième Béatitude : « Bienheureux les cœurs purs, ils verront Dieu ». Puisons les grâces de pureté dans le Cœur infiniment pur de Jésus !

Les conséquences des dogmes d’Ephèse et de Chalcédoine doivent aussi nous aider à mieux comprendre la dignité de la personne humaine et à en témoigner en ces temps où vont être réexaminées les lois de bioéthique en notre pays. Pourquoi l’enseignement de Gaudium et Spes n’est-il pas donné dans tous les Lycées catholiques de notre pays ? Jean-Paul Sartre, Nietzche, Freud et d’autres philosophes, sont davantage connus des lycéens de nos lycées catholiques de France. L’idéologie de Pierre Simon, ancien Grand Maître de la Grande Loge de France, contredit profondément la vérité sur l’homme. Cette idéologie, clairement révélée dans le livre « de la vie avant toute chose » continue à prévaloir en France. Elle est le fondement de la loi qui a dissocié l’union des époux de l’ouverture à la vie en 1967 « Loi Neuwirth », de celle qui a légalisé l’avortement en 1975 et, aujourd’hui, de celle qui libéralise toujours davantage la bioéthique. La dignité de la personne humaine ne peut être enlevée par aucun handicap : l’être humain doit donc être protégé, servi et aimé de sa conception à son terme naturel. Il ne peut jamais être instrumentalisé comme une chose parce qu’il est à l’image et à la ressemblance de Dieu, qu’il est une personne humaine et qu’il a une âme spirituelle immortelle. Le mystère de la Personne divine de Jésus éclaire le mystère de toute personne humaine : toute personne est sacrée !

Gaudium et Spes enseigne aussi avec autorité que l’homme n’est pas un individu clos sur lui-même mais une personne appelée à se donner aux autres dans l’amour. Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même, disait Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. C’est seulement en se donnant dans l’amour que la personne humaine se réalise en imitant l’homme parfait : Jésus et la femme parfaite : la Vierge Marie. Vos enfants, que vous le vouliez ou non, sont influencés par la grande plaie de notre temps : l’individualisme égocentrique : « Et moi, et moi, et moi ! » Les adultes peuvent aussi être influencés par cet individualisme. Benoît XVI parlait de l’exode du « Moi ». Notre mission d’éducateurs est d’aider ceux dont nous avons la charge de « sortir de leur moi » pour « servir les autres ». Sartre s’est trompé : les autres ne sont pas l’enfer. C’est en les servant et en les aimant dans l’imitation du Christ, que les portes du Ciel s’ouvriront pour nous ! L’homme est fait pour aimer ses frères et sœurs dans sa famille et dans la société humaine, qui doit devenir une grande Famille.

            Tirons à présent les conséquences du Concile d’Ephèse pour notre vie conjugale. Nous avons encore en mémoire ce que nous avons dit sur le titre Marie Mère de Dieu, Théotokos. La France, Fille aînée de l’Eglise, est consacrée à la Vierge Marie, sa Reine. La France a une tradition mariale qu’il ne faut pas perdre. Par Saint Irénée et d’autres témoins du Christ envoyés par Saint Polycarpe de Smyrne, nous participons à la tradition qui remonte à Saint Jean. Le disciple que Jésus aimait est aussi le disciple qui a reçu de Jésus, au moment où Il était crucifié, la mission d’accueillir la Vierge Marie comme sa mère. Nous aussi, accueillons la Vierge Marie comme notre Mère. Renouvelons souvent notre consécration à son Cœur Immaculé et ayons une totale confiance en l’intercession de Notre-Dame : Jésus, peut-Il refuser d’exaucer la prière de Sa Mère ? Et ne nous décourageons pas de prier la Mère de Dieu pour la France !

Voici ce qu’écrivait Jean-Paul II, dans sa lettre apostolique sur la dignité de la femme (15 août 1988) : 3 «Quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme». Par ces paroles de la Lettre aux Galates (4,4), l’Apôtre Paul unit entre eux les moments principaux qui déterminent fondamentalement l’accomplissement du mystère qui était «d’avance arrêté en Dieu» (cf. Ep 1, 9). Le Fils, Verbe consubstantiel au Père, naît d’une femme, comme homme, quand vient «la plénitude du temps». Cet événement conduit au sommet de l’histoire de l’homme sur la terre, entendue comme histoire du salut. Il est significatif que l’Apôtre ne désigne pas la Mère du Christ par son nom propre, «Marie», mais la désigne comme «femme»: cela établit une concordance avec les paroles du protévangile dans le Livre de la Genèse (cf. 3, 15). Cette «femme», précisément, est présente en l’événement central du salut, qui détermine la «plénitude du temps»: cet événement se réalise en elle et par elle. Ainsi commence l’événement central, l’événement clé dans l’histoire du salut, la Pâque du Seigneur. Théotokos : 4. Ainsi la «plénitude du temps» manifeste la dignité extraordinaire de la «femme»… l’événement de Nazareth met en relief une forme d’union à Dieu qui ne peut appartenir qu’à la «femme», à Maríe: l’union entre la mère et son fils. La Vierge de Nazareth devient en effet la Mère de Dieu… Elle est donc vraiment la Mère de Dieu, car la maternité concerne toute la personne et pas seulement le corps, ni même seulement la «nature» humaine. Ainsi le nom de «Théotokos» Mère de Dieu devint le nom propre de l’union à Dieu accordée à la Vierge Marie… Marie exprime sa libre volonté, et donc l’entière participation du «moi» personnel et féminin à l’événement de l’Incarnation Par son «fiat», Marie devient le sujet authentique de l’union à Dieu qui s’est réalisée dans le mystère de l’Incarnation du Verbe consubstantiel au Père. Toute l’action de Dieu dans l’histoire des hommes respecte toujours la libre volonté du «moi» humain. Il en est de même dans l’Annonciation de Nazareth.

«Servir veut dire régner» 5. Cet événement possède un caractère interpersonnel très clair: c’est un dialogue…La «plénitude de grâce» accordée à la Vierge de Nazareth en vue de sa qualité de «Théotokos» signifie donc en même temps la plénitude de la perfection de «ce qui est caractéristique de la femme», de «ce qui est féminin». Nous nous trouvons ici, en un sens, au point central, à l’archétype de la dignité personnelle de la femme. Lorsque Marie répond aux paroles du messager céleste par son «fiat», la «comblée de grâce» sent le besoin d’exprimer son rapport personnel avec le don qui lui a été révélé, et elle dit: «Je suis la servante du Seigneur» (Lc 1, 38)… L’expression «servante du Seigneur» traduit toute la conscience qu’a Marie d’être une créature par rapport à Dieu. Toutefois, le mot «servante», vers la fin du dialogue de l’Annonciation, s’inscrit dans toute la perspective de l’histoire de la Mère et de son Fils. En effet, ce Fils, qui est vraiment et consubstantiellement «Fils du Très-Haut», dira souvent de lui-même, surtout au point culminant de sa mission: «Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir» (Mc 10, 45).Le Christ a toujours conscience en lui-même d’être le «serviteur du Seigneur», selon la prophétie d’Isaïe (cf. 42, 1; 49, 3. 6; 52, 13), qui exprime l’essentiel de sa mission messianique, il a conscience d’être le Rédempteur du monde. Marie, elle, dès le premier instant de sa maternité divine, de son union à son Fils que «le Père a envoyé dans le monde pour que le monde soit sauvé par lui» (cf. Jn 3, 17), entre dans le service messianique du Christ. C’est précisément ce service qui constitue le fondement même du Règne dans lequel «servir veut dire régner»… Marie, la femme de la Bible, est l’expression la plus accomplie de cette dignité et de cette vocation. En effet, tout-être humain, masculin ou féminin, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, ne peut s’épanouir que dans le sens de cette image et de cette ressemblance ». Admirons la profondeur de l’enseignement de Jean-Paul II sur la dignité de la femme !

Voici comment le Concile Vatican II (LG 65) parle des vertus de la Vierge Marie, modèle pour l’Eglise : «si l’Eglise en la personne de la bienheureuse Vierge, atteint déjà à la perfection qui la fait sans tache ni ride (Ep 5,27), les fidèles du Christ, eux, sont encore tendus dans leur effort pour croître en sainteté par la victoire sur le péché: c’est pourquoi ils lèvent leurs yeux vers Marie comme modèle des vertus qui rayonne sur toute la communauté des élus. En se recueillant avec piété dans la pensée de Marie, qu’elle contemple dans la lumière du Verbe fait homme, l’Eglise pénètre avec respect plus avant dans le mystère suprême de l’Incarnation et devient sans cesse plus conforme à son Epoux. Intimement présente en effet à l’histoire du salut, Marie rassemble et reflète en elle-même d’une certaine façon les requêtes suprêmes de la foi et elle appelle les fidèles à son Fils et à son sacrifice.., ainsi qu’à l’amour du Père, lorsqu’elle est l’objet de la prédication et de la vénération. L’Eglise, à son tour, recherchant la gloire du Christ, se fait de plus en plus semblable à son grand modèle en progressant continuellement dans la foi, l’espérance et la charité, en recherchant  et accomplissant en tout la divine volonté. C’est pourquoi, dans l’exercice de son apostolat, l’Eglise regarde à juste titre vers celle qui engendra le Christ, conçu du Saint-Esprit et né de la Vierge précisément afin de naître et de grandir aussi par l’Eglise dans le cœur des fidèles. La Vierge a été par sa vie le modèle de cet amour maternel dont doivent être animés tous ceux qui, associés à la mission apostolique de l’Eglise, travaillent à la régénération des hommes ».

Nous vous avons souvent rappelé le dernier message de Jean-Paul II à la France, le 15 août 2004 à Lourdes. Il s’est adressé d’abord aux femmes en leur confiant une mission : celle d’être sentinelles de l’invisible. Bien chères épouses, soyez ces sentinelles de l’invisible en priant et en imitant de votre mieux la Mère de Dieu, vierge, épouse et mère. Saint Jean-Paul II vous avait également donné une autre mission : Dieu vous a confié l’homme. C’est vous qui le portez en votre sein pendant 9 mois. Là encore, priez bien la Vierge Marie qui a porté en son sein virginal pendant 9 mois Jésus. Marie, Vierge, obtient des grâces à tous ceux qui la prient pour mener le combat olympique de la pureté. Cette expression a été inspirée par le Cœur de Jésus à Mère Marie-Augusta dans sa prière. Demandez à Notre-Dame des Neiges des grâces pour vous développer dans la vertu de chasteté, la vertu du bel amour. Marie, Epouse, a été mariée au chaste Saint Joseph. Leur mariage était un mariage virginal parce que le Verbe Incarné ne devait pas être conçu par un homme mais, comme nous l’avons dit en citant Jean-Paul II, son seul Père, tant dans sa divinité que dans sa divinité, est Dieu le Père. La Vierge Marie est parfait modèle de toutes les femmes consacrées, qui ont renoncé au mariage, non par mépris du mariage mais pour un mariage supérieur : l’Alliance éternelle avec Jésus l’Epoux. Soyons prudents en utilisant cette expression : Marie, Epouse du Saint-Esprit. Notre Fondateur nous invitait à la rigueur théologique. Saint Jean-Paul II a dit que le Saint-Esprit n’était pas le Père de Jésus, mais le seul Père de Jésus est Dieu le Père. Alors contentons-nous de dire que la Vierge Marie a consacré sa virginité à Dieu et que Dieu, par sa maternité virginale, révèle une autre forme de maternité : la maternité spirituelle à laquelle participent plus intimement les consacrées. Mais les épouses peuvent aussi participer à cette maternité spirituelle. Aidons plus particulièrement celles qui n’ont pas eu la joie de donner la vie à un enfant. Elles peuvent, avec la Vierge Marie, engendrer spirituellement des enfants pour Dieu ! Ce qui vient d’être dit sur la chasteté nous ouvre à cette autre pierre précieuse de la femme : la maternité ! Peut-on aujourd’hui dire encore que la maternité est un des plus beaux joyaux du mystère de la femme ? Oui, il faut le dire ! Marthe Robin, répétons-le, disait que la Vierge Marie était « la maternité ». Dieu le Père, Lui, est « la paternité », principe et source de toute paternité. L’homélie de Saint Jean-Paul II, lors de la veillée du samedi 14 août 1991 des JMJ de Czestochowa, révélait des caractéristiques de la maternité de la Mère de Dieu : « En cette veillée de prière, chargée d’une telle intensité de sentiments et d’enthousiasme, je voudrais attirer votre attention, chers jeunes, garçons et filles, sur trois paroles-clés qui nous serviront de guide : – Je suis (la parole) – Je me souviens – Je veille… Vous êtes réunis, chers amis, à Jasna Gora (Montagne de la Lumière), où, depuis de nombreuses années, est chanté le cantique : «Je suis près de Toi». Le monde qui vous entoure – la civilisation moderne – s’est évertué à arracher de la conscience de l’homme ce «Je Suis» divin. Il essaye d’exister comme si Dieu n’existait pas, tel est son programme. Mais si Dieu n’existe pas, toi, homme, peux-tu exister ? Vous êtes venus ici, chers amis, pour retrouver et confirmer profondément cette identité de l’homme : «Je suis», devant le «Je Suis» de Dieu. Regardez la croix et ne l’oubliez pas ! Que le mot-clé de votre vie soit : «Je suis près de toi». Note : Jean-Paul II a voulu montrer aux jeunes que la Vierge Marie n’arrêtait pas leur regard sur elle mais sur Dieu. La Mère de Dieu nous renvoie à Dieu et à Jésus crucifié. Elle est la première « sentinelle de l’invisible » !   

Je suis près de toi. Je me souviens de toi. L’homme est devant Dieu, il demeure près de Dieu par l’activité du souvenir. Il conserve de cette manière les paroles et les grandes oeuvres de Dieu, les méditant en son coeur comme Marie de Nazareth. Avant que les auteurs inspirés ne consignent la vérité de la vie éternelle révélée en Jésus-Christ, cette vérité avait déjà été gravée dans le coeur de sa Mère (Lc 2, 51). Marie a réalisé cela si profondément qu’elle est devenue elle-même un «texte vivant» des mystères divins. Les paroles «Je suis près de toi, je me souviens de toi», concernent Marie plus encore que tout autre disciple du divin Maître. Nous sommes venus ici, chers amis, afin de par-ticiper à ce souvenir des grandes oeuvres de Dieu recueilli par Marie. Pour participer à la mémoire de l’Église, qui vit dans l’écoute des Écritures inspirées. Approchons-nous de la Sainte Écriture, qu’elle devienne source d’inspiration pour nous, source de notre vie intérieure. Découvrons en elle, d’une manière toujours nouvelle et plus pleine, le merveilleux et impénétrable mystère du «Je Suis» divin. Nous découvrons aussi le mystère de notre «je suis» d’hommes. En effet, l’homme lui aussi est un mystère. Le Concile Vatican II a rappelé que «le mystère de l’homme n’est pleinement révélé qu’en Jésus-Christ».

Ici, à Jasna Gora, la parole «je veille» a un contenu marial, corre-spondant à la signification de l’icône de la Mère de Dieu. «je veille» , exprime l’attitude de la Mère. Sa vie et sa vocation se traduisent dans la veille. Cette veille sur l’homme commence au premier moment de son existence. Cette veille s’accompagne de tristesse et de joie. «La femme, sur le point d’accoucher, s’attriste parce que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans la joie qu’un homme soit venu au monde» (Jn 16, 21). Ce sont les paroles du Christ lui-même. La veille maternelle de Marie : quelle expérience insondable ! Quel message mystérieusement inscrit dans un coeur de femme, qui a vécu toute en Dieu ! En vérité, «le Seigneur a fait en elle de grandes choses, saint est son nom» (cf. Lc 1, 49). Notre conscience garde au moins le souvenir de deux moments : la nuit de Bethléem et la «nuit de l’Esprit» , au pied de la croix de son fils Fils, sur le Golgotha. Et un autre moment encore : le cénacle de Jérusalem, au jour de la Pentecôte, alors que naissait l’Église, lorsque l’Église entrait dans le monde, comme un enfant qui quitte le sein de sa mère.

Que veut dire : je veille ? Cela veut dire : je m’efforce d’être un homme de conscience. Je n’étouffe pas cette conscience et je ne la déforme pas ; j’appelle par leur nom le bien et le mal, dépassant celui-ci en moi-même. Tel est bien la question fondamentale, qui ne pourra jamais être amoindrie, ni mise sur un plan secondaire. Non, cela est toujours et partout une question de premier plan. Et son importance croît à mesure que plus nombreuses sont les circonstances qui semblent favoriser notre tolérance du mal, comme le fait que facilement nous nous en accommodions, surtout si les autres le font… «Je veille» veut dire aussi : je regarde les autres… Je veille veut dire : amour du prochain ; et encore : solidarité «interhumaine» fondamentale. J’ai déjà prononcé ces paroles une fois, ici, à Jasna Gora, pendant la rencontre avec les jeunes, en 1983, une année particulièrement difficile pour la Pologne. Aujourd’hui, je les répète : «Je suis près de toi, je me souviens de toi, je veille !» Quelle belle et profonde méditation trop peu connue hélas de beaucoup de baptisés !

 

Concluons par ce dernier témoignage de notre Père Fondateur sur Mère Marie-Augusta et de la retraite fondamentale qui avait eu lieu dans le tout petit village ardéchois de Péreyres en 1948 : « Mère Marie-Augusta était bien attachée à la main de Notre-Dame des Neiges, mais, encore plus profondément, au Cœur de Jésus. Ce n’était pas pour elle le début de son union intime et intense à son Cœur; c’était déjà depuis assez longtemps que, au milieu de souffrances diverses crucifiantes, elle continuait à enfanter douloureusement des âmes, habituellement inconnues, dont elle était la mère. Dans notre retraite, il fallait que nous méditions ces appels de Jésus et que nous répondions de tout notre cœur avec un humble abandon confiant, malgré notre misère, et attachés au Cœur de Jésus. Nous devions de plus en plus connaître l’Amour infini de son Cœur et aussi nous efforcer de le révéler aux autres, et d’abord à nos enfants, filles et garçons, malgré les lenteurs, les lourdeurs, et les retards, avec douceur et patience, sachant bien que Jésus-Amour était toujours avec nous. Mère Marie-Augusta disait humblement à ses filles :     « Je crois… que l’on apprend à aimer le Bon Dieu et que nous commençons à bien comprendre qu’Il nous aime! »» Ce premier témoignage du Père est bien en lien avec notre récollection sur les Conciles d’Ephèse et de Chalcédoine. Mère Marie-Augusta avait bien une dévotion mariale, elle était bien, écrit le Père, attachée à la main de Notre-Dame des Neiges, mais elle l’était plus profondément encore au Cœur de Jésus. Nous sommes missionnaires de Notre-Dame des Neiges mais beaucoup plus apôtres de l’Amour ! Être consacrés au Cœur Immaculé de Marie, Notre-Dame des Neiges, n’empêche pas mais favorise au contraire une plus grande union au Cœur de Jésus. La Mère de Dieu ne peut que nous renvoyer à son Fils ! Lorsque nous disons : « Marie », elle répond : « Jésus » ! Mère Marie-Augusta, écrivait notre Fondateur, était réellement une bien-aimée de Jésus et cette retraite avait certainement permis à l’Esprit-Saint de la rendre encore plus toute à Jésus. Dans le Cantique des cantiques, c’est la bien-aimée qui parle et qui dit : « Mon Bien-Aimé est à moi » : « Ego dilecto meo et dilectus meus mihi » (Ct 6, 3). Mais le Cantique des cantiques exprime bien la réciprocité de l’amour du Bien-Aimé et de la bien-aimée. Sans doute l’amour de Jésus est incomparable, mais cependant on peut affirmer que, quand une de ses créatures aime Jésus de tout son cœur, de toute son âme, Jésus Lui-même l’aime aussi de tout son cœur, comme Il nous a aimés follement dans la folie de la Croix. Et Jésus demande et demandera à ses bien-aimées des folies d’amour dans la souffrance corédemptrice ».        

Notre Fondateur a voulu souligner particulièrement «un des points d’approfondissement et de réflexion, qui déjà en ce temps devenait de plus en plus nécessaire, c’était la place de la vertu de chasteté dans notre vie religieuse qui comporte le vœu de chasteté parfaite, mais aussi l’état du monde moderne dans ce domaine de la chasteté. La civilisation qui se répand mondialement, malgré toutes les traditions des peuples et des religions, en particulier de l’Islam, a un bon côté, celui d’une certaine libération de la femme, qui est considérée de moins en moins comme une mineure dépendant toujours de l’homme. De droit, pour le chrétien, il est clair qu’elle est l’égale de l’homme en dignité et en vocation éternelle. Saint Paul disait déjà : « Il n’y a plus d’hommes, plus de femmes, plus d’esclaves, plus d’hommes libres, il y a le Christ tout en tous. »  Mais concrètement, surtout dans le paganisme, la femme était la servante de l’homme. Elle l’est encore souvent. Cependant elle peut avoir de plus en plus une égalité d’influence ou d’autorité avec l’homme.        Mais une conséquence qui, en soi, n’est pas mauvaise, mais, en pratique, dangereuse à cause des conséquences du péché originel, c’est que les femmes sont de plus en plus mêlées aux hommes depuis leur adolescence, avec tout ce que cela comporte de tentations selon l’instinct sexuel, dans une liberté de mœurs qui veut s’imposer même dans toute la législation. Or cela conduit à la corruption des mœurs. Les animaux obéissent simplement et totalement à leur instinct voulu par le Créateur, tandis que l’homme et la femme peuvent mettre au service de la sensualité et du plaisir charnel, leur intelligence et leurs mœurs. Nous en arrivons ainsi à une civilisation hédoniste où triomphe de plus en plus le soi-disant amour libre, qui n’est en réalité qu’un esclavage des sens, de la sensualité et de la sentimentalité.       Quel remède peut-il y avoir ? Revenir aux mœurs anciennes ? Exiger de la femme, comme l’Islamisme, la dépendance absolue de son époux ? Il ne faut pas y songer, et d’ailleurs ce ne serait pas vraiment chrétien. La femme a une dignité que l’on doit respecter en reconnaissant sa liberté bien conçue. Le seul remède est dans la civilisation chrétienne qui peut et doit obtenir la beauté et la solidité de l’authentique amour. C’est lui qui rend libre l’homme, comme la femme, en face des faiblesses du cœur et des grossières tentations de la chair. C’est lui qui doit permettre à la civilisation moderne de ne pas se détruire dans la corruption universelle des mœurs. On doit au contraire construire la « civilisation de l’amour ». Est-ce impossible ? Certainement non. Si l’esprit chrétien pénètre partout dans les institutions, les peuples et le monde entier, la force morale puisée dans l’éducation spirituelle, la prière et les sacrements, permettra un redressement des mœurs important. Et c’est ce que Dieu veut ! Mais est-ce que cela supprimera, dans les relations si faciles et si libres entre hommes et femmes, les tentations que ce malheureux instinct sexuel, fruit du péché originel, nous a laissées en héritage ? Certainement non. Il faudra de la Foi ; il faudra de la vertu ; il faudra cultiver l’exercice de l’amour authentique, c’est-à-dire puiser dans le Cœur de Dieu la façon d’aimer de Dieu Lui-même. C’est ainsi que la chasteté gardée avec la grâce du Christ et pour Lui, deviendra de plus en plus un « martyre », c’est-à-dire un « témoignage de fidélité et d’amour de Dieu »». Cet enseignement prophétique de nos Fondateurs a été donné en 1948 ! Il était vraiment inspiré du Cœur de Jésus et nous ne pouvons que constater sa justesse. 

Autre enseignement prophétique particulièrement important en notre temps où la morale n’est plus de mode : «Faut-il accepter facilement, écrivait notre Fondateur, que beaucoup d’hommes et de femmes ne se conforment pas à la loi chrétienne de l’amour ? Faut-il laisser à leur conscience personnelle la décision de ce qu’ils peuvent et doivent faire en matière morale ? Certainement non. La loi divine doit être proclamée et le combat spirituel doit être mené particulièrement par l’éducation au bel amour et par l’appui que l’on doit donner aux chrétiens et aux familles. Il en sera toujours ainsi, même si les mœurs s’améliorent. N’y aura-t-il alors que peu d’âmes qui pourront donner le témoignage de leur amour pour Jésus ? On peut espérer au contraire que, comme il y a eu dans la Rome des premiers siècles chrétiens, des quantités de martyrs, il peut et il doit y avoir dans les années à venir non seulement de plus en plus de témoins du Christ par la pratique de la chasteté parfaite, mais aussi de plus en plus de pères et de mères de famille pratiquant la chasteté conjugale, donnant la vie généreusement et réalisant la « communauté d’amour et de vie » féconde en vocations. La famille conforme aux désirs de Dieu sera, comme le martyre du sang, féconde en chrétiens authentiques. Je parle de chasteté plutôt que de virginité gardée avec et pour le Christ. Non pas que l’on ne puisse pas vouloir et espérer que de plus en plus soient nombreux les jeunes gens et les jeunes filles se donnant à Jésus dans leur intégrité, mais il faut aussi espérer que beaucoup de ceux et de celles qui l’auront perdue, soient conquis par le Cœur de Jésus et s’engagent dans la chasteté parfaite pour Lui. Mais la décision du cœur ne suffit pas pour vivre ensuite la chasteté parfaite toute sa vie. Il faut qu’elle soit soutenue, fortifiée par une vie vraiment unie au Christ dans la prière, les sacrements, l’apostolat. Il faut l’exercice de toutes les vertus, le combat contre l’égoïsme, l’orgueil, le repli sur soi. Il faut la Foi, la Confiance et l’Amour. Et ainsi on peut dire que, sans se lasser, on soutiendra le véritable combat olympique de la pureté. Avec la force de Jésus, généreusement, il y aura la résistance aux sauvages tentations de la volupté. Et cela sera d’ailleurs source de vigueur dans le combat spirituel en tous domaines. Cela permettra la domination de la peur, l’acceptation généreuse de la souffrance, sous toutes ses formes, la réalisation d’une vie conforme aux Béatitudes. « Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu »  (Mt 5, 9).

Les fruits spirituels de nos approfondissements sur les Conciles d’Ephèse et de Chalcédoine sont cette perspective enthousiasmante du triomphe du bel amour. Ce triomphe n’est peut-être pas encore pour demain, mais il se prépare avec le triomphe du Cœur Immaculé de Marie et la venue de la civilisation de l’amour. Ce triomphe, nous le voyons déjà, en toutes vos familles qui veulent vivre leur vie de famille en imitant la vie de la Sainte Famille, parfait miroir de la Famille divine : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Le Concile d’Ephèse a proclamé que Marie était Mère de Dieu, elle l’a été par la consécration de sa virginité. Vierge, Epouse et Mère, elle est parfait modèle de l’Eglise, Epouse de Jésus, le Verbe incarné. Le Saint-Esprit a inspiré les Pères du Concile de Chalcédoine pour trouver les mots précis pour dire le mystère de Jésus, vrai Dieu et vrai homme. Puisse Jésus devenir pour chacun de nous le Bien-Aimé de notre âme !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *