Lazare, viens dehors !

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En parcourant l’Ecriture… Les miracles de Jésus : des « signes » pour notre foi… (7/8)

La résurrection de Lazare

Nous nous pencherons aujourd’hui sur le grand miracle de la résurrection de Lazare. Ce miracle est raconté par St Jean, au chapitre 11 de son évangile. Il se situe peu avant la Passion de Notre Seigneur et en est un prélude. C’est, en effet, ce dernier « signe » qui fournit aux ennemis de Jésus l’occasion tant désirée de prendre une décision formelle à son sujet : « Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple » (Jn 11, 50) dira Caïphe, alors Grand prêtre, à l’issue de ce miracle… Pour mieux comprendre ce qui se joue dans la résurrection de Lazare, comme St Thomas, « allons-y nous aussi » (Jn 11, 16) !

Pour bien saisir ce que nous raconte l’évangile, nous commencerons par voir quelques détails étymologiques, géographiques et culturels pour en préciser le contexte, puis nous nous attacherons aux dialogues de Jésus avec les différents protagonistes pour mieux comprendre la pédagogie divine, et enfin nous verrons quelques commentaires qui ont été faits de cet évangile pour en tirer un enseignement pour aujourd’hui.

I – Détails étymologiques, géographiques et culturels : le contexte de la résurrection de Lazare

Etymologie

Dans la Bible, personnes et lieux ont souvent des noms qui signifient ce qu’ils sont. Ici par exemple, le nom de « La’zar », en hébreu, est une forme abrégée de « Ela’zar » qui signifie « Celui que Dieu secourt », et le mot Béthanie, le bourg dans lequel vivent Lazare et ses sœurs, vient de 2 mots hébreu : « beth » = la maison et « anie » qui viendrait soit d’un mot hébreu signifiant dattes ou palmier, soit misère ou pauvres, soit miséricorde, grâce ou bénédictions. Béthanie est donc la « maison des palmiers » et/ou la « maison de miséricorde, de grâce et de bénédiction ». Et ce qui est intéressant d’un point de vue historique, c’est que Béthanie s’appelle aujourd’hui « El-Azarieh », c’est-à-dire « le pays de Lazare », confirmant ainsi par la tradition son lien avec Lazare.

 

Géographie

Dans les versets précédents, on apprend que Jésus se trouve « au-delà du Jourdain », fuyant ses persécuteurs se trouvant à Jérusalem, d’où son absence au moment de la mort de Lazare. Béthanie est situé près du sommet du Mont des Oliviers, sur le versant oriental, à environ ¾ d’heure de marche de Jérusalem, à « environ 15 stades » nous dit l’évangile (v. 18) (1 stade = 185 m, 15 stades = 2,7 km env.). Le miracle produit aura donc un grand retentissement par sa proximité avec Jérusalem…, et on comprend la crainte des apôtres de se rapprocher à nouveau du péril pour leur Maître… ! Quant au tombeau de Lazare, image du Sépulcre de Jésus, il est décrit comme un caveau creusé dans le roc (v. 38), et dans lequel on descendait peut-être par quelques marches, la pierre pouvant être soit une « porte » verticale, soit un couvercle couché sur l’ouverture.

Culture juive

  • Les heures du jour : Quand Jésus dit « n’y a-t-il pas 12 h de jour ? » (v.9), Il fait référence à la durée d’une journée de travail chez les juifs. Ici, les 12 h de jour figurent le temps de la vie terrestre, et la nuit représente la mort. Jésus veut rassurer ses disciples : « son heure » – fixée par son Père – bien que proche, n’est pas encore venue, Il n’a donc rien à craindre en se rendant près de Jérusalem.
  • L’ensevelissement des morts : chez les anciens juifs, l’enterrement avait lieu d’ordinaire le jour-même du décès, ce qui peut laisser supposer que Lazare « depuis 4 jours dans le tombeau » (v. 18) était mort le jour-même où le messager avertissait Jésus de sa maladie (un jour message aller, deux jours de Jésus sur place, un jour pour arriver d’au-delà du Jourdain jusqu’à Béthanie). Anne-Catherine Emmerich parle même de 8 jours, ses sœurs l’ayant laissé 4 jours sans l’enterrer, dans l’espoir que Jésus viendrait et lui rendrait la vie. Mais comme, après l’avoir averti, il tardait à venir, elles avaient fini par l’ensevelir. On embaumait les morts et, après les avoir recouverts d’un linceul, on entourait leurs corps de bandelettes de toile, et on  déposait sur leur visage un suaire : on retrouve ici les mêmes pratiques pour Lazare et Jésus ! On imagine la démarche un peu gauche de Lazare, engoncé dans ses bandelettes, pour sortir du tombeau et la remarque de Jésus « déliez-le » montre combien les juifs étaient impressionnés autour pour en oublier de lui venir en aide !
  • Le deuil : En vertu des coutumes juives, le deuil et les condoléances duraient pendant 7 jours. D’où la présence de nombreux juifs, 4 jours après l’ensevelissement, venus consoler Marthe et Marie, et on voit leur délicatesse : quand Marie se lève, pensant qu’elle va au tombeau, ils l’accompagnent pour qu’elle n’y soit pas seule à pleurer.
II- Les dialogues de Jésus : pédagogie divine
  • Avec ses apôtres : on voit Jésus se réjouir de pouvoir, par ce miracle, fortifier la foi de ses apôtres, surtout à un moment si proche de sa Passion ! D’où cette parole un peu étrange de sa part : « et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez » (v.15) : en effet, son amour pour Lazare est si grand que, s’Il avait été auprès de lui Il l’aurait sans doute délivré de la mort tout de suite, et le miracle aurait été moins grand, la foi suscitée aussi… Il sait aussi que la résurrection de Lazare va accélérer sa propre mise à mort, et par conséquent sa propre Résurrection, qui sera véritablement la base de la foi de ses disciples et de tous ceux qui croiront après eux. Quand Il annonce : « cette maladie ne mène pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu : afin que le fils de Dieu soit glorifié par elle » (v.4), c’est fondamentalement à sa propre mort et à sa Résurrection, comme glorification, qu’Il pense, bien plus qu’à la gloire rendue à Dieu sur le moment à la vue du miracle. On voit que les apôtres ne comprennent pas bien Jésus, et Celui-ci doit mettre fin au malentendu en précisant « Lazare est mort » (v.14). Mais on peut admirer leur courage : « allons-y nous aussi pour mourir avec Lui » dit St Thomas (v.16).

Avec Marthe : son dialogue avec Jésus est une progression dans la foi : Marthe a réellement confiance en Jésus, sa 1ère parole en témoigne : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort » (v.21). Cependant sa confiance en la puissance de Jésus n’est pas absolue, elle suppose par exemple qu’Il a besoin de recourir à Dieu pour ressusciter son frère et, si elle ne doute pas de la résurrection des morts à la fin des temps, elle laisse sous-entendre que cette consolation est bien lointaine et bien faible. Jésus s’appuie pourtant sur cette foi pour la pousser à aller plus loin : c’est une constante dans chacun des miracles, Jésus suscite d’abord la foi avant d’accomplir un miracle, et la portée du miracle dépend de beaucoup du degré de foi rencontré. Après que Jésus a dit : « Je suis la Résurrection, crois-tu cela ? » (v.25-26), Marthe fait une splendide profession de foi, qui n’est pas d’abord foi à telle vérité affirmée par Jésus mais foi EN Jésus, Fils de Dieu.

Avec Marie : le dialogue commence comme avec Marthe : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort » (v.32), mais Marthe est plus maîtresse d’elle-même, sa sensibilité est contenue, tandis que Marie ne peut rien ajouter et fond en larmes. Alors Jésus se tait et partage sa douleur, Lui aussi pleure, et Il compatit, mais d’une compassion divine, qui prend sur elle la douleur, la souffrance. Puis Jésus « frémit en esprit » (v.33), colère divine devant la mort que Dieu n’avait pas voulue pour nous, et Il se trouble, en pensant à sa propre Passion qui approche…

Avec son Père : le dialogue à voix haute de Jésus avec son Père est destiné aux hommes « afin qu’ils croient » (v. 42), Il Le dit bien Lui-même. Sa prière (action de grâce, les yeux au ciel…) préfigure sa longue prière sacerdotale du Jeudi Saint (Jn 17).

Avec la/le mort : Jésus parle d’une voix forte, et il n’a pas besoin de beaucoup de mots : « ‘Lazare, viens dehors’ et aussitôt le mort sortit » (v.43-44) : cela montre sa Toute Puissance sur la mort ! Et contrairement à Lazare qui a besoin qu’on lui ôte ses bandages, c’est-à-dire qu’on le délivre de l’emprise de la mort, Jésus ôtera lui-même ses bandages au jour de sa Résurrection.

Les descriptions précises faites par St Jean montre que l’évangéliste est témoin oculaire de toute la scène, et qu’il a directement en vue d’autres témoins oculaires du miracle, pouvant ainsi noter que « beaucoup crurent en Lui » (v.45), mais que d’autres s’endurcissent (v. 46-54) et, ne pouvant nier le miracle, se mentent à eux-mêmes et excitent leur haine pour condamner le Seigneur. Les miracles ne nous obligent pas à croire : le cœur humain reste libre !

III – Quelques commentaires : leçons pour aujourd’hui

« Celui qui donne est plus précieux que le don » – Catéchèse du 14 décembre 2011 de Benoît XVI

L’œuvre de guérison de Jésus est liée à son rapport intense avec son prochain – le malade – et avec le Père. Ces deux relations se rencontrent : la relation humaine de compassion pour l’homme qui entre en relation avec Dieu et devient ainsi une guérison.

Dans la résurrection de Lazare, sont présents à la fois la compassion profonde de Jésus pour la souffrance d’un ami et sa communion filiale avec son Père. La prière que Jésus lui adresse pour la vie de Lazare, tout en confirmant sa décision de demeurer en communion avec la volonté du Père, renforce aussi son lien avec son ami. Ces récits nous font ainsi comprendre que dans notre prière de demande nous ne devons pas attendre la réalisation de notre volonté, mais nous confier à la volonté du Père. Même si cette volonté est souvent mystérieuse à nos yeux, nous avons la certitude de son amour pour nous. Le don le plus grand que Dieu puisse nous faire est celui de son amitié, de sa présence, de son amour, que nous devons toujours demander et préserver.

 « La résurrection a déjà commencé » – Angélus du 6 avril 2014 du Pape François

Devant la tombe scellée par l’ami, Jésus « a crié d’une voix forte : « Lazare, sors dehors ! » Le mort est sorti, debout, les pieds et les mains liés par les bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire » (vv. 43-44).

Ce cri péremptoire s’adresse à tout homme, parce que nous sommes tous marqués par la mort. C’est la voix de celui qui est le maître de la vie et qui veut que tous « nous l’ayons en abondance » (Jean 10,10). Le Christ ne se résigne pas aux tombeaux que nous nous sommes construits par nos choix de mal et de mort. Lui, il nous invite, quasiment, il nous ordonne, de sortir du tombeau où nos péchés nous ont ensevelis. Il nous appelle avec insistance à sortir des ténèbres de la prison dans laquelle nous nous sommes enfermés, en nous contentant d’une vie fausse, égoïste, médiocre.

Notre résurrection commence quand nous nous décidons d’obéir au commandement de Jésus en sortant à la lumière, à la vie ; quand les masques tombent de notre visage – si souvent, nous sommes masqués par le péché, les masques doivent tomber ! – et que nous retrouvons le courage de notre visage original, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu.

La résurrection du cœur  – Commentaire du P. Cantalamessa

On peut être mort, même avant de…mourir, en étant encore dans cette vie. Et je ne parle pas seulement de la mort de l’âme à cause du péché ; je parle également de cet état d’absence totale d’énergie, d’espérance, d’envie de lutter et de vivre que l’on ne peut appeler par une expression plus appropriée que celle de « mort du cœur ».

Pour tous ceux qui, pour les raisons les plus diverses (échec d’un mariage, trahison du conjoint, fourvoiement ou maladie d’un enfant, revers de fortune, dépression, incapacité de sortir de l’alcoolisme, de la drogue) se trouvent dans cette situation, l’histoire de Lazare devrait arriver comme le son des cloches le matin de Pâques.

Qui peut nous apporter cette résurrection du cœur ? Nous savons qu’aucun remède humain ne peut venir à bout de certains maux. Les paroles d’encouragement laissent derrière elles le terrain même qu’elles ont trouvé. Chez Marthe et Marie il y avait aussi « beaucoup de Juifs… venus manifester leur sympathie à Marthe et à Marie, dans leur deuil » mais leur présence n’avait rien changé. Il faut faire appeler Jésus, comme le firent les sœurs de Lazare. L’invoquer, comme les personnes ensevelies sous une avalanche ou sous les décombres d’un tremblement de terre attirent l’attention des secouristes par leurs gémissements.

Souvent, les personnes qui se trouvent dans cette situation ne sont en mesure de rien faire, ni même de prier. Elles sont comme Lazare dans la tombe. Il faut que d’autres fassent quelque chose pour elles. Jésus adressa un jour ce commandement à ses disciples : « Guérissez les malades, ressuscitez les morts » (Mt 10, 8). Que voulait-il dire ? Que nous devons ressusciter les morts physiquement ? Si c’est le cas, les saints qui ont mis en pratique ce commandement de Jésus tout au long de l’histoire, se comptent sur les doigts de la main. Non, Jésus signifiait également et surtout les personnes dont le cœur est mort, celles qui sont mortes spirituellement. En parlant de son fils prodigue, le père disait : il « était mort et il est revenu à la vie » (Lc 15, 32). Et il ne s’agissait certes pas d’une mort physique puisqu’il était revenu à la maison.

« Jésus est là »

Lazare est à l’agonie, pourtant Marthe et Marie font une demande discrète à Jésus, pleine de délicatesse (un peu à la manière de Marie, à Cana). Elles présentent leur demande à Jésus sans insister, et peuvent avoir l’impression de ne pas avoir été entendues… Et pourtant…  Bien des choses peuvent nous agiter, nous tourmenter, mais le Père avait l’habitude de répéter : « Jésus est là ! ». Jésus veut que nous ayons confiance en Lui, que nous espérions contre toute espérance, et Il demande souvent beaucoup à ceux qu’Il aime !

 

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