nous confessons un seul et même Fils, notre Seigneur Jésus Christ, le même parfait en divinité, et le même parfait en humanité

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Du Concile d’Éphèse au Concile de Chalcédoine

Récollections de Foyer 2017-2018 : « la beauté de notre foi » – 2e trimestre 2018 – enseignement 2/3

Jésus, Personne divine du Fils de Dieu, consubstantiel au Père selon la divinité et consubstantiel à nous selon l’humanité

Bien chers amis, nous vous avons présenté, dans la première causerie, les circonstances historiques du Concile d’Ephèse et le contenu du dogme « Marie, Théotokos ». Nous allons, en cette deuxième causerie, découvrir le très important Concile de Chalcédoine, qui a eu lieu 20 ans après Ephèse, en 451.

            – Contexte historique du Concile de Chalcédoine (Wikipédia)

Le concile de Chalcédoine a eu lieu du 8 octobre au 1er novembre 451 dans l’église Sainte-Euphémie de la ville éponyme, aujourd’hui Kadıköy, un quartier chic de la rive asiatique d’Istanbul. Convoqué par l’empereur byzantin Marcien et son épouse l’impératrice Pulchérie, à partir du 8 octobre 451, le concile réunit 343 évêques dont quatre seulement viennent d’Occident. Dans la continuité des conciles précédents, il s’intéresse à divers problèmes christologiques et condamne en particulier le monophysisme d’Eutychès sur la base de la lettre du Pape St Léon le Grand intitulée « Tome à Flavien », patriarche de Constantinople. L’erreur du monophysisme était d’attribuer au Christ une seule nature : la nature divine.

À la première séance, le 8 octobre, les légats romains demandent la mise en accusation de Dioscore d’Alexandrie. Il est procédé au réexamen des actes du Brigandage d’Éphèse. Flavien de Constantinople est réhabilité. Le 13 octobre, Dioscore d’Alexandrie est cité, sans succès, à comparaître. Il est déposé pour avoir excommunié le pape, avoir déposé Flavien de Constantinople, avoir reçu Eutychès dans sa communion et avoir refusé de comparaître. Le 17 octobre, à la demande des commissaires impériaux, le concile proclame à l’unanimité la conformité du Tome de Léon avec le symbole de Nicée-Constantinople, après que les évêques d’Illyrie et de Palestine, jusqu’alors réticents, aient publiquement manifesté leur adhésion. À la séance du 22 octobre, le concile entreprend l’élaboration de la définition de la foi. Un projet est présenté par Anatole de Constantinople. Il suscite l’opposition des légats romains qui menacent de repartir en Italie si le Tome de Léon ne figure pas dans le symbole. Pour éviter la rupture, une commission est constituée, sur proposition des commissaires impériaux. Elle réunit, autour d’Anatole de Constantinople et des trois légats romains, divers évêques. Elle aboutit à une définition de la foi, unanimement approuvée et promulguée officiellement lors de la séance solennelle, tenue en présence de Marcien, le 25 octobre.

Profession de foi de Chalcédoine 5e session, 22 octobre 451, symbole de Chalcédoine :

À la suite des professions de foi de Nicée Constantinople, en accord avec les lettres synodales de Cyrille et le Tome à Flavien de Léon, le concile s’oppose à ceux qui tentent de diviser le mystère de l’économie en une dualité de fils ; il repousse loin de l’assemblée des prêtres ceux qui osent dire passible la divinité du Fils unique ; il s’élève contre ceux qui imaginent, à propos des deux natures du Christ, un mélange ou une confusion ; il chasse ceux qui disent dans leur délire que la forme d’esclave que le Christ a reçue pour lui de nous est céleste ou de quelque autre substance ; et il anathématise ceux qui inventent la fable de deux natures du Seigneur avant l’union, mais n’en imaginent plus qu’une seule après l’union. Suivant donc les saints pères, nous enseignons unanimement que nous confessons un seul et même Fils, notre Seigneur Jésus Christ, le même parfait en divinité, et le même parfait en humanité, le même vraiment Dieu et vraiment homme (composé) d’une âme raisonnable et d’un corps, consubstantiel au Père selon la divinité et le même consubstantiel à nous selon l’humanité, en tout semblable à nous sauf le péché, avant les siècles engendré du Père selon la divinité, et aux derniers jours le même (engendré) pour nous et notre salut de la Vierge Marie, Mère de Dieu, selon l’humanité. Un seul et même Christ, Fils, Seigneur, l’unique engendré, reconnu en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division et sans séparation, la différence des natures n’étant nullement supprimée à cause de l’union, la propriété de l’une et l’autre nature étant bien plutôt gardée et concourant à une seule personne et une seule hypostase, un Christ ne se fractionnant ni se divisant en deux personnes, mais un seul et même Fils, unique engendré, Dieu Verbe, Seigneur Jésus Christ, selon que depuis longtemps les prophètes l’ont enseigné de lui, que Jésus Christ lui-même nous l’a enseigné, et que le Symbole des pères nous l’a transmis ». Soulignons les mots grecs employés pour cette clarification : phusis = nature ; ousia = essence ; prosopôn = personne, hypostasis = hypostase ou personne. Le dogme de Chalcédoine, s’appuyant sur St Léon le Grand, affirme infailliblement qu’il n’y a qu’une Seule Personne (prosopôn ou hypostasis) dans le Christ : la Personne divine, et deux natures (phusis) : les natures divine et humaine.

            – Le mystère de la Personne divine de Jésus :

Le Père Galot, dans son cours de théologie à la Grégorienne à Rome, dans les années 80, disait que tout un mouvement de pensée, parti de Barth et repris par Karl Rahner, affirmait que le concept de personne aurait changé de sens et devait être conçu comme « conscience de soi« . Il est urgent de sortir de la confusion et de préciser avec rigueur ce qu’est le concept de personne du Concile de Chalcédoine, concept qui fait partie intégrante du dogme, que nul ne peut refuser et que tout baptisé est capable de comprendre si on le lui explique bien.

a) Le concept de personne (prosopôn) est tiré de l’expérience commune : A la question : «qui est ?», on répond spontanément par la personne : c’est Pierre, Jacques, Jean … A la question : «qu’est-ce que c’est ?», on répond spontanément par la nature : c’est un homme. Cette expérience humaine est universelle. Elle vaut pour tous les hommes, demeure pour toujours et conserve sa signification fondamentale. Chacun de nous est capable de comprendre la différence entre le « je » et le « tu ». Le « je » renvoie à ma personne. Le « tu » renvoie à la personne à qui je parle, avec qui je vis.

b) La personne est «conscience de soi» et «liberté », mais en tant qu’elle est sujet de conscience et de liberté. Dans le Christ, nous trouvons une conscience humaine et une liberté humaine, mais le sujet est la Personne divine du Verbe. Il faut donc distinguer le Principium quod = la personne qui agit et le principium quo = la nature par laquelle on agit. Dans le Christ, il y a donc un seul sujet : Sa Personne divine. Le Concile de Chalcédoine a été très clair : «en kai autos» = un et le même. Jésus est vraiment Dieu, précisément par le motif de l’unité de Sa Personne divine. Mais le mystère de la Personne du Christ demeure un mystère, même si le dogme de Chalcédoine a donné les mots précis pour « dire » sans erreur ce mystère : une Personne divine et deux Le soi-disant changement de sens du concept de personne = « conscience de soi » ne peut pas être accepté. Ce changement, en effet, contredit Chalcédoine. Jésus, Personne divine du Fils de Dieu, est conscient de Lui-même en tant qu’homme de par sa nature humaine, mais Il participe aussi pleinement à la connaissance de Dieu, en tant que Dieu de par sa nature divine.

 

            – Le constitutif formel de la personne.

Le Concile de Chalcédoine devrait avoir une influence décisive pour distinguer la personne et la nature. Boèce a donné cette définition de la personne, toujours valable : « La personne est substance individuelle de nature raisonnable ». Cette définition est importante car elle révèle le mystère de chacune de nos personnes : nous sommes bien des « êtres » distincts, des « sujets ». Rappelons-nous ce que nous avons dit en interprétant le mot homousios = consubstantiel du dogme de Nicée. La substance = l’être. Boèce définit la personne humaine en la distinguant de l’animal. Elle est un être par soi = substance, comme l’animal, mais cet être par soi est « corps et âme spirituelle ». Jusqu’à la naissance de Jésus, aucun philosophe n’avait distingué personne et nature, car aucun être humain n’était une Personne divine assumant une nature humaine. La personne humaine, le sujet humain, est donc bien une substance = un être, doué de raison et de liberté. Dans la doctrine trinitaire, la personne est esse ad = esse relationnel. Les théologiens affirment que « Tout est Un, entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit, là où n’intervient pas l’opposition de relation » (DS 1300). Ainsi, dans la Trinité, tout est UN, sauf les Personnes du Père, du Fils et du Saint-Esprit, qui sont des relations opposées. Ainsi le concept de personne est relation subsistante = esse relationnel. Mais nous ne pouvons pas comprendre parfaitement avec notre intelligence limitée tout le mystère des Personnes divines. Elles sont bien distinctes, elles sont bien en relation, mais elles sont UN SEUL DIEU !

            Pour mieux comprendre encore le mystère de la personne, rappelons cet enseignement thomiste : la personne est incommunicable alors que la nature humaine peut être communiquée. Cet enseignement se fonde sur l’expérience : les parents transmettent à leur enfant la nature humaine, mais ils ne transmettent pas leurs personnes. Lorsque les thomistes parlent d’incommunicabilité de la personne, ils se placent sur le plan ontologique, de l’être, et non psychologique. L’être en personne est vraiment incommunicable. La nature, par contre, est communicable. Dieu le Père n’a pas communiquée Sa Personne à Son Fils et à l’Esprit-Saint, mais Il leur a communiqué la nature divine. Il a communiqué toute sa divinité, mais pas ce qui le caractérise par rapport au Fils et au Saint-Esprit : sa paternité. Chaque être humain est caractérisé par sa personne incommunicable. Aucune autre personne ne sera ce que je suis. Je ne suis pas et je ne serai pas les autres personnes. Le fait d’être ontologiquement incommunicable n’empêche pas, cependant, la Personne de se donner dans l’Amour. Les Personnes divines sont l’une dans l’autre, ce que les Grecs appelaient périchorèse, mais elles sont bien distinctes.

La métaphysique thomiste peut nous aider à mieux comprendre. Le manque de rigueur métaphysique a eu de très graves conséquences : des religieux ont justifié l’avortement parce que, selon eux, cet acte ne détruirait pas une personne, étant donné que, pour eux, l’être humain ne serait une personne qu’en étant en relation avec d’autres personnes ! Ainsi, du moment qu’il n’y a pas de relation entre un « je » et un « tu », il n’y a pas de personne et on peut avorter l’embryon, qui n’est pas un être personnel. La relation n’est donc pas suffisante pour définir la personne, il faut garder la définition de Boèce : substance individuelle de nature raisonnable. La personne existe dès qu’existe l’être humain et doit donc être respectée dès le premier moment de sa conception. La théologie trinitaire doit aussi éclairée la christologie et l’anthropologie : cette substance individuelle de nature raisonnable existe en relation avec les autres personnes. Pour Saint Jean-Paul II, la personne ne se réalise que dans le don d’amour aux autres personnes.

 

            – Comment affirmer que le Christ est parfaitement homme sans être une personne humaine ?

Le Christ possède toutes les qualités et toutes les propriétés de la nature humaine = homme 100%, mais Il n’est pas une personne humaine ! Le Père Galot faisait remarquer que, dans la Trinité, le fait d’être une Personne distincte des autres Personnes n’empêche aucunement d’être parfaitement Dieu. Le Père, qui communique la nature divine, n’est pas plus Dieu que le Fils, ni que le Saint-Esprit. Mais le Père est Dieu totalement, le Fils est Dieu totalement, le Saint-Esprit est Dieu totalement.

De ce mystère qui nous dépasse, nous pourrions tirer cette affirmation : le fait que le Christ soit une Personne divine n’empêche nullement ce dernier d’être parfaitement homme, parce que sa Personne n’ajoute pas et ne retranche pas à la perfection de la nature humaine. Cette réflexion n’apporte probablement pas toutes les lumières pour comprendre parfaitement le mystère de la Personne divine de Jésus. Frère Joseph, dans son cours de philosophie, écrit : «Le dogme chrétien nous conduit à poser de nouvelles questions. L’humanité du Christ ne subsiste pas humainement, c’est-à-dire qu’elle ne forme pas en elle-même un tout humain incommunicable. Ceci ne signifie pas qu’elle ne subsiste pas, car elle subsiste divinement, elle subsiste dans la Personne du Verbe qui forme un tout divin incommunicableD’où la question : qu’est-ce qui dans un homme est le constitutif formel de la personne? C’est-à-dire, qu’est-ce qui en fait une totalité incommunicable, un subsistant ? Il faut noter ici que le problème se pose uniquement pour l’humanité du Christ qui est une substance rationnelle. Si on se demande comment la nature humaine du Christ peut exister d’un esse qui ne soit pas son esse, qui ne lui soit pas propre, ou bien, pour reprendre la deuxième solution de saint Thomas, comment elle peut exister d’un esse qui soit rattaché à l’esse divin, nous répondrons : 1° que nous touchons ici au domaine du mystère, nécessairement obscur. 2° qu’au lieu de supposer chez cet étant (l’humanité du Christ) un moins, ce qui oblige à inventer pour les autres un plus, il serait plus raisonnable de situer le plus de son côté, comme fondement d’une relation absolument unique et surnaturelle à la Personne divine et à l’esse divin. 3° que l’esse divin, et lui seul, contient éminemment l’actualité par laquelle cet homme aurait subsisté. Cette dernière remarque suggère une autre façon de poser le problème. Jusqu’ici nous nous sommes uniquement demandés comment l’humanité du Christ pouvait subsister dans la Personne du Verbe, ce qui est une vision ascendante, mais on peut poser la question dans l’autre sens, dans une vision descendante. Il s’agit alors de se demander comment la Personne du Verbe qui existe divinement (ipsum esse subsistens) peut assumer une nature et, peut-être, un esse humain ? » Nous constatons par ces remarques de frère Joseph la complexité de la question et nous devons, là encore, faire preuve d’humilité : au Ciel nous comprendrons parce que nous serons dans le face à face. Pour le moment, adorons le mystère et adhérons d’une foi ferme au dogme de l’Eglise qui est infaillible !

            – Qui est Jésus-Christ pour moi ?

(Joseph RATZINGER, Dogme et annonce, Parole et Silence, 2005, pages 125 à 128) Citons ce passage intéressant du Cardinal Joseph Ratzinger, l’année où il était élu Pape sur la manière par laquelle Jésus Christ est entré dans sa vie : «Je ne l’ai pas rencontré d’abord par la littérature ou la philosophie mais par la foi de l’Église. Cela veut dire que depuis le début, pour moi, il n’a pas été une grande figure du passé (un peu comme Platon ou saint Thomas d’Aquin) mais comme quelqu’un qui vit et qui agit aujourd’hui, que l’on peut rencontrer aujourd’hui. Cela veut surtout dire que j’ai fait sa connaissance dans le cadre de l’histoire de la foi qui vient de lui et dans la perspective de la foi telle qu’elle a été formulée de la manière la plus pérenne par le concile de Chalcédoine. Pour moi, Chalcédoine c’est la simplification grandiose et audacieuse du trésor de la tradition (trésor compliqué et très complexe) qui se cristallise en un point central qui porte tout le reste : Fils de Dieu, consubstantiel à Dieu et consubstantiel à nous. Contrairement à d’autres tentatives au cours de l’histoire, Chalcédoine a interprété Jésus théologiquement ; j’y vois la seule interprétation qui réussisse à rendre toute l’étendue de la tradition et qui contienne toute la force impétueuse du phénomène. Toutes les autres interprétations sont d’une certaine manière trop étroites ; tout autre terme est trop fragmentaire et exclusif. Ce n’est qu’ici, et seulement ici, que tout est dit dans toute son ampleur.

… pour moi, sa personne rayonnait toujours l’optimisme et la liberté. Mais d’un autre côté, on ne pouvait pas ne pas s’apercevoir qu’il était beaucoup plus exigeant que l’Église n’ose l’être ; que l’on ne peut répondre à la radicalité de ses paroles que par la radicalité de décisions telles que saint Antoine, le père du désert, ou saint François d’Assise les ont prises, en accomplissant l’Évangile à la lettre. Sinon il se produit tout de suite une fuite dans la casuistique et il ne reste qu’une inquiétude lancinante, car on sait que l’on a fait demi-tour comme le jeune homme riche qui est reparti alors qu’il aurait dû commencer à prendre l’Évangile au sérieux… Je me rends de plus en plus compte que l’herméneutique de Chalcédoine est la seule qui n’a pas besoin de gommer quoi que ce soit mais qui est capable de tout accueillir… Je sais que le Jésus des évangiles est le vrai Jésus, que je peux lui faire bien plus confiance qu’à toutes les reconstructions les plus érudites – il survivra à toutes. Toute l’ampleur et la diversité de la tradition des Évangiles me dit qui Jésus est et a été. À travers elle, il se donne toujours à voir et à écouter de manière nouvelle. En conclusion, j’aimerais ajouter que celui qui croit avec l’Église, par la prière et dans les sacrements, notamment celui de l’eucharistie, rencontre Jésus directement ».

Qui est Jésus pour nous ?

C’est la question que Jésus a posé à ses disciples à Césarée de Philippe (Mt 16) et qui est essentielle. Les disciples avaient répondu à Jésus, qui leur avait demandé qui Il était pour les gens, qui croyaient connaître son identité de par son origine : fils de Joseph et de Marie, un prophète, Elie revenu du séjour des morts. Pierre, seul, a répondu à la question de Jésus : « qui suis-Je pour vous ? » : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant ». Jésus lui a fait alors remarquer que ce n’étaient pas les yeux de sa chair qui lui avaient fait découvrir ce mystère mais Son Père ! La réponse de Pierre est remarquable et elle révèle bien que le dogme de Chalcédoine est fondé dans l’Evangile. En posant la question : « qui suis-je pour vous ? », Jésus pose une question sur son identité, sur sa personne. Tout le monde et tous les disciples savent qu’Il est un homme. Pierre, éclairé par Dieu le Père, révèle le vrai mystère de la Personne de Jésus, sa vraie identité personnelle : Tu es le Fils du Dieu Vivant ! Dans l’apparition de Jésus ressuscité, le dimanche après Pâques, Saint Thomas, après avoir touché les plaies de Jésus et mis sa main dans Son Côté, proclame : « Mon Seigneur et Mon Dieu » (Jn 20, 28). Aucune ambiguïté possible ! Thomas n’a pas vu la divinité de Jésus, mais après avoir eu la preuve de la Résurrection de Jésus, après avoir touché les plaies de son Corps ressuscité, Il proclame que Jésus est Dieu avec une expression très forte ! Et pour moi aujourd’hui, qui est vraiment Jésus ?

 – Jésus consubstantiel au Père, consubstantiel à nous :

cet aspect du dogme de Chalcédoine est fondamental et n’est pas suffisamment mis en valeur. Nicée avait proclamé dogmatiquement que Jésus était consubstantiel au Père. Nous avons vu ce que cela signifiait : Il est Yahvé comme le Père est Yahvé, comme l’Esprit-Saint est Yahvé. Consubstantiel signifie : un Seul être divin participé par trois Personnes distinctes. Chalcédoine ajoute un autre élément : consubstantiel à nous. Quel mystère se cache sous cette formulation dogmatique ? Le mystère, mis en lumière par le Père de Lubac dans son livre « catholicisme » qui a beaucoup éclairé le jeune étudiant en théologie Joseph Ratzinger : l’unité du Corps mystique du Christ. Saint Augustin a distingué le Christ Tête = Jésus et le Christ Total : Jésus et tous les baptisés qui vivent de la grâce sanctifiante. Ce Christ Total est comme un Seul Corps, le Corps mystique de Jésus. Saint Augustin (sermon 272) disait : « Recevez donc et mangez le corps du Christ, puisque dans le corps du Christ vous êtes devenus maintenant les membres du Christ. Recevez et buvez le sang du Christ. Pour ne pas vous laisser disperser, mangez celui qui est votre lien ; pour ne pas paraître sans valeur à vos yeux, buvez celui qui est le prix dont vous avez été payé. Quand vous mangez cette nourriture et buvez cette boisson, elles se changent en vous ; ainsi vous aussi vous êtes changés au corps du Christ si vous vivez dans l’obéissance et la ferveur. Si vous avez la vie en lui, vous serez une chair avec lui. Car ce sacrement ne vous présente pas le corps du Christ pour vous séparer de lui. L’Apôtre nous rappelle que ceci a été prédit dans la Sainte Ecriture :  » Ils seront deux en une seule chair. Ailleurs, il dit à propos de l’eucharistie elle-même :  » Nous sommes un seul pain, un seul corps, si nombreux que nous soyons.  » Vous commencez donc à recevoir ce que vous avez commencé d’être ».

Le dogme de Chalcédoine a des conséquences anthropologiques très importantes et met bien en lumière l’unité et l’inspiration de l’Ecriture Sainte. Le premier homme Adam a, d’abord, été créé seul. La nature humaine dont Dieu est le Créateur est donc unique en Adam, première personne humaine. Eve, créée à partir du côté d’Adam, participe à cette nature humaine. Adam et Eve transmettront à leurs descendants la nature humaine, mais à cause du péché originel, la nature humaine transmise sera marquée par les conséquences du péché originel. La Vierge Marie, par le privilège de sa conception immaculée, a reçu la nature humaine sans les conséquences du péché originel et elle a transmis à Jésus cette nature non marquée par le péché originel. Jésus a été appelé par les Pères le nouvel Adam. Saint Irénée peut nous aider à mieux comprendre ce que Chalcédoine veut affirmer en disant que Jésus est consubstantiel à nous.  Citons un article des années 30 d’un spécialiste de Saint Irénée : « Puisque «le cœur de la théologie d ‘Irénée est la théorie de la récapitulation », c’est à saint Paul, son auteur, qu’il faudra remonter pour avoir l’idée-mère de la conception irénéenne. « La Verbe, dit-il, a récapitulé en lui la longue histoire des hommes, en nous donnant le salut et en le résumant en lui, pour que nous retrouvions en Jésus-Christ ce que nous avons perdu en Adam, c’est-à-dire l’image et la ressemblance de Dieu ». Et, pour Irénée, comme pour saint Paul, c’est aussi, avec l’Ancien Testament, toute la création matérielle que le Christ est venu « récapituler » en sa Nouvelle Alliance. Or, pour saint Paul, selon le récent historien de sa grande doctrine du corps mystique, la récapitulation, l’unification dans le Christ, est telle, en effet, qu’on peut dire que la création est «intrinsèquement chrétienne». Dès le début, en fait, le Christ est le terme et le centre de tout (Éph., I. 10)…  Le rôle du Christ et la conception du corps mystique qui s’ensuit sont en même temps cosmologiques et ecclésiologiques… Le Christ est l’unité surnaturelle de toute la création… Il y a en Dieu une préexistence du Christ par rapport à l’Incarnation et à la création… » Si bien que, pour l’accomplissement dans le temps des éternels décrets, très logiquement, lorsque Dieu créa l’homme, Adam, fut la préparation et «la figure de [l’Homme-Dieu] qui allait venir » (Rom., V, 14), Paul se plaçant, pour concevoir ce dessein premier du salut pour l’humanité, ainsi que l’ordination finale du monde à la glorification des élus, « à l’instant de raison où Dieu a prévu le péché originel ». Ainsi, pour l’humanité, le mystère du Christ, au sens de saint Paul, c’est « un mystère d’unité », c’est « un prodige d’unité ». Dans le Christ, « Dieu a haussé à une perfection surnaturelle l’unité que par nature les hommes possèdent entre eux. Désormais, ils sont un, mais un dans le Christ… d’une unité transcendante ». En sorte que, « pour nous, au point de vue surnaturel, exister c’est être dans le Christ ». Voilà en quelle profonde perspective d’unité dans le Christ plonge, comme en sa vraie source, la pensée de saint Irénée » (Vebriele A. Le plan de salut d’après saint Irénée. In: Revue des Sciences Religieuses, tome 14, fascicule 4, 1934. pp. 493-524).

 

Comprenons plus en profondeur cette riche théologie de la récapitulation : Dieu nous a créés dans le Christ et pour le Christ. Saint Paul, dans le cantique christologique de sa lettre aux Ephésiens (Ep1,10-12), dit : « Dieu nous dévoile ainsi le mystère de sa volonté, selon que sa bonté l’avait prévu dans le Christ :pour mener les temps à leur plénitude, récapituler toutes choses dans le Christ, celles du ciel et celles de la terre. En lui, nous sommes devenus le domaine particulier de Dieu, nous y avons été prédestinés selon le projet de celui qui réalise tout ce qu’il a décidé : il a voulu que nous vivions à la louange de sa gloire, nous qui avons d’avance espéré dans le Christ ». Remercions l’Esprit-Saint d’avoir inspiré les Pères des Conciles d’Ephèse et de Chalcédoine pour trouver les mots précis qui gardent l’Eglise dans la Vérité révélée sur le mystère de la Personne divine de Jésus.

Nos Fondateurs ont été, l’un et l’autre, conquis par Jésus. Notre Père Fondateur a été conquis par Jésus dès son enfance. Son amour pour Jésus a grandi grâce à la Messe quotidienne avec sa maman dans l’église du Sacré Cœur à Privas et par la méditation assidue des évangiles. Mère Marie-Augusta, quant à elle, s’est attachée à Jésus qui ne la décevrait jamais, au cours de ses études d’infirmière à Paris. Jésus est vraiment devenu le Bien-Aimé de son âme. Voici comment notre Fondateur parlait de son amour passionné de Jésus. La conclusion du Cantique de l’Amour, qui nous vient de notre Mère, dit : «L’Amour qui vous rendra fous, mes enfants bien-aimés, fous de Jésus et de sa Croix ! » Quelle espérance dans cette conclusion, disait notre Fondateur ! Ainsi n’est-il pas illusoire de penser que nous pouvons, pour ne pas dire nous devons, devenir fous de Jésus et de sa Croix. Mère Marie-Augusta l’a été elle-même, c’est certain ! Mais nous ? Or, Jésus nous appelle. Mère Marie-Augusta avait compris, dès le début de l’Équipe, qu’il fallait rendre amour pour amour, folie pour folie. Pour marcher « vers le Roi d’Amour, il fallait de l’Amour, de la foi », comme le disait le Père Mateo, grand apôtre du Sacré Cœur au début du vingtième siècle. Il faut donc croire que la folie d’amour de Jésus et de sa Croix n’est pas chimérique. Il faut toujours répondre par l’Amour à l’Amour du Bien-Aimé. Dans son livre « Vers le Roi d’Amour », le Père Mateo écrit cette audacieuse pensée : « Pour imiter en quelque sorte la générosité de son amour, qu’il y ait entre Jésus et nous une rivalité, une admirable lutte… Il est consolant de penser qu’il peut y avoir entre Dieu et nous une sorte d’égalité ! » Acceptons cette perspective de « rivalité d’amour » ! Mère Marie-Augusta  ne pouvait que se réjouir d’une de ces pensées folles d’amour : faire la course de l’Amour avec Jésus ! Et, bien sûr, cela ne peut se faire qu’en courant à la poursuite de Jésus lui-même et par sa grâce, en s’efforçant de Le suivre dans cette course à l’Amour. Ce sera communier profondément à l’amour de Jésus pour son Père céleste et pour tous ses enfants, pour le triomphe de l’Amour dans le Royaume éternel. Et nous pouvons espérer fermement que tous les enfants de Mère Marie-Augusta seront heureux et même fiers d’avoir dans ce Royaume une telle mère qui, avec Jésus par-dessus tout, certes, mais avec sa coopération, les aura engendrés pour la vie ».

Nous voudrions vous citer aussi ce que notre Fondateur a écrit sur la conversion de notre Mère : « Marie-Augusta avait été bouleversée par la proposition d’un des professeurs des cours du soir de « la Pitié » qu’elle avait rejeté énergiquement. Cela avait été déterminant pour la tourner vers Jésus, vers la prière et vers l’aide à apporter à ces jeunes filles qui, venant seules à Paris pour trouver du travail, étaient déjà, en ce temps, en butte à beaucoup de tentations. Jésus pouvait l’aimer pour sa grande pureté. Il pouvait aussi développer son cœur en lui donnant l’ambition d’une pureté non seulement de corps, mais de cœur, dans une lutte énergique contre toute faiblesse, contre tout orgueil, contre tout égoïsme pour L’aimer toujours plus intensément. Elle Le découvrait comme l’amoureux de nos âmes, comme Celui qui était venu apporter sur la terre le Feu de l’Amour divin… C’est à la conquête de l’amour divin qu’elle voulait aller avec passion, car il n’y a que cela de divin, il n’y a que cela de bel humain, de grand, de pur… Après avoir été dans la tiédeur en son adolescence, la force de l’Amour de Jésus l’a vaincue. Elle lui a dit le « oui » qui enchaîne. Il lui a fallu de la volonté humaine et de l’énergie surnaturelle pour vivre intégralement ce « oui »…

Mère Marie-Augusta doit être apôtre de l’Amour. Est-ce par de grandes œuvres apostoliques extraordinaires ? Certainement pas. Qu’est-ce qui est essentiel ? C’est de révéler le Fils de Dieu, le Verbe qui est Lui-même révélation du Père céleste. Il faut donc faire connaître Jésus. Et non pas d’une manière superficielle, car il faut révéler ce qu’Il est en profondeur. Il faut faire connaître qu’Il est Amour. Et il faut Le faire aimer. Mais la révélation de l’Amour divin se réalise par-dessus tout par le témoignage personnel de l’Amour que Jésus nous communique. Il faut le plus possible témoigner de l’Amour par l’amour que nous puisons dans notre union, notre unité avec Jésus. C’est surtout ainsi que nous Le ferons connaître, que nous Le ferons aimer, que nous serons les témoins de Dieu. Il faut parler de Jésus et il faut rayonner l’amour de Jésus. Il faut être le plus possible exemple de vie conforme à ce que Dieu veut que vivent ses enfants, ressemblant au Fils qui nous révèle son Amour. Mère Marie-Augusta touchait beaucoup de cœurs. Elle manifestait à tous l’amour de Jésus, cet amour qui purifie les cœurs et leur donne la passion de la pureté, cet amour qui pardonne et qui est miséricordieux sans limites, cet amour qui est capable de renverser les obstacles à l’amour. Nous avons composé une prière qui veut proclamer et faire demander cette richesse de l’Amour : « Ô Jésus qui remplissez le Cœur de Marie, remplissez le cœur de vos consacrés de votre Amour, de votre amour qui purifie, de votre amour qui simplifie,     de votre amour qui fortifie, de votre amour qui épanouit, de votre amour qui crucifie, de votre amour qui pardonne, de votre amour qui conquiert, de votre amour qui unit. Que nous vivions de votre Amour ! » Faisons aimer Jésus, faisons-Le connaître».

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