L’humilité nous justifie. Je dis l’humilité, non pas l’humiliation.

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En parcourant l’Ecriture… Le Cantique des cantiques – commentaire de Saint Bernard (5/8)

Pour cet été, nous vous proposons de découvrir le Cantique des cantiques avec l’aide de Saint Bernard  – que nous fêtions hier ! – qui a magnifiquement commenté pour ses frères ce livre de l’Ecriture. Cela nous permettra d’avoir un aperçu des richesses des textes patristiques ! L’ensemble des extraits sont copiés à partir du site de l’abbaye de Saint Benoît de Port-Valais ; vous y trouverez les sermons dans leur intégralité !

Sermon XXXIV : de l’humilité et de la patience…

  1. « Si vous ne vous connaissez pas vous-même, ô la plus belle de toutes les femmes, sortez, et allez après les troupeaux de vos compagnons, et paissez vos boucs auprès des tentes des pasteurs (Cant. I,8). »

(Cette réprimande est dure et âpre, puisqu’il lui dit de sortir. Car c’est de cette façon que les maîtres ont coutume d’en user envers les serviteurs, lorsqu’ils sont irrités contre eux, et que les maîtresses parlent à leurs servantes, lorsqu’elles en ont été gravement offensées. [Sermon XXXV]).

Autrefois Moïse, présumant beaucoup de la grâce et de la familiarité de Dieu, aspirait à une grande vision, et disait à Dieu : « Si j’ai trouvé grâce devant vos yeux, montrez-vous vous-même à moi (Exod. XXXIII, 43). » Mais, au lien de cette vision qu’il demandait, il en eut une moindre, par laquelle toutefois il pouvait un jour arriver à celle qu’il désirait. De même les enfants de Zébédée, dans la simplicité de leur âme, conçurent aussi un souhait bien hardi, mais ils furent ramenés au degré par où ils devaient monter pour arriver à ce qu’ils demandaient ; de même ici l’Épouse, comme elle semble demander une grande chose, se voit humiliée, par une réponse sévère, mais utile néanmoins et pleine d’affection. Car il faut que celui qui aspire à de grandes choses ait d’humbles sentiments de soi ; puisque, en s’élevant au dessus de soi, il peut tomber même de l’état où il était auparavant, s’il n’est solidement affermi dans la vraie humilité. Et, parce que les plus grandes grâces ne s’obtiennent que par le mérite de l’humilité, il faut que celui qui doit les recevoir soit humilié, par de sévères réprimandes, afin qu’il se rende digne, par son humilité, des faveurs qu’il désire. Lors donc que vous voyez qu’on vous humilie, prenez cela pour une bonne marque et pour une preuve certaine que la grâce de Dieu est proche. Car, comme l’âme s’élève par l’orgueil avant de tomber, il faut qu’elle s’abaisse par l’humilité avant d’être élevée. Aussi, lisez-vous également ces deux vérités, que Dieu résiste aux superbes, et qu’il donne sa grâce aux humbles (Jacob. IV, 6). […]

2. Mais c’est peu que nous souffrions volontiers que Dieu nous humilie par lui-même si nous n’avons le même sentiment, lorsqu’il nous humilie par les hommes. […]

3. Voyez-vous comme l’humilité nous justifie ? Je dis l’humilité, non pas l’humiliation. Que de gens sont humiliés, et ne sont pas humbles ! Les uns ont de l’aigreur de se voir humiliés, les autres le souffrent avec patience, et les autres avec joie. Les premiers sont coupables ; les autres sont innocents; et les derniers sont justes ; l’innocence est bien une partie de la justice ; mais l’humilité seule en fait la perfection. Celui qui peut dire : « Je me trouve bien de ce que vous m’avez humilié » est vraiment humble ; celui qui soupire de se voir humilié, ne peut pas dire cela, et encore moins celui qui en murmure. Nous ne promettons la récompense de l’humiliation ni à l’un ni à l’autre, quoiqu’ils soient bien différents entre eux, et que l’un possède son âme par la patience, au lieu que l’autre la perd par son murmure. Et quoiqu’il n’y en ait qu’un qui soit digne de colère, ni l’un ni l’autre néanmoins ne méritent la grâce, parce que Dieu ne la donne pas à ceux qui sont humiliés, mais à ceux qui sont humbles. Or celui-là est humble qui tourne l’humiliation en humilité, et c’est lui qui dit à Dieu : « Je me trouve bien de ce que vous m’avez humilié (Jacob. IV. 6). »

 

Sermon XL : L’intention est le visage de l’âme…

1. « Vos joues sont belles comme celles d’une tourterelle (Cant. I, 10). » La pudeur de l’Épouse est tendre ; et je crois que la réprimande de l’Époux lui a fait venir le rouge au visage, et l’a rendue encore plus belle, ce qui lui attire ces paroles. «Vos joues sont belles comme celles d’une tourterelle. » Toutefois, n’allez pas prendre cela d’une façon grossière et charnelle, comme s’il parlait du rouge que donne le sang qui monte au visage, et qui, se mêlant à la blancheur du teint, en rehausse encore l’éclat et la beauté. Car la substance de l’âme qui est incorporelle et invisible, n’a ni membres, ni couleurs. Tâchez donc de concevoir spirituellement une substance toute spirituelle, et pour juger de la justesse de la comparaison de l’Époux, figurez-vous l’intention comme étant le visage de l’âme. Car c’est par elle qu’on juge de la droiture d’une action, comme c’est par le visage qu’on juge de la beauté du corps…

 

Sermon XLV : Les deux beautés de l’âme ; comment l’âme parle au Verbe et le Verbe à l’âme…

  1. « Que vous êtes belle, mon amie, que vous êtes belle ! Vos yeux sont des yeux de colombe (Cant. I, 15).
  2. Cherchons donc quelle est la double beauté de l’âme. Car il me semble que c’est- cela qu’il veut donner à entendre. La beauté de l’âme c’est l’humilité. Je ne le dis pas de moi-même, le Prophète l’a dit avant moi : « Vous m’arroserez d’hysope et je deviendrai pur (Psal. L, 9), marquant l’humilité par cette herbe, qui est petite, et qui purifie le cœur. Le Prophète, après être tombé dans un crime énorme, espère qu’il sera lavé avec l’hysope, et qu’il recouvrera ainsi la première blancheur de l’innocence. Cependant si l’humilité de celui qui a commis un grand péché est aimable, elle ne mérite pas néanmoins d’être admirée. Mais si celui qui a conservé l’innocence y joint encore l’humilité, ne vous semble-t-il pas posséder une double beauté de l’âme ? La sainte Vierge n’a jamais perdu la sainteté, et n’a jamais manqué d’humilité. Et si le Roi fut épris d’amour pour sa beauté, c’est parce qu’elle alliait l’humilité à l’innocence. […]
  3. « Que vous êtes belle, » dit-il, « mon amie, que vous êtes belle ! » Ces paroles expriment l’admiration, le reste la louange. C’est avec raison qu’on l’admire, puisqu’elle n’est pas devenue humble après avoir perdu la sainteté, mais l’est demeurée en la conservant. C’est avec justice que deux fois elle est appelée belle, puisqu’elle a l’une et l’autre beauté. Il est extrêmement rare sur la terre de ne point perdre son innocence, ou que l’innocence, si on la conserve, n’exclue, point l’humilité. Aussi est-elle bien heureuse d’avoir conservé l’une et l’autre. […]
  4. [Vos yeux sont des yeux de colombe] le Saint-Esprit s’étant montré sous la forme de cet oiseau, il loue plutôt en elle un regard spirituel qu’un regard simple.
  5. […] « Que vous êtes beau, mon bien-aimé, que vous êtes beau (Cant. I, 16). » Vous voyez combien elle est élevée, et à quelle hauteur est arrivée une âme qui s’attribue le droit d’appeler le Seigneur de l’univers son bien-aimé. Remarquez, en effet, qu’elle ne dit pas « Bien-aimé » simplement, mais «Mon bien-aimé, » pour marquer qu’il lui appartient comme en propre. […]
  6. […] Le Verbe est un esprit, l’âme en est un pareillement ; ils ont leur langue pour se parler l’un à l’autre, et se faire connaître qu’ils sont présents. La langue du Verbe c’est la faveur de sa bienveillance, et celle de l’âme, c’est la ferveur de sa dévotion; l’âme qui n’a point de dévotion, n’a point de langue, elle ne saurait parler, et ne peut s’entretenir avec le Verbe. Lorsque le Verbe, voulant parler à l’âme, agite sa langue, l’âme ne peut pas ne point le sentir. Car la parole de Dieu est vive et efficace, et plus perçante qu’une épée à deus tranchants, qui va jusqu’à la division de Pâme et de l’esprit (Heb. IV, 42). De même lorsque l’âme remue la sienne, il est impossible que le Verbe ne le sache pas, non-seulement parce qu’il est présent partout, mais encore et surtout parce que la langue de la dévotion ne se remue jamais pour parler, si, par sa grâce, il ne l’excite lui-même à le faire.
  7. Par conséquent, pour le Verbe, dire à l’âme qu’elle est belle, et l’appeler son amie, c’est répandre en elle la grâce qui le fasse aimer d’elle, et lui fait penser qu’elle est elle-même aimée de lui. […].

 

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