Tant que l’âme est dans le corps, elle est parmi les épines…

Classé dans : En parcourant l'Ecriture, Formation | 0

En parcourant l’Écriture… Le Cantique des cantiques – commentaire de Saint Bernard (6/8)

Pour cet été, nous vous proposons de découvrir le Cantique des cantiques avec l’aide de Saint Bernard  qui a magnifiquement commenté pour ses frères ce livre de l’Écriture. Cela nous permettra d’avoir un aperçu des richesses des textes patristiques ! L’ensemble des extraits sont copiés à partir du site de l’abbaye de Saint Benoît de Port-Valais ; vous y trouverez les sermons dans leur intégralité !

Sermon XLVIII : louanges que l’Époux et l’Épouse s’adressent mutuellement…

  1. « Mon bien-aimé est entre les filles, ce qu’est le lys entre les épines (Cant. Il, 1). » Ce ne sont pas de bonnes filles que celles qui piquent. Considérez les mauvaises plantes que produit notre terre depuis qu’elle a été maudite. « Lorsque vous la cultiverez, dit Dieu, elle ne produira que des épines et des ronces (Gen. III, 18). » Tant que l’âme est dans le corps, elle est parmi les épines, et elle ne peut éviter les inquiétudes de la tentation, ni les épines de la tribulation. Si elle est un lys, selon la parole de l’Époux, qu’elle voie le soin et l’exactitude avec lesquels elle doit veiller sur elle-même, environnée comme elle l’est d’épines qui avancent leurs piquants de toutes parts. Car une fleur tendre ne saurait souffrir la moindre piqûre d’une épine qu’elle ne soit aussitôt percée. Reconnaissez-vous maintenant avec combien de raison et de nécessité le prophète nous oblige à servir le Seigneur avec crainte (Psal. II, 15) ? Et l’Apôtre nous exhorte à faire notre salut avec crainte et tremblement (Philip. II, 12). Ils avaient appris cette vérité par leur propre expérience, comme amis de l’époux, et croyaient certainement que cette parole de l’Époux concernait leurs âmes. « Ma bien-aimée est parmi les filles comme un lys parmi les épines. » Car l’un d’eux a dit: « Je me suis converti dans ma misère, tandis que j’étais comme tout percé d’épines (Psal. XXXI, 4). » Il lui était avantageux d’être ainsi percé, puisque cela le porte à se convertir. Les épines sont bonnes si elles produisent la componction. Il y en a plusieurs qui se corrigent de leurs fautes, lorsqu’ils tombent dans quelques disgrâces, et ceux-là peuvent dire aussi: « Je me suis converti dans ma misère, tandis que j’étais tout percé d’épines. » Les épines c’est le péché, ce sont les peines, les faux frères, c’est un mauvais voisin.

3. Nous lisons ensuite : « Mon bien-aimé est parmi les enfants, comme un pommier parmi les arbres des forêts (Cant. II, 3). » L’ Épouse rend à l’Époux les louanges qu’il lui a données […]. Et comme l’Époux l’a louée sous la figure d’une fleur remarquable, elle aussi relève l’éminence de la gloire de l’Époux sous la figure d’un arbre excellent. Néanmoins il me semble que cet arbre là n’est pas si beau que quelques autres, et ainsi qu il ne mérite pas d’être employé pour en faire une comparaison avec l’Époux, parce qu’il ne suffit pas pour le louer assez dignement… […]

4. On ne relève donc pas ici sa majesté, mais son humilité; c’est avec raison qu’on préfère ce qui paraît faible et folie en Dieu, à toute la force et à toute la sagesse des hommes. Car ce sont eux qui sont ces arbres champêtres et stériles, parce que, selon le Prophète, « ils se sont tous égarés et sont devenus inutiles, et il n’y en a pas un seul parmi eux qui vive bien (Psal. XIII, 3).  » Mon bien-aimé est parmi les enfants, comme un pommier parmi les arbres des forêts (Cant. II, 3).» Il n’y a qu’un seul arbre parmi tous ceux des forêts qui porte du fruit, c’est le Seigneur Jésus, en tant qu’homme. Mais s’il est au dessus des hommes, il est néanmoins un peu au dessous des anges (Psal. VIII, 66). Car par une merveille étonnante, en se faisant chair, il s’est soumis aux anges, bien que, demeurant toujours Dieu, il ait toujours retenu les anges dans sa dépendance…

 

Sermon LIII : C’est la voix de mon Bien-Aimé !

2. L’Épouse ravie de joie d’avoir entendu cette voix s’écrie : « C’est la voix de mon bien-aimé. » Elle est la bien-aimée; il n’est donc pas étrange qu’elle se réjouisse de reconnaître sa voix. Puis elle ajoute: « Le voici qui vient sautant dans les montagnes et passant par dessus les collines (Cant. II, 8). » Ayant reconnu la présence de son Époux à sa voix, elle jette aussitôt les yeux de tous côtés pour voir celui qu’elle a entendu. L’ouïe mène à la vue, parce que la foi vient de l’ouïe (Rom. X, 17), et c’est la foi qui purifie le cœur, et le rend capable de voir Dieu. Car nous lisons qu’il purifie les cœurs par la foi (Act. XX, 9).

 

Sermon LVI : nos péchés et nos vices sont comme une muraille élevée entre Dieu et nous.

1. « Le voici debout derrière la muraille et regardant par les fenêtres et par les treillis (Cant. II, 9). » Selon la lettre, il semble que l’Épouse veuille dire que celui qu’on voyait venir sautant, s’est approché jusqu’à son logis, et, se tenant derrière la muraille, regarde par les fenêtres et par les fentes, n’osant pas entrer dedans. […] Il s’est donc approché de la muraille, lorsqu’il s’est uni à la chair. La muraille c’est la chair ; et l’approche de l’Époux est l’incarnation du Verbe. Les treillis et les fenêtres par où l’Épouse dit qu’il regarde, ce sont, comme je le crois, les sens de la chair, et les passions humaines, par où il a éprouvé les infirmités des hommes. Car il a porté lui-même nos langueurs, et il a pris nos douleurs sur lui (Is LIII, 4). Il s’est donc servi des passions et des sens du corps, comme de fentes et de fenêtres, afin qu’étant homme, il connût par sa propre expérience les misères des hommes, et qu’il en eût compassion. Il les connaissait sans doute auparavant, mais d’une autre façon. Il connaissait la vertu d’obéissance, parce qu’il est le Seigneur des vertus; et néanmoins, selon le témoignage de l’Apôtre : « Il a appris l’obéissance par les choses qu’il a souffertes (Heb. X, 8). » Voilà aussi comment il a appris la miséricorde, bien que la miséricorde du Seigneur soit de toute éternité. C’est ce que nous enseigne ce même Docteur des nations, lorsqu’il assure, qu’il a souffert toutes sortes de maux à cause de la ressemblance du péché qu’il portait, afin qu’il devint miséricordieux (Heb. IV, 45). […]

3. Je crois qu’il est encore debout derrière la muraille pour chacun de nous qui désirons son avènement, tant que notre corps, qui est sujet au péché, nous cache sa face ici bas, et nous empêche de jouir de sa présence. « Car, tandis que nous vivons dans ce corps, dit l’Apôtre, nous sommes éloignés du Seigneur (2 Cor. V, 6). » Ce n’est pas simplement parce que nous sommes dans un corps, mais parce que nous sommes dans ce corps-ci qui vient du péché, et qui n’est point sans péché. Et afin que vous sachiez que ce n’est pas notre corps mais nos péchés qui nous séparent de Dieu, écoutez l’Écriture sainte : « Nos péchés, dit-elle, mettent une séparation entre Dieu et nous (IsaLIX. 2). » Et plût à Dieu qu’il n’y eût d’autre obstacle pour moi que la muraille du corps, et que le péché qui est dans la chair, et que je ne fusse point empêché par une infinité de vices, comme par autant de murs. Car j’appréhende fort que, sans compter ce qu’il y a de corrompu dans ma nature, je n’aie encore ajouté beaucoup de péchés de ma propre malice, qui aient infiniment éloigné l’Époux de moi, et que, si je voulais avouer la vérité, je ne fusse obligé de confesser, qu’à mon égard, il est plutôt debout derrière plusieurs murailles, que derrière une seule…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *