Ton nom est une huile qui se répand… (Ct 1,3)

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En parcourant l’Ecriture… Le Cantique des cantiques – commentaire de Saint Bernard (3/8)

Pour cet été, nous vous proposons de découvrir le Cantique des cantiques avec l’aide de Saint Bernard qui a magnifiquement commenté pour ses frères ce livre de l’Ecriture. Cela nous permettra d’avoir un aperçu des richesses des textes patristiques ! L’ensemble des extraits sont copiés à partir du site de l’abbaye de Saint Benoît de Port-Valais ; vous y trouverez les sermons dans leur intégralité !

Sermon XV : Vertu merveilleuse du nom de Jésus-Christ pour les chrétiens fidèles dans toutes les adversités.

3. Accourez, nations, le salut est en vos mains. Un nom est répandu ; et quiconque l’invoquera sera sauvé. Le Dieu des anges s’appelle aussi le Dieu des hommes. Il a répandu de l’huile sur Jacob, et elle est tombée sur Israël. Dites à vos frères, « Donnez-nous de votre huile. » S’ils ne veulent pas, priez le Seigneur de cette huile de vous en envoyer aussi. […]

Qui que ce soit de vous qui; demande de l’huile; qui que ce soit qui veuille voir Jésus, Philippe dira aussitôt à André, et André et Philippe ensemble le diront à Jésus. Mais que dira Jésus ? Sans doute ce qu’il a déjà dit:  « Si le grain de froment, tombant en terre, ne meurt, il demeure seul. Mais s’il meurt il apporte beaucoup de fruits (Joan. XCI, 24). » Que ce grain meure donc, et qu’il en naisse une moisson de gentils. Il faut que Jésus souffre et qu’il ressuscite, et qu’on prêche en son nom la pénitence et la rémission. des péchés,non seulement dans la Judée, mais dans toutes les nations, afin que, à ce seul nom qui est Christ, des millions de fidèles soient appelés chrétiens, et disent: « Votre nom est une huile répandue. » (Ct 1,3)

4. Car je reconnais le nom que j’ai lu dans Isaïe : « Il appellera, dit-il, ses serviteurs d’un autre nom, et celui qui est béni sur la terre dans ce nom, sera béni dans le Seigneur. Ainsi soit-il (Isa. LXV, 15). » O nom béni ! ô huile répandue partout ! Mais jusqu’où se répand-elle? Elle se répand du ciel dans la Judée, de la Judée par toute la terre, et de toute la terre l’Église crie: « Votre nom est une huile répandue. » Oui, c’est bien répandue qu’il faut dire, puisqu’elle couvre non seulement le ciel et la terre, mais pénètre même jusqu’aux enfers; « En sorte qu’au nom adorable de Jésus, tout fléchit le genou, les puissances du ciel, de la terre, et des enfers, et toute langue le célèbre (Philipp. II, 10) » […]

5. Mais pourquoi est-ce une huile ? […] pour moi je crois que c’est parce que l’huile a trois qualités, elle éclaire, elle nourrit, et elle oint. Elle entretient le feu ; elle nourrit la chair ; elle apaise la douleur. C’est une lumière, une nourriture et un remède. Voyons si on ne peut pas en dire autant du nom de l’Époux. Il éclaire lorsqu’on le publie ; il nourrit quand on le rumine, il oint et adoucit les maux, lorsqu’on l’invoque. Examinons chacune de ces qualités en particulier.

6. D’où pensez-vous qu’une si grande et si soudaine lumière de la foi ait éclaté dans le monde, sinon de la prédication du nom de Jésus ? N’est-ce pas par la lumière de ce nom sacré que Dieu nous a appelés à la jouissance de ses lumières admirables, et quand nous en avons été éclairés, quand nous avons vu la lumière par cette autre lumière, saint Paul a pu nous dire : « Vous avez été ténèbres autrefois, mais à présent vous êtes lumière dans le Seigneur (Ephes. V, 8) ». Enfin c’est ce nom que le même apôtre reçut ordre de porter devant les rois, les nations et les enfants d’Israël (Act. IX, 15), et il le portait comme un flambeau dont il éclairait son pays, en criant partout : « La nuit a précédé, mais le jour est enfin venu; dépouillons-nous donc des œuvres de ténèbres, et revêtons-nous des armes de lumière, et vivons dans l’honnêteté et la bienséance, comme marchant en plein jour (Rom. XIII, 12). » Il montrait à tout le monde la lampe dans le chandelier, annonçant Jésus en tous lieux, et Jésus crucifié. Combien cette lumière a-t-elle été resplendissante, et combien a-t-elle ébloui les yeux de ceux qui la regardaient, lorsque, sortant comme un éclair de la bouche de Pierre, elle affermit les jambes et les pieds d’un boiteux, et rendit la vue à plusieurs aveugles spirituels ? Ne fit-il pas la lumière, lorsqu’il dit : « Au nom de Jésus-Christ de Nazareth, levez-vous et marchez (Act. III, 6) ? »

Mais le nom de Jésus n’est pas seulement une lumière, c’est encore une nourriture. Ne vous sentez-vous pas fortifiés, toutes les fois que vous vous le rappelez ? Qu’y a-t-il qui nourrisse autant l’esprit de celui qui y pense ? Qu’est-ce qui davantage répare les forces épuisées, rend les vertus plus mâles, fomente les bonnes et louables habitudes et entretient les inclinations chastes et honnêtes ? Toute nourriture de l’âme est sèche, si elle n’est arrosée de cette huile ; elle est insipide si elle n’est assaisonnée de ce sel. Un livre n’a point de goût pour moi, si je n’y trouve le nom de Jésus. Une conférence, un entretien ne me plait pas si l’on n’y parle point de Jésus. Jésus est du miel à la bouche, une mélodie aux oreilles, un chant d’allégresse au cœur.

Mais il est encore un remède. Êtes-vous triste ? Que Jésus vienne dans votre cœur, passe de là à votre bouche ; ce nom admirable n’est pas sitôt prononcé, qu’il se produit une lumière resplendissante qui chasse les ennuis et ramène le calme et la sérénité. Quelqu’un tombe-t-il dans un crime ? court-il à la mort dans son désespoir ? Qu’il invoque ce nom de Vie, il commence aussitôt à respirer et à revivre. Devant ce nom salutaire, qui a jamais persisté dans son endurcissement, dans sa paresse, dans son animosité, ou dans sa langueur ? Qui n’a pas vu la source de ses larmes desséchée, couler de nouveau avec plus d’abondance et de douceur, dès qu’il a invoqué Jésus ? Saisi de frayeur et palpitant de crainte au milieu des périls, qui n’a point senti ses appréhensions s’évanouir, et la confiance lui revenir dès l’instant qu’il a invoqué ce nom plein de force et de générosité ? Quel est l’homme, dont l’esprit flottant et irrésolu n’a pas été fixé aussitôt par l’invocation de ce nom, qui porte la clarté et la lumière dans l’âme ? Enfin, quel est celui, qui, se sentant découragé par l’adversité, et prêt à succomber, n’a pas repris une nouvelle vigueur au seul son de ce nom secourable ? ce sont là les langueurs et les maladies de l’âme, et il en est le remède. On peut justifier ce que je dis par ces paroles : «Invoquez-moi, dit-il, au jour de votre affliction , et je vous délivrerai , et vous m’honorerez (Psal. XLVI, 15). » Il n’y a rien qui soit plus propre à arrêter l’impétuosité de la colère, à abaisser l’enflure de l’orgueil, à guérir les plaies de l’envie, à retenir les débordements de l’impureté, à éteindre le feu de la convoitise, à apaiser la soif de l’avarice et à bannir tous les désirs honteux et déréglés, car lorsque je nomme Jésus, non-seulement je me représente un homme doux et humble de cœur, bon, sobre, chaste, miséricordieux, orné enfin de toutes sortes de vertus, et je me le représente encore comme Dieu tout-puissant, qui me guérit par son exemple, et me fortifie par son secours. Voilà ce que me dit le nom de Jésus. Ainsi, en tant qu’homme, il me donne un exemple à imiter, et, en tant que tout-puissant, il est pour moi un secours qui m’assiste : je me sers de ses exemples comme d’herbes médicinales, et du secours comme d’un instrument pour les préparer; et je fais une sorte de composé, tel qu’aucun médecin n’en peut faire de semblable. […]

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