Vous trouverez dans l’Époux tout ce que l’Épouse prétend avoir en elle…

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En parcourant l’Ecriture… Le Cantique des cantiques – commentaire de Saint Bernard (4/8)

Pour cet été, nous vous proposons de découvrir le Cantique des cantiques avec l’aide de Saint Bernard qui a magnifiquement commenté pour ses frères ce livre de l’Ecriture. Cela nous permettra d’avoir un aperçu des richesses des textes patristiques ! L’ensemble des extraits sont copiés à partir du site de l’abbaye de Saint Benoît de Port-Valais ; vous y trouverez les sermons dans leur intégralité !

Sermon XXV : « Je suis noire mais belle… »  (Ct 1,5)

4. voyons d’où vient que toute noire qu’elle soit, elle se dit belle. N’est-elle point noire à cause de la vie qu’elle a menée dans les ténèbres, sous l’empire du prince du monde, où elle porte encore l’image de l’homme terrestre ? Et n’est-elle point belle au contraire, à cause de la ressemblance de l’homme céleste dont elle s’est ensuite revêtue, en marchant dans une nouvelle vie ? Mais si cela est ainsi, pourquoi ne dit-elle point au passé, j’ai été noire, plutôt que je suis noire ? Néanmoins si ce sens sourit à quelqu’un, ce qu’elle ajoute : « Comme les tentes de Cédar, comme les tentes de Salomon (Cant. I, 4) : » doit s’entendre ainsi : les tentes de Cédar, serait sa première vie; et celles de Salomon sa vie nouvelle. C’est de ces tentes que le Prophète parle quand il dit : « Mes tentes et mes pavillons ont été renversés tout d’un coup (Jerem, IV, 29). » Auparavant donc, elle était noire comme les viles tentes de Cédar, et depuis elle est devenue belle comme les pavillons d’un roi triomphant.

5. Mais voyons si l’un et l’autre ne conviendront pas mieux au plus parfait état de sa vie. Si nous considérons l’extérieur des saints, combien il est humble, bas et abject, combien vil et négligé, quoique au dedans ils contemplent la gloire de Dieu à face découverte, et soient transformés en son image, l’Esprit du Seigneur les faisant passer de clarté en clarté; ne nous semble-t-il pas que chacune de ces âmes peut raisonnablement répondre à ceux qui lui reprochent d’être noire : « Je suis noire, mais je suis belle ? »

Voulez-vous que je vous montre une âme qui est noire et belle en même temps ? « Les lettres qu’il vous écrit, disent-ils, sont graves et sévères, mais l’extérieur de sa personne n’est pas grand, et ses discours sont fort communs. (I Cor. X, 10). » C’est saint Paul qui était de la sorte. Jugerez-vous saint Paul, filles de Jérusalem, sur la figure extérieure de son corps ; et le mépriserez-vous comme noir et difforme, parce que vous voyez un homme faible, affligé par la faim et la soif, le froid et là nudité, accablé de travaux et de blessures, jusqu’à être souvent sur le point de mourir (II Cor. XI, 23) ? Ce sont là les choses qui noircissent saint Paul; c’est ce qui fait que le Docteur des nations est estimé vil et abject, noir et difforme, l’opprobre enfin et le rebut du monde. Cependant n’est-ce pas lui qui a été ravi dans le Paradis, et qui, par son admirable pureté, a dépassé le premier et le second ciel, et pénétré jusqu’au troisième? Ô âme vraiment belle ! logée dans un corps bien faible, elle n’en a pas moins été reçue par les beautés célestes, les anges, tout grands qu’ils sont, ne l’ont point rejetée; la charité divine ne l’a point méprisée. Après cela, direz-vous encore qu’elle est noire ? Elle est noire, je l’avoue, mais elle est belle, filles de Jérusalem. Elle est noire à votre jugement, mais elle est belle au jugement de Dieu et des anges. Si elle est noire ce n’est qu’au dehors. Or elle se soucie fort peu de votre jugement, et du jugement de ceux qui ne jugent des choses que par les apparences extérieures. Car l’homme ne voit que ce qui parait au dehors, mais Dieu voit et contemple le cœur (I Reg. XVI, 7). Si elle est noire au dehors, elle est belle au-dedans, et plaît à celui à qui elle souhaite de plaire. Elle ne se met pas en peine de vous plaire ; car elle sait que si elle vous était agréable, elle ne serait pas la servante de Jésus-Christ. Heureux le noir qui produit la blancheur de l’âme, la lumière de la science, la pureté de la conscience !

[…]

8. Puisqu’il en est ainsi, l’Épouse a bonne grâce à se faire un sujet de gloire de ce qui lui est reproché comme une laideur par ses envieuses, quand elle ne se glorifie pas seulement d’être belle, mais d’être noire. Car elle ne rougit point d’être noire quand son Époux l’a été avant elle, puisqu’elle met toute sa gloire à lui être semblable. Elle n’estime donc rien de si glorieux que de souffrir l’opprobre de Jésus-Christ. Et c’est ce qui lui fait dire avec allégresse et bonheur: « A Dieu ne plaise que je me glorifie en autre chose qu’en la croix de mon Seigneur Jésus-Christ (Gal. VI, 14).» L’ignominie de la croix est agréable à celui qui n’est plus ingrat envers Jésus-Christ crucifié. C’est une noirceur, mais c’est la forme et la ressemblance du Seigneur Jésus. Consultez le prophète Isaïe, et il vous dira de quelle manière il l’a vu en esprit. Car n’est-ce pas de lui qu’il a dit : « C’est un homme de douleur, accablé de faiblesse; il n’a plus ni grâce, ni beauté (Isa. LIII, 3) ? » Et il ajoute : « Nous l’avons pris pour un lépreux, et pour un homme que Dieu avait frappé et humilié. Mais il n’a reçu toutes ces plaies en sort corps, que pour l’expiation de nos péchés. Il a été comme brisé à cause de nos crimes, et nous avons été guéris par le sang de ses blessures (Psal. XLIV, 3). » Voilà ce qui le rendait noir. Ajoutez à cela ce que dit David : « Il surpasse en beauté tous les enfants des hommes; » et vous trouverez dans l’Époux tout ce que l’Épouse prétend avoir en elle.

 

Sermon XXXIII : « Apprenez-moi ô celui qu’aime mon âme, où vous paissez votre troupeau, où vous vous reposez à midi  » (Ct 1,7)

2. Remarquez avec quelle élégance elle distingue l’amour de l’esprit d’avec l’amour charnel, lorsque, voulant désigner son bien-aimé, plutôt par son affection que par son nom, elle ne dit pas simplement celui que j’aime, mais « celui qu’aime mon âme, » pour marquer par-là que son amour est spirituel.

Ensuite, considérez avec attention ce qu’elle trouve de si agréable dans le lieu de ses pâturages. Remarquez encore qu’elle parle de l’heure de midi, et s’enquiert surtout du lieu où celui qui paît son troupeau se repose en même temps, ce qui prouve une grande sécurité. Car je crois qu’elle ajoute ce mot : « où il repose, » parce que, en ce lieu-là, il n’est point nécessaire d’être debout, et de veiller à garder le troupeau, puisque, tandis que le pasteur est couché et se repose à l’ombre, son troupeau ne laisse pas de parcourir librement la prairie. Heureuse région, où les brebis entrent et sortent quand il leur plaît, sans que personne les épouvante ! Qui me fera la grâce de vous voir et moi avec vous, vous repaître dans les montagnes avec ces quatre-vingt-dix-neuf brebis que le pasteur y laissa, lisons-nous dans l’Évangile, lorsqu’il daigna courir après celle qui s’était égarée (Matth. XVIII, 12). Celui-là sans doute se repose en pleine sécurité lorsqu’il est près de ses brebis; qui n’hésite point à s’éloigner parce qu’il sait qu’il les laisse en lieu sûr. C’est à bon droit que l’Épouse soupire et aspire après ce lieu qui est tout ensemble un lieu de pâturage et de paix, un lieu de repos et de sécurité, un lieu de joie, d’admiration et d’étonnement. Hélas ! que je suis malheureux d’en être si éloignée et de ne le saluer que de loin ! Le seul souvenir que j’en ai me fait verser des larmes, et me met dans le cœur le sentiment, et dans la bouche les paroles de ceux qui disaient : « Nous nous sommes assis sur les rivages des fleuves de Babylone, et nous avons pleuré amèrement en nous souvenant de vous, ô Sion (Psal. CXXXVI, 1). » Il me prend envie de m’écrier aussi avec l’Épouse et le Prophète : « Sion, louez votre Dieu de ce qu’il a renforcé les gonds de vos portes et béni vos enfants en vous; il a établi la paix dans toute votre contrée, et il vous nourrit avec abondance de la fleur du plus pur froment (Psal. CXLVII, 1). »

Qui ne souhaiterait ardemment de paître en ce lieu pour y goûter la paix, y manger la fleur de froment et y trouver la satiété. Là ni crainte, ni dégoût, ni disette. Or, cette demeure assurée, c’est le « paradis, » cette nourriture délicieuse, c’est le « Verbe, » et cette grande abondance, c’est « l’éternité. »…

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