C’est le temps de chercher et d’invoquer l’Époux !

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En parcourant l’Écriture… Le Cantique des cantiques – commentaire de Saint Bernard (8/8)

Dernier épisode de notre série, nous continuons de découvrir le Cantique des cantiques avec l’aide de Saint Bernard qui a magnifiquement commenté pour ses frères ce livre de l’Écriture. L’ensemble des extraits sont copiés à partir du site de l’abbaye de Saint Benoît de Port-Valais ; vous y trouverez les sermons dans leur intégralité, et vous pourrez ainsi terminer par vous-mêmes l’approfondissement de ces sermons ! Bon début d’année à tous !

Sermon LXIII : Les deux sortes de renards. Tentations des jeunes religieux.

« Prenez-nous les petits renards qui ravagent nos vignes (Cant. II, 15). »

2. Pour le sage, sa vigne c’est sa vie, c’est son âme, c’est sa conscience. […]

4. Mais elle ne manquera jamais de persécutions ni d’embûches. Car, comme dit l’Écriture, où il y a beaucoup de bien, il y a beaucoup de gens qui le, mangent (Eccl. V, 10). Le sage n’aura donc pas moins de soins pour conserver sa vigne, que pour la cultiver, et il ne la laissera point ravager par les renards. Celui qui médite en secret, est un renard bien dangereux , mais celui qui flatte n’est pas moins méchant. Le sage se donnera de garde de l’un et de l’autre.

5. Ce passage regarde la morale, et c’est dans le sens moral que nous avons déjà fait voir que ces vignes spirituelles ne sont autre chose que les hommes spirituels, dont l’intérieur étant cultivé, germe, fructifie, et produit l’esprit de salut, ce qui me permet de dire de ces vignes du Seigneur des armées, ce qu’il dit lui même du royaume de Dieu, qu’elles sont au dedans de nous (Luc. XVII, 21). Car nous lisons dans l’Évangile, que le royaume est donné aux nations qui le font porter des fruits (Matt. xKi, 43). Or ces fruits sont ceux dont saint Paul fait le dénombrement lorsqu’il dit : « Les fruits du Saint-Esprit sont la charité, la joie, la paix, la patience, la modération, la bienveillance, la douceur, la foi, la modestie, la chasteté (Galat. V, 22). » Ces fruits sont nos progrès dans la vertu. Ils sont agréables à l’Époux, parce qu’il prend soin de nous. Pensez-vous que Dieu ait soin des plantes? L’Homme Dieu n’aime pas les arbres, mais les hommes, et il regarde comme ses fruits notre avancement spirituel. Il en observe exactement la saison; il jette un regard favorable sur eux quand ils commencent à paraître, et il prend garde, lorsqu’ils paraissent tout-à-fait que nous ne les perdions pas, ou plutôt de les perdre lui-même, car il nous considère comme une même chose avec lui. Aussi ordonne t-il qu’on lui prenne les petits renards qui dressent des embûches, de peur qu’ils ne mangent ses fruits tendres encore. «Ramenez-nous, dit-il, les petits renards qui ravagent la vigne. » Et comme si quelqu’un lui disait: vous craignez trop tôt, la saison des fruits n’est pas encore venue; cela n’est pas exact, dit-il: « Car notre vigne a fleuri. » Or après les fleurs, les fruits ne tardent point à venir ; elles ne sont pas plutôt tombées qu’ils sortent aussitôt, et commencent à paraître.

6. Cette parabole regarde les temps qui approchent. Voyez-vous ces novices? Ils ne font que d’arriver, ils viennent de se convertir. Nous ne pouvons pas dire d’eux que notre vigne a fleuri. Car elle est encore en fleur. Ce que vous voyez paraître en eux c’est la fleur ; le temps des fruits n’est pas encore venu. La fleur c’est la forme nouvelle d’une vie plus réglée. Ils ont pris un visage mortifié, ils ont composé leur extérieur d’une manière louable. Ce qui paraît en eux plaît , je l’avoue, car leur forme et leur mise sont plus négligées, leurs discours plus rares, leur visage plus gai, leurs regards plus modestes, leur démarche plus grave. Mais comme il n’y a que fort peu de temps qu’ils sont dans la pratique de ces choses, cette nouveauté doit faire croire que ce ne sont encore que des fleurs et plutôt des espérances de fruits, que des fruits. Nous ne craignons pas les renards pour vous, mes petits enfants, parce que nous n’ignorons pas qu’ils portent plutôt envie aux fruits qu’aux fleurs. C’est autre chose que nous appréhendons. Je crains que vos fleurs ne soient brûlées, non pas qu’on vous les ravisse, je crains le froid qui les brûle. Le vent du nord m’est suspect, ainsi que les gelées du matin qui font périr les fleurs hâtives, et les fruits dans leur germe. C’est donc du côté de l’Aquilon que vous êtes menacés. Et qui pourra supporter la rigueur du froid qu’il cause (Psal. CXLVII, 17) ? Une fois que ce froid s’empare de l’âme, comme cela n’arrive que trop souvent quand elle s’endort et se relâche, car si alors personne ne l’empêche de pénétrer plus avant, il entre jusqu’au dedans de l’âme, il perce jusqu’au fond du cœur, il ébranle les bonnes résolutions, se saisit des avenues par où l’on pourrait recevoir quelque secours, trouble la lumière du jugement, ôte la liberté des fonctions de l’esprit, alors comme il arrive à ceux qui sont travaillés de la fièvre, l’âme contracte une certaine roideur, sa vigueur s’affaiblit, on se persuade qu’on manque de forces, l’horreur des austérités augmente , la crainte de la pauvreté inquiète, l’esprit se resserre, la grâce se retire, la vie devient ennuyeuse, la raison s’assoupit, le courage se relâche, la ferveur s’éteint, on tombe dans la tiédeur et le dégoût, la charité fraternelle se refroidit, la volupté flatte par ses charmes, on tombe dans une confiance téméraire et l’habitude du vice réveille les anciennes inclinations. Que dirai-je encore ? On dissimule la loi, on rejette la justice, on bannit la honte, on abandonne la crainte du Seigneur. Enfin on passe jusqu’à la dernière imprudence, et on fait ce saut téméraire, cette chute honteuse, infâme, pleine d’ignorance et de confusion, d’un lieu extrêmement élevé dans l’abîme, d’un palais sur le fumier, du trône dans un cloaque, du ciel dans la fange, du cloître dans le siècle, du paradis dans l’enfer (a). Ce n’est pas le moment de faire voir quel est le principe et l’origine de cette perte, ni comment on peut l’éviter ou le surmonter. Nous le ferons une autre fois.

Sermon LXXV : Il faut chercher l’Epoux dans le temps, de la manière et dans le lieu qu’il convient…

1. « J’ai cherché toutes les nuits, dans mon petit lit, celui qu’aime mon âme. (Cant. III. 1). » L’Époux n’est point revenu à la voix et selon les désirs de celle qui l’a appelé. Pourquoi ? Afin que son désir augmente, pour éprouver son affection, et enflammer davantage son amour. Ce n’est donc qu’un effet de la dissimulation de l’Époux, non de son indignation. Mais puisqu’il n’a pas voulu venir quand on l’a appelé, il ne reste plus qu’à le chercher, pour voir si on pourra le trouver, puisque le Seigneur dit que « quiconque cherche, trouve (Matt. VII. 8). » Or, voici les paroles dont elle s’est servie, pour le rappeler : « Revenez, soyez semblable, mon bien-aimé, à la chèvre et au faon de biche ». L’Époux n’étant point revenu à cette voix, pour les raisons que nous avons dites, l’Épouse, qui l’aime passionnément, se sent embrassée d’un plus violent désir encore, et s’applique à le chercher avec une ardeur extraordinaire. D’abord, elle cherche dans son petit lit, mais ne l’y trouvant point, elle se lève, fait le tour de la ville, va et vient, dans les places publiques, dans les carrefours, et son époux ne se présente point à elle et ne parait point. Elle interroge tous ceux qu’elle rencontre, et elle n’en apprend rien de certain. Elle ne le cherche pas dans une seule rue, ou pendant une seule nuit, puisqu’elle dit : Je l’ai cherché durant toutes les nuits. Quel désir, quelle ardeur font qu’elle se lève la nuit, qu’elle n’a point de honte de paraître en ce temps, qu’elle court toute la ville, interroge hardiment tous ceux qu’elle rencontre, et ne peut être détournée de le chercher par aucune raison, ni empêchée par aucune difficulté, ni retenue par l’amour du repos et du sommeil, par la pudeur d’une épouse, par les craintes et les frayeurs de la nuit? Et cependant, nonobstant cela, ses désirs ne sont point encore accomplis à cette heure. Pourquoi ?

3. Ecoutez trois raisons qui se présentent à moi, pour lesquelles ceux qui le cherchent ordinairement ne le trouvent pas : cela arrive, ou parce qu’ils ne le cherchent pas dans le temps qu’il faut, ou parce qu’ils ne, le cherchent pas comme il faut, ou parce qu’ils ne le cherchent pas où il faut.

En effet, si tout temps est propre pour le chercher, pourquoi le Prophète dit-il « Cherchez le Seigneur, pendant qu’on peut le trouver (Isa. LV. 7) ? » Il faut donc qu’il y ait un temps où on ne puisse pas le trouver. Et c’est pourquoi il a dit encore : « Invoquez-le pendant qu’il est proche; » c’est parce qu’il arrivera un temps où il ne le sera pas. Et cependant qui ne le cherchera point alors? « Tout le monde, dit-il, pliera le genou devant moi (Isa. XXXXV. 24).» Et néanmoins les impies ne le trouveront point, parce que les anges vengeurs les empêcheront de le trouver, et les chasseront de peur qu’ils ne voient, la gloire de Dieu. Les vierges folles crieront aussi, mais en vain (Math. XXV. 10), et il ne sortira point vers elles, parce que la porte sera fermée. Qu’elles prennent donc pour elles ce que dit le Sauveur : « Vous me chercherez et ne me trouverez point (Juan. VII. 34). »

4. Mais maintenant c’est le temps favorable, c’est le temps du salut (2 Cor. VI, 2); c’est le temps de chercher et d’invoquer l’Époux, puisque souvent, même avant qu’on l’appelle, on sent qu’il est présent. Car écoutez ce qu’il promet : « Avant, dit-il, que vous m’invoquiez, je dirai : me voici présent (Isa. LXV, 24). »

5. {L’Épouse] ne le cherche pas non plus avec tiédeur et avec négligence, ou par manière d’acquit, mais elle le cherche avec un cœur ardent et un zèle infatigable, comme il convient qu’elle le fasse.

6. Il ne reste que la troisième, qui est lorsqu’on le cherche où il ne faut pas le chercher. […] « J’ai cherché dans mon petit lit, durant toutes les nuits, celui qu’aime mon âme. » Quoi ! vous cherchez dans ce qui est à vous celui qui s’est retiré dans ce qui lui appartient ? N’avez-vous point vu le fils de l’homme monter là où il était auparavant ? Il a échangé le tombeau et l’étable contre le ciel, et vous le cherchez encore dans votre petit lit? Il est ressuscité, il n’est pas ici. Pourquoi cherchez-vous dans ce petit lit celui qui est plein de force, dans ce petit lit celui qui est infiniment grand et élevé, dans l’étable celui qui est environné de gloire? Il est entré dans les puissances du Seigneur; il s’est revêtu de force et de beauté, et celui qui a été couché sous une pierre est assis maintenant sur les Chérubins !

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