La joie naît du don de soi…

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En parcourant l’Écriture… La joie de l’évangile (2/8)

Pour cette nouvelle série sur l’Ecriture Sainte, nous nous pencherons davantage sur les évangiles, en nous servant des méditations écrites par P. Bernard pour la retraite pour tous de 2014, intitulée « La joie de l’Évangile« , à la suite de  l’exhortation apostolique du Pape François du même nom « Evangelii gaudium« , publiée en novembre 2013. Puissent ces méditations nous entraîner à méditer toujours plus les évangiles, dans la joie d’y découvrir le visage de Jésus !

Aujourd’hui, nous voulons goûter la joie de l’évangile qui rayonne du don généreux de Jésus, Marie et Joseph, de leur « oui » au plan de Dieu sur eux…

I – Le « oui » joyeux et généreux de Jésus pour le mystère de l’Incarnation

 

Le CEC – par les quatre motifs de l’Incarnation – devrait nous aider à nous émerveiller devant la grande générosité de Jésus et son « oui » joyeux à Dieu son Père !

             – a) Le Verbe s’est incarné, dit le CEC, pour nous sauver en nous réconciliant avec Dieu. “Malade, notre nature demandait à être guérie ; déchue, à être relevée ; morte, à être ressuscitée. Nous avions perdu la possession du bien, il fallait nous la rendre. Enfermés dans les ténèbres, il fallait nous porter la lumière ; captifs, nous attendions un sauveur ; prisonniers, un secours ; esclaves, un libérateur. Ces raisons-là étaient-elles sans importance ? Ne méritaient-elles pas d’émouvoir Dieu au point de Le faire descendre jusqu’à notre nature humaine pour la visiter puisque l’humanité se trouvait dans un état si misérable et si malheureux ?” (C.E.C. 457 ; St Grégoire de Nysse). Dieu le Père « voit » notre grande misère. Ses “entrailles” sont remuées ! Il ne peut pas laisser Sa Création en cet état ! Il demande à Son Fils de se faire homme pour nous sauver. Nous connaissons la réponse de ce Fils généreux : “Me voici, Père !”. Mesurons-nous suffisamment l’extraordinaire générosité du Verbe ? Méditons l’hymne de St Paul dans l’épître aux Philippiens : “Lui qui était de condition divine… Il s’est dépouillé” (Ph 2, 6). Sachons remercier notre Sauveur pour ce dépouillement si généreux et, avec Lui, redisons souvent : “Seigneur Jésus, apprenez-nous à être généreux”.

  – b) Le Verbe s’est incarné pour que nous connaissions l’Amour de Dieu. Sans l’Incarnation, nous n’aurions jamais pu mesurer la longueur, la largeur, la hauteur, la profondeur de cet Amour divin. St Jean a écrit : « ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie… » (1 Jn 1). L’Incarnation est vraiment une folie d’Amour, qui nous révèle ce qu’est l’Amour pour Dieu : aimer c’est tout donner et se donner soi-même ! Ce n’est pas pour rire que Jésus nous a aimés (Ste Angèle) !

  – c) Le Verbe s’est incarné pour être notre modèle de sainteté. Au numéro 359, le CEC dit que le Christ révèle le mystère de l’homme. Le modèle parfait de sainteté est Jésus. Sans l’Incarnation, nous n’aurions pas ce modèle parfait de sainteté ! En priant le Rosaire, demandons à la Vierge Marie de nous aider à mieux contempler les Mystères de la vie de Jésus pour marcher sur le chemin de la sainteté en vivant de ses Mystères.

  – d) Le Verbe s’est incarné, enfin, pour nous rendre participants de la nature divine (2P 1,4). Le CEC cite trois Pères : « Car telle est la raison pour laquelle le Verbe s’est fait homme, et le Fils de Dieu, Fils de l’homme : c’est pour que l’homme, en entrant en communion avec le Verbe et en recevant ainsi la filiation divine, devienne fils de Dieu » (St Irénée) ; « Car le Fils de Dieu s’est fait homme pour nous faire Dieu. » (St Athanase) ; « Le Fils unique de Dieu, voulant que nous participions à sa divinité, assuma notre nature, afin que Lui, fait homme, fit les hommes dieux » (St Thomas) (C.E.C. 460).

              Jean-Paul II, dans sa première Encyclique, le Rédempteur de l’homme, disait que l’homme avait du prix aux yeux de Dieu : “Quelle valeur doit avoir l’homme aux yeux du Créateur s’il a mérité d’avoir un tel et un si grand Rédempteur, si Dieu a donné son Fils afin que lui, l’homme, ne se perde pas, mais qu’il ait la vie éternelle” (RH 10). Émerveillons-nous devant ce Mystère ineffable ! Grâce à Jésus, nous sommes vraiment devenus «enfants de Dieu» ! Saint Jean, émerveillé, disait à ses enfants spirituels : « ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous aussi soyez en communion avec nous. Quant à notre communion, elle est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ. Tout ceci, nous vous l’écrivons pour que notre joie soit complète » (1 Jn 3-4).

 

II – L’ecce de Notre-Dame : Me voici pour tout ce que tu veux !

   Après avoir contemplé le «Oui» joyeux et généreux du Verbe, nous allons méditer sur le «Oui» humble et confiant de la Vierge Marie. Les «Oui» de Notre-Dame ont été dits dans le temps alors que le «Oui» du Verbe est le «Oui» éternel du Fils de Dieu. La Sainte Vierge a été pleinement docile à l’Esprit-Saint. Elle s’est laissée vraiment guider par Lui. Ses «Oui» sont donc aussi, pourrions-nous dire, les «Oui» de l’Esprit Saint à l’Œuvre des Œuvres qu’est l’Incarnation Rédemptrice ! Pensons à la Joie du Saint Esprit!

  Le premier «Oui» de la petite Marie a été le «Oui» pour se consacrer  totalement à Dieu. Saint Bernard écrit (3° homélie Super missus est, § 7-8) : « Que vas-tu choisir, vierge prudente ? Il n’y a certes pas de raison pour déclarer maudite la femme sans enfants, sinon qu’on la juge digne de mépris et de honte comme un être inutile et sans fruit; et encore cela n’est-il vrai qu’en Israël. Pour moi, peu m’importe de déplaire aux hommes si je puis, comme une vierge pure, m’offrir au Christ. Qui t’a appris que la virginité plaît à Dieu ? Où donc, heureuse Vierge, avais-tu lu : « La sagesse de la chair n’est que mort » (Rm8, 6) et encore : « Ne poussez pas le soin de la chair jusqu’à contenter ses désirs » (Rm13,14)? Où avais-tu lu que « les vierges chantent un cantique nouveau que personne d’autre ne peut chanter et qu’elles suivent l’Agneau partout où il va » (Ap14, 3.4) ? Où avais-tu vu louer ceux qui se vouent à la chasteté à cause du royaume des cieux (Mt19, 12) ? Où avais-tu lu ces mots: « Nous vivons, certes, dans la chair, mais ce n’est pas selon la chair que nous combattons » (2Co10, 3) ? et ceux-ci : »Celui qui marie sa fille fait bien, celui qui ne la marie pas, fait mieux » (1 Co7, 38) ? Où avais-tu entendu cette parole: Je voudrais vous voir tous comme je suis… Puis : C’est un bonheur pour l’homme de demeurer dans cet état comme je le conseille ? Pour les vierges, ajoute saint Paul, je n’ai pas de précepte du Seigneur, c’est un conseil que je donne (1 Co 7, 38.40.25). Mais pour toi, Marie, je ne parlerai pas de précepte, ni même de conseil, ni d’exemple: seule l’onction de l’Esprit t’instruisait de tout. La parole de Dieu, vivante et agissante, s’était faite ton maître, avant de devenir ton fils ; elle avait instruit ton esprit, bien avant de revêtir ta chair. Courage, Vierge féconde ! Tu as donc résolu de t’offrir vierge au Christ, mais tu ignores que tu dois lui être offerte aussi comme mère ! Tu choisis d’être vouée au mépris en Israël, et pour plaire à celui à qui tu t’es vouée, tu braves la malédiction de la stérilité». Admirons ce premier «Oui» de Marie enfant à Dieu !

  Découvrons avec émerveillement sa totale disponibilité pour accepter sans comprendre le mariage avec Saint Joseph. Quelle obéissance aveugle à Dieu ! Jean-Paul II disait le 21 août 1996 : «L’Esprit-Saint, qui avait inspiré à Marie le choix de la virginité en vue du mystère de l’Incarnation, et qui voulait que celle-ci advînt dans un cadre familial propice à la croissance de l’Enfant, a pu également susciter chez Joseph l’idéal de la virginité… C’est précisément en vue de leur contribution au mystère de l’Incarnation du Verbe que Joseph et Marie ont reçu la grâce de la virginité et le don du mariage. La communion d’amour virginal de Marie et de Joseph, bien que constituant un cas tout à fait particulier, lié à la réalisation concrète du mystère de l’Incarnation, a toutefois été un véritable mariage». Mais lorsque la Sainte Vierge dit : «Ecce» pour obéir à Dieu, elle ne connaît pas les intentions profondes de Saint Joseph. Quelle disponibilité !

Nous rappelons, trois fois par jour avec la prière de l’angélus, le mystère de l’Annonciation. Ne sommes-nous pas trop «habitués» à ce mystère ? Savons-nous encore nous émerveiller devant le «Oui» de celle qui se considérait comme la plus petite des créatures de Dieu, l’humble servante du Seigneur ?

St Bernard disait encore: «Tu as appris, Vierge, l’événement et aussi la manière dont il doit s’accomplir: double merveille et double joie. Réjouis-toi, fille de Sion ! Exulte à plein cœur, fille de Jérusalem ! Et puisque ce que tu viens d’entendre fut pour toi joie et allégresse, à nous maintenant d’entendre de ta bouche l’heureuse réponse que nous désirons, pour que tressaillent enfin de joie nos corps humiliés. Tu as appris, dis-je, l’événement et tu as cru, crois aussi la manière dont il s’accomplira. Tu as entendu : tu concevras et enfanteras un fils ; tu as entendu : ce n’est pas d’un homme, mais de l’Esprit Saint. L’ange attend la réponse, il est temps pour lui de retourner vers Dieu qui l’a envoyé. Nous attendons, nous aussi, ô Souveraine, une parole de pitié, nous misérables, écrasés par une sentence de damnation ! Voici qu’on vient t’offrir la rançon de notre délivrance, nous serons libérés tout de suite, si tu acceptes. Dans la Parole éternelle, Verbe de Dieu, nous avons été créés tous, et nous voilà condamnés à mort ; dans ta brève réponse se trouve le remède qui doit nous ramener à la vie. Cette réponse, ô bonne Vierge, Adam, pitoyable exilé du paradis avec sa postérité de misère, la réclame de toi; Abraham, David t’en supplient, tous les autres saints ancêtres sollicitent cette réponse ; tes pères par conséquent. qui eux aussi habitent le sombre pays de la mort ; le monde entier dans l’attente se tient prosterné à tes genoux. Et ce n’est pas sans raison, puisque du mot que ta bouche va prononcer dépendent la consolation des malheureux, le rachat des captifs, la libération des condamnés, en un mot : le salut de l’universelle filiation d’Adam, c’est-à-dire le salut de toute ta propre race. Donne ta réponse, ô Vierge, hâte-toi, ô Souveraine, donne cette réponse que la terre, que les enfers, que les cieux aussi attendent. Le Roi lui-même, Seigneur de tous, est en suspens. Autant il a convoité ta beauté, autant il désire à cette heure le oui de ta réponse, ce oui par lequel il a résolu de sauver le monde. Tu lui as plu par ton silence, tu lui plairas bien davantage maintenant par ta parole. Écoute-le : il te crie du haut du ciel : « O belle entre toutes les femmes, fais-moi entendre ta voix ! » Si tu lui fais entendre ta voix, il te fera, lui, contempler notre libération. N’est-ce pas ce que tu cherchais en gémissant, ce vers quoi tu soupirais nuit et jour dans tes prières? Eh bien ! c’est toi à qui cette promesse fut faite, ou devons-nous en attendre une autre ? C’est toi, dis-je, la femme promise, attendue, désirée, toi enfin, en qui ton saint ancêtre Jacob, proche déjà de la mort, espérait la vie éternelle quand il disait: J’attendrai de toi ma délivrance, Seigneur ! (Gen 49, 18). C’est toi en qui et par qui Dieu lui-même, notre Roi, a depuis toujours préparé l’œuvre du salut au milieu du monde.Pourquoi espères-tu d’une autre femme ce qu’on vient t’offrir Pourquoi attends-tu d’une autre ce qui va bientôt se réaliser par toi, pourvu que tu donnes ton consentement, que tu répondes cette parole ? Réponds donc vite à l’ange ! que dis-je ? réponds par l’ange au Seigneur. Réponds une parole et reçois la Parole. Profère la tienne et reçois la divine : émets une parole éphémère et embrasse l’éternelle ! Pourquoi tarder? pourquoi trembler’? Crois, parle et reçois ! Que l’humilité s’arme d’audace et la timidité d’assurance ! Il ne convient plus à présent que la modestie virginale renonce à la prudence. En cette conjoncture unique, prudente Vierge, ne redoute pas de te montrer présomptueuse, car si la modestie est agréable dans son silence, une parole de charité est en ce moment beaucoup plus nécessaire. Ouvre ton cœur, Vierge bienheureuse, ouvre-le à la foi, ouvre tes lèvres à l’acceptation, ouvre ton sein au Créateur. Voici le Désiré de toutes les nations qui frappe à la porte. Ah ! si pendant que tu tardes il allait passer son chemin et que tu doives dans les larmes courir à la recherche de l’ami de ton âme ! Lève-toi, cours, ouvre ! lève-toi par la foi, cours par la ferveur, ouvre-lui par ton consentement ».

  Puisse ce magnifique commentaire de Saint Bernard nous aider à comprendre le «oui» libre de la Vierge Marie qui, après avoir été éclairé par l’archange Gabriel sur le «comment» de la conception miraculeuse de Jésus, adhère pleinement à la Volonté de Dieu dans l’humilité et la confiance. Son Fiat (qu’il me soit fait!) accomplit son Ecce (me voici!). Méditons sur les conséquences du «Oui» de la Vierge Marie, que St Bernard a bien mises en évidence : par le «Oui» de l’humble Vierge Marie, le plan de Dieu Créateur et Rédempteur peut se réaliser : le Verbe peut s’incarner ! Remercions la Vierge Marie de ne pas avoir douté et d’avoir dit ce «Oui» confiant et généreux. Quelle joie pour le Saint-Esprit qui peut librement agir en son si docile, si humble et si grand instrument !

 

III – Le « oui » joyeux de Saint Joseph pour accueillir le mystère de l’Incarnation

 Saint Joseph n’est pas assez connu et aimé. Son humilité est beaucoup plus grande que ce que nous pouvons imaginer ! Le témoignage évangélique est clair : il est «fils de David», il est donc de sang royal et, très probablement, il ne s’est jamais prévalu de cette dignité. Les traditions sont unanimes pour dire qu’il avait choisi la vie cachée et l’humble métier de charpentier. Il est appelé «l’homme juste» (Mt 1, 19). Selon A.C. Emmerich, Joseph, fils de Jacob était le troisième de six frères. Il était doux, simple, pieux, et bien que d’une intelligence vive il semblait sans ambition. Son caractère avait quelque chose de fort grave, et il avait un goût marqué pour la solitude: il n’aimait que la prière et le travail des mains. Incompris dans sa famille, il s’enfuit une nuit et fit son apprentissage de charpentier à Libonah. Joseph demandait à Dieu, de toute l’ardeur de son âme, de hâter l’avènement du Messie. La citation de Jean-Paul II – dans l’Exercice précédent – révèle que l’Esprit Saint a inspiré à St Joseph le choix de la virginité. Ce que St Bernard disait de la Vierge Marie peut être affirmé de Saint Joseph : c’est l’Esprit Saint qui lui a inspiré le choix de la virginité. Son cœur de fils de David devait être très pur et délicat.

 

> LE MARIAGE VIRGINAL DE JOSEPH ET DE MARIE

  A partir des témoignages de St Matthieu et de St Luc, l’Église a affirmé avec autorité que le mariage de Joseph et de Marie a été un mariage virginal. La preuve scripturaire la plus probante (de cette décision de mariage virginal) se trouve dans la question de la Sainte Vierge à Saint Gabriel : « comment cela se fera-t-il puisque je ne connais point d’homme ?». Pour les Pères de l’Église – dont Saint Bernard est le fidèle interprète -, cette question de la Sainte Vierge signifie très clairement qu’elle a décidé de n’avoir aucune relation conjugale avec Joseph. L’expression hébraïque « connaître un homme » signifie, en effet : avoir une relation sexuelle avec un homme. Cette question révèle aussi que la Sainte Vierge connaît les intentions de son époux. S’ils avaient eu l’intention d’avoir des relations conjugales normales dans le futur, la question de la Sainte Vierge serait incompréhensible ! Pour la Tradition, Saint Joseph et la Sainte Vierge ont décidé de vivre un mariage virginal. Jean-Paul II, dans son Exhortation sur St Joseph (19) a  fait comprendre que Joseph, époux, a découvert par l’Esprit une forme d’amour conjugal, plus intime et d’une intensité spirituelle supérieure à l’union charnelle: l’union spirituelle des personnes. La source d’une telle union n’est pas la chair mais l’Esprit qui vivifie. Saint Joseph a pleinement accompli sa mission d’époux, qui est une mission de chef. Son épouse pouvait s’appuyer sur lui. Il était rocher, défenseur, homme de foi et de confiance. La Sainte Vierge se sentait en sécurité avec lui. Il a connu des incompréhensions, des angoisses, des doutes, mais il s’est tout donné pour sa chaste épouse et il a expérimenté la vraie joie. Il a aimé son épouse d’un chaste amour conjugal. Aucun autre époux n’a aimé et n’aimera son épouse comme il a aimé sa si chaste épouse d’un amour virginal, pur, délicat, doux, humble, discret, serviable, patient et extrêmement généreux. Il a bénéficié des grands biens spirituels de sa chaste épouse.

 

> LE PROFOND TROUBLE DE SAINT JOSEPH ET SON «OUI» JOYEUX.

  Le trouble de Saint Joseph est bien décrit par Saint Matthieu : il ne comprend pas ce qui se passe en son épouse. Pourquoi est-elle enceinte ? Pourquoi ne lui a-t-elle rien dit ? Saint Bernard, qui rapporte l’opinion d’autres Pères, était convaincu que St Joseph ne pouvait aucunement soupçonner son épouse si pure d’infidélité. Mais comment ne pas être profondément troublé ? Joseph ne comprend pas et il s’apprête à se séparer de son épouse. Un ange lui apparaît alors et lui dit: « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie ton épouse, car ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint » (Mt 1,20). Dieu vient au secours de Saint Joseph et le délivre de son trouble ! Il sait à présent, par révélation, que la Vierge Marie est enceinte par l’opération du Saint-Esprit et il connaît la mission du Fils qu’elle va mettre au monde : c’est Lui qui sauvera son peuple de ses péchés ! L’ange lui demande de donner le nom à ce Fils prédestiné : Jésus !

  On peut parler, comme pour la Sainte Vierge, d’annonciation. Cette annonciation est un appel de Dieu pour une grande, belle et unique mission. St Joseph répond avec humilité et joie à l’appel de Dieu. Comme la Vierge Marie, il doit être «confondu» dans sa grande humilité. Son «oui» silencieux est indispensable – pour les exégètes et les théologiens – à l’Incarnation. Dieu se sert de Joseph – pour des Pères dont Saint Bernard – pour cacher aux démons l’Incarnation. Il devient comme un paravent opaque pour Satan lui-même, qui ignore ainsi le mystère de la conception virginale de Marie… mystère accompli dans le silence de Dieu et qui ne sera révélé à l’Enfer que le Vendredi Saint après la mort de Jésus !

  Un bref verset de saint Luc (2, 7) résume tout ce que nous savons sur l’événement de la Nativité, à la fois si simple et si prodigieux, que contemple Joseph. « Elle mit au monde son Fils premier-né, l’enveloppa de langes et le coucha dans une crèche. » Alors que rien ne semble le distinguer des autres pères, c’est lui qui tient dans ses bras « celui que tant de rois et de prophètes ont désiré voir et ne virent point ». Étonnant mystère que nous sommes également invités à contempler : c’est en Joseph que « le Père de qui vient toute paternité au ciel et sur la terre » (Ep 3,15) va déposer toute son autorité paternelle. Joseph est l’intendant de Dieu, le chef et le responsable de la Sainte Famille, et tous le suivent. Dieu lui-même, le Verbe Incarné, a voulu lui obéir ! Admirons le plan de Dieu et participons à la joie, humble, profonde et reconnaissante de Saint Joseph et de la Sainte Vierge ! Magnificat !

 

> SAINT JOSEPH CHASTE ÉPOUX DE MARIE, PÈRE VIGILANT DE JÉSUS.

  On peut lire dans le Lien Fraternel n°66 (2006) du Carmel en France : Joseph est parfaitement et profondément « père ». Il l’est au sens légal d’abord : Jean annonce d’emblée en début de son évangile que le Messie tant attendu : «c’est Jésus, le fils de Joseph, de Nazareth» (Jn 1,45). Chez les juifs,  le père impose le nom. Joseph est devenu légalement le père de Jésus à la circoncision, acte officiel par lequel le père de famille introduisait l’enfant, huit jours après sa naissance, dans l’Alliance d’Israël. En lui imposant le nom de Jésus (« Dieu Sauve ») ainsi que le lui a ordonné l’Ange, Joseph assume officiellement sa paternité légale, et permet par là à Jésus de porter légitimement le titre prestigieux de « Fils de David » caractérisant le Messie. Mais Joseph est surtout père au sens profondément humain. Jésus, dans ses bras, a appris à l’appeler « Papa ». Comprenons de quel amour Joseph a entouré Marie, sa jeune épouse, et Jésus son fils : c’est lui qui a été chargé de traduire paternellement cet amour du Tout-Puissant pour son Fils, de veiller sur lui, de l’arracher à la mort alors qu’il était menacé. C’est de Joseph que Jésus a reçu, enfant, une double nourriture qui lui a permis de grandir : le pain des hommes, et la parole de Dieu dont le père était chargé dans une famille juive. Le père de famille présidait la liturgie familiale qui se composait de louanges et de Psaumes, base de la prière des Juifs. Sa famille fut pour le jeune Jésus comme sa première «Église». Enfin au plan spirituel, Joseph a été pour Jésus enfant le visage du Père éternel. En s’effaçant ensuite, il nous guide mystérieusement vers la plénitude des temps (Ga 4,4) qui est de donner des fils au Père, et comme Jésus, de pouvoir appeler le Père « Abba ».

  Reprenant une parole de Saint Bernard, D.J. Lallement affirme: “Le Seigneur a fait de St Joseph son unique et parfaitement fidèle assistant sur la terre pour l’accomplisse-ment de son grand dessein.L’Incarnation fut réalisée en Marie, mais en Marie qui était déjà sous l’autorité familiale de Joseph. Marie apporte un concours physique; Joseph apporte un concours social, de l’ordre des institutions et du droit, car, “prendre une nature humaine, c’était de la part du Verbe de Dieu, prendre une nature sociale… Pour que le Fils de Dieu nous fût donné, il ne suffisait pas qu’Il prît chair dans le sein d’une mère, il fallait encore qu’Il fût accueilli dans le sein spirituel, moral, d’une famille. “ Et d’une famille dotée d’un chef éminent: Saint Joseph. “Il fallait que Joseph fût un humble, un petit selon le monde, un pauvre, un persécuté, un réfugié… un obéissant dans la nuit.” Saint Joseph appartenait à la descendance de David de laquelle devait naître le Messie. Par son obéissance à la Loi, Joseph inséra Jésus dans une famille, dans son peuple. Aux yeux de tous, Jésus sera le Fils de Joseph le Charpentier.

  “Le Fils de Dieu a été confié à Joseph, comme un petit enfant naissant dans la race déchue d’Adam, comme petit enfant ayant toutes les faiblesses des enfants d’Adam, hormis la faiblesse de l’intelligence et la faiblesse de la concupiscence ou du péché, mais du moins toutes les faiblesses naturelles corporelles des enfants d’Adam. S’il a fallu que Joseph protège le Christ, s’il a fallu qu’il en prenne soin, dans des conditions de vie extrêmement précaires et menacées, s’il a fallu qu’il peine, pendant des années, pour nourrir le Christ, c’est en raison de la vocation de Rédempteur qu’avait le Fils de Dieu Incarné… Nous comprenons pourquoi la paternité de Saint Joseph a commencé par un sacrifice, par une immolation et une offrande. La paternité de Joseph a commencé par sa consécration virginale avec la Vierge… La paternité de Joseph est ainsi, dès son principe, paternité sacrificielle, parce qu’elle est paternité à l’égard du Rédempteur.”

  Il faut entrer chez Saint Joseph pour entrer dans l’intimité de Jésus et de Marie. La sainteté de Joseph n’est rien d’autre que sa fidélité à laisser le Seigneur entrer… En entrant chez Joseph nous serons en face de la divine Présence… et le silence de Joseph, plein de la Parole de Dieu, venue pour nous racheter, nous apprendra comment la Parole de Dieu vint à nous.” D.J. Lallement estime que la grandeur de Saint Joseph ne sera reconnue qu’après une très profonde purification des âmes. “Ce sont les âmes vraiment brûlées de la jalousie de Dieu unique, de Dieu seul, qui peuvent comprendre Saint Joseph… Ce sont les âmes très intimes avec Dieu, ce sont les âmes très détachées de tous les biens de ce monde qui peuvent entrer dans l’intelligence de Saint Joseph.”

 

> APPRENDRE DE SAINT JOSEPH A ENTRER DANS LA VRAIE JOIE.

  L’Exhortation apostolique Evangelii Gaudium (266-267) du Pape François peut nous aider à mieux comprendre la joie profonde de St Joseph  : «l’expérience personnelle, constamment renouvelée, de goûter l’amitié et le message de Jésus. On ne peut persévérer dans une évangélisation fervente, si on n’est pas convaincu, en vertu de sa propre expérience, qu’avoir connu Jésus n’est pas la même chose que de ne pas le connaître, que marcher avec lui n’est pas la même chose que marcher à tâtons, que pouvoir l’écouter ou ignorer sa Parole n’est pas la même chose que  pouvoir le contempler, l’adorer, se reposer en lui, ou ne pas pouvoir le faire n’est pas la même chose. Essayer de construire le monde avec son Évangile n’est pas la même chose que de le faire seulement par sa propre raison. Nous savons bien qu’avec lui la vie devient beaucoup plus pleine et qu’avec lui, il est  plus facile de trouver un sens à tout. C’est pourquoi nous évangélisons. Le véritable missionnaire, qui ne cesse jamais d’être disciple, sait que Jésus marche avec lui, parle avec lui, respire avec lui, travaille avec lui. Il ressent Jésus vivant avec lui au milieu de l’activité missionnaire. Si quelqu’un ne le découvre pas  présent au cœur même de la tâche missionnaire, il perd aussitôt l’enthousiasme et doute de ce qu’il transmet, il manque de force et de passion. Et une personne qui n’est pas convaincue, enthousiaste, sûre, amoureuse, ne convainc personne. Unis à Jésus, cherchons ce qu’il cherche, aimons ce qu’il aime. Au final, c’est la gloire du Père que nous cherchons, nous vivons et agissons « à la louange de sa grâce » (  Ep 1, 6). Si nous voulons nous donner à fond et avec constance, nous devons aller bien au-delà de toute autre motivation. C’est le motif définitif, le plus profond, le plus grand, la raison et le sens ultime de tout le reste. C’est la gloire du Père que Jésus a cherchée durant toute son existence. Il est le Fils éternellement joyeux avec tout son être «tourné vers le sein du Père» (Jn 1, 18). Si nous sommes missionnaires, c’est avant tout parce que Jésus nous a dit : « C’est la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup de fruit » (Jn 15, 8). Au-delà du fait que cela nous convienne ou non, nous intéresse ou non, nous soit utile ou non, au-delà des petites limites de nos désirs, de notre compréhension et de nos motivations, nous évangélisons pour la plus grande gloire du Père qui nous aime ». Ce texte ne concerne pas directement Saint Joseph, mais il nous dit pourtant l’essentiel de sa joie profonde : il a dit « oui » à sa mission unique, il a «vu» de ses yeux pendant 30 ans le Verbe Incarné vivre si humblement la vie cachée, il a contemplé dans la Foi sa Gloire et, avec la Vierge Marie, son épouse virginale, il a, lui aussi, désiré ardemment la plus grande Gloire de Dieu !

 

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