Les trous de la pierre, ce sont les plaies de Jésus-Christ…

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En parcourant l’Écriture… Le Cantique des cantiques – commentaire de Saint Bernard (7/8)

Bientôt la rentrée… ou peut-être est-ce même déjà fait…! Mais pour prolonger un peu l’été, nous continuons de découvrir le Cantique des cantiques avec l’aide de Saint Bernard  qui a magnifiquement commenté pour ses frères ce livre de l’Écriture. Cela nous permettra d’avoir un aperçu des richesses des textes patristiques ! L’ensemble des extraits sont copiés à partir du site de l’abbaye de Saint Benoît de Port-Valais ; vous y trouverez les sermons dans leur intégralité !

Sermon LXI. Comment l’Église trouve les richesses de la miséricorde divine dans les trous des plaies de Jésus-Christ. Force que les martyrs ont puisée dans Jésus-Christ.

1. « Levez-vous ma bien-aimée, mon Épouse, et venez ( Cant. II, 14). » L’Époux témoigne l’excès de son amour, par cette répétition de paroles, invitant de nouveau sa bien-aimée à travailler aux vignes: Car je vous ai déjà dit que les vignes sont les âmes, et il est inutile de m’arrêter davantage sur cette pensée. Passons donc à ce qui suit. S’il m’en souvient bien, il ne l’a point encore nommée clairement Épouse dans cet ouvrage, si ce n’est à cette heure qu’il la mène aux vignes, et qu’elle approche du vin de la charité. Et lorsqu’elle y sera arrivée, et devenue parfaite, il fera un mariage spirituel avec elle, et ils seront deux, non en une même chair, mais en un même esprit, suivant cette parole de l’Apôtre : « Celui qui est étroitement uni à Dieu, ne fait qu’un même esprit avec lui (I Cor. VI, 17). »

2. Voyons ce qui suit : « Ma colombe est dans les trous de la pierre, elle est dans les creux de la muraille ; montrez-moi votre visage, que votre voix résonne à mes oreilles (Cant. II, 14). » Il aime et il continue à dire des choses amoureuses. Il l’appelle de nouveau sa colombe, il dit qu’elle est à lui, et qu’elle lui appartient en propre. Ce n’est plus elle qui lui demande instamment de se montrer à elle, et de lui parler, c’est lui qui au contraire, à présent, la prie de lui accorder cette grâce. Il agit comme un Époux, mais comme un Époux plein de pudeur, il rougit d’être vu de tout le monde, il veut jouir de ses délices dans un lieu écarté, dans des trous de la pierre, dans les creux de la muraille. Imaginez-vous donc, que l’Époux parle ainsi à l’Épouse : Ne craignez point, ma bien-aimée, que le travail des vignes, auquel je vous exhorte, empêche ou interrompe nos amours. Ce travail pourra servir à ce que nous souhaitons également tous deux. Les vignes ne vont pas sans quelques vieilles murailles qui offrent une retraite agréable aux âmes pudiques. Voilà le sens, ou plutôt le jeu de la lettre. Et pourquoi ne l’appellerais-je pas un jeu, puisqu’il n’y a rien de sérieux dans cette explication littérale? Ce qui en parait au dehors ne mérite pas seulement d’être entendu, si le Saint-Esprit aide au dedans la faiblesse de notre intelligence. Ne nous arrêtons donc pas au dehors, de peur, ce qu’à Dieu ne plaise, qu’il ne semble que nous voulions parler d’amours impurs et déshonnêtes. Apportez des oreilles chastes à ce discours d’amour ; et lorsque vous pensez à ces deux amants, ne vous représentez pas un homme et une femme, mais le Verbe et l’âme, ou bien Jésus-Christ et l’Église, qui est la même chose, si ce n’est que ce nom d’Église ne marque pas une âme seule, mais l’unité ou plutôt l’union de plusieurs âmes. Et ne croyez pas non plus que les trous de la pierre ou les creux de la muraille soient des cachettes pour les gens qui font du mal ensemble, rejetez de votre esprit tout soupçon de choses si ténébreuses.

3. Quelqu’un a entendu par les trous de la pierre, les plaies de Jésus-Christ, et avec grande raison. Car Jésus-Christ est la pierre mystique. Ces trous sont excellents puisqu’ils, établissent la foi de la résurrection et la divinité de Jésus-Christ. « Vous êtes mon Seigneur et mon Dieu (Joan. X, 28), » disait un apôtre. D’où cet oracle est-il sorti, sinon des trous de la pierre? C’est là que le passereau a trouvé une retraite, et la tourterelle un nid pour mettre ses petits (Psal. LXXXIII, 3). C’est là que la colombe se met en sûreté, et regarde sans crainte l’oiseau de proie qui vole à l’entour. Et voilà pourquoi il dit, « ma colombe est dans les trous de la pierre (Psal. XXVI, 6), et la colombe reprend, il m’a fait monter dans la pierre (Psal. XXXIX, 3). Et encore, il a établi mes pieds sur la pierre (Matth. VII, 24). » Un homme sage bâtit sa maison sur la pierre, parce que là il ne craint ni la violence des vents, ni les inondations. Quels avantages ne se trouvent point dans la pierre ? C’est sur la pierre que je suis élevé, dans la pierre que je suis en sûreté, et dans la pierre que je demeure ferme. J’y suis à couvert contre l’ennemi, j’y suis en sûreté contre toute sorte d’accidents, et cela, parce que je, suis élevé au dessus de la terre. Car tout ce qui est terrestre est incertain et sujet à périr, que notre vie soit dans les cieux, et nous ne craindrons ni de tomber ni d’être ébranlés. C’est dans les cieux qu’est la pierre, et c’est en elle que se trouvent la fermeté et la sécurité. La pierre est le refuge des hérissons (Psal. CIII, 48). Et, en effet, où notre faiblesse peut-elle trouver un repos ferme et assuré, sinon dans les plaies du Sauveur? Je demeure là avec d’autant plus de confiance, qu’il est plus puissant pour me sauver. Le monde frémit, le corps m’accable, le diable me tend des piéges, et cependant je ne tombe point, parce que je suis établi sur la pierre ferme. J’ai commis une grande faute, ma conscience en est troublée, mais je ne rue désespère point, parce que je me souviens des plaies de mon Seigneur. Car il a été percé de blessures pour nos péchés (Isa. XXXIII, 5). Qu’y a-t-il de si mortel, qui ne soit guéri par la mort de Jésus? Lors donc que je pense à un remède si efficace, nulle maladie quelque maligne qu’elle soit, ne me saurait épouvanter.

4. Par où l’on voit clairement que celui qui disait : « Mon péché est trop grand pour mériter que Dieu me le pardonne se trompait étrangement (Gen. IV, 13), » à moins qu’on ne dise qu’il n’était pas des membres de Jésus-Christ, que les mérites de Jésus-Christ ne lui appartenaient pas qu’il ne pouvait les regarder comme son bien, ni s’attribuer les mérites de son chef ainsi qu’un membre peut. réclamer comme sien ce qui est à son chef. Mais pour moi, ce que je ne trouve pas en moi, je le prends avec confiance dans les entrailles du Sauveur, parce qu’elles sont toutes pleines d’amour et qu’il y a assez d’ouvertures dans son corps sacré, par où elles peuvent se répandre. Ils ont percé de clous ses mains et ses pieds, et son côté d’une lance; et par ces ouvertures, je puis sucer le miel de la pierre, et goûter l’huile de ce dur caillou, c’est-à-dire goûter et voir combien le Seigneur est doux. Il formait en cet état des pensées de paix, et je n’en savais rien. Car qui connaît les desseins du Seigneur, ou qui a jamais eu part à ces conseils ? Mais ces clous dont il a été percé, sont devenus pour moi comme des clefs, qui m’ont ouvert le trésor de ses secrets et fait voir la volonté du Seigneur. Et pourquoi ne la verrais-je pas au travers de ses plaies? Ses clous et ses blessures crient hautement que Dieu est vraiment en Jésus-Christ et qu’il y réconcilie le monde avec lui-même. Ce fer a traversé son âme et touché son cœur, afin qu’il sût compatir à mes infirmités. Le secret de son cœur se voit par les ouvertures de son corps, on voit le grand mystère de sa bonté infinie, les entrailles de la miséricorde de notre Dieu par laquelle ce soleil levant nous est venu visiter du ciel. Pourquoi ses entrailles ne se verraient-elles pas par ses plaies ? Car, comment, Seigneur, pouviez-vous faire éclater davantage l’excès de votre bonté et de votre miséricorde, que par ces blessures cruelles que vous avez souffertes pour nous ? Personne ne peut donner de plus grandes preuves de sa charité, que d’exposer sa vie pour ceux qui sont destinés et condamnés à la mort.

5. La miséricorde du Seigneur est donc la matière de mes mérites. J’en aurai toujours tant qu’il daignera avoir de la compassion pour moi. Et ils seront abondants si les miséricordes sont abondantes. Je me sens coupable de plusieurs péchés, il est vrai, mais la grâce a surabondé où le péché abondait auparavant (Rom. V, 20). Si les miséricordes du Seigneur sont éternelles pour moi, je chanterai éternellement les miséricordes du Seigneur. (Psal. CII, 27 et Psal. CXXXVIII, 1). Sera-ce ma propre justice que je célébrerai ? Non, Seigneur, je me souviendrai de votre seule justice. Car la vôtre est aussi la mienne, parce que vous êtes devenu vous-même ma propre justice. Dois-je craindre qu’une seule ne suffise pas pour deux ? Ce n’est pas ce manteau dont parle le Prophète, qui est si court que deux ne s’en peuvent couvrir (Psal. 16). Votre justice est la justice éternelle (Psa. XXVIII, 20). Qu’y a-t-il de plus long que l’Éternité ? Votre justice donc qui est éternelle et si étendue nous couvrira tous deux amplement. En moi elle couvrira la multitude de mes péchés, mais couvrira-t-elle en vous, Seigneur, des trésors de clémence, des richesses de bonté ? Ce sont ces richesses qui sont cachées pour moi dans le trou de la pierre. Que la douceur qu’elles enferment est grande et excessive ! Elles sont cachées à la vérité, mais c’est pour ceux qui périssent ; car pourquoi donner le saint aux chiens, ou les perles aux pourceaux ? Mais Dieu nous les a révélées par son Saint-Esprit. Il nous a fait entrer dans son sanctuaire parles portes de ses plaies. Quelle source de douceur n’y trouve-t-on point, qu’elle plénitude de grâces, quelle abondance de vertus. […]

6. […] « Ma colombe est dans les trous de la pierre, » parce qu’elle met toute sa dévotion à s’occuper sans cesse dans le souvenir des plaies de Jésus-Christ, à s’y arrêter et à y demeurer par une méditation continuelle. C’est ce qui lui fait souffrir le martyre avec tant de courage; c’est ce qui lui donne tant de confiance dans le Très-Haut. Le martyr n’a point à craindre de lever un visage défait et livide, avec celui dont les meurtrissures et les plaies l’ont guéri, et de représenter par la pâleur de l’or, la mort de son maître: Pourquoi le craindrait-il, puisque le Seigneur l’y invite même en lui disant . « Montrez-moi votre face (Cant II, 14) ? » Pourquoi? Je pense que ce n’est pas tant parce qu’il veut la voir, que parce qu’il désire lui-même être vu d’elle. Car qu’est-ce qu’il ne voit pas? Il n’a point besoin qu’une personne se montre à lui pour la voir, puisqu’il voit toutes choses, même celles qui sont cachées. Il veut donc être vu. Ce chef plein de bonté veut que son brave soldat jette les yeux sur ses plaies, afin que cela serve à l’encourager, et que, par son exemple, il devienne plus fort pour supporter les tourments.

7. Car tandis qu’il regarde ses blessures, il ne sentira pas les siennes. Tout martyr demeure intrépide, ravi de joie et triomphant en lui-même, pendant que son corps est tout déchiré de coups; et quand le fer lui ouvre les flancs, il regarde couler son sang sacré,non seulement avec confiance, mais même avec allégresse. Où est donc alors son âme ? Elle est en lieu de sûreté, elle est dans la pierre, elle est dans les entrailles de Jésus, où elle entre par la porte de ses plaies. Si elle était dans ses propres entrailles, certainement elle sentirait le fer qui les déchire, elle ne pourrait supporter la douleur, elle succomberait et renierait son Sauveur. Mais habitant dans la pierre, quelle merveille qu’elle en prenne la dureté ? Quelle merveille qu’étant bannie du corps, elle n’éprouve aucune sensation corporelle ? Ce n’est pas en effet de l’insensibilité, mais de l’amour. Elle ne perd pas le sentiment, elle se l’assujettit, elle n’est pas exempte de douleur, mais elle la surmonte, elle la méprise; c’est donc de la pierre que vient le courage des martyrs, c’est ce qui les rend puissants, pour boire le calice du Seigneur. Et que ce calice dont le vin enivre est beau (Psal. XXII, 5) ! Il est, dis-je, excellent et agréable, et ne l’est pas moins au général qui regarde, qu’au soldat qui triomphe; car notre courage fait la joie du Seigneur. Et comment ne se réjouirait-il point à la suite d’une confession généreuse, puisqu’il la désire avec tant d’empressement ? « Que votre voix, dit-il, retentisse à mes oreilles (Cant. II, 4). » Aussi ne tardera-t-il point à rendre la récompense qu’il a promise; car il s’empressera de reconnaître devant son Père, celui qui l’aura confessé devant les hommes (Matt. X, 32).

Coupons court à ce discours, car nous ne saurions le finir aujourd’hui, et il serait excessivement long, si nous voulions achever tout ce qui nous reste à dire sur le verset que nous avons commencé à vous expliquer. Réservons donc le reste pour une autre fois, afin que l’époux de l’Église Notre-Seigneur Jésus-Christ, ait sujet de se réjouir et de ce que nous disons, et de la manière dont nous le disons, lui qui étant Dieu et élevé par dessus tout, est béni dans tous les siècles. Ainsi soit-il.

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