Comme un enfant cherche à faire naître le sourire de sa mère en faisant ce qui lui plaît, cherchons à provoquer le sourire de Marie !

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En parcourant l’Écriture… La joie de l’évangile (7/8)

Pour cette nouvelle série sur l’Ecriture Sainte, nous nous pencherons davantage sur les évangiles, en nous servant des méditations écrites par P. Bernard pour la retraite pour tous de 2014, intitulée « La joie de l’Évangile« , à la suite de  l’exhortation apostolique du Pape François du même nom « Evangelii gaudium« , publiée en novembre 2013. Puissent ces méditations nous entraîner à méditer toujours plus les évangiles, dans la joie d’y découvrir le visage de Jésus !

L’article d’aujourd’hui sera une méditation – fondée sur l’enseignement de l’Eglise – sur la joie de Notre-Dame de collaborer au Salut, la participation de la Vierge Marie à la Rédemption. Jésus, avant de mourir, nous a donné sa Mère pour qu’elle soit notre Mère. Des Pères ont appelé la Vierge Marie: « la nouvelle Ève ». Cette nouvelle Ève a dénoué ce que la première Ève avait noué. Elle est devenue la Mère de tous les vivants de la vie divine. Saint Irénée a dit qu’elle était cause de salut. Elle est vraiment notre Mère ! Cette participation maternelle à la Rédemption ne nuit en rien à la perfection de la Rédemption accomplie par Jésus, l’unique Rédempteur. Elle en manifeste, au contraire, toute l’efficacité et elle est un nouveau don de la Grâce. Ne soyons pas scandalisés par la collaboration de la Vierge Marie à la Rédemption, mais à la suite des Saints Bernard, Louis-Marie et Jean-Paul II, redisons avec confiance et reconnaissance filiale et affectueuse notre « Totus Tuus » et quêtons, à la suite de Benoît XVI, le sourire de Marie.

I – La présence de Notre-Dame à la Passion : un fait historique

  L’Ecriture Sainte révèle la présence de la Vierge Marie aux côtés du Rédempteur pendant sa Passion. Dans le livre de la Genèse, sont prophétisées l’hostilité du serpent et de la femme et la victoire de sa descendance sur celle du serpent (Gn 3,15). Syméon, lors de la Présentation de Jésus au Temple, prédit le glaive qui transpercera l’âme de la Vierge Marie (Lc 2, 35). Jésus, à Cana, appelle sa Mère d’un nom qui peut étonner : « Femme » et lui dit que « son heure » n’était pas encore venue (Jn 2, 4). Jésus, du haut de la Croix, l’appelle encore de ce nom de «Femme» et lui révèle sa nouvelle maternité. Le chapitre 12 de l’Apocalypse révèle le combat de la Femme contre le Dragon, qui veut dévorer son enfant dès sa naissance. Ces textes de l’Ecriture attestent un fait historique certain : la présence de Notre-Dame auprès de Jésus pendant sa Passion. Cette présence n’est pas celle d’une spectatrice, mais d’une Mère, appelée à devenir la collaboratrice du nouvel Adam. La présence physique de la Vierge Marie à la Passion de son Fils est donc une présence de participation à la Rédemption et de participation douloureuse.

  Peut-on alors parler de joie de Notre-Dame, collaborant à la Rédemption en tant que Mère des sauvés ? Oui, on peut parler de joie, mais seulement selon l’expression de Saint Paul : « je trouve ma joie dans les souffrances que j’endure pour vous » (Co 1, 24). Comment la Vierge Marie aurait-elle pu être dans la joie sensible au moment où Jésus mourait ? On ne peut pas ressentir le sentiment de la joie et, en même temps, avoir l’âme transpercée par le glaive de douleur !

  Saint Bernard disait : « La violence de ta douleur a tellement pénétré ton âme qu’avec justice nous te proclamons plus que martyre (St Bernard et Notre Dame p. 199). Alors qui es-tu donc, frère, et d’où te vient pareille sagesse, de t’étonner plus de la compassion de Marie que de la passion du Fils de Marie ? Lui, il put mourir de la mort du corps et elle, elle n’aurait pu mourir avec lui de cœur ? (Ibid. p. 201). Pour la Vierge, c’est en tout son être qu’elle reçut cette profonde et suave blessure d’amour ; pour moi, je m’estimerais heureux si je sentais pénétrer en moi comme l’extrême pointe au moins de ce glaive, afin que mon âme sous la blessure même légère de l’amour, dise elle aussi : je suis blessée par l’Amour » (p. 393). L’intuition spirituelle de Saint Bernard nous permet de découvrir la cause de la joie dans l’Esprit de Notre-Dame des douleurs : elle est blessée d’Amour comme l’épouse du Cantique des cantiques ! Au pied de la Croix, la Mère de Jésus adhère pleinement à la Volonté de Dieu le Père et à l’obéissance héroïque de son Fils en vue de la Rédemption de l’humanité pécheresse. Admirons-la et aimons-la !

 

II – La collaboration de la nouvelle Ève à la Rédemption

  Le chemin de Croix garde la mémoire de la rencontre entre le nouvel Adam et la nouvelle Ève. Les mystiques ont vu, dans cette rencontre, comme le “Oui” échangé entre le nouvel Adam et la nouvelle Ève pour le salut de l’humanité. La nouvelle Ève, debout au pied de la Croix a accepté le Sacrifice rédempteur de son Fils en y ajoutant son propre sacrifice : “En souffrant avec son Fils mourant sur la Croix, elle apporta à l’œuvre du Sauveur une coopération absolument sans pareille par son obéissance, sa foi, son espérance, sa charité, pour que soit rendue aux âmes la vie surnaturelle. C’est pourquoi elle est devenue pour nous, dans l’ordre de la grâce, notre Mère (Lumen Gentium n°61). Saint Irénée disait : “par son obéissance elle est devenue, pour elle-même et pour tout le genre humain, cause de salut”. Bon nombre d’anciens Pères disaient volontiers dans leurs prédications : “Le nœud dû à la désobéissance d’Ève, s’est dénoué par l’obéissance de Marie ; ce que la vierge Ève avait noué par son incrédulité, la Vierge Marie l’a dénoué par sa foi. Comparant Marie avec Ève, les Pères appellent Marie « la Mère des vivants » et déclarent souvent : « par Ève la mort, par Marie la vie » (Lumen Gentium n°57).

  Méditons profondément ces affirmations de Vatican II dont le fondement n’est pas une piété mariale sentimentale exagérée, mais l’Ecriture et la Tradition. Ces extraits de la Constitution dogmatique Lumen Gentium révèle le plan de Dieu Créateur et Rédempteur. Ce plan nous fait découvrir la place de la Vierge Marie dans l’Histoire du Salut. Admirons la générosité, le courage et l’amour héroïque de la Mère de Jésus, devenue par sa Grâce et l’action de l’Esprit-Saint sa grande collaboratrice dans l’Œuvre du Salut. Imitons-la !

 

III – L’engendrement maternel des âmes avec Jésus

  Le théologien allemand Scheeben a développé une belle intuition théologique qui permet de mieux comprendre la participation de la nouvelle Ève à la Rédemption. Il a comparé la participation de Marie à un engendrement maternel.

  Le Christ engendre paternellement l’humanité nouvelle par sa mort sur la Croix, Marie engendre maternellement cette même humanité par sa compassion au Calvaire.

  Dans l’engendrement naturel, la femme reçoit la semence de l’homme pour pouvoir concevoir une vie humaine. Dans l’engendrement spirituel, la nouvelle Ève reçoit la semence spirituelle qui s’écoule du Côté ouvert du nouvel Adam.

  La Rédemption est accomplie parfaitement par Jésus, elle est participée par Marie. Cette dernière doit recevoir en elle la force vivifiante du sang de son Fils qui, seul, a le pouvoir de réparer les péchés des hommes et de redonner la vie divine perdue par le péché originel. « Sa collaboration constante avec le Christ dans toute son action miséricordieuse sur le corps mystique doit être regardée comme aussi normale que la collaboration constante du cœur avec la tête dans son influence sur la vie des autres membres» (Dict. spir.). Cet engendrement maternel ne nuit en rien à l’engendrement paternel du Christ. Il en manifeste au contraire toute l’efficacité, il est un nouveau don de la Grâce.

  En intercédant pour tous ses fils, disait Jean-Paul II dans son Encyclique sur la Mère du Rédempteur, la Mère coopère à l’action salvifique de son Fils rédempteur du monde.

  Pie XII, dans l’Encyclique « Mystici Corporis Christi« , du 29 juin 1943, écrivait : “Ce fut elle qui, exempte de toute faute personnelle ou héréditaire, toujours très étroitement unie à son Fils, le présente sur le Golgotha au Père éternel, en y joignant l’holocauste de ses droits et de son amour de mère, comme une nouvelle Ève, pour tous les fils d’Adam qui portent la souillure du péché originel ; ainsi celle qui corporellement était la mère de notre Chef devint spirituellement la mère de tous ses membres, par un nouveau titre de souffrance et de gloire” (Cf. Dilen 1, p. 68). Si le nom d’Ève = mère des vivants (Gn 3, 20) a été donné par Adam à son épouse, le nom de « nouvelle Ève » peut bien être donné à la « Mère de tous les vivants de la vie divine » (St Augustin).

  Marthe Robin disait au Père Manteau-Bonamy : “À Lourdes notre Mère n’a pas dit seulement : j’ai été conçue immaculée, mais : je suis l’Immaculée Conception. C’est son propre nom. De même Marie n’est pas seulement mère comme une autre mère, mais elle est la mère, elle est la divine Maternité ” (Prends ma vie Seigneur p. 120).

  Puissent l’enseignement doctrinal de Vatican II et les interprétations des Pères et des Saints faire grandir notre dévotion mariale. Jésus, avant de mourir, nous a donné sa Mère afin qu’elle soit notre Mère. Accueillons le don de Jésus comme Saint Jean l’a accueilli et, à la suite de Saint Louis-Marie, de Saint Jean-Paul II, des voyants de Fatima, de notre Fondateur et de Mère Marie-Augusta, renouvelons notre consécration au Cœur Immaculé de Marie et remercions filialement et affectueusement notre Mère d’avoir accepté d’aimer en souffrant et de souffrir en aimant pour nous enfanter avec Jésus à la vie d’enfants de Dieu. Marie, ma Mère, je vous aime tant avec un cœur d’enfant !

 

IV – Quêtons le sourire de Marie, à l’école de Benoît XVI

  Le 15 septembre 2008, Benoît XVI disait à Lourdes, dans l’homélie de la Messe : «Comme Jésus a pleuré (Jn 11,35), Marie a certainement elle aussi pleuré devant le corps torturé de son enfant. La discrétion de Marie nous empêche de mesurer l’abîme de sa douleur ; la profondeur de cette affliction est seulement suggérée par le symbole traditionnel des sept glaives. Comme pour son Fils Jésus, il est possible de dire que cette souffrance l’a conduite elle aussi à sa perfection (Hb 2, 10), pour la rendre capable d’accueillir la nouvelle mission spirituelle que son Fils lui confie juste avant de « remettre l’esprit » : devenir la mère du Christ en ses membres. En cette heure, à travers la figure du disciple bien-aimé, Jésus présente chacun de ses disciples à sa Mère en lui disant : «Voici ton Fils».

Marie est aujourd’hui dans la joie et la gloire de la Résurrection. Les larmes qui étaient les siennes au pied de la Croix se sont transformées en un sourire que rien n’effacera tandis que sa compassion maternelle envers nous demeure intacte. L’intervention secourable de la Vierge Marie au cours de l’histoire l’atteste et ne cesse de susciter à son égard, dans le peuple de Dieu, une confiance inébranlable : la prière du Souvenez-vous exprime très bien ce sentiment. Marie aime chacun de ses enfants, portant d’une façon particulière son attention sur ceux qui, comme son Fils à l’heure de sa Passion, sont en proie à la souffrance ; elle les aime tout simplement parce qu’ils sont ses fils, selon la volonté du Christ sur la Croix…

Les chrétiens ont depuis toujours quêté le sourire de Notre Dame, ce sourire que les artistes, au Moyen-âge, ont su si prodigieusement représenter et mettre en valeur. Ce sourire de Marie est pour tous ; il s’adresse cependant tout spécialement à ceux qui souffrent afin qu’ils puissent y trouver le réconfort et l’apaisement. Rechercher le sourire de Marie n’est pas le fait d’un sentimentalisme dévot ou suranné, mais bien plutôt l’expression juste de la relation vivante et profondément humaine qui nous lie à celle que le Christ nous a donnée pour Mère. Désirer contempler ce sourire de la Vierge, ce n’est pas se laisser mener par une imagination incontrôlée. L’Écriture elle-même nous le dévoile sur les lèvres de Marie lorsqu’elle chante le Magnificat : « Mon âme exalte le Seigneur, mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur » (Lc 1, 46-47). Quand la Vierge Marie rend grâce au Seigneur, elle nous prend à témoin. Marie partage, comme par anticipation, avec ses futurs enfants que nous sommes, la joie qui habite son cœur, pour qu’elle devienne la nôtre. Chaque récitation du Magnificat fait de nous des témoins de son sourire.

Dans le sourire de la plus éminente de toutes les créatures, tournée vers nous, se reflète notre dignité d’enfants de Dieu, cette dignité qui n’abandonne jamais celui qui est malade. Ce sourire, vrai reflet de la tendresse de Dieu, est la source d’une espérance invincible. Nous le savons malheureusement : la souffrance endurée rompt les équilibres les mieux assurés d’une vie, ébranle les assises les plus fermes de la confiance et en vient parfois même à faire désespérer du sens et de la valeur de la vie. Il est des combats que l’homme ne peut soutenir seul, sans l’aide de la grâce divine. Quand la parole ne sait plus trouver de mots justes, s’affirme le besoin d’une présence aimante : nous recherchons alors la proximité non seulement de ceux qui partagent le même sang ou qui nous sont liés par l’amitié, mais aussi la proximité de ceux qui nous sont intimes par le lien de la foi. Qui pourraient nous être plus intimes que le Christ et sa sainte Mère, l’Immaculée ? Plus que tout autre, ils sont capables de nous comprendre et de saisir la dureté du combat mené contre le mal et la souffrance. La Lettre aux Hébreux dit à propos du Christ, qu’il « n’est pas incapable de partager notre faiblesse ; car en toutes choses, il a connu l’épreuve comme nous » (Hb 4, 15). Je souhaiterais dire, humblement, à ceux qui souffrent et à ceux qui luttent et sont tentés de tourner le dos à la vie : tournez-vous vers Marie !

  Dans le sourire de la Vierge se trouve mystérieusement cachée la force de poursuivre le combat contre la maladie et pour la vie. Auprès d’elle se trouve également la grâce d’accepter, sans crainte ni amertume, de quitter ce monde, à l’heure voulue par Dieu. Oui, quêter le sourire de la Vierge Marie n’est pas un pieux enfantillage, c’est l’aspiration, dit le Psaume 44, de ceux qui sont « les plus riches du peuple ». Les plus riches, c’est-à-dire dans l’ordre de la foi, ceux qui ont la maturité spirituelle la plus élevée et savent précisément reconnaître leur faiblesse et leur pauvreté devant Dieu. En cette manifestation toute simple de tendresse qu’est un sourire, nous saisissons que notre seule richesse est l’amour que Dieu nous porte et qui passe par le cœur de celle qui est devenue notre Mère. Quêter ce sourire, c’est d’abord cueillir la gratuité de l’amour ; c’est aussi savoir provoquer ce sourire par notre effort pour vivre selon la Parole de son Fils Bien-aimé, tout comme un enfant cherche à faire naître le sourire de sa mère en faisant ce qui lui plaît. Et nous savons ce qui plaît à Marie grâce aux paroles qu’elle adressa aux serviteurs à Cana : « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jn 2, 5).

  En méditant attentivement cette homélie si profonde et si lumineuse, nous comprendrons la mission maternelle de la Vierge Marie. Son sourire peut nous aider parce qu’elle sait ce qu’est souffrir en aimant et aimer en souffrant !

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