Se livrer, c’est plus que se dévouer, que se donner…

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En parcourant l’Écriture… La joie de l’évangile (6/8)

Pour cette nouvelle série sur l’Ecriture Sainte, nous nous pencherons davantage sur les évangiles, en nous servant des méditations écrites par P. Bernard pour la retraite pour tous de 2014, intitulée « La joie de l’Évangile« , à la suite de  l’exhortation apostolique du Pape François du même nom « Evangelii gaudium« , publiée en novembre 2013. Puissent ces méditations nous entraîner à méditer toujours plus les évangiles, dans la joie d’y découvrir le visage de Jésus !

Aujourd’hui, nous voudrions nous pencher sur la Joie de Jésus instituant le Sacrement de l’Eucharistie. Puisse cette méditation nous aider à découvrir que de l’Eucharistie jaillit la joie chrétienne, la joie de l’Amour ! Nous voudrions également souligner ici que la joie de l’Évangile, thème de notre série, se conjugue aussi avec les tristesses et les angoisses que Jésus a ressenties douloureusement pendant sa vie publique. Comment Notre-Seigneur aurait-Il pu rester « de marbre » face aux cœurs endurcis et fermés ? Mais l’angoisse du Cœur de Jésus ne Lui a jamais fait perdre sa joie profonde. Notre Rédempteur, depuis le premier moment de l’Incarnation, avait soif de Se donner pour communiquer la vie éternelle. Il est le Bon Pasteur qui donne Sa Vie pour nous Sauver. L’Eucharistie est vraiment le Sacrement du Don de Son Amour ! Que ce sacrement devienne le sacrement de notre joie et de notre Amour !

 

I – La joie de Jésus de se donner pour faire participer à sa Vie

  Nous ne pouvons pas comprendre en profondeur les sentiments du Cœur de Jésus au moment de l’institution de l’Eucharistie sans une connaissance intellectuelle et spirituelle du discours du pain de vie (Jn 6), qui a provoqué la contestation des Juifs et la désertion des disciples. Jésus, après la multiplication des pains, a voulu révéler la vraie nature de sa mission. Lui, le pain de vie, a été envoyé par son Père pour communiquer la vie éternelle aux hommes, ses frères. Comment la leur communiquera-t-Il ? En leur donnant à manger sa chair et en leur donnant à boire son sang. Celui qui mange sa chair et boit son sang a la vie éternelle et Jésus le ressuscitera au dernier jour (Jn 6, 54).

  Pierre, comme à Césarée de Philippe, affermit la Foi des apôtres, troublés par la décision de beaucoup de disciples de Jésus de se retirer et de cesser de faire route avec Lui (Jn 6, 66). Au nom des 12, il répond à Jésus qui vient de leur demander s’ils voulaient partir eux-aussi: «Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Et nous, nous croyons que Tu es le Saint de Dieu » (Jn 6, 69).

  N’oublions jamais le sens profond de l’Incarnation : Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu ! Jésus, depuis le premier moment de l’Incarnation, se prépare au don suprême de la Croix, vécu par anticipation et sacramentellement au moment de l’Institution de l’Eucharistie.

  La prière sacerdotale doit également être méditée dans la même perspective: Jésus est comme « pressé » de réaliser en plénitude la mission pour laquelle Son Père L’a envoyé : « qu’ils soient UN comme nous sommes UN » (Jn 17, 11;21). L’Eucharistie réalise cette prière. Elle est vraiment sacrement de communion avec Jésus qui est en parfaite communion avec Son Père et sacrement de communion entre tous les chrétiens ! Comment Jésus ne pourrait-Il pas connaître une joie ineffable en se préparant à l’accomplissement de Sa Mission ? Son Cœur tressaille de joie dans l’Esprit !

 

II – Jésus le Bon Pasteur, à la recherche des brebis égarées

Il est important, avant de méditer sur l’institution de l’Eucharistie en tant que telle, de rappeler le chapitre 10 de Saint Jean qui résume, d’une autre manière que précédemment, le sens de l’Incarnation. Jésus est « venu » en tant que Bon Pasteur pour aller à la recherche des brebis, de toutes les brebis, plus particulièrement encore de celles qui sont égarées et en danger à cause des loups. Jésus est le Bon Berger parce qu’Il aime toutes ses brebis et qu’Il donne librement Sa Vie pour elles. Jésus a le pouvoir de donner Sa Vie et de La reprendre (Jn 10, 18-19). Il est, en effet, la Personne divine du Fils de Dieu ! Le grand désir de donner Sa Vie pour ses brebis consume Son Cœur et le remplit de joie !

 

III – Si tu savais le don de Dieu, donne-moi à boire !

Rappelons brièvement le chapitre 4 de St Jean en cette méditation sur l’Eucharistie. Le disciple bien-aimé a fidèlement rapporté la rencontre entre Jésus et la Samaritaine. Cette rencontre révèle la soif ardente de Jésus. Dans le Sacrement de l’Eucharistie, c’est Lui qui nous donne sa Chair à manger et son Sang à boire, mais pourtant c’est Lui qui a soif de nos âmes ! Les rencontres de Jésus rapportées dans les évangiles, pendant sa vie publique, peuvent toutes être lues dans cette perspective de l’ardente soif de Jésus. Il est venu pour que nous ayons la vie, la vie en abondance ! Désirons ardemment partager cette soif de Jésus et participer activement à la nouvelle évangélisation. L’ardeur d’amour de Son Cœur doit nous consumer. Nous partagerons alors sa joie, qui est la joie du Verbe de Dieu incarné, qui a soif de Se donner pour donner la Vie.

 

IV – Mon âme est troublée, Père sauve-Moi de cette heure ?

Nous ne devons jamais oublier que Jésus a ressenti des sentiments de grande joie et aussi de grande angoisse. Nous avons déjà dit, en méditant la vie cachée de la Sainte Famille, que la joie pouvait se conjuguer avec la tristesse et l’angoisse. Saint Jean révèle l’angoisse qui assaille le Cœur de Jésus, quelques jours avant l’institution de l’Eucharistie et la Passion : « Maintenant, mon âme est troublée, et que dirai-je ? Père, sauve-moi de cette heure? Mais c’est précisément pour cette heure que je suis venu. Père, glorifie ton nom ». Alors, une voix vint du Ciel : « je l’ai glorifié et je le glorifierai encore » (Jn 12, 27-28). Ce passage évangélique révèle à quel point le Cœur de Jésus est un Cœur profondément humain et sensible ! Sa joie demeure en profondeur mais l’angoisse le saisit à la perspective de sa Passion prochaine. Comme cela se passera au Jardin des Oliviers, Sa Volonté veut ce que Son Père veut. Il demande à Son Père de Le glorifier. Il refera cette prière au début de la prière proprement sacerdotale (Jn 17, 1) : « Père, l’heure est venue, glorifie ton Fils afin que Ton Fils Te glorifie ».

 

V – Ceci est mon corps, ceci est mon sang, donnés pour vous !

Avant d’instituer l’Eucharistie, Jésus dit à ses Apôtres : « Le Fils de l’Homme est venu pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mt 20, 28). Ce don n’est pas un don subi et contraint mais un don libre et motivé par l’amour : « J’ai désiré d’un grand désir manger cette pâque avec vous avant de souffrir ! » (Lc22,15). Jésus désire avec ardeur instituer l’Eucharistie et accomplir la Rédemption. Le Jeudi Saint est le Jour de l’Amour !

  Les paroles de l’institution de l’Eucharistie révèlent l’offrande volontaire de Jésus : « Ceci est mon corps donné pour vous » (Lc22,19); « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude, pour le pardon des péchés » (Mt 26,28). Ces paroles révèlent clairement le lien entre le Sacrifice de la Croix et le sacrifice sacramentel de l’Eucharistie. L’expression : « sang de l’Alliance » montre que Jésus est bien conscient que son sang – qui sera versé le lendemain sur le Calvaire – est le sang de la nouvelle Alliance. Moïse avait dit, en scellant l’ancienne Alliance : «Ceci est le sang de l’Alliance que Yahvé a conclue avec vous» (Ex 24, 8). Jésus, qui est plus grand que Moïse, reprend les mêmes paroles, mais Il va plus loin encore : Il invite ses disciples à boire son sang pour entrer intimement et réellement dans la nouvelle et éternelle Alliance qu’Il scelle dans son Sang !

  En demandant à ses Apôtres de refaire ce qu’Il vient de faire en mémoire de Lui, Il exprime Sa Volonté de voir comme « actualiser » son unique Sacrifice jusqu’à la fin des temps afin que tous ses disciples puissent manger son Corps et boire son Sang en vue de pouvoir obtenir la vie éternelle (Jn 6).

  Les Saints et les authentiques mystiques ont eu une grande dévotion envers le Saint-Sacrifice. Ils se sont tous efforcés de faire de leur vie comme une Messe perpétuelle. Ceux qui ont le mieux réalisé cet idéal, au cours du vingtième siècle, sont probablement Marthe Robin et Padre Pio. Jésus a voulu qu’ils soient tous deux marqués des signes visibles de sa Passion pour bien montrer que c’était, par son Sacrifice sanglant, qu’Il nous avait sauvés. Marthe Robin, pendant plus de 50 ans, ne s’est nourrie que de l’Eucharistie ! Elle brûlait d’amour pour ce Saint-Sacrement qui lui permettait de demeurer comme hostie immolée de Jésus, l’Hostie immolée. Cette prière de Marthe doit nous aider à mieux comprendre la grandeur du sacrifice eucharistique et à nous en imprégner : « Seigneur mon Dieu, que nourrie chaque jour de votre Corps Sacré, inondée de votre Sang rédempteur, enrichie de votre Sainte Âme, submergée de votre divinité, je n’aime, je ne désire, je ne veuille, je ne goûte que vous. Que mon cœur et que tout mon être soupirent et ne tendent que vers vous, que je sois toute vôtre et toute occupée de vous seul, que je demeure perpétuellement avec vous, en vous, unie à vous pour être consommée tout entière dans la fournaise ardente de votre divin Cœur, filialement unie au Cœur de ma Maman chérie par qui je veux vous glorifier, vous louer, vous servir, vous obéir à jamais« .

  Sainte Thérèse Couderc a puisé dans le sacrifice eucharistique le secret de sa sainteté. Dieu l’a inspirée pour lui faire comprendre en quoi résidait la perfection : « Se livrer c’est plus que se dévouer, que se donner, c’est même quelque chose de plus que s’abandonner à Dieu. Se livrer enfin c’est mourir à tout et à soi-même ; ne plus s’occuper du moi que pour le tenir toujours tourné vers Dieu« .

  Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus a très certainement compris aussi par son intense participation au Sacrifice eucharistique ce qu’était le désir profond de Jésus : « Aimer c’est tout donner et se donner soi-même ! »

  Dans l’Eucharistie, en effet, Jésus est continuellement en acte de don d’Amour et Il nous entraîne à nous donner dans l’Amour. L’Eucharistie nous permet de mieux comprendre enfin que toute la vie de Jésus est une vie de don sacrificiel par Amour de son Père et par Amour de nos âmes : se donner c’est vraiment le besoin de son Amour !

 

VI – L’Eucharistie, source de la joie chrétienne et de l’amour

  Benoît XVI, le 18 mars 2007, disait : « Mais où se trouve la source de la joie chrétienne sinon dans l’Eucharistie, que le Christ nous a laissée comme Nourriture spirituelle, tandis que nous sommes des pèlerins sur cette terre ? L’Eucharistie nourrit chez les croyants de toutes les époques cette allégresse profonde, qui fait un avec l’amour et avec la paix, et qui a son origine dans la communion avec Dieu et avec les frères.

L’Exhortation apostolique post-synodale Sacramentum Caritatis de Benoît XVI a pour thème l’Eucharistie, source et sommet de la vie et de la mission de l’Eglise. « Je l’ai élaborée, confiait ce Pape, en recueillant les fruits de la XIe assemblée générale du synode des évêques, qui s’est déroulée au Vatican en octobre 2005. Je compte revenir sur ce texte important, mais je voudrais dès maintenant souligner qu’il est l’expression de la foi de l’Eglise universelle dans le Mystère eucharistique, et qu’il se situe dans la continuité du concile Vatican II, et du magistère de mes vénérés prédécesseurs Paul VI et Jean-Paul II. Dans ce document, j’ai voulu mettre en lumière son lien avec l’encyclique Deus Caritas Est : voilà pourquoi j’ai choisi pour titre Sacramentum caritatis, en reprenant une belle définition de l’Eucharistie de saint Thomas d’Aquin ‘Sacrement de la charité’. Oui, dans l’Eucharistie, le Christ a voulu nous donner son amour, qui l’a poussé à offrir sa vie pour nous sur la croix. Lors de la dernière Cène, en lavant les pieds de ses disciples, Jésus nous a laissé le commandement de l’amour : ‘Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres’. Mais puisque ce n’est possible qu’en demeurant en lui, comme les sarments sur le cep, lui-même a choisi de rester parmi nous dans l’Eucharistie afin que nous puissions demeurer en lui. Et donc, lorsque nous nous nourrissons avec foi de son Corps et de son Sang, son amour passe en nous, et nous rend capables à notre tour de donner notre vie pour nos frères. C’est de là que jaillit la joie chrétienne, la joie de l’amour ».

  L’Eucharistie est le sacrement de la joie chrétienne, de la joie de l’Amour parce qu’elle est l’action de grâces par excellence. Comment dignement remercier Dieu le Père ? En offrant le sacrifice d’action de grâce qu’est l’Eucharistie ! L’Eucharistie est la source et le sommet de toutes les activités chrétiennes. Par l’Eucharistie, nous pouvons rendre à Dieu le Culte qui Lui est dû en esprit et en vérité ! L’Eucharistie est le sacrifice sacramentel qui rend «présent», «actualise sacramentellement» le Sacrifice de la Croix. L’Eucharistie est le sacrement de la communion par lequel Jésus devient notre nourriture. L’Eucharistie, enfin, est le sacrement de la présence réelle et substantielle de Jésus. Grâce à ce sacrement, je peux rencontrer – chaque jour et plusieurs fois par jour ! – Jésus ressuscité ! Oui, de l’Eucharistie jaillit la joie chrétienne, la joie de l’Amour !

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