Au Ciel, mon unique Patrie…

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En parcourant l’Écriture… Les images du Ciel dans la Bible (1/8)

Introduction

 

Nous voici dans le mois dit « des fins dernières » : en effet, avec le mois de novembre, nous tournons les yeux vers « le Ciel », vers tous les saints, mais aussi vers les âmes du Purgatoire qui attendent nos prières pour hâter leur purification et atteindre enfin ce « Ciel » tant désiré.

Jésus, tout au long de sa prédication, nous parle de ce Royaume, de cette maison où le Père nous attend, où le festin de noces est préparé pour nous… Dans cette prochaine série, nous voudrions nous attarder un peu sur différentes expressions de l’Ecriture qui nous sont données comme image de cette réalité : la vie auprès de Dieu, en Dieu, la vie éternelle.

Nous étudierons donc successivement les expressions suivantes :

  • Le Paradis
  • Le Ciel
  • Le Royaume des Cieux / Le Royaume de Dieu / Le Règne de Dieu
  • La Maison du Père
  • La Jérusalem Céleste / La Cité Sainte / La Terre Promise
  • Le Festin des Noces
  • La Vie éternelle / la Vie bienheureuse

pour tâcher de percevoir un peu mieux ce que ces images nous disent de la réalité qu’elles illustrent.

Le Catéchisme de l’Eglise Catholique nous dit « Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, et qui sont parfaitement purifiées, vivent pour toujours avec le Christ. Ils sont pour toujours semblables à Dieu, parce qu’ils le voient  » tel qu’il est  » (1 Jn 3, 2), face à face (cf. 1 Co 13, 12 ; Ap 22, 4) :

 

De notre autorité apostolique nous définissons que, d’après la disposition générale de Dieu, les âmes de tous les saints (…) et de tous les autres fidèles morts après avoir reçu le saint Baptême du Christ, en qui il n’y a rien eu à purifier lorsqu’ils sont morts, (…) ou encore, s’il y a eu ou qu’il y a quelque chose à purifier, lorsque, après leur mort, elles auront achevé de le faire, (…) avant même la résurrection dans leur corps et le Jugement général, et cela depuis l’Ascension du Seigneur et Sauveur Jésus-Christ au ciel, ont été, sont et seront au ciel, au Royaume des cieux et au Paradis céleste avec le Christ, admis dans la société des saints anges. Depuis la passion et la mort de notre Seigneur Jésus-Christ, elles ont vu et voient l’essence divine d’une vision intuitive et même face à face, sans la médiation d’aucune créature (Benoît XII : DS 1000 ; cf. LG 49). [1]»

 

La réalité du « Ciel » est donc une vérité de foi, que le Pape Paul VI a rappelée en 1968 dans son Credo du Peuple de Dieu en ces termes :

« Nous croyons à la vie éternelle. Nous croyons que les âmes de tous ceux qui meurent dans la grâce du Christ, soit qu’elles aient encore à être purifiées au purgatoire, soit que dès l’instant où elles quittent leur corps, Jésus les prenne au paradis comme il a fait pour le bon larron, sont le peuple de Dieu dans l’au-delà de la mort, laquelle sera définitivement vaincue le jour de la résurrection où ces âmes seront réunies à leur corps.

 

Nous croyons que la multitude de celles qui sont rassemblées autour de Jésus et de Marie au paradis forme l’Église du ciel, où dans l’éternelle béatitude elles voient Dieu tel qu’il est et où elles sont aussi, à des degrés divers, associées avec les saints anges au gouvernement divin exercé par le Christ en gloire, en intercédant pour nous et en aidant notre faiblesse par leur sollicitude fraternelle. [2]»

C’est la certitude d’être attendu par Dieu et créé par Lui en vue du Ciel qui est la source de notre espérance.

Pour autant, cette réalité nous reste inconnue et parce qu’inconnue, nous pouvons en avoir une vision erronée et même en avoir peur : « Alors se fait jour la question suivante : voulons-nous vraiment cela – vivre éternellement ? – dit Benoît XVI dans son encyclique Spe Salvi Peut-être aujourd’hui de nombreuses personnes refusent-elles la foi simplement parce que la vie éternelle ne leur semble pas quelque chose de désirable. Ils ne veulent nullement la vie éternelle, mais la vie présente, et la foi en la vie éternelle semble, dans ce but, plutôt un obstacle. Continuer à vivre éternellement – sans fin – apparaît plus comme une condamnation que comme un don. Bien sûr, on voudrait renvoyer la mort le plus loin possible. Mais vivre toujours, sans fin – en définitive, cela peut être seulement ennuyeux et en fin de compte insupportable.[3] »

Notre Père fondateur désirait beaucoup que nous vivions déjà en union avec le Ciel et en aspirant au Ciel : il prêchait sur ce thème avec enthousiasme afin de susciter chez ses paroissiens ce grand désir du Ciel. A sa suite, nous voulons donc essayer de mieux comprendre en quoi consiste cette place que Jésus est parti nous préparer (cf. Jn 14,2) pour mieux nous préparer et désirer l’y rejoindre !

En attendant, peut-être qu’un petit aperçu du Ciel donné par Saint Dominique Savio à Saint Jean Bosco au cours d’un songe pourrait nous y aider ?!

Nous résumons ici le récit de Don Bosco concernant le songe du 6 décembre 1876, tout en laissant tout de même la parole à Don Bosco lui-même.[4]

« Il me semblait être sur une petite hauteur, à proximité d’une immense plaine vaste comme l’océan. Cette plaine était bleue comme une mer parfaitement calme. Elle était divisée par de larges et gigantesques boulevards en vastes jardins où l’on voyait des parterres de fleurs aux couleurs variées et des bosquets de toutes sortes. Tout cela était d’une beauté ineffable, vraiment céleste… Les feuilles des arbres étaient d’or, le tronc et les branches de diamant. Je voyais des palais sans nombre disséminés à travers ces jardins, mais si bien alignés et si beaux que je me disais :

« Si nos jeunes gens avaient un seul de ces palais, comme ils seraient heureux de l’habiter ! »

Et je pensais à la beauté intérieure de ces palais qui devait être beaucoup plus grande encore. Tandis que j’admirais ces magnificences, j’entendis tout à coup une musique d’une harmonie incomparable. Il y avait des milliers d’instruments qui, tous, donnaient un son différent l’un de l’autre. Une multitude de personnes se tenaient dans ces jardins. Les unes jouaient d’un instrument, les autres chantaient ; et l’on entendait simultanément tous les sons de la gamme musicale du plus bas au plus élevé dans un accord parfait. Ils chantaient :

« Salut, honneur, gloire à Dieu le Père tout-puissant. Auteur du monde, qui était, qui est, et qui viendra juger les vivants et les morts dans les siècles des siècles. »

J’écoutais extasié, lorsque je vis venir à moi une foule innombrable de jeunes gens, de prêtres et d’abbés. J’en reconnus beaucoup qui avaient fréquenté l’Oratoire et d’autres collèges, mais le plus grand nombre m’étaient complètement inconnus. À leur tête s’avançait Dominique Savio. Je battais des mains pour m’assurer si je rêvais ou si j’étais éveillé. Cette foule s’arrêta à huit ou dix pas de moi. Alors je vis briller un éclair, la musique cessa, et un grand silence se fit. Tous ces jeunes gens paraissaient remplis d’une joie extrême qui brillait dans leurs yeux et sur leurs visages. Dominique s’avança seul de quelques pas. J’aurais pu le toucher de la main. Il se taisait et me regardait en souriant. Qu’il était beau ! Rien de merveilleux comme ses vêtements. Une tunique plus blanche que la neige et toute parsemée de diamants lui descendait jusqu’aux pieds. Autour des reins une large ceinture rouge ornée de perles ; au cou, un collier de fleurs exotiques brillant d’un éclat merveilleux dont la lumière se reflétait sur son visage frais et vermeil. Sur la tête une couronne de roses. Sa chevelure ondoyante descendait sur ses épaules et lui donnait un aspect si beau, si aimable, si attrayant qu’il ressemblait vraiment à un ange. Ses compagnons, tout resplendissants de lumière, portaient des costumes différents, mais tous superbes ; tous avaient la ceinture de pourpre. Hors de moi et tremblant, je continuais à regarder, ne sachant pas où je me trouvais. Enfin Dominique rompit le silence :

 

« Eh quoi, me dit-il, n’êtes-vous donc plus cet homme intrépide qui ne craignait ni la calomnie ni la persécution ? Pourquoi me paraissez-vous troublé et ne me parlez-vous pas ?

– Je ne sais vraiment quoi te dire. Tu es donc bien Dominique Savio ? Comment te trouves-tu ici ? »

Et Dominique Savio me répondit d’un ton affectueux : 

« Je suis venu vous parler. Nous nous sommes parlé tant de fois sur la terre !… Ne vous ai-je pas donné toute ma confiance ? Pourquoi donc avez-vous peur ?

– Je suis tout effrayé, lui dis-je, parce que je ne sais pas où je me trouve.

– Vous êtes dans le séjour de la béatitude.

– C’est donc ici que Dieu récompense les justes ?

– Ici nous ne goûtons pas les biens éternels mais seulement des biens temporels. Ce n’est pas le Paradis. Aucun œil mortel ne peut voir l’éternelle Beauté. Et cette lumière extraordinaire n’est qu’une lumière naturelle multipliée par la puissance de Dieu… Le moindre rayon de lumière surnaturelle suffirait pour faire mourir un homme à l’instant.

– Et ne pourrait-on pas voir une lumière naturelle encore plus belle que celle-ci ?

– Si, évidemment. Regardez. » 

Alors apparut subitement dans le lointain un petit rayon de lumière tellement vive que je fermai les yeux et lançai un grand cri. Cette lumière était cent millions de fois plus éclatante que celle du soleil et son éclat suffisait pour éclairer tout l’univers. Après quelques instants, je rouvris les yeux et je dis à Savio :

« Qu’est-ce que cette lumière ? N’est-ce pas la lumière divine ?

– Non, c’est une lumière naturelle multipliée par la puissance de Dieu, mais, quand bien même un cercle immense de cette lumière envelopperait le monde, elle ne donnerait pas encore une idée de la splendeur du Paradis.

– Mais quel est donc votre bonheur en Paradis ?

– Vous le dire est impossible. Il faut avoir quitté la vie pour le savoir. Nous jouissons de Dieu, c’est tout dire. »

Alors, pleinement revenu à moi-même, je contemplai avec admiration la beauté de Dominique Savio et de ses compagnons. Je lui dis :

« Pourquoi as-tu une robe si blanche et si brillante ? »

Le chœur répondit, accompagné de tous les instruments : « Ils ceignirent leurs reins et blanchirent leur robe dans le sang de l’Agneau.

– Pourquoi portes-tu autour des reins cette ceinture de pourpre ? »

Don Alassonati, prêtre ayant secondé Don Bosco, se mit à chanter : « Ils sont vierges et accompagnent l’Agneau partout où il va. »

Je compris que cette ceinture était le symbole des sacrifices que Dominique avait faits pour garder la chasteté, sacrifices si grands qu’on peut les comparer au martyre. Cependant, voyant la foule de jeunes gens derrière Dominique :

« Et ceux-ci, demandai-je, qui sont-ils ? »

Ils se mirent tous à chanter : « Ils sont comme les anges de Dieu dans le ciel. »

Or, Savio avait évidemment la prééminence sur tous les autres. Je lui dis :

« Comment se fait-il que toi, le plus jeune de ceux qui moururent dans nos maisons, tu es le premier ? Pourquoi parles-tu tandis qu’ils se taisent ?

– C’est que je suis le plus âgé de tous ceux-ci… Et puis, je m’acquitte d’une ambassade de la part de Dieu.

– Eh bien ! dis-je résolument, parle-moi du passé, du présent et de l’avenir de notre Oratoire. Dis-moi quelque chose de mes chers fils, parle-moi de la Congrégation salésienne.

– Sur tous ces points j’aurais beaucoup de choses à vous révéler.

– Dis-moi donc ce que tu sais : parle-moi du passé.

– Dans le passé, la Congrégation a fait beaucoup de bien. Voyez-vous cette foule innombrable de jeunes gens ?… Regardez l’inscription qui se trouve sur la porte de ce jardin : « Jardin Salésien ». Eh bien ! Ceux que vous voyez là sont tous Salésiens ou sauvés grâce aux Salésiens. Comptez-les si vous pouvez. Or, il y en aurait cent millions de fois plus si vous aviez eu plus de foi et de confiance dans le Seigneur. »

Je soupirai profondément en entendant ce reproche, et je me promis d’avoir plus de foi à l’avenir.

« Et le présent » demandai-je.

Savio me montra alors un magnifique bouquet qu’il tenait à la main. Il était fait de violettes, de roses, de tournesols, de gentianes, de lis et d’immortelles avec, çà et là, quelques épis de blé. Il me le présenta en disant :

« Ce bouquet, présentez-le à vos fils ; faites en sorte que tous l’aient et que personne ne le leur enlève. Il fera leur bonheur… Ces fleurs symbolisent les vertus qui plaisent le plus au Seigneur.

– Et quelles sont ces vertus ?

– La rose est le symbole de la charité, la violette de l’humilité, le tournesol de l’obéissance, la gentiane de la pénitence et de la mortification, les épis de blé, de la communion fréquente et les lis, de cette belle vertu dont il est écrit : « Ils seront comme les anges de Dieu dans le ciel » ; enfin l’immortelle signifie que ces vertus doivent durer toujours, elle est le symbole de la persévérance.

– Eh bien ! Mon cher Dominique, toi qui as pratiqué toutes ces vertus, dis-moi ce qui t’a le plus consolé à l’heure de la mort ?

– Et vous, qu’en pensez-vous ? me dit Savio.

– C’est peut-être d’avoir conservé sans tache la vertu de pureté…, ou la paix d’une bonne conscience…, ou l’espérance du Paradis… ou le trésor de tes bonnes œuvres ?

– Non, non. Il y a mieux… Ce fut l’assistance de l’aimable et puissante Mère de Dieu. Et cela, dites-le à vos fils, afin qu’ils ne cessent de la prier jusqu’à la fin de leur vie. »

 

[1] Catéchisme de l’Eglise Catholique n°1023

[2] Cf. à ce sujet, les actes du Forum sur les enjeux du Credo du Peuple de Dieu : https://fmnd.org/media.php?id_media=569

[3] Benoît XVI – Encyclique Spe Salvi (2007) n°10

[4] Extrait copié à partir du site saintmichelarchange.wordpress.com :

https://saintmichelarchange.wordpress.com/2017/03/19/dominique-revient/

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