Au vainqueur, je donnerai de goûter à l’arbre de la vie qui est dans le paradis de Dieu

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En parcourant l’Écriture… Les images du Ciel dans la Bible (2/8)

Le Paradis

Le paradis… Ce mot à peine prononcé, nous voilà de retour au temps de la Genèse, où Dieu crée Adam et Ève, et les place dans le jardin d’Eden. Ce mot évoque pour nous le coin parfait, la paix, la sérénité, la beauté… la plénitude du bonheur !

De fait, le premier sens du mot Paradis, c’est ce lieu de la Genèse, ce jardin dans lequel l’homme tout juste créé – Adam et Ève – vit en harmonie avec toute la création, en présence de Dieu. « Le Seigneur Dieu planta un jardin en Éden, à l’orient, et y plaça l’homme qu’il avait modelé. » (Gn 2,8).

Le mot Paradis vient, par l’intermédiaire des LXX, de l’antique persan « pairi-daéça » qui signifie parc, lieu planté d’arbres. [1] Pris comme image de la vie éternelle, le Paradis évoque donc ce lieu préparé pour nous par Dieu, et dans lequel il nous comble de ses bienfaits : « Le Seigneur Dieu fit pousser du sol toutes sortes d’arbres à l’aspect désirable et aux fruits savoureux ; il y avait aussi l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. » (Gn 2,9).

 

Dans le Catéchisme de l’Eglise Catholique, lorsqu’on parle de l’homme au Paradis, voici ce qui est écrit : « Le premier homme n’a pas seulement été créé bon, mais il a été constitué dans une amitié avec son Créateur et une harmonie avec lui-même et avec la création autour de lui telles qu’elles ne seront dépassées que par la gloire de la nouvelle création dans le Christ. L’Église, en interprétant de manière authentique le symbolisme du langage biblique à la lumière du Nouveau Testament et de la Tradition, enseigne que nos premiers parents Adam et Ève ont été constitué dans un état « de sainteté et de justice originelle » (Cc Trente). Cette grâce de la sainteté originelle était une « participation à la vie divine » (LG 2). Par le rayonnement de cette grâce toutes les dimensions de la vie de l’homme étaient confortées. Tant qu’il demeurait dans l’intimité divine, l’homme ne devait ni mourir (cf. Gn 2, 17 ; 3, 19), ni souffrir (cf. Gn 3, 16). L’harmonie intérieure de la personne humaine, l’harmonie entre l’homme et la femme (cf. Gn 2, 25), enfin l’harmonie entre le premier couple et toute la création constituait l’état appelé  » justice originelle « . Le signe de la familiarité avec Dieu, c’est que Dieu le place dans le jardin (cf. Gn 2, 8). Il y vit  » pour cultiver le sol et le garder  » (Gn 2, 15) : le travail n’est pas une peine (cf. Gn 3, 17-19), mais la collaboration de l’homme et de la femme avec Dieu dans le perfectionnement de la création visible. C’est toute cette harmonie de la justice originelle, prévue pour l’homme par le dessein de Dieu, qui sera perdu par le péché de nos premiers parents.[1] »

Et en effet, après le péché originel, le Paradis est fermé à Adam et Ève qui en sont chassés. Parce qu’ils ont désobéi à Dieu, ils n’ont plus accès à l’arbre de Vie, qui était au centre du jardin.

Mais « Grâce à Dieu, s’il est impossible à l’homme d’entrer au Paradis, il n’est pas interdit à Dieu d’en sortir. Et voilà que l’Arbre de vie lui-même est venu dans nos déserts. Car cet Arbre de vie, vous l’avez compris, n’est autre que le Fils éternel du Père. «Il était la Vie», nous dit saint Jean à propos du Verbe (Jn 1, 4). L’Arbre de vie s’est donc d’abord présenté à nous sous la forme de la Parole qui donne la vie, car «l’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute Parole qui sort de la bouche de Dieu» (Dt 8, 3), puis il a pris la forme de cette mystérieuse sagesse, dont la Bible dit qu’«elle est un arbre de vie pour qui la saisit et qui la tient devient heureux» (Pr 3, 18).

 

Et en ces temps qui sont les derniers, l’Arbre de vie se donne à nous en la personne même de Jésus-Christ : «Je suis le pain vivant descendu du ciel. Qui mangera de ce pain vivra pour toujours…». Manger le pain de vie produit exactement le même effet que manger le fruit de l’arbre de vie: vivre pour toujours. Et de fait, en recevant Jésus, nous devenons participants de sa propre vie qui est vie éternelle. […]

Le fruit de l’arbre de vie, c’est sur la Croix que nous le cueillons. L’arbre de vie a été cloué à l’arbre de mort et, ainsi fécondé par le sang du Christ, le vieil arbre a refleuri. La mort a rendu la vie. Voilà pourquoi, dans l’eucharistie, Jésus se donne à nous certes avec le corps glorieux qui est aujourd’hui le sien au Ciel, mais il se donne sous l’aspect de la chair livrée et du sang versé. Mémorial de sa Passion. Car c’est en nous entraînant dans le mystère de sa Passion que Jésus nous communique sa vie. Il s’agit, comme dit saint Paul, de «le connaître lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort, afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts» (Ph 3, 10-11).

 

Alors, après la nuit de notre Passion, au petit matin de notre Pâque, nous entrerons dans le jardin, ombragé, frais. Là, se consommera le mystère des noces. Dieu en nous et nous en Lui. Là, s’accomplira la promesse du Seigneur : « Au vainqueur, je ferai manger de l’arbre de vie» (Ap 2).[2]»

Le mot « Paradis » ne se trouve que 6 fois dans toute la Bible, et uniquement deux fois dans le nouveau Testament : dans cet extrait de l’Apocalypse que nous venons de citer, et qui est la promesse de Dieu (« Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises. Au vainqueur, je donnerai de goûter à l’arbre de la vie qui est dans le paradis de Dieu. » (Ap 2,7))  et une fois dans l’évangile de Saint Luc, dans la bouche même de Jésus.

C’est la seule fois que Jésus parle de cette réalité. Il s’agit du moment de sa Passion : alors qu’Il est cloué sur la Croix, sont crucifiés avec Lui deux malfaiteurs. Celui que l’on nomme « le bon larron » fait cette demande à Jésus : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » (Lc 23,42). C’est alors que Jésus lui déclare : « « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » (Lc 23,43)

Or, pour le moment, le « Paradis » en tant que tel n’est pas ouvert : il ne le sera qu’après l’Ascension de Jésus. Cependant, cela nous éclaire sur ce qu’est le Paradis : le bon larron suivra Jésus ; le Paradis, c’est donc être avec Jésus. C’est le Paradis que Jésus demande pour nous à son Père lorsqu’Il dit : « Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi » (Jn 17,24).

Le Pape François, commentant cet évangile de St Luc disait : « ‘Paradis’ est l’un des derniers mots prononcés par Jésus sur la croix, adressé au bon larron. Arrêtons-nous un instant sur cette scène. Sur la croix, Jésus n’est pas seul. […] C’est là, sur le Calvaire, que Jésus a le dernier rendez-vous avec un pécheur, pour lui ouvrir à lui aussi toutes grandes les portes de son Royaume. Cela est intéressant : c’est la seule fois que le mot «paradis» apparaît dans les Évangiles. Jésus le promet à un «pauvre diable» qui sur le bois de la croix, a eu le courage de lui adresser la plus humble des requêtes : «Souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume» (Lc 23, 42). Il n’avait pas d’œuvres de bien à faire valoir, il n’avait rien, mais il se confiait à Jésus, qu’il reconnaît comme innocent, bon, si différent de lui (v. 41). Ce mot d’humble repentir a suffi pour toucher le cœur de Jésus. […]

Le paradis n’est pas un lieu de conte de fée, ni un jardin enchanté. Le paradis est le baiser de Dieu, Amour infini, et nous y entrons grâce à Jésus, qui est mort en croix pour nous. […]

Si nous croyons cela, la mort cesse de nous faire peur, et nous pouvons également espérer quitter ce monde sereinement, avec une grande confiance. Qui a connu Jésus ne craint plus rien. Et nous pourrons répéter nous aussi les paroles du vieux Syméon, lui aussi béni par la rencontre avec le Christ, après toute une vie passée dans l’attente: «Maintenant, Souverain Maître, tu peux, selon ta parole, laisser ton serviteur s’en aller en paix; car mes yeux ont vu ton salut» (Lc 2, 29-30). [3]»

Et nous pouvons ajouter avec Benoît XVI : « Il y a la foi du bon larron : une foi à peine esquissée, mais suffisante pour lui assurer le salut : «Aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis». Cet «avec moi» est décisif. Oui, c’est cela qui le sauve. Certes, le bon larron est sur la croix comme Jésus, mais surtout, il est sur la croix avec Jésus. Et, à la différence de l’autre malfaiteur, et de tous les autres qui le raillent, il ne demande pas à Jésus de descendre de la croix, ni de le faire descendre. Il dit au contraire : «Souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume». Il le voit sur la croix, défiguré, méconnaissable, et pourtant, il se confie à Lui comme à un roi, plus encore, comme au Roi. Le bon larron croit à ce qui est écrit sur cette inscription au dessus de la tête de Jésus : «le roi des juifs » ; il y croit, et se confie. C’est pour cela qu’il est déjà, immédiatement, dans l’«aujourd’hui» de Dieu, au paradis, car le paradis c’est cela : être avec Jésus, être avec Dieu. [4]»

Dorénavant, le Paradis n’est plus un « lieu » en tant que tel, mais plutôt un « état » : c’est une Vie pleinement unie à la Vie de Dieu, c’est une Vie en Dieu. Seul l’Esprit-Saint est capable de nous préparer pour le Paradis : « Par communion avec lui, l’Esprit Saint rend spirituels, rétablit au Paradis, ramène au Royaume des cieux et à l’adoption filiale, donne la confiance d’appeler Dieu Père et de participer à la grâce du Christ, d’être appelé enfant de lumière et d’avoir part à la gloire éternelle. (St Basile) [5]»

C’est pourquoi il est illusoire de rechercher un Paradis sur terre (bien sûr, on y trouvera des ‘Paradis artificiels’ ou encore des ‘Paradis fiscaux‘… mais nous sommes bien loin ici du Paradis que nous recherchons !), et ceux qui nous le promettent sont des menteurs (cf. à ce sujet notre session Jeunes de Toussaint sur le transhumanisme par exemple, avec la promesse de l’immortalité acquise grâce à la technique… ou l’homélie de Benoît XVI lors de la Vigile pascale de 2010). « [Saint] Bernard dit explicitement que pas même le monastère ne peut rétablir le Paradis ; il soutient cependant qu’il doit, étant comme lieu de défrichage pratique et spirituel, préparer le nouveau Paradis.[6] »

Et ce nouveau Paradis est le but de notre vie : Jean-Paul II le rappelait avec force à des jeunes en 1979 : « Je désire vous dire que nous sommes attendus au Paradis par l’Éternel Amour ! Nous devons penser au Paradis ! La carte de notre vie chrétienne, jouons-la en pointant sur le Paradis ! Cette certitude et cette attente ne nous détournent pas de nos engagements terrestres ; au contraire, elles les purifient et les intensifient, comme en témoigne la vie de tous les Saints. 

Notre vie est une marche vers le Paradis où nous serons aimés et aimerons pour toujours et de manière totale et parfaite. On naît uniquement pour aller au Paradis.

La pensée du Paradis doit vous rendre forts contre les tentations, décidés dans votre formation religieuse et morale, prudents dans le milieu où vous devez vivre, assurés que si vous restez unis au Christ vous triompherez de toutes les difficultés. [7]»

Et sur ce chemin du Paradis, nous avons un guide : c’est la Vierge Marie : « Marie est arrivée au Paradis et telle est notre destination : nous pouvons tous arriver au Paradis. La question est de savoir comment. Marie y est arrivée ; Elle est — nous dit l’Évangile — «Celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur» (Lc 1, 45). Marie a donc cru, elle s’est fiée à Dieu, elle est entrée de sa pleine volonté dans la volonté du Seigneur et ainsi, elle était véritablement sur le chemin tout droit, sur le chemin vers le Paradis. Croire, se confier au Seigneur, entrer dans sa volonté : tel est l’objectif essentiel. [8]»

 

[1] cf. Fillion – La Sainte Bible commentée d’après la Vulgate – Tome I – Notes sur Gn 2,8

[1] Catéchisme de l’Eglise Catholique – n°374-379

[2] Fr. Serge-Thomas Bonino (op) – Homélie du 16 août 2009 (cf. http://toulouse.dominicains.com/homelie/le-christ-arbre-de-vie/)

[3] Pape François, audience générale du 25 octobre 2017

[4] Benoît XVI – Homélie de la concélébration eucharistique avec les nouveaux cardinaux, 21 novembre 2010

[5] Cf. Catéchisme de l’Eglise Catholique – n°736

[6] Benoît XVI – Encyclique Spe salvi (2007) – n°15

[7] Jean-Paul II – Discours aux jeunes de la paroisse romaine de San Basilio, 11 mars 1979

[8] Benoît XVI – Audience générale du 17 août 2011

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