Dieu nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus.

Classé dans : En parcourant l'Ecriture, Formation | 0

En parcourant l’Écriture… Les images du Ciel dans la Bible (3/8)

Le Ciel

 « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre » (Gn 1,1). C’est par ces mots que commence la Bible. Par le commencement. Le Ciel est là, dès le commencement.

Dans sa Sainte Bible commentée, le Père Fillion note : « ‘caelum et terram’, c’est-à-dire l’univers entier qui, envisagé du point de vue de l’homme, se décompose en effet en deux groupes d’êtres créés : le ciel au dessus de nous, la terre sous nos pieds.[1] ». L’expression « le ciel et la terre » signifie donc en premier lieu la totalité de la création, et nous la retrouvons de nombreuses fois dans la Bible, avec par exemple le titre donné à Dieu comme « Seigneur du ciel et de la terre ». Comme pour « le Paradis », le mot « Ciel » fait donc d’abord référence à un lieu physique, qui devient ensuite « lieu spirituel », symbole de l’infini de Dieu, de sa transcendance.

Le Catéchisme de l’Eglise Catholique dit en effet : « ‘Le ciel’ ou ‘les cieux’ peut désigner le firmament (cf. Ps 19, 2), mais aussi le « lieu » propre de Dieu : ‘notre Père aux cieux’ (Mt 5, 16 ; cf. Ps 115, 16) et, par conséquent, aussi le ‘ciel’ qui est la gloire eschatologique. Enfin, le mot ‘ciel’ indique le « lieu » des créatures spirituelles – les anges – qui entourent Dieu. [2]»

Origène, dans ses Homélies sur la Genèse, fait la distinction entre le Ciel, qui est spirituel, et le firmament qui est le ciel corporel. Et il en tire ensuite des leçons pour notre vie chrétienne. Voici ce qu’il dit : «  » Et Dieu dit : Qu’il y ait un firmament entre les eaux et qu’il sépare les eaux d’avec les eaux. Et il en fut ainsi. Et Dieu fit le firmament. » Comme auparavant le ciel, Dieu fait maintenant le firmament. Il fit d’abord le ciel, dont il est dit : « Le ciel est mon trône « , et ensuite, le firmament, c’est-à-dire le ciel corporel. Un corps présente évidemment de la fermeté et de la résistance, c’est ce qui explique que le firmament « sépara l’eau qui est au-dessus du ciel de celle qui est au dessous. »

Comme tout ce que Dieu allait faire était constitué d’esprit et de corps, il est dit que le ciel, c’est-à-dire la substance spirituelle, où Dieu repose en quelque façon comme « sur un trône », fut fait « dans le commencement » et « avant toutes choses ». Quant au firmament, c’est un ciel corporel. [Par analogie] Le premier ciel, que nous avons qualifié de spirituel, c’est notre esprit (mens nostra) qui est essentiellement spirituel (spiritus est), autrement dit c’est notre homme spirituel qui voit et contemple Dieu, et le ciel corporel ou firmament, c’est notre homme extérieur, celui qui voit avec les yeux du corps.

Et de même que le ciel a été appelé firmament parce qu’il sépare les eaux qui sont au-dessus de lui de celles qui sont au-dessous, ainsi l’homme, établi dans un corps, s’il peut réaliser une séparation entre  » les eaux supérieures qui sont au-dessus du firmament et celles qui sont au-dessous « , sera lui aussi appelé Ciel ou « homme céleste », selon la parole de l’Apôtre Paul : « Notre demeure est dans le ciel. » Voilà ce que contiennent ces paroles de l’Ecriture :  » Et Dieu fit le firmament, et il sépara les eaux qui sont sous le firmament de celles qui sont au-dessus. Et Dieu appela le firmament Ciel. Et Dieu vit que cela était bon, et il y eut un soir, et il y eut un matin, ce fut le second jour. »

Que chacun de vous prenne donc à cœur la tâche de séparer « l’eau qui est en haut de celle qui est en bas », afin de comprendre et de s’assimiler cette eau spirituelle « qui est au-dessus du firmament » pour tirer de « son sein des fleuves d’eau vive » « jaillissant jusqu’à la vie éternelle », loin, bien loin de l’eau d’en-bas, c’est-à-dire « de l’eau de l’abîme » où l’Ecriture place les ténèbres et où habitent « le prince de ce monde » et le « dragon » ennemi « avec ses anges », comme il a été dit plus haut.[3]».

L’immensité du ciel fait également référence à la transcendance de Dieu : si Dieu n’était pas venu Lui-même à notre rencontre, Il nous serait totalement inaccessible : « Qui est monté au ciel et en est descendu ? Qui a retenu le vent au creux de sa main ? Qui a serré les eaux dans son manteau ? Qui a fixé toutes les limites de la terre ? Quel est son nom ? Quel est le nom de son fils ? Sans doute, tu le sais ! » dit le Livre des Proverbes ! (Pr 30,4).

C’est ainsi que le mot Ciel caractérise enfin la Vie en Dieu, le lieu de la rencontre avec Dieu. Tout comme la Croix peut être considérée comme le nouvel arbre de Vie du Paradis, elle est aussi l’échelle qui nous permet d’accéder à nouveau au Ciel. « L’évangéliste nous dit que le ciel s’ouvrit au-dessus du Seigneur en prière. Jésus entre en contact avec le Père, le ciel est ouvert au-dessus de Lui. […] Le ciel s’ouvre au-dessus de nous dans le Sacrement. Plus nous vivons en contact avec Jésus dans la réalité de notre Baptême, plus le ciel s’ouvre au-dessus de nous. [4]» disait Benoît XVI.

Le Pape François exprimait également cela lorsqu’il disait « Nous ne savons pas bien comment dire ce qu’est ‘le ciel’. Peut-être pensons-nous très souvent à un ciel abstrait, un ciel lointain, un ciel où, en effet, ‘on est bien là-bas’ […]. Le ciel est la rencontre avec Jésus et nous préparons cette rencontre par les rencontres que nous faisons sur le chemin de la vie avec le Seigneur.[5] »

Le Ciel est-il si loin de notre terre ? Nous est-il accessible dès maintenant ou devons-nous attendre notre mort pour espérer l’atteindre ? Quand nous demandons dans le Notre-Père « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au Ciel », Benoît XVI dit que « la caractéristique même du ‘ciel’ est que la Volonté de Dieu y est faite indéfectiblement ou, en d’autres mots : là où la Volonté de Dieu est faite, là est le ciel. L’essence du ciel est d’être une seule chose avec la volonté de Dieu, l’union entre volonté et vérité. La terre devient ‘ciel’ seulement si et dans la mesure où la volonté de Dieu y est faite, tandis qu’elle n’est que ‘terre’, pôle opposé au ciel, si et dans la mesure où elle se soustrait à la volonté de Dieu. [6]»

En conclusion et pour reprendre ce que nous avons dit, Jean-Paul II, dans l’une de ses audiences, s’est justement attaché à décrypter pour nous la signification biblique du mot « ciel » ; écoutons-le donc parler : « Comme l’enseigne le Catéchisme de l’Eglise catholique, «cette vie parfaite avec la Très Sainte Trinité, cette communion de vie et d’amour avec Elle, avec la Vierge Marie, les anges et tous les bienheureux est appelée « le ciel ». Le ciel est la fin ultime et la réalisation des aspirations les plus profondes de l’homme, l’état de bonheur suprême et définitif» (n. 1024).  

Nous voulons aujourd’hui chercher à saisir le sens biblique du «ciel» pour pouvoir mieux comprendre la réalité à laquelle cette expression fait référence.

Dans le langage biblique le «ciel», lorsqu’il est uni à la «terre», indique une partie de l’univers. A propos de la création, l’Ecriture dit : «Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre» (Gn 1, 1).

Sur le plan métaphorique le ciel est entendu comme la demeure de Dieu, qui se distingue en cela des hommes (cf. Ps 104, 2sq; 115, 16; Is 66, 1). Du haut des cieux Il voit et juge (cf. Ps 113, 4-9), et Il descend lorsqu’on l’invoque (cf. Ps 18, 7.10; 144, 5). Toutefois, la métaphore biblique fait bien comprendre que Dieu ne s’identifie pas avec le ciel et ne peut pas être contenu dans le ciel (cf. 1 R 8, 27); et cela est vrai, bien que dans certains passages du premier livre des Maccabées «le Ciel» est tout simplement un nom de Dieu (1 M 3, 18.19.50.60; 4, 24.55).

A la représentation du ciel en tant que demeure transcendante du Dieu vivant, s’ajoute celle de lieux auquel les croyants peuvent aussi accéder par la grâce, comme il apparaît dans l’Ancien Testament lors de l’épisode d’Enoch (cf. Gn 5, 24) et d’Elie (cf. 2 R 2, 11). Le ciel devient ainsi la figure de la vie en Dieu. Dans ce sens, Jésus parle de «récompense dans les cieux» (Mt 5, 12) et exhorte à «amasser des trésors dans le ciel» (ibid., 6, 20; cf. 19, 21).

Le Nouveau Testament approfondit l’idée du ciel également en relation avec le mystère du Christ. Pour indiquer que le sacrifice du Rédempteur assume une valeur parfaite et définitive, la Lettre aux Hébreux affirme que Jésus «a traversé les cieux» (He 4, 14) et «ce n’est pas, en effet, dans un sanctuaire fait de main d’homme, dans une image de l’authentique, que le Christ est entré, mais dans le ciel lui-même» (ibid., 9, 24). Ensuite, dans la mesure où les croyants sont aimés de façon particulière par le Père, ils sont ressuscités avec le Christ et sont rendus citoyens du ciel. Cela vaut la peine d’écouter ce que nous communique l’Apôtre Paul à ce propos, dans un texte d’une grande intensité : «Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés, alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ – c’est par grâce que vous êtes sauvés ! -, avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus. Il a voulu par là démontrer dans les siècles à venir l’extraordinaire richesse de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus » (Ep 2, 4-7). La paternité de Dieu, riche de miséricorde, est éprouvée par les créatures à travers l’amour du Fils de Dieu crucifié et ressuscité, qui en tant que Seigneur siège dans les cieux à la droite du Père.

La participation à la complète intimité avec le Père, après le parcours de notre vie terrestre, passe donc à travers l’insertion dans le mystère pascal du Christ. Saint Paul souligne avec une vive imagination spatiale ce cheminement vers le Christ dans les cieux à la fin des temps : «Après quoi nous, les vivants, nous qui serons encore là, nous serons réunis à eux [les morts ressuscités] et emportés sur des nuées pour rencontrer le Seigneur dans les airs. Ainsi nous serons avec le Seigneur pour toujours. Réconfortez-vous donc les uns les autres de ces pensées» (1 Th 4, 17-18).

Dans le cadre de la Révélation, nous savons que le «ciel» ou la «béatitude» dans laquelle nous nous trouverons n’est pas une abstraction, ni un lieu physique parmi les nuages, mais une relation vivante et personnelle avec la Sainte Trinité. C’est la rencontre avec le Père qui se réalise dans le Christ Ressuscité grâce à la communion de l’Esprit Saint.

Il faut toujours conserver une certaine sobriété dans la description de ces «réalités ultimes», car leur représentation reste toujours inadaptée. Aujourd’hui, le langage personnaliste réussit à décrire de façon moins impropre la situation de bonheur et de paix dans laquelle nous établira la communion définitive avec Dieu.

Le Catéchisme de l’Eglise catholique résume l’enseignement ecclésial à propos de cette vérité en affirmant que «par sa mort et sa résurrection Jésus-Christ nous a « ouvert » le ciel. La vie des bienheureux consiste dans la possession en plénitude des fruits de la rédemption opérée par le Christ qui associe à sa glorification céleste ceux qui ont cru en Lui et qui sont demeurés fidèles à sa volonté. Le ciel est la communauté bienheureuse de tous ceux qui sont parfaitement incorporés à Lui» (n. 1026).

Cette situation finale peut toutefois être anticipée d’une certaine façon aujourd’hui, tant dans la vie sacramentelle, dont l’Eucharistie est le centre, que dans le don de soi à travers la charité fraternelle. Si nous sommes capables de jouir de façon ordonnée des biens que le Seigneur nous dispense chaque jour, nous éprouverons déjà cette joie et cette paix dont nous jouirons un jour pleinement. Nous savons qu’au cours de cette phase terrestre tout est placé sous le signe de la limite, toutefois la pensée des réalités «ultimes» nous aide à bien vivre les réalités «pénultièmes». Nous sommes conscients que, alors que nous nous acheminons dans ce monde, nous sommes appelés à rechercher «les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu» (Col 3, 1), pour être avec lui dans l’accomplissement eschatologique, lorsque dans l’Esprit il réconciliera complètement avec le Père «les êtres […] aussi bien sur la terre que dans les cieux» (Col 1, 20). [7]

[1] Père L. – Cl. Fillion – La Sainte Bible commentée d’après la Vulgate, 9e édition – Tome I – Notes sur Gn 1,1 (p.20)

[2] Catéchisme de l’Eglise Catholique – n°326

[3] Origène – Homélies sur la Genèse – 1ère homélie : la Création

[4] Benoît XVI – Homélie de la fête du Baptême du Seigneur, 7 janvier 2007

[5] Pape François – Homélie du 27 avril 2018

[6] Benoît XVI – Jésus de Nazareth, Tome I (du baptême du Seigneur à la Transfiguration) – Chap. 5 : la prière du Seigneur, p.171 (éditions Flammarion).

[7] Jean-Paul II – Audience générale du 21 juillet 1999

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *