Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche !

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En parcourant l’Écriture… Les images du Ciel dans la Bible (4/8)

Le Royaume des Cieux – le Royaume de Dieu – le Règne de Dieu

« La royauté n’échappera point à Juda, ni le commandement à sa descendance, jusqu’à ce que vienne celui à qui le pouvoir appartient, à qui les peuples obéiront. » (Gn 49,10) avons-nous lu ce matin aux Laudes !

L’attente du « Royaume » qu’instaurera le Messie-Roi est très présent dès l’Ancien Testament. C’est l’attente d’un Messie fils du roi David, qui instaurera un règne de paix et d’amour, en même temps que la proclamation de la royauté absolue de Dieu sur tout l’Univers. Nous le retrouvons dans les psaumes dits « d’intronisation » qui proclament la royauté de Dieu (cf. Ps. 47, 93, 96 etc.) mais aussi chez les prophètes où s’esquisse une espérance pour l’avenir, dans la figure du « Fils d’homme » (Dn 7), qui devra faire advenir la seigneurie[1], qui établira un règne de paix éternelle : « Oui, un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! Sur son épaule est le signe du pouvoir ; son nom est proclamé : « Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix ». Et le pouvoir s’étendra, et la paix sera sans fin pour le trône de David et pour son règne qu’il établira, qu’il affermira sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours.» (Is 9, 5-6) proclame le prophète Isaïe !

Voici donc la 3ème manière d’exprimer la réalité du « Ciel », avec les 3 expressions « Royaume des Cieux », « Royaume de Dieu » ou « Règne de Dieu » qui sont très proches l’une de l’autre. Ces expressions sont au cœur des évangiles : le message central de Jésus, c’est justement que « le Royaume est proche » (cf. par exemple Mt 4,17 ou Mc 1, 14-15).

L’Évangile selon St Matthieu pourrait être appelé « l’Évangile du Royaume ». En effet, sur le plan doctrinal, son idée centrale est celle du Royaume (on retrouve l’expression 14 fois chez St Marc, 39 fois chez St Luc et 51 fois chez St Matthieu !). Alors que les autres évangiles parlent plutôt du « Royaume de Dieu », St Matthieu parle presque toujours du « Royaume des Cieux ». Il s’agit sans doute de l’expression que Jésus utilisait d’ordinaire, car à cette époque les juifs ne prononçaient pas le Nom de Dieu par respect, mais utilisaient des termes équivalents tels que « les Cieux » (cf. article précédent !). Et on sait que St Matthieu a écrit son Évangile principalement pour les chrétiens d’origine juive. Les deux expressions Royaume des Cieux et Royaume de Dieu sont donc équivalentes.

Les mots Royaume et Règne sont issus de la traduction du même mot grec « basileia ». Dans le Catéchisme de l’Eglise Catholique, il est dit : « Dans le Nouveau Testament, le même mot Basileia peut se traduire par royauté (nom abstrait, qualité du régnant), royaume (nom concret, résultat de la royauté = là où Dieu règne) ou règne (nom d’action, action de régner). Le Royaume de Dieu est avant nous. Il s’est approché dans le Verbe incarné, il est annoncé à travers tout l’Evangile, il est venu dans la mort et la Résurrection du Christ. Le Royaume de Dieu vient dès la sainte Cène et dans l’Eucharistie, il est au milieu de nous. Le Royaume viendra dans la gloire lorsque le Christ le remettra à son Père : ‘Il se peut même que le Règne de Dieu signifie le Christ en personne, lui que nous appelons de nos vœux tous les jours, et dont nous voulons hâter l’avènement par notre attente. […]’ (S. Cyprien). [2]».

Royaume de Dieu = Royaume des Cieux et Royaume de Satan = Royaume de ce monde sont en opposition et en perpétuelle « tension » : l’un avance quand l’autre recule… C’est ainsi que St Ignace invite, dans ses exercices spirituels, à choisir le bon étendard[3], pour combattre pour le bon Royaume, sous l’égide du bon roi !

Lorsque, dans le Notre-Père, nous demandons « que ton règne vienne ! », « il s’agit principalement de la venue finale du Règne de Dieu par le retour du Christ (cf. Tt 2, 13). Mais ce désir ne distrait pas l’Église de sa mission dans ce monde-ci, il l’y engage plutôt. Car depuis la Pentecôte, la venue du Règne est l’œuvre de l’Esprit du Seigneur  » qui poursuit son œuvre dans le monde et achève toute sanctification  » (prière eucharistique IV). [4]». Ainsi, les expressions « Royaume des Cieux », « Royaume de Dieu » ou « Règne de Dieu » font là-encore référence à deux réalités : la venue de ce Royaume sur cette terre, dans les âmes, par la charité, et la venue du règne eschatologique, à la fin des temps, Royaume qui correspond ici à la réalité du Ciel, lorsque « tout sera achevé, quand le Christ remettra le pouvoir royal à Dieu son Père, après avoir anéanti, parmi les êtres célestes, toute Principauté, toute Souveraineté et Puissance. » (1 Co 15,24).

Benoît XVI, commentant les paraboles du Royaume disait : « Les paraboles de l’Évangile sont de brefs récits que Jésus utilise pour annoncer les mystères du Royaume des cieux. En utilisant des images et des situations de la vie quotidienne, le Seigneur « veut nous indiquer le véritable fondement de toute chose. Il nous montre… le Dieu qui agit, qui entre dans notre vie et qui veut nous prendre par la main » (Jésus de Nazareth, première partie, 2007). Par ce genre de discours, le divin Maître nous invite à reconnaître d’abord le primat de Dieu le Père : là où Il est absent, il ne peut rien y avoir de bon. C’est une priorité décisive pour tout. Royaume des cieux signifie justement seigneurie de Dieu et cela veut dire que sa volonté doit être considérée comme le critère guidant notre vie. [5]»

Pour approfondir encore cette notion de Royaume de Dieu, nous vous invitons à (re)lire le Chap.3 du Tome 1 de Jésus de Nazareth, écrit par Benoît XVI : « l’évangile du Royaume [6]».

Dans son encyclique Redemptoris missio, Jean-Paul II décrit ainsi les caractéristiques et exigences du Royaume :

« Le Royaume de Dieu est destiné à tous les hommes, car tous sont appelés à en être les membres. Pour souligner cet aspect, Jésus s’est fait proche surtout de ceux qui étaient en marge de la société, leur accordant sa préférence, lorsqu’il annonçait la Bonne Nouvelle. Au début de son ministère, il proclame qu’il a été envoyé pour porter la Bonne Nouvelle aux pauvres (cf. Lc 4, 18). A tous les rejetés et à tous les méprisés, il déclare: « Heureux, vous les pauvres » (Lc 6, 20); de plus, il amène ces marginaux à vivre déjà une expérience de libération: il demeure avec eux, il va manger avec eux (cf. Lc 5, 30; 15, 2), il les traite comme des égaux et des amis (cf. Lc 7, 34), il leur fait sentir qu’ils sont aimés de Dieu et révèle ainsi l’immense tendresse de Dieu envers les plus démunis et les pécheurs (cf. Lc 15, 1-32).

La libération et le salut qu’apporte le Royaume de Dieu atteignent la personne humaine dans ses aspects physiques et spirituels. Deux gestes caractérisent la mission de Jésus : guérir et pardonner. Ses nombreuses guérisons montrent sa grande compassion en face de la misère humaine ; mais elles signifient aussi qu’il n’y aura plus, dans le Royaume, ni maladies ni souffrances et que, dès le début, la mission tend à libérer les personnes de leurs maux. Dans la perspective de Jésus, les guérisons sont également signes du salut spirituel, c`est-à-dire de la libération du péché. En accomplissant des gestes de guérison, Jésus invite à la foi, à la conversion et au désir du pardon (cf. Lc 5, 24). Quand est reçu le don de la foi, la guérison pousse à aller plus loin: elle introduit dans le salut (cf. Lc 18, 42-43). Les gestes de libération de la possession du démon, mal suprême et symbole du péché et de la rébellion contre Dieu, sont des signes que « le Royaume de Dieu est arrivé jusqu’à vous » (Mt 12, 28).

Le Royaume doit transformer les rapports entre les hommes et se réalise progressivement, au fur et à mesure qu’ils apprennent à s’aimer, à se pardonner, à se mettre au service les uns des autres. Jésus reprend toute la Loi, en la centrant sur le commandement de l’amour (cf. Mt 22, 34-40; Lc 10, 25-28). Avant de quitter les siens, Jésus leur donne un « commandement nouveau »: « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés » (Jn 13, 34; cf. 15, 12). L’amour dont Jésus a aimé le monde trouve son expression la plus haute dans le don de sa vie pour les hommes (cf. Jn 15, 13) qui manifeste l’amour que le Père a pour le monde (cf. Jn 3, 16). C’est pourquoi la nature du Royaume est la communion de tous les êtres humains entre eux et avec Dieu.

Le Royaume concerne les personnes humaines, la société, le monde entier. Travailler pour le Royaume signifie reconnaître et favoriser le dynamisme divin qui est présent dans l’histoire humaine et la transforme. Construire le Royaume signifie travailler pour la libération du mal dans toutes ses formes. En un mot, le Royaume de Dieu est la manifestation et la réalisation de son dessein de salut dans sa plénitude. [7] »

On le voit donc, le Royaume de Dieu est une réalité si grande qu’elle mérite qu’on lui consacre sa vie ! C’est notamment pour être signes de ce Royaume des Cieux et de sa grandeur que les religieux et les prêtres observent le célibat : dans l’exhortation apostolique Vita consecrata, Jean-Paul II disait de la consécration des religieux : « En elle, la consécration baptismale est amenée à donner une réponse radicale par la sequela Christi, grâce à la pratique des conseils évangéliques, dont le premier et le plus grand est le lien sacré de la chasteté pour le Royaume des cieux. Cette forme de la sequela Christi […] permet d’exprimer de manière particulièrement vive le caractère trinitaire de la vie chrétienne, en quelque sorte anticipation de l’accomplissement eschatologique vers lequel tend toute l’Église. [8]»

Terminons cette fois encore par une homélie de Jean-Paul II expliquant ce qu’est le Royaume des Cieux et comment y entrer…

« La question que les apôtres posent à Jésus est très symptomatique : « Qui est le plus grand dans le royaume des cieux ? »

 Ils avaient discuté entre eux de questions de préséance, de carrière, de mérites, dans un esprit encore terrestre et intéressé. Ils voulaient savoir qui était le premier dans ce royaume des cieux dont parlait toujours le Maître.

 Jésus en prend occasion pour purifier l’idée fausse que s’en font les apôtres et pour les acheminer vers le vrai sens de son message : le royaume des cieux, c’est la vérité du salut révélée par lui ; c’est « la grâce », c’est-à-dire la vie de Dieu qu’il apporte à l’humanité par l’incarnation et la rédemption ; c’est l’Église, son Corps mystique, le Peuple de Dieu qui l’aime et le suit ; c’est finalement la gloire éternelle du paradis, à laquelle toute l’humanité est appelée.

 Jésus, en parlant du royaume des cieux, veut nous apprendre que la vie humaine n’a de valeur que dans la perspective de la vérité, de la grâce et de la gloire à venir. Tout doit être accepté et vécu avec amour et par amour, dans la réalité eschatologique révélée par lui : « Vendez ce que vous possédez et donnez-le en aumône. Faites-vous des bourses inusables, un trésor inaltérable dans les cieux… » (Lc 12, 33.) « Restez en tenue de travail et gardez vos lampes allumées. » (Lc 12, 35.)

 Jésus nous enseigne la bonne façon d’entrer dans le royaume des cieux.

 Saint Matthieu nous rapporte que Jésus, appelant un enfant, le plaça au milieu d’eux et dit : « En vérité, je vous le déclare, si vous ne changez et ne devenez comme les enfants, non, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. Celui-là donc qui se fera petit comme cet enfant, voilà le plus grand dans le royaume des cieux. » (Mt 18, 2-4.)

 Telle est la bouleversante réponse de Jésus : la condition indispensable pour entrer dans le royaume des cieux, c’est de devenir petits et humbles comme des enfants.

 Il est clair que Jésus ne veut pas obliger le chrétien à demeurer dans un perpétuel infantilisme, une ignorance satisfaite, en étant insensible aux problèmes de son temps. Absolument pas. Mais il présente l’enfant comme le modèle pour entrer dans le royaume des cieux à cause des valeurs qu’il symbolise.

 L’enfant est avant tout innocent, et pour entrer dans le royaume des cieux, la première chose c’est la vie de la grâce, c’est-à-dire l’innocence, conservée ou retrouvée, en excluant le péché qui est toujours une manifestation d’orgueil et d’égoïsme.

 – En second lieu, l’enfant vit dans la foi et la confiance en ses parents et il s’abandonne, il s’en remet totalement à ceux qui le guident et qui l’aiment. Le chrétien doit pareillement être humble et s’en remettre en toute confiance au Christ et à l’Église. Le grand danger, le grand ennemi, c’est toujours l’orgueil, et Jésus insiste sur la vertu d’humilité parce que devant l’infini on ne peut être qu’humble. L’humilité est vérité. Elle est aussi signe d’intelligence et source de sérénité.

 L’enfant, enfin, se contente de petites choses qui suffisent à le rendre heureux : une petite réussite, une bonne note bien méritée, un compliment le remplissent de joie.

 Pour entrer dans le royaume des cieux, il faut avoir des sentiments grands, immenses, universels, mais il faut savoir se contenter de petites choses, de tâches faites par obéissance, de la volonté de Dieu telle qu’elle s’exprime dans le fugitif instant présent, des joies quotidiennes données par la Providence. Il faut faire de tout travail, aussi obscur et modeste qu’il soit, un chef-d’œuvre d’amour et de perfection.

 Pour entrer dans le royaume des cieux, il faut se convertir à la petitesse. Rappelons-nous la géniale intuition qu’eut sainte Thérèse de Lisieux en méditant sur ce texte de l’Écriture : « Si quelqu’un est vraiment petit, qu’il vienne à moi. » (Pr 9, 4.) Elle découvrit que la « petitesse » était comme un ascenseur qui l’emporterait plus vite et plus facilement vers les cimes de la sainteté : « Tes bras, ô Jésus, sont l’ascenseur qui doit m’élever jusqu’au ciel. Pour cela, je n’ai pas du tout besoin d’être grande ; il faut au contraire que je reste petite, que je le devienne toujours plus. » (Histoire d’une âme, manuscrit C, ch. X.)

 Enfin, Jésus nous fait aspirer au royaume des cieux.

 « Quel est votre avis ? demande Jésus. Si un homme a 100 brebis et que l’une d’entre elles vienne à s’égarer, ne va-t-il pas laisser les 99 autres dans la montagne pour aller à la recherche de celle qui s’est égarée ? Et s’il parvient à la retrouver, en vérité je vous le déclare, il en a plus de joie que des 99 qui ne se sont pas égarées. Ainsi votre Père qui est aux cieux veut qu’aucun de ces petits ne se perde. » (Mt 18, 12-14.) Ces paroles sont à la fois dramatiques et consolantes : Dieu a créé l’homme pour le faire participer à sa gloire et à son bonheur infinis. Il a voulu pour cela qu’il soit intelligent et libre, « à son image et à sa ressemblance ». Nous assistons malheureusement avec angoisse à la pollution morale qui dévaste l’humanité et qui méprise spécialement les petits dont parle Jésus.

 Que devons-nous faire ? Imiter le Bon Pasteur et avoir constamment le souci du salut des âmes. Sans oublier la charité matérielle et la justice sociale, nous devons être convaincus que la charité la plus sublime est la charité spirituelle, c’est-à-dire le souci du salut des âmes. Et les âmes se sauvent par la prière et le sacrifice. Telle est la mission de l’Église.

 Vous particulièrement, les moniales, les âmes consacrées, vous devez, comme Abraham sur la montagne, implorer de l’infinie bonté de Dieu la miséricorde et le salut. Et que votre joie soit de savoir que beaucoup d’âmes se sauvent précisément à cause de votre prière. [9]»

 

[1] Cf. Benoît XVI – Jésus de Nazareth, Tome 1, Chap.3 – p.77 (éditions Flammarion)

[2] Catéchisme de l’Eglise Catholique n°2816

[3] Cf. St Ignace – Exercices spirituels, 4e jour de la 2e semaine ( cf https://fmnd.org/Blog/index.php?post/2015/08/Les-deux-%C3%A9tendards)

[4] Catéchisme de l’Eglise Catholique n°2818

[5] Benoît XVI – Angélus du 17 juillet 2011

[6] Benoît XVI – Jésus de Nazareth, Tome 1, chap. 3 – p.67-84 (éditions Flammarion)

[7] Jean-Paul II – encyclique Redemptoris missio (1990) n°14 et 15

[8] Jean-Paul II – Exhortation apostolique Vita Consecrata (1996) – n°14

[9] Jean-Paul II – Homélie lors de la messe pour les clarisses et les sœurs basiliennes – 14 août 1979

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