Je vis la Cité Sainte, la Jérusalem Nouvelle

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En parcourant l’Écriture… Les images du Ciel dans la Bible (6/8)

5 – La Cité Sainte – La Jérusalem Céleste

Voici notre 5e image du Ciel : regardons aujourd’hui vers la Cité Sainte, la Jérusalem Céleste

Lorsque l’on fait référence à la Cité Sainte, c’est d’abord à Jérusalem que l’on pense : la Cité de Dieu, la Ville Sainte dont parle tout l’Ancien Testament, et dont les psaumes chantent la beauté ! Pensons par exemple au psaume 47 : « Longez les remparts de Sion, comptez ses tours ; que vos cœurs s’éprennent de ses murs : contemplez ses palais ! » (v. 13-14)

En commentant ce psaume, Jean-Paul II disait : « En relisant ces expressions, le chrétien s’élève à la contemplation du Christ, le nouveau temple vivant de Dieu (cf. Jn 2, 21), et il se tourne vers la Jérusalem céleste, qui n’a plus besoin d’un temple et d’une lumière extérieure, car « le Seigneur, le Dieu Maître-de-tout est son temple, ainsi que l’Agneau […] la gloire de Dieu l’a illuminée, et l’Agneau lui tient lieu de flambeau » (Ap 21, 22-23). Saint Augustin nous invite à cette relecture « spirituelle », convaincu que dans les livres de la Bible, « il n’y a rien qui concerne uniquement la ville terrestre, mais que tout ce qui s’y réfère, ou qui s’accomplit pour elle, symbolise quelque chose qui, par allégorie, peut être référé également à la Jérusalem céleste » (La Cité de Dieu, XVII, 3, 2). Saint Paulin de Nola lui fait écho, lui qui, précisément en commentant les paroles de notre Psaume, exhorte à prier afin que « nous puissions être retrouvés comme des pierres vivantes dans les murs de la Jérusalem céleste et libre » (Lettre 28, 2 à Sévère).[1]»

Autre exemple de psaume célébrant Jérusalem, le Psaume 121 chante la joie de parvenir à la Cité Sainte, au terme du pèlerinage :

« Quelle joie quand on m’a dit : « Nous irons à la maison du Seigneur ! »

Maintenant notre marche prend fin devant tes portes, Jérusalem !

Jérusalem, te voici dans tes murs : ville où tout ensemble ne fait qu’un !

C’est là que montent les tribus, les tribus du Seigneur,

là qu’Israël doit rendre grâce au nom du Seigneur.

C’est là le siège du droit, le siège de la maison de David.

Appelez le bonheur sur Jérusalem : « Paix à ceux qui t’aiment !

Que la paix règne dans tes murs, le bonheur dans tes palais ! »

A cause de mes frères et de mes proches, je dirai : « Paix sur toi ! »

A cause de la maison du Seigneur notre Dieu, je désire ton bien. »

 

La Cité Sainte, Jérusalem = ville de la Paix, est la Cité où Dieu règne ; Il est là, au milieu de la Ville, dans son Temple.

C’est ainsi que, tout naturellement, l’image de Jérusalem s’est appliquée à l’Eglise : la Lettre aux Hébreux dit en effet en parlant de l’Eglise : « Vous êtes venus vers la montagne de Sion et vers la ville du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, vers des myriades d’anges en fête et vers l’assemblée des premiers-nés dont les noms sont inscrits dans les cieux. Vous êtes venus vers Dieu, le juge de tous, et vers les esprits des justes amenés à la perfection. » (He 12, 22-23)

Le Catéchisme de l’Eglise Catholique enseigne : « l’Église sur terre est signe de la Jérusalem céleste. [2]» Et plus loin il poursuit : « A la fin des temps, le Royaume de Dieu arrivera à sa plénitude. Après le jugement universel, les justes régneront pour toujours avec le Christ, glorifiés en corps et en âme, et l’univers lui-même sera renouvelé : Alors l’Église sera  » consommée dans la gloire céleste, lorsque, avec le genre humain, tout l’univers lui-même, intimement uni avec l’homme et atteignant par lui sa destinée, trouvera dans le Christ sa définitive perfection  » (LG 48). Cette rénovation mystérieuse, qui transformera l’humanité et le monde, la Sainte Écriture l’appelle  » les cieux nouveaux et la terre nouvelle  » (2 P 3, 13 ; cf. Ap 21, 1). Ce sera la réalisation définitive du dessein de Dieu de  » ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres  » (Ep 1, 10). Dans cet « univers nouveau » (Ap 21, 5), la Jérusalem céleste, Dieu aura sa demeure parmi les hommes.  » Il essuiera toute larme de leurs yeux ; de mort, il n’y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé  » (Ap 21, 4 ; cf. 21, 27). Pour l’homme, cette consommation sera la réalisation ultime de l’unité du genre humain, voulue par Dieu dès la création et dont l’Église pérégrinante était  » comme le sacrement  » (LG 1). Ceux qui seront unis au Christ formeront la communauté des rachetés, la Cité Sainte de Dieu (Ap 21, 2),  » l’Épouse de l’Agneau  » (Ap 21, 9). Celle-ci ne sera plus blessée par le péché, les souillures (cf. Ap 21, 27), l’amour propre, qui détruisent ou blessent la communauté terrestre des hommes. La vision béatifique, dans laquelle Dieu s’ouvrira de façon inépuisable aux élus, sera la source intarissable de bonheur, de paix et de communion mutuelle. [3]».

La Jérusalem céleste, c’est donc l’Eglise arrivée à sa plénitude, plénitude qui ne pourra être atteinte qu’à la fin des temps. L’image de la Cité Sainte, de la Jérusalem Céleste nous montre donc ici un nouvel aspect du Ciel : non pas le Ciel « actuel », où Dieu réside avec les anges et les saints, dans l’attente de la résurrection des corps lors du jugement final, mais justement le Ciel « achevé », lorsque sera accompli ce jugement. Pour le moment, la Cité est « en construction » !

« Cette Cité sainte, Jean la contemple descendant du ciel d’auprès de Dieu à l’heure où se renouvellera le monde, prête comme une fiancée parée pour son époux (Ap 21, 1 s.). L’Église s’appelle encore « la Jérusalem d’en haut » et « notre mère » (Ga 4, 26 ; cf. Ap 12, 17) ; […] Tant qu’elle chemine sur cette terre, loin du Seigneur (cf. 2 Co 5, 6), l’Église se considère comme exilée, en sorte qu’elle est en quête des choses d’en haut et en garde le goût, tournée là où le Christ se trouve, assis à la droite de Dieu, là où la vie de l’Église est cachée avec le Christ en Dieu, attendant l’heure où, avec son époux, elle apparaîtra dans la gloire (cf. Col 3, 1- 4). » [4] dit le Concile Vatican II.

 

Par la vision de la Jérusalem nouvelle (Ap 21-22), Saint Jean nous fait contempler la destinée éternelle de l’Eglise, sa gloire finale lorsque toutes les forces du mal seront vaincues. Jérusalem était depuis longtemps un symbole du Peuple de Dieu, le signe tangible de l’Alliance. Parler d’une Jérusalem nouvelle, c’était proclamer dans une langue imagée et concrète l’élection d’un Peuple nouveau, et le fait d’une Alliance nouvelle. « Descendant du Ciel, d’auprès de Dieu », l’Eglise a une origine céleste et se montre à tous les yeux « parée comme une épousée » (Ap 21,2). Elle réfléchit la gloire divine car elle est la « Demeure de Dieu parmi les hommes. » (Ap 21, 3, 10-11). En elle, la tristesse, la souffrance et la mort n’ont plus de place, parce que Dieu a mis fin à tout ce qui constituait un monde de péché (Ap 21, 4). Tous les élus, fidèles témoins du Christ, sont fils et héritiers de Dieu (Ap 21, 6-7). Sur les douze portes de la Cité céleste sont gravés les noms des douze tribus d’Israël, tandis que les noms des douze Apôtres sont inscrits sur ses fondations : elle est à la fois l’Ancien et le Nouvel Israël. (Ap 21, 12-14). Aucun de ceux qui se sont plus à faire le mal ne pourront y pénétrer (Ap 21,8 et 27, Ap 22,15) « mais seulement ceux qui sont inscrits dans le livre de vie de l’Agneau » (Ap 21,27). Là, ils contempleront la Face de Dieu et règneront pour les siècles des siècles (Ap 22, 4-5). Ainsi, alors que les Israélites qui montaient au Temple, en pèlerinage, pour adorer Dieu et « contempler sa Face » (« tout Israël viendra voir la face du Seigneur ton Dieu, au lieu qu’Il aura choisi » Dt 31,11) ne la contemplaient que de désir et en espérance, dans la Jérusalem Céleste, ce désir est satisfait.

 

Commentant le Chapitre 21 de l’Apocalypse au cours d’une homélie, Benoît XVI disait : « La deuxième Lecture nous a présenté la merveilleuse vision de la Jérusalem céleste. C’est une image d’une splendide beauté, qui n’a rien de décoratif, mais où tout concourt à la parfaite harmonie  de  la  Cité sainte. Jean le voyant écrit que celle-ci « descendait du ciel, de chez Dieu, avec en elle la gloire de Dieu » (Ap 21, 10). Mais la gloire de Dieu est l’Amour; la Jérusalem céleste est donc une icône de l’Eglise tout entière sainte et glorieuse, sans tache ni ride (cf. Ep 5, 27), où rayonne en son centre et dans chacune de ses parties la présence de Dieu Charité. Elle est appelée « épouse », « l’Épouse de l’Agneau » (Ap 21, 9), parce que la figure nuptiale qui traverse du début à la fin la révélation biblique trouve son accomplissement dans celle-ci. La Cité-Épouse est la patrie de la pleine communion de Dieu avec les hommes ; en elle, il n’y a besoin d’aucun temple ni d’aucune source extérieure de lumière, parce que la présence de Dieu et de l’Agneau est immanente et l’éclaire de l’intérieur.

 

Cette merveilleuse icône a une valeur eschatologique : elle exprime le mystère de la beauté qui constitue déjà la forme de l’Eglise, même si elle n’est pas encore parvenue à sa plénitude. C’est la destination de notre pèlerinage, la patrie qui nous attend et à laquelle nous aspirons. La voir avec les yeux de la foi, la contempler et la désirer, ne doit pas constituer un motif d’évasion de la réalité historique où l’Eglise vit en partageant les joies et les espérances, les douleurs et les angoisses de l’humanité contemporaine, en particulier des plus pauvres et de ceux qui souffrent (cf. Const.  Gaudium  et spes, n. 1). Si la beauté de la Jérusalem céleste est la gloire de Dieu, c’est-à-dire son amour, c’est précisément et uniquement dans la charité que nous pouvons nous approcher de celle-ci et, dans une certaine mesure, déjà y habiter. Celui qui aime le Seigneur Jésus et observe sa parole fait l’expérience déjà dans ce monde de la mystérieuse présence de Dieu Un et Trine, comme nous l’avons entendu dans l’Évangile : « Nous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui » (Jn 14, 23). Chaque chrétien, par conséquent, est appelé à devenir une pierre vivante de cette splendide « demeure de Dieu avec les hommes ». Quelle magnifique vocation ! [5]»

 

Comment contribuer à bâtir la Cité Sainte ? Saint Augustin peut nous éclairer sur le sujet. Dans un passage désormais célèbre de son ouvrage La Cité de Dieu, il distingue ainsi la cité terrestre de la Cité céleste : « Deux amours ont donc bâti deux cités : l’amour de soi-même jusqu’au mépris de Dieu, celle de la terre, et l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi-même, celle du ciel. L’une se glorifie en soi, et l’autre dans le Seigneur; l’une brigue la gloire des hommes, et l’autre ne veut pour toute gloire que le témoignage de sa conscience; l’une marche la tête levée, toute bouffie d’orgueil, et l’autre dit à Dieu : « Vous êtes ma gloire, et c’est vous qui me faites marcher la tête levée (Ps. III, 4)  » ; en l’une, les princes sont dominés par la passion de dominer sur leurs sujets, et en l’autre, les princes et les sujets s’assistent mutuellement, ceux-là par leur bon gouvernement, et ceux-ci par leur obéissance; l’une aime sa propre force en la personne de ses souverains, et l’autre dit à Dieu : « Seigneur, qui êtes ma vertu, je vous aimerai (Ps. XVII, 2) ». Aussi les sages de l’une, vivant selon l’homme, n’ont cherché que les biens du corps ou de l’âme, ou de tous les deux ensemble ; et si quelques-uns ont connu Dieu, ils ne lui ont point rendu l’homme et l’hommage qui lui sont dus, mais ils se sont perdus dans la vanité de leurs pensées et sont tombés dans l’erreur et l’aveuglement. En se disant sages, c’est-à-dire en se glorifiant de leur sagesse, ils sont devenus fous et ont rendu l’honneur qui n’appartient qu’au Dieu incorruptible à l’image de l’homme corruptible et à des figures d’oiseaux, de quadrupèdes et de serpents; car, ou bien ils ont porté les peuples à adorer les idoles, ou bien ils les ont suivis, aimant mieux rendre le culte souverain à la créature qu’au Créateur, qui est béni dans tous les siècles (Rom.. I, 21-25). Dans l’autre cité, au contraire, il n’y a de sagesse que la piété, qui fonde le culte légitime du vrai Dieu et attend pour récompense dans la société des saints, c’est-à-dire des hommes et des anges, l’accomplissement de cette parole : « Dieu tout en tous (I Cor. V, 28) [6]».

 

L’expression « Cité Sainte » met aussi en relief l’aspect communautaire du Salut. Dans son encyclique Spe salvi, Benoît XVI écrivait encore : « La Lettre aux Hébreux parle d’une « cité » (cf. 11, 10.16; 12, 22; 13, 14) et donc d’un salut communautaire. De manière cohérente, le péché est compris par les Pères comme destruction de l’unité du genre humain, comme fragmentation et division. Babel, le lieu de la confusion des langues et de la séparation, se révèle comme expression de ce qu’est fondamentalement le péché. Et ainsi, la « rédemption » apparaît vraiment comme le rétablissement de l’unité, où nous nous retrouvons de nouveau ensemble, dans une union qui se profile dans la communauté mondiale des croyants. [7]»

 

Et sur notre chemin vers la Jérusalem Céleste, l’Eucharistie nous éclaire et nous fortifie ; Jean-Paul II écrivait en effet : « L’Eucharistie est vraiment un coin du ciel qui s’ouvre sur la terre ! C’est un rayon de la gloire de la Jérusalem céleste, qui traverse les nuages de notre histoire et qui illumine notre chemin. [8]»

 

Et alors que nous nous préparons à fêter Noël, concluons avec cet extrait d’un Angélus du Pape Benoît XVI pour l’Avent : « Si c’est Dieu qui prend l’initiative d’habiter parmi les hommes, et qu’Il est toujours l’artisan principal de ce projet, il est également vrai qu’Il ne veut pas le réaliser sans notre active collaboration. C’est pourquoi se préparer à Noël signifie s’engager à édifier « la demeure de Dieu avec les hommes ». Personne n’est exclu ; chacun peut et doit  contribuer  à faire en sorte que cette maison de la communion soit plus spacieuse et belle. À la fin des temps, elle sera terminée et sera la « Jérusalem céleste » : « Puis je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle, – lit-on dans l’Apocalypse – […] Et je vis la Cité Sainte, Jérusalem nouvelle, qui descendait du Ciel, de chez Dieu; elle s’est faite belle, comme une jeune mariée parée pour son époux […] Voici la demeure de Dieu avec les hommes » (Ap 21, 1-3). L’Avent nous invite à tourner notre regard vers la « Jérusalem céleste », qui est le but ultime de notre pèlerinage terrestre. Dans le même temps, il nous exhorte à nous engager par la prière, la conversion et les bonnes œuvres, à accueillir Jésus dans notre vie, pour construire avec Lui cet édifice spirituel dont chacun de nous – nos familles et nos communautés – est la pierre précieuse

Parmi toutes les pierres qui forment la Jérusalem céleste, la plus resplendissante et la plus précieuse, car de toutes, la plus proche du Christ pierre angulaire, est assurément la Très Sainte Vierge Marie. Par son intercession, prions afin que cet Avent soit pour toute l’Église un temps d’édification spirituelle et qu’arrive ainsi bientôt la venue du Royaume de Dieu.[9] »

[1] Jean-Paul II – Audience générale du 17 octobre 2001

[2] Catéchisme de l’Eglise Catholique n°117

[3] Catéchisme de l’Eglise Catholique n°1042-1045

[4] Concile Vatican II – Constitution dogmatique Lumen gentium n°6

[5] Benoît XVI – Homélie de la messe d’inauguration de la Ve conférence générale de l’épiscopat latino-américain et des caraïbes – Voyage apostolique au Brésil, 13 mai  2007

[6] Saint Augustin – La Cité de Dieu – Livre XIV, Chap. XXVIII

[7] Benoît XVI – Encyclique Spe salvi (2007) n°14

[8] Jean-Paul II – Encyclique Ecclesia de Eucharistia (2003) – n°19

[9] Benoît XVI – Angélus du IIe dimanche de l’Avent – 10 décembre 2006

 

Dans la même série :

Introduction : Au Ciel, mon unique Patrie…

1- le Paradis : Au vainqueur, je donnerai de goûter à l’arbre de la vie qui est dans le paradis de Dieu

2 – le Ciel : Dieu nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus.

3 – Le Royaume des Cieux : Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche !

4 – La Maison du Père : Dans la Maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures…

5 – La Cité Sainte, la Jérusalem céleste : Je vis la Cité Sainte, la Jérusalem Nouvelle

6 – Le festin des Noces : Heureux les invités au festin des Noces de l’Agneau !

7 – La vie éternelle : Amen, amen, je vous le dis : il a la vie éternelle, celui qui croit. 

 

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