Que se passe-t-il aujourd’hui à Bethléem ?

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Avent C – 4ème dimanche – 23 décembre 2018  (Fr. Clément-Marie)

Nous voici déjà arrivés à Bethléem en ce dimanche, grâce à la prophétie du Michée. Cette prophétie est vraiment admirable de clarté et de précision – sans doute l’une des plus précises de l’Ancien Testament ; bref, une prophétie comme on les aime ! Environ 700 ans avant la naissance de Jésus, il est annoncé que celui qui doit être le berger d’Israël naîtra là, à Bethléem ! Bethléem n’était pas une grande capitale. Mais il s’y était déjà passé un événement important : le prophète Samuel avait été envoyé par Dieu pour consacrer un roi. Il avait été envoyé à Bethléem dans la famille de Jessé, qui avait huit fils. Et c’est le dernier, qui était en train de paître le troupeau, qui a été choisi par Dieu pour devenir le grand roi David, qui établira le royaume dans la paix. Samuel avait alors reçu de Dieu cette leçon importante : Dieu agit à travers ce qui est humble, petit ; il ne regarde pas l’apparence. C’était environ mille ans avant Jésus… 300 ans plus tard, le prophète Michée annonce ce que nous avons entendu aujourd’hui : « Toi, Bethléem Éphrata, le plus petit des clans de Juda, c’est de toi que sortira pour moi celui qui doit gouverner Israël. (…) Il se dressera et il sera leur berger par la puissance du Seigneur. (…) Et lui-même, il sera la Paix. » On a l’impression de relire l’histoire de David. Pourtant, cette annonce est au futur, et il est clair qu’il ne s’agit plus de David, Il s’agit du Messie, du véritable roi qui lui succèdera pour toujours. Mais il faudra garder dans l’esprit et dans le cœur la leçon de Bethléem donnée par Dieu à Samuel au moment de l’onction royale de David : Bethléem est le lieu du début du grand règne de David et de la Paix. Mais ce règne commence dans l’humilité, la discrétion, loin des regards et des critères des hommes.

Regardons cette petite ville de Bethléem, à la veille de la naissance de Jésus. Que s’y passe-t-il ? Elle ressemble à beaucoup de nos villes et à nos villages : on ne se soucie pas de cette prophétie vieille de 700 ans. On la connaît, plus ou moins. Mais elle ne touche pas la vie des gens. Ces jours-ci, à Bethléem, c’est plutôt l’agitation : il y a le recensement, donc beaucoup de monde dans la ville. On pense à tout, sauf à la venue du Messie… On compte, on discute, on calcule, on fait des courses… Quelle ressemblance avec nos villes en ces jours qui précèdent Noël ! Quelques uns cependant se tiennent un peu à l’écart et ne participent pas à cette agitation commerciale : ce sont les bergers. Et, sans doute parce que leur cœur est libre de ces agitations du monde, c’est à eux d’abord que le ciel réservera la grande annonce demain soir. Nos villes, ces jours-ci, brillent de nombreuses lumières : on met des guirlandes, des illuminations… Pourquoi ? Pour célébrer quoi ? Les « fêtes de fin d’année » ? Quel sens ont-elles, sinon de nous renvoyer à cet événement de Bethléem ? Nous nous réjouissons de ces illuminations ! Mais sachons rappeler l’origine de ces lumières. Benoît XVI disait : « La lumière de Bethléem continue de briller sur le monde entier. Certes, les lumières qui brillent chez nous à Noël ne savent souvent plus rien de Lui, ne veulent plus rien savoir de Lui, au service du seul commerce et de la publicité ! Et pourtant, elles ont « beau » s’éloigner de Lui, elles n’existeraient pas sans l’éclat qu’il projette. Malgré tout elles restent un reflet de ce commencement ; à Noël continue de se déverser quelque chose de la bonté, de la grande joie de cette lumière dans nos foyers, ici et sur tous les continents. De Bethléem, une lumière continue de briller sur les hommes, qui ouvre un horizon, donne plus de clarté, plus de paix et de joie que n’en peuvent donner la possession et le pouvoir de ce monde. L’étoile continue de briller et d’allumer une immense Joie… »[1]

Cette lumière intense et paisible brille déjà dans un cœur : celui de la Vierge Marie. Et la liturgie de ce dimanche nous tourne vers elle. Nous voyons Élisabeth saluer sa foi : « Bienheureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. » La lettre aux Hébreux nous permet même d’entrer dans la profondeur des sentiments de Jésus, mais aussi de la Vierge Marie. Joseph Ratzinger, dans un texte très touchant, souligne que ces mots du psaume 39, que l’auteur de la lettre aux Hébreux applique à Jésus, peuvent l’être aussi, d’une certaine manière, à la Vierge Marie : « La lettre aux Hébreux a interprété à partir des Psaumes le processus de l’Incarnation comme un dialogue réel intra-divin : « Tu m’as façonné un corps », dit le Fils au Père (He 10, 5). Mais cette préparation du corps se fait aussi par la parole de Marie : « Tu n’as voulu ni offrande ni oblation, tu m’as façonné un corps… Voici, je viens pour faire ta volonté » (cf. He 10, 5-7 ; Ps 40, 6-8). Le corps du Fils sera préparé par le don de Marie à la volonté du Père et par l’offrande de son corps comme tente de l’Esprit-Saint. »[2]

Prions la Vierge Marie, et saint Joseph, de vivre les dernières heures qui nous séparent encore de la naissance de Jésus dans l’esprit qui était le sien : surtout un grand recueillement, qui lui donne une joie profonde, malgré les épreuves et les refus. Faisons nôtre l’oraison que nous prierons après la communion : « Accorde-nous une ferveur qui grandisse à l’approche de Noël, pour bien fêter la naissance de ton Fils. »

[1] Joseph RATZINGER, Dieu se cache sous les traits d’un enfant ; homélies de Noël, Parole et Silence, 2008, pages 90-91

[2] Joseph RATZINGER, Dieu nous est proche ; L’Eucharistie au cœur de l’Église, Parole et Silence, 2003, page 10

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