Voici l’Aurore… Le jour est là… sans être encore là !

Homélie du 3e Dimanche de l’Avent : 16 décembre 2018 (Fr. Clément-Marie)

Après notre journée de pèlerinage d’hier, nous n’avons pas de mal à vivre ce dimanche de Gaudete, dimanche de la joie ! L’Église nous propose de marquer ce dimanche par une couleur liturgique inhabituelle : le rose. C’est la couleur de l’aurore, et cela est significatif. L’aurore est un moment qui conclut la nuit, et où l’obscurité va faire place à la lumière du jour. C’est un moment de transition, où l’inquiétude de la nuit n’est pas encore tout à fait résorbée, où les formes sont encore confuses, où la clarté ne s’est pas encore répandue… D’où l’expression très ancienne : « entre chien et loup » qui évoque le crépuscule, mais aussi l’aurore, où l’on a du mal à distinguer le chien qui protège le troupeau du loup qui l’attaque… En cette heure encore incertaine, les lueurs de la lumière donnent de beaux reflets pour ceux qui acceptent de lever les yeux, et c’est un motif d’espérance que de sa voir qu’après la nuit, la lumière du jour approche. Cette situation est un peu paradoxale, où le jour est là, sans être encore là… La couleur rose est donc à la fois l’expression de la joie du jour, et celle de l’attente de son complet avènement. « Tout le peuple était en attente… » nous dit saint Luc dans l’évangile de ce dimanche. En attente de la joie de la venue du Sauveur.

Et le peuple se prépare par ces questions très concrètes adressées à Jean-Baptiste : « Que devons-nous faire ? » Car notre attente ne peut pas se résoudre à attendre sans rien faire. Car Dieu nous demande d’agir et de préparer ses chemins. Car notre foi n’est pas seulement spirituelle ; elle passe dans notre vie concrète et se traduit par des actes. Par une vie effectivement conforme à l’Évangile et aux commandements de Dieu. Dans l’évangile de ce dimanche, encore, saint Luc nous dit que Jean-Baptiste annonçait ainsi la Bonne Nouvelle : « Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. » Le jugement de Dieu est en effet une bonne nouvelle. Parce que, comme l’aurore, ce jugement est un temps où l’obscurité sera vaincue et où la lumière triomphera. Donc le jugement sera comme l’origine de la création : la séparation des ténèbres et de la lumière, l’aurore du jour éternel, l’avènement de la victoire finale. Alors oui, la venue de celui qui vient pour juger la terre est une joie !


La joie abonde dans les deux lectures de ce dimanche, et précisément elle se rapporte uniquement – tant dans l’Ancien testament que dans le Nouveau – à la présence de Dieu au milieu de son peuple : « Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Éclate en ovations, Israël ! Réjouis-toi, de tout ton cœur bondis de joie, fille de Jérusalem ! (…) Le Seigneur ton Dieu est en toi… » Et saint Paul écrit : « Soyez toujours dans la joie du Seigneur ; je le redis : soyez dans la joie. (…) Le Seigneur est proche. » C’est cette joie que nous avons expérimentée hier – rien d’autre. Quelle était notre joie, sinon celle de la proximité de Dieu, par l’intercession de la Vierge Marie ? Nous sommes éprouvés aujourd’hui par de multiples causes : des épreuves dans nos familles, la perte de la foi, la crise de l’Église, la situation de la France… Et nous entendons en ce dimanche saint Paul nous dire : « Ne soyez inquiets de rien » ! Cet appel pourrait nous sembler une provocation. Et pourtant, nous avons vu hier qu’il est possible de vivre dans notre temps marqué par tant de souffrances, et d’éprouver en même temps une joie profonde, d’un autre ordre, parce qu’elle est divine, parce que dans toutes ces épreuves, Dieu est proche quand-même. C’est justement le paradoxe de l’aurore : l’épreuve de la nuit qui n’est pas finie ; et la joie du jour qui est là. L’Église n’a pas pour mission de nous rassurer par des pseudo-consolations mondaines. Elle n’a pas pour première mission de nous parler de politique, d’environnement, ni même d’abord de paix, de bien être ou d’un monde meilleur… Elle est là, comme Jésus, pour nous apporter Dieu. Pour nous faire goûter la joie de la présence de Dieu. Voilà pourquoi Joseph Ratzinger pouvait dire : « Ce n’est pas d’une Église plus humaine dont nous avons besoin, mais d’une Église plus divine au contraire ; c’est alors seulement qu’elle sera aussi vraiment humaine. »


Voilà pourquoi l’Église peut nous dire comme saint Paul : « Ne soyez inquiets de rien. » Parce que, quelles que soient les difficultés nous puissions traverser, Dieu est là, au milieu de nous ; le Seigneur est proche. Or en ces temps Dieu veut nous montrer sa proximité d’une manière toute spéciale : par sa Mère, la Vierge Marie. Hier nous avons vécu ce bel anniversaire : celui de la bénédiction de la statue de Notre Dame des Neiges et de l’autorisation de la fondation de notre Famille Missionnaire. C’est aussi une aurore ! Nous nous réjouissons de l’action de Notre Dame des Neiges, ici à Saint Pierre. Nous nous réjouissons beaucoup de ce que Saint Pierre de Colombier soit un centre spirituel, c’est-à-dire une source où coule de l’eau vive ; une source où beaucoup peuvent venir reprendre des forces pour s’engager dans l’Église au service de la mission. Rendons grâce pour tout ce que Notre Dame des Neiges a fait ! Et qu’en ce temps d’aurore nous puissions dire à l’approche de Noël avec la Vierge Marie, dans une inébranlable confiance : « Voici le Dieu qui me sauve : j’ai confiance, je n’ai plus de crainte. »

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