Heureux les invités au festin des Noces de l’Agneau !

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En parcourant l’Écriture… Les images du Ciel dans la Bible (7/8)

6 – Le Festin des Noces – Le Banquet nuptial – la Salle des Noces

 

Après la trêve liturgique de Noël, nous reprenons aujourd’hui notre parcours sur les différentes images du Ciel présentées dans l’Ecriture Sainte. Comme 6ème image, voici le Festin des Noces apprêté dans la Salle des Noces, qu’un Roi donne en l’honneur de son Fils.

Dans l’évangile, nous trouvons cette présentation principalement dans deux paraboles de Jésus sur le Royaume : celle des « invités aux noces » (Mt 22, 2-14) et celle des « 10 vierges » ou des « vierges folles » (Mt 25, 1-13). Cette image a l’avantage de mettre en lumière à la fois les personnages concernés, et la situation, « l’activité » du Ciel !

Les personnages d’abord. Il s’agit d’un Roi et de son Fils dont on célèbre les Noces. Dieu le Père est donc comparé à un Roi : on retrouve ici la notion du « Royaume » et de la Toute-Puissance de Dieu. Son Fils est l’Epoux : ce titre est utilisé à de nombreuses reprises dans la Bible. Il souligne l’Alliance sponsale que Dieu établit avec son Peuple. Cette Alliance trouve son point culminant dans son Fils qui est, en Lui-même l’Alliance, unissant en Lui Dieu et l’homme, la nature divine et la nature humaine. Il est aussi l’Epoux de l’Eglise, qui s’est livré pour elle : « Vous, les hommes, aimez votre femme à l’exemple du Christ : il a aimé l’Église, il s’est livré lui-même pour elle, afin de la rendre sainte en la purifiant par le bain de l’eau baptismale. » (Ep 5, 25-26). Enfin, il y a les convives, invités à la Noce… Ce sont tantôt des vierges… (cf. Mt 25, 1-13) tantôt des personnes illustres qui refusent l’invitation et sont ensuite remplacées par les premiers venus, à condition que ceux-ci portent « le vêtement de noces » (cf. Mt 22, 2-14) : on le voit, l’entrée au festin n’est pas sans péripéties ni sans conditions ! En effet, Jésus nous avertit : « elle est étroite, la porte, il est resserré, le chemin qui conduit à la vie ; et ils sont peu nombreux, ceux qui le trouvent » (Mt 7,14). « Il ne suffit pas d’être invité, encore faut-il remplir quelques conditions élémentaires. C’est ce que nous appelons être en état de grâce, c’est-à-dire en parfaite communion avec celui qui nous invite. Ce vêtement de noces, c’est d’abord le baptême avec sa robe baptismale ; c’est ensuite ce qu’apporte le sacrement de pénitence et de réconciliation, mais c’est aussi d’être en paix avec sa conscience, avec ses frères et avec Dieu. Précaution élémentaire à prendre avant d’entrer dans la salle du banquet. [1]»

Avec ces deux paraboles, on entrevoit donc la « situation », « l’activité » liée au Ciel, au festin… Ou plutôt, c’est l’activité qui précède le festin qui est mis en valeur. D’abord le soin de Dieu qui a apprêté le repas : « Voilà : j’ai préparé mon banquet, mes bœufs et mes bêtes grasses sont égorgés ; tout est prêt : venez à la noce. » (Mt 22, 4). Déjà dans l’Ancien Testament, on voit cette largesse de Dieu qui se prépare : « Le Seigneur de l’univers préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés. » (Is 25, 6). Et en effet, Dieu n’a rien refusé pour nous sauver, pour nous permettre d’accéder au Banquet : Il a été jusqu’à nous envoyer son propre Fils, et à le livrer pour nos péchés…

On entrevoit la joie que procure ce banquet dans le Ciel, et qu’il doit nous procurer : dans l’Apocalypse, on peut lire : « Soyons dans la joie, exultons, et rendons gloire à Dieu ! Car elles sont venues, les Noces de l’Agneau, et pour lui son épouse a revêtu sa parure. […] Puis l’ange me dit : ‘Écris : Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau !’ Il ajouta : ‘Ce sont les paroles véritables de Dieu.’ » (Ap 19, 7 ; 9)

 

A ce banquet, Dieu invite largement, Il désire même que la salle soit comble : le Salut obtenu par Jésus est offert à tous les hommes, et non plus seulement au « Peule élu », au Peuple de Dieu. Ainsi, après la demande du Centurion pour la guérison de son serviteur « Jésus fut dans l’admiration et dit à ceux qui le suivaient : « Amen, je vous le déclare, chez personne en Israël, je n’ai trouvé une telle foi. Aussi je vous le dis : Beaucoup viendront de l’orient et de l’occident et prendront place avec Abraham, Isaac et Jacob au festin du royaume des Cieux » (Jn 8, 10-11). Alors que nous fêtons l’Épiphanie, nous célébrons déjà l’arrivée des nations païennes dans la grande famille de Dieu !

 

Cependant, les invités ne viennent pas au banquet contre leur gré : Dieu invite largement, il invite même tout homme, mais chacun est libre ensuite de répondre à l’invitation… Et ce malgré la peine que leur défection peut causer au Roi… « Autre enseignement, très consolant pour nous : tout le monde est invité, les mauvais comme les bons, nous dit Jésus. Pas seulement invités en masse, pour faire nombre, mais chacun est invité personnellement, comme pour un repas de mariage où chacun a sa place, indiquée par un petit carton avec son nom et son prénom. Car chacun est unique, chacun a dans le royaume une place réservée de toute éternité. Et s’il ne vient pas, s’il ne répond pas à l’invitation, nul ne pourra le remplacer. Il manquera éternellement. Vous imaginez le drame de ce banquet de noces, avec toutes ces places vides, tous ces gens qui étaient invités et qui le savaient, mais qui estimaient avoir mieux à faire ! De quelle joie, de quel bonheur, ils se privent ! Quelle tristesse ! Quel dépit pour ce roi plein de bonté, qui se voit ainsi traité. Certes, d’autres viendront, mais comment se consoler de ceux qui ne viendront pas ? [2]»

 

Enfin, l’entrée dans la Salle des noces ne se fait pas sans participation active des invités : Le Catéchisme de l’Eglise Catholique nous dit : « Jésus appelle à entrer dans le Royaume à travers les paraboles, trait typique de son enseignement (cf. Mc 4, 33-34). Par elles, il invite au festin du Royaume (cf. Mt 22, 1-14), mais il demande aussi un choix radical : pour acquérir le Royaume, il faut tout donner (cf. Mt 13, 44-45) ; les paroles ne suffisent pas, il faut des actes (cf. Mt 21, 28-32).[3]»

 

Dans la liturgie, l’Eglise met en parallèle deux textes de l’Ancien (Is. 25) et du Nouveau testament (Mt 22) qui se rapporte à ce thème du festin de noce. Jean-Paul II et Benoît XVI, tous deux en visite pastorale le dimanche correspondant, commentaient ainsi ces textes :

 

  • Jean-Paul II :

« ‘Il en va du Royaume des Cieux comme d’un roi qui fit un festin de noces pour son fils’ (Mt 22, 2).

Dans l’Évangile qui vient d’être proclamé, Jésus décrit le Royaume de Dieu comme un grand festin de noces, avec une abondance de nourriture et de boisson, dans un climat de joie et de fête pour tous les invités. Dans le même temps, Jésus souligne la nécessité de la «tenue de noces» (cf. ibid., v. 11), c’est-à-dire la nécessité de respecter la condition requise pour la participation à cette fête solennelle.

L’image du festin est présente également dans la première lecture, tirée du Livre du prophète Isaïe, dans lequel sont soulignées l’universalité de l’invitation «pour tous les peuples» (cf. Is 25, 6) et la disparition de toute souffrance et douleur : «Le Seigneur Yahvé essuiera les pleurs sur tous les visages» (cf. ibid., v. 8).

Il s’agit des grandes promesses de Dieu, qui se sont réalisées dans la rédemption accomplie par le Christ et que l’Eglise dans sa mission évangélique annonce et offre à tous les hommes. La communion de vie avec Dieu et avec les frères, qui, par l’opération de l’Esprit-Saint, se réalise dans l’existence des croyants, a son cœur dans le banquet eucharistique, source et sommet de toute l’expérience chrétienne. C’est ce que nous rappelle la liturgie chaque fois que nous nous apprêtons à recevoir le Corps du Christ. Avant la communion, le prêtre s’adresse aux fidèles à travers ces paroles : «Heureux les invités au repas du Seigneur». Oui ! Nous sommes véritablement heureux, car nous sommes invités à l’éternel banquet du salut de Dieu préparé pour le monde entier. [4]»

 

Comme le précise Jean-Paul II, l’Eucharistie est en effet l’anticipation du Festin du Royaume : le Catéchisme de l’Eglise Catholique dit à ce sujet, en commentant dans la prière du Notre-Père les termes « notre pain de ce Jour » que ce jour « est celui du Seigneur, celui du Festin du Royaume, anticipé dans l’Eucharistie qui est déjà l’avant-goût du Royaume qui vient. C’est pourquoi il convient que la Liturgie eucharistique soit célébrée  » chaque jour « . [5]»

 

  • Benoît XVI :

« La liturgie de ce dimanche nous propose une parabole qui parle d’un banquet de noces auquel sont invitées un grand nombre de personnes. La première lecture, tirée du livre d’Isaïe, prépare ce thème, parce qu’elle parle du banquet de Dieu. C’est une image — celle du banquet — souvent utilisée dans l’Ecriture pour indiquer la joie dans la communion et dans l’abondance des dons du Seigneur, et elle laisse deviner quelque chose de la fête de Dieu avec l’humanité, comme le décrit Isaïe : «Le Seigneur des armées prépare pour tous les peuples, sur cette montagne, un festin de viandes grasses, un festin de bons vins, de viandes moelleuses, de vins dépouillés» (Is 25, 6). Le prophète ajoute que l’intention de Dieu est de mettre fin à la tristesse et à la honte ; il veut que tous les hommes vivent heureux dans l’amour pour Lui et dans la communion réciproque ; son projet est alors d’éliminer la mort pour toujours, d’essuyer les larmes sur chaque visage, de faire disparaître l’opprobre de son peuple, comme nous l’avons écouté (vv. 7-8). Tout cela suscite une profonde gratitude et espérance : «Voyez, c’est notre Dieu, en lui nous espérions pour qu’il nous sauve ; c’est le Seigneur, nous espérions en lui. Exultons, réjouissons-nous du salut qu’il nous a donné.» (v. 9).

 

Jésus, dans l’Evangile, nous parle de la réponse qui est donnée à l’invitation de Dieureprésenté par un roi — à participer à son banquet (cf. Mt 22, 1-14). Les invités sont nombreux, mais il arrive une chose inattendue : ils se refusent de participer à la fête, ils ont autre chose à faire ; certains accueillent même l’invitation avec mépris. Dieu est généreux à notre égard, il nous offre son amitié, ses dons, sa joie, mais souvent nous n’accueillons pas ses paroles, nous montrons plus d’intérêt pour d’autres choses, nous mettons à la première place nos préoccupations matérielles, nos intérêts. L’invitation du roi rencontre même des réactions hostiles, agressives. Mais cela ne freine pas sa générosité. Il ne se décourage pas, et il envoie ses serviteurs inviter beaucoup d’autres personnes. Le refus des premiers invités a comme effet l’extension de l’invitation à tous, jusqu’aux plus pauvres, laissés-pour-compte et déshérités. Les serviteurs réunissent tous ceux qu’ils trouvent, et la salle se remplit : la bonté du roi n’a pas de limites et à tous il est donné la possibilité de répondre à son appel. Mais il y a une condition pour rester à ce banquet de noces : porter l’habit nuptial. Et en entrant dans la salle, le roi découvre que certains n’ont pas voulu l’endosser et, pour cette raison, ils sont exclus de la fête. Je voudrais m’arrêter un moment sur ce point avec une question : comment se fait-il que ce convive a accepté l’invitation du roi, est entré dans la salle du banquet, que la porte lui a été ouverte, mais qu’il n’a pas mis l’habit nuptial ? Qu’est-ce que cet habit nuptial ? Lors de la Messe in Cena Domini de cette année, j’ai fait référence à un beau commentaire de saint Grégoire le Grand à cette parabole. Il explique que ce convive a répondu à l’invitation de Dieu à participer à son banquet, il a en quelque sorte la foi, qui lui a ouvert la porte de la salle, mais il lui manque quelque chose d’essentiel : l’habit nuptial, qui est la charité, l’amour. Et saint Grégoire ajoute : « Chacun de vous, donc, qui, dans l’Eglise, a la foi en Dieu, a déjà pris part au banquet de noces, mais il ne peut pas dire avoir l’habit nuptial si il n’a pas en lui la grâce de la charité » (Homilia 38, 9: PL 76, 1287). Et ce vêtement est ourdi symboliquement de deux bois, l’un en haut et l’autre en bas : l’amour de Dieu et l’amour du prochain (cf. ibid. 10: PL 76, 1288). Nous sommes tous invités à être des convives du Seigneur, à entrer avec la foi à son banquet, mais nous devons nous revêtir et conserver en nous l’habit nuptial, la charité, vivre un profond amour pour Dieu et pour notre prochain. [6]»

 

Et cet habit nuptial, nous devons le tenir prêt en tout temps ; on le voit bien avec la parabole des 10 vierges : « Alors, le royaume des Cieux sera comparable à dix jeunes filles invitées à des noces, qui prirent leur lampe pour sortir à la rencontre de l’époux. […] l’époux arriva. Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte fut fermée. Plus tard, les autres jeunes filles arrivèrent à leur tour et dirent : “Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !” Il leur répondit : “Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas.” Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. » (Mt 25, 1 ; 10-13)

 

Nous avons jusqu’ici davantage parlé des « préparatifs du banquet » : mais quand aura lieu ce banquet ? On le sait, c’est sur la croix que les Noces de l’Agneau ont été scellées, et c’est la Mort et la Résurrection du Christ qui ouvrent le Banquet, en nous ouvrant à nouveau les portes du Ciel. La très belle homélie du Samedi Saint nous dit ainsi la joie du Christ entraînant les premiers sauvés au Banquet, en particulier Adam et Ève !

 

« Dieu est mort dans la chair et les enfers ont tressailli. Dieu s’est endormi pour un peu de temps et il a réveillé du sommeil ceux qui séjournaient dans les enfers. Il va chercher Adam, notre premier Père, la brebis perdue. Il veut visiter tous ceux qui sont assis dans les ténèbres et l’ombre de la mort. Il va, pour délivrer de leurs douleurs Adam dans ses liens et Ève captive avec lui, lui qui est en même temps leur Dieu et leur fils […]

 

Le Christ, ayant saisi Adam par la main, lui dit : « Éveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts… Lève-toi, toi qui dormais, car je ne t’ai pas créé pour que tu séjournes ici enchaîné dans l’enfer. Relève-toi d’entre les morts, Je suis la Vie des morts. […] Levez-vous, et allons de la douleur à la joie, de la prison à la Jérusalem céleste, des chaînes à la liberté, de la captivité aux délices du Paradis, de la terre au ciel. Mon Père céleste attend la brebis perdue, la salle des noces est préparée, le Royaume des cieux qui existait avant tous les siècles vous attend[7]»

 

Ensuite, pour chaque chrétien, « le jour de la mort inaugure […], au terme de sa vie sacramentelle, l’achèvement de sa nouvelle naissance commencée au Baptême, la  » ressemblance  » définitive à  » l’image du Fils  » conférée par l’Onction de l’Esprit Saint et la participation au Festin du Royaume qui était anticipée dans l’Eucharistie, même si d’ultimes purifications lui sont encore nécessaires pour revêtir la robe nuptiale. [8]».

 

Demandons la grâce pour chacun d’entendre l’invitation de Dieu et de s’y préparer : c’est ce à quoi nous invitait le Pape François dans une de ses homélies : « On lit dans le passage de l’Apocalypse : ‘Alors l’ange me dit : “Ecris : Heureux les gens invités au festin des noces de l’Agneau”.’ L’invitation du Seigneur est toujours une voix susurrée, c’est une voix douce, comme le dit le livre des Rois. La voix de Dieu, quand il parle au cœur est ainsi : comme un fil de silence sonore, le susurrement de Dieu. C’est précisément cette invitation, cette promesse qu’il nous a faite, qu’il a faite au peuple : “Je l’appellerai, et je le conduirai dans le désert et je parlerai à son cœur”, avec cette voix douce. Et cette invitation sera la fin, notre salut : une invitation au festin des noces de l’agneau. […] Que le Seigneur nous donne la grâce d’attendre cette voix, de nous préparer à entendre cette voix : “Viens, viens, viens serviteur fidèle, pécheur mais fidèle : viens, viens au banquet de ton Seigneur [9]»

 

[1] Fr. Alain Quilici (op) – Homélie du 12 octobre 2008 (cf. site des Dominicains de Toulouse : http://toulouse.dominicains.com/homelie/la-parabole-des-invites-aux-noces/)

[2] Fr. Alain Quilici (op) – Homélie du 12 octobre 2008

[3] Catéchisme de l’Eglise Catholique n°546

[4] Jean-Paul II – Homélie pour sa visite pastorale à la paroisse Ste Catherine de Sienne (Rome) – 10 oct. 1999

[5] Catéchisme de l’Eglise Catholique n°2837

[6] Benoît XVI – Homélie lors de la visite pastorale à Lamezia Terme et à Serra San Bruno, 9 octobre 2011

[7] Attribué à Saint Epiphane de Salamine – Homélie pour le grand Samedi Saint

[8] Catéchisme de l’Eglise Catholique n°1682

[9] Pape François – Réfléchir sur la fin – Synthèse de sa méditation à la chapelle Ste Marthe, 24 nov. 2016

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