L’unité dans l’éducation des enfants

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Récollection de foyers 2018-2019 – 4e Trim. 2018

Enseignement 3/3 (P. Bernard)

L’unité, principe de force et de vie pour l’Eglise et la famille

III) ÉDUQUER LES ENFANTS DANS LA VÉRITÉ ET LA CHARITÉ EN VUE DE LA VRAIE UNITÉ EN JÉSUS

Bien chers amis, notre troisième causerie (la première causerie est disponible ici, et la deuxième ici !) est en vue de vous aider dans votre mission de parents éducateurs de vos enfants. Cette causerie voudrait aussi être en lien avec la première sur le développement du dogme et l’histoire de l’Eglise. N’oublions pas ce que nous avons approfondi, hier soir, sur les défis et les combats contre les démons menteurs et diviseurs que l’Eglise a dû affronter pour maintenir l’unité de l’Eglise pendant le premier millénaire. N’idéalisons pas outre mesure, cependant, l’unité de l’Eglise à la fin du premier millénaire. Elle n’était pas l’unanimité de la première communauté chrétienne dont parle St Luc dans les Actes des apôtres : un seul cœur et une seule âme, mais l’Eglise était tout de même unie, grâce à l’adhésion plus ou moins parfaite aux dogmes des Conciles dits œcuméniques et grâce à la charité qui unissait les Eglises particulières = Eglises sœurs. Nous vivons le troisième millénaire de l’Eglise et celle-ci n’a pas encore retrouvé son unité, qui a été déchirée au cours du deuxième millénaire par le grand schisme avec l’Orient et le schisme occidental suite à la réforme protestante. Nous sommes toujours « séparés » avec nos frères orthodoxes, même si les excommunications ont été levées. Nous ne partageons pas l’intégralité de la Foi avec nos frères anglicans, luthériens et calvinistes. Mais nous ne devons pas nous décourager. Soyons passionnés par l’œcuménisme et désirons ardemment la réalisation de la prière de Jésus : «qu’ils soient UN pour que le monde croie » (Jn 17).  Ce qui s’est passé pour l’Eglise, s’est aussi passé dans beaucoup de familles. Le démon diviseur a été à l’œuvre et il est toujours à l’œuvre. Retrouver l’unité dans la vérité et la charité n’est jamais facile. L’Histoire de l’Eglise nous l’enseigne, mais nous ne devons pas baisser les bras. Nous devons être d’infatigables apôtres de l’unité dans la vérité et la charité.

           > En tant qu’époux chrétiens, vous êtes au service de l’unité dans votre famille

            Si le « jamais rien l’un sans l’autre » est difficile à réaliser entre conjoints, le « rien les uns sans les autres » est plus difficile encore entre parents et enfants au sein de la famille et davantage dans la famille élargie. Agissez avec vos enfants en admirant l’action de l’Esprit-Saint dans l’Eglise qui fait cohabiter dans la vérité et la charité des charismes différents et complémentaires. L’Unité de l’Eglise, en effet, n’est pas l’uniformité, mais elle se réalise dans l’harmonie des dons de chacun, le respect mutuel, l’écoute et l’amour. Il en est ainsi dans la famille. Combien il est difficile à la nature humaine blessée d’écouter les autres et de les accepter quand ils sont différents de nous ! Quels sont les parents qui n’ont pas de difficultés avec tel ou tel enfant ? Pour être éducateurs selon le Cœur de Jésus et le Cœur Immaculé de Marie, vous avez besoin de recourir à la prière et aux sacrements et de confier plus souvent vos enfants à Jésus miséricordieux, à Dieu le Père, source de la vraie miséricorde, et au Saint-Esprit. Une prière toute simple peut vous y aider : « Vous me les confiez, je vous Les confie ». En tant que procréateurs, vous êtes comme les intendants de Dieu auprès de vos enfants qui, par le baptême, sont devenus les enfants de Dieu. Avec tel enfant, vous pouvez souffrir un échec plus ou moins long. Ne vous découragez jamais et prenez comme modèle Sainte Monique, qui a beaucoup pleuré sur son fils Augustin, pécheur, et don l’amour maternel n’a pas diminué. Elle a toujours été fidèle à la vérité en refusant à son fils de coucher « sous son toit » avec sa concubine. Son amour dans la vérité a porté des fruits : Augustin s’est converti grâce à sa maman et il est devenu le grand docteur de l’Amour divin !

 

            Votre service de l’unité dans la famille élargie est encore beaucoup plus difficile. Ce qui s’est vécu dans l’Eglise au cours du second millénaire et qui a déchiré le Corps du Christ, se vit, redisons-le, dans beaucoup de familles aujourd’hui. Faire semblant d’être unis, ce n’est pas être dans la vérité. L’irénisme est un faux œcuménisme et il ne rend pas service à la cause de l’unité ! Priez, échangez et vivez bien votre rien l’un sans l’autre pour voir comment être de vrais témoins de la vérité dans l’amour selon le Cœur de Jésus dans votre famille élargie.

 

           > Éduquez les enfants à l’adhésion aux vérités révélées et aux valeurs non négociables

            Benoît XVI avait dit à nos évêques, le 14 septembre 2008 à Lourdes : « Les deux instruments principaux dont vous disposez, le Catéchisme de l’Église catholique et le Catéchisme des Évêques de France constituent de précieux atouts. Ils donnent de la foi catholique une synthèse harmonieuse et permettent d’annoncer l’Évangile dans une fidélité réelle à sa richesse. La catéchèse n’est pas d’abord affaire de méthode, mais de contenu, comme l’indique son nom même : il s’agit d’une saisie organique (kat-echein) de l’ensemble de la révélation chrétienne, apte à mettre à la disposition des intelligences et des cœurs la Parole de Celui qui a donné sa vie pour nous. De cette manière, la catéchèse fait retentir au cœur de chaque être humain un unique appel sans cesse renouvelé: «Suis-moi» (Mt 9, 9). Une soigneuse préparation des catéchistes permettra la transmission intégrale de la foi, à l’exemple de saint Paul, le plus grand catéchiste de tous les temps, vers lequel nous regardons avec une admiration particulière en ce bimillénaire de sa naissance. Au milieu des soucis apostoliques, il exhortait ainsi : « Un temps viendra où l’on ne supportera plus l’enseignement solide, mais, au gré de leur caprice, les gens iront chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d’entendre du nouveau. Ils refuseront d’entendre la Vérité pour se tourner vers des récits mythologiques» (2Tm 4,3-4)». Cette première et primordiale recommandation de Benoît XVI n’a pas été suffisamment prise au sérieux. Ayez à cœur, chers parents, de transmettre à vos enfants l’intégralité du contenu de la Foi. Pour vous aider, nous avons composé un petit résumé de la Foi catholique, que nous voulons vous offrir. N’ayez pas peur de l’utiliser et de l’adapter selon l’âge de vos enfants. Ce petit résumé de la Foi vous aidera et vous permettra de mieux aborder le CEC. On ne peut transmettre que ce que l’on connaît et que l’on a assimilé.

            L’essentiel du contenu dont parlait Benoît XVI est : les 12 articles du symbole des apôtres, les 7 sacrements, les 10 commandements et les prières du « Notre-Père » et du « Je vous salue ».

            S’il n’y a pas la transmission intégrale de la Foi, vos enfants, au fur et à mesure de leur croissance en tant qu’adolescents puis jeunes, de leur confrontation avec les autres enfants, adolescents et jeunes dans leur milieu scolaire, culturel ou sportif, risqueront de se laisser imprégner par la culture du relativisme et du libéralisme libertaire.

            Sainte Jeanne d’Arc n’a pas fait de grandes études, mais elle a reçu dans sa famille les éléments fondamentaux de la Foi. Elle est devenue une des Patronnes secondaires de la France. Beaucoup de saints ont aussi reçu de leurs parents le contenu intégral de la catéchèse dont parlait Benoît XVI.

            Le contenu intégral de la Foi doit être transmis très tôt. Les petits enfants peuvent le connaître par cœur. Chaque année, au rythme de leur croissance, de leurs connaissances et de leur sagesse, on pourra leur donner des explications qu’ils peuvent comprendre en ce qui concerne tel article du symbole des apôtres, tel sacrement, tel commandement. Transmettre le contenu de la Foi, ce n’est pas si difficile que cela. Il faut tout simplement le vouloir. Vous devez le vouloir pour le vrai bien de vos enfants.

 

     Transmettre le contenu n’est pas suffisant ! Nous avons eu l’expérience en notre France déchristianisée de la grande difficulté de faire le catéchisme à des enfants de parents non pratiquants. Il y a 30 ans, dans notre paroisse de St Pierre-de-Colombier, les parents non pratiquants envoyaient encore leurs enfants au catéchisme, le mercredi, mais les enfants ne venaient pas à la Messe du dimanche parce que les parents ne pratiquaient pas. Le contenu, que notre Père Fondateur nous a appris à transmettre de notre mieux, est resté comme graine semée dans l’âme de ces enfants, mais qui a été aussitôt étouffée par les ronces. Cette graine se développera-t-elle un jour ? Ce n’est pas impossible, car rien n’est impossible à Dieu. Autre est celui qui sème, autre celui qui moissonne ! Cette expérience qu’un grand nombre de prêtres et de consacrés ont fait, comme nous, en France révèle que la transmission du contenu doit aller de pair avec la pratique et l’éducation chrétiennes à l’observance des commandements de Dieu et à l’exercice des vertus. Jean-Paul II, dans Familiaris Consortio, a dit que vos familles étaient comme de petites églises domestiques. Le sommet de la vie d’une église domestique est la rencontre avec Jésus ressuscité dans la célébration de la Messe. Les enfants ont besoin de recevoir le contenu de la Foi de leurs parents mais de voir aussi leurs parents pratiquer leur religion chrétienne, vivre de Jésus, vivre avec Jésus, recevoir les sacrements. Ils ont besoin de prier avec papa et maman et de dire le chapelet en famille. Au cours du chapelet, on peut d’ailleurs transmettre beaucoup de réalités spirituelles dont les grands mystères de la Foi.

            Collaborez avec Dieu pour développer en l’âme de vos enfants les vertus théologales de Foi, d’Espérance et de Charité. Ces vertus se développent par de petits actes au fur et à mesure que vos enfants grandissent. Il est important d’apprendre aux tout petits les noms de Jésus et de Marie et de les leur faire dire souvent. Ainsi la vertu théologale de Foi grandit. Pour l’Espérance, il faut les aider à comprendre que nous sommes créés pour le Ciel. Pour la charité, tout acte d’amour pour Jésus fait croître cette vertu. La vie de la grâce devrait être plus importante encore pour des parents chrétiens que la vie du corps.

 

         Éduquez vos enfants à être toujours vrais et apprenez-leur à haïr le mensonge. Donnez-leur l’exemple de Jésus : « Quand vous dites “oui”, que ce soit un “oui”, quand vous dites “non”, que ce soit un “non”. Tout ce qui est en plus vient du Mauvais » (Mt 5, 33). Mettez-les en garde contre le démon et le mal et faites-leur découvrir la vie des saints. N’oublions pas ce que disait Jésus à ses contradicteurs : « Vous avez pour père le diable et vous voulez faire ce que votre père désire. Il a été meurtrier … En effet, il est menteur, et c’est le père du mensonge» (Jn 8,44). Notre Père Fondateur insistait beaucoup auprès de tous les éducateurs pour lutter contre le mensonge. Un enfant qui ment est un enfant dont l’âme est en danger. Il faut de l’énergie pour le reprendre et déraciner cette habitude du mensonge. En un monde où le mensonge est utilisé dans les médias, dans le monde politique et, hélas aussi, en notre Eglise, donnons très tôt à nos enfants la haine du mensonge afin qu’il ne se mette pas à l’écoute du père du mensonge.

 

            Éduquez vos enfants à haïr le péché et surtout le péché mortel. N’oubliez pas ce que disait Blanche de Castille au futur Saint Louis : elle aurait préféré le voir mort à ses pieds plutôt que le savoir avoir commis un péché mortel. Faites découvrir à vos enfants les petites enfants de Fatima, Anne de Guigné, Saint Dominique Savio, Delphine de Fosseux dont la maman a donné un témoignage émouvant dans le livre « que mon fiat devienne magnificat ».

            Deux vertus absolument nécessaires dans l’éducation sont l’humilité et l’obéissance. Nous portons en tant que fils et filles d’Adam et Eve les conséquences du péché originel, péché de désobéissance et d’orgueil (« vous serez comme des dieux » avait dit le serpent !). Soyez très énergiques pour lutter contre ces virus diaboliques que sont l’orgueil et la désobéissance qui engendrent la jalousie, à l’origine du premier meurtre dans l’histoire de l’humanité : Abel tué par jalousie par son frère Caïn ! Pour combattre la jalousie, apprenez à vos enfants à savoir se réjouir des dons des autres et non à les envier. Le monde actuel ne les aide pas. Il faut être le plus fort, le meilleur, quitte à utiliser tous les moyens pour écraser ses adversaires. Attention, nos enfants, adolescents et jeunes, sont membres de ce monde. Eduquons-les aux vraies valeurs, aux valeurs non négociables, que Dieu a révélées dans les 10 commandements.

 

         > Éduquez les enfants aux vertus cardinales : tempérance, force, prudence, justice.

            Notre Père Fondateur a toujours rappelé l’importance des vertus humaines. Le surnaturel disait-il se greffe sur le naturel. Ne négligez donc pas l’exercice des vertus. Bien sûr, cet exercice demande de la patience, de la persévérance et de la confiance chez l’éducateur. Dans un monde où l’on veut tout et tout de suite et où l’on vit selon le sentiment et les tendances, l’éducation aux vertus n’est vraiment plus à la mode. Mais peu importe la mode. Sans vertus, il n’y a pas de sainteté possible. Le critère pour la béatification des baptisés est l’héroïcité des vertus.

            Que sont les vertus ? Le mot latin « virtus » signifie « force ». Les vertus sont donc des forces spirituelles de notre âme spirituelle. Les vertus sont à l’âme ce que les muscles sont au corps. Rêver être un grand sportif n’est pas suffisant, pour le devenir il faut développer ses muscles. Saint Paul disait que les athlètes faisaient de grands efforts pour gagner une couronne bien périssable ! Ce sont ces grands efforts qui développent les muscles.       De même que le sportif sait que l’entraînement est pénible et demande des efforts, de même tout homme sait qu’il n’est pas facile de développer les vertus de l’âme ! Les moralistes disent qu’elles ne sont pas innées, c’est-à-dire : elles ne sont pas données prêtes à l’emploi à la naissance. Elles doivent être acquises par l’éducation, des actes délibérés et par une persévérance toujours reprise dans l’effort. Ainsi, pour développer les vertus, il faut de la volonté et du caractère. Le développement des vertus morales a permis à des hommes de caractère d’entreprendre des œuvres humaines prodigieuses : Alexandre le Grand, Jules César, Napoléon, des grands sportifs, des héros nationaux dont Arnaud Beltrame. Sans vertus, ils n’auraient pas entrepris ce qu’ils ont entrepris, mais ces vertus n’étaient pas nécessairement chez tous en vue de la sainteté ! Les vertus humaines ne font pas nécessairement la sainteté, si elles ne sont pas au service de la charité ! Satan et les démons sont persévérants, mais ils se sont damnés. L’exercice des vertus, recherché pour le pouvoir, la maîtrise de soi, la gloire humaine, pourrait conduire à un grand orgueil. L’exercice des vertus en vue de la sainteté, quant à lui, est au service de la charité.

            Les enfants peuvent trouver en Jésus et chez les saints les modèles de vertu dont ils ont besoin. Ils ont aussi besoin d’éducateurs qui exercent les vertus propres des éducateurs : un amour authentique qui leur permet de pratiquer deux grandes vertus capitales : l’énergie et la douceur. Notre Père Fondateur disait : Il s’agit d’aimer en vérité, par le cœur. Aimez comme Jésus nous aime, avec lui, par lui. Demandez beaucoup l’accroissement de cette affection profonde. Si votre affection est véritable et profonde vous ne serez ni durs, ni mous, vous serez doux et énergiques. 

            Citons l’exemple des parents de sainte Gianna Molla : Mme Beretta, la maman de Jeanne (Beretta est le nom de jeune fille de Jeanne), était une éducatrice remarquable. Pour les devoirs à la maison, elle passait de l’un à l’autre de ses enfants pour conseiller chacun. Plus encore, elle étudiait le latin et le grec avec eux pour être capable de les aider. M et Mme Beretta pratiquaient de façon admirable la synthèse entre douceur et exigence avec une note de joie, signe de l’amour qui règne : voici le témoignage que leur ont rendu leurs enfants : « Ils étaient sévères mais ne battaient jamais leurs enfants. Ils expliquaient pour convaincre. La joie n’a jamais manqué chez nous. Celui qui n’a pas vécu une expérience semblable a du mal à comprendre. On apprend à se réjouir ensemble, à souffrir ensemble ; on s’aide dans les difficultés de la vie et dans les études« . M et Mme Beretta pratiquaient une autre vertu si essentielle en éducation : l’unité entre eux : quand l’un faisait un reproche, l’autre le soutenait toujours. Avec l’aide de la grâce, les yeux fixés sur Jésus, vous deviendrez vous aussi des éducateurs, malgré vos défauts, n’ayez pas peur ! Désirez ardemment devenir de saints éducateurs avec la grâce !

            Par nature, l’enfant n’est pas tempérant, il n’a pas le sens de la mesure et il est très faible face à ce qui lui plaît et l’attire de façon sensible. S’il n’est pas éduqué dans ce sens, il aura bien du mal, devenu plus grand, à vivre la tempérance dans le boire et le manger et à pratiquer la vertu de pureté. Comment donc éduquer les enfants dans ce domaine ? Un élément fondamental de l’éducation de la tempérance consiste à ne donner à chacun que ce dont il a besoin, et à éviter l’abondance. Prenons un exemple qui peut s’appliquer à de nombreux domaines : si un gâteau est prévu avec des parts raisonnables en fonction du nombre de personnes, on mange sa part. S’il en reste, on peut le finir le lendemain. Cela évite la tentation d’en manger de façon démesurée. Cette pratique est très éducatrice : elle évite de prendre de mauvaises habitudes ; elle permet de prévenir et l’on ne sera pas obligé de guérir.

            Eviter l’abondance vaut bien sûr dans le domaine de la nourriture, mais aussi plus largement, dans l’usage de tous les biens de cette terre. Citons encore l’exemple de la famille Beretta. Quand les enfants voulaient quelque chose de nouveau, M Beretta leur demandait toujours avant de l’acheter s’ils étaient convaincus que ce soit indispensable.

            L’éducation à la vertu de force ne va pas de soi. La petite Anne de Guigné, qui est morte à Cannes dans la maison où nous sommes installés, a remporté la victoire contre son tempérament orgueilleux. Sa maman lui avait donné une motivation pour mener ce difficile combat : qu’elle soit meilleure pour la consoler après la mort de son mari ! Vous avez déjà de l’expérience pour cette difficile éducation. Comprenez l’importance de l’éducation à la bonne tenue, à l’énergie, au combat contre la mollesse et contre la paresse. Il n’est pas facile de ne pas baisser les bras, en tant qu’éducateurs, car il faut redire sans cesse les mêmes choses et les résultats se font attendre ! La maman de Delphine de Fosseux a su donner à sa fille la motivation pour exercer la vertu de force : « Nous prierons la Sainte Vierge pour que Mademoiselle non devienne Mademoiselle oui » ! Delphine a été héroïque dans sa maladie. Mademoiselle non a bien laissé la place à Mademoiselle oui !

            Il n’est pas facile d’apprendre aux enfants à être forts pour choisir le bien et refuser le mal. Le père de Saint François de Sales n’a pas craint de punir son fils devant toutes les personnes du château parce qu’il avait gardé – sans malice – un objet qu’un ouvrier avait laissé traîner. L’énergie du père a eu des effets sur l’énergie du fils ! Le violent François est devenu, par la grâce de Dieu et la vertu de force, le doux François de Sales ! Jean Bosco était lui aussi violent. Il a suivi les traces de Saint François de Sales. Louis de Gonzague a reçu de son père une éducation énergique : ce dernier voulait en faire un grand marquis de Mantoue. L’éducation énergique a servi à Luigi pour devenir un grand Saint dans la Compagnie de Jésus, vocation que son père n’avait vraiment pas envisagé !

            Le combat de Jésus au désert devrait beaucoup éclairer et aider vos enfants. Faites-leur comprendre qu’être saint c’est dire « non » à Satan et « oui » à Jésus ! Il faut une grande force d’âme !

            Nous sommes créés pour vivre en relation avec des personnes et avec les Personnes divines. L’éducation à la vertu de justice est donc l’éducation à la vie en société. C’est dans la famille que l’on apprend à vivre en société. Une mère de famille nombreuse disait : « Lorsque l’on a l’habitude de couper la tarte en 3, si l’on a un ou deux invités, l’enfant ne sera pas content parce que sa part sera beaucoup plus petite. Lorsque l’on a l’habitude de couper la même tarte en 12, les enfants sont toujours heureux d’inviter des copains, même si on coupe la tarte en 13 ou 14, car on aime faire participer les autres à notre joie familiale » !  La vertu de justice concerne d’abord Dieu. Il faut donc apprendre aux enfants à imiter les saints qui disaient : Dieu premier servi ! Jésus à 12 ans a donné le témoignage qu’Il servait d’abord son Père. Sainte Jeanne d’Arc et saint Louis ont vécu cette maxime d’une manière admirable ! Il faut aider les enfants, ensuite, à comprendre que Dieu n’est pas le premier servi, s’ils n’aiment pas et ne servent pas leur prochain. Devenue jeune fille, Jeanne aimait secourir les pauvres. Pour eux, elle se privait de tant de bagatelles qui semblaient importantes pour les autres jeunes filles dans la toilette ou l’habillement. Il est bien évident que, pour éduquer les enfants à la justice, les parents doivent leur donner l’exemple. Dans la famille, d’abord, en faisant attention à ne pas être injustes en ayant ses enfants préférés et en le manifestant ostensiblement ! Il faut aimer chacun de ses enfants comme s’il était le préféré ! En-dehors de la famille, les parents doivent donner l’exemple de l’honnêteté en respectant le bien de leur prochain. Voler un œuf n’est pas voler un bœuf, mais il faut éduquer les consciences et donner aux enfants l’horreur du vol. S’il y a eu vol, si minime qu’il soit, il faut leur apprendre à toujours rendre ce qui a été volé ou à réparer.

            Éduquer à la vertu de justice, c’est leur apprendre à ne pas gaspiller et à ne pas acheter des choses inutiles. Expliquons-leur qu’il existe de nombreux enfants de leur âge qui ne mangent pas à leur faim ! Vos enfants ont leur copain à l’école qui possède tel ou tel gadget à la mode. Ils veulent avoir le même. Faites-leur comprendre que Jésus a vécu dans la pauvreté et n’avait pas ces gadgets !

            La prudence s’exerce en faisant d’abord attention avant de traverser la route, en étant prudent sur son vélo, dans les jeux etc… Il faut aussi aider les enfants à développer le discernement : ils ne doivent pas faire confiance en n’importe qui. On fait confiance à Jésus, à papa et maman, mais attention à d’autres personnes ! Vous saurez trouver les mots pour aider vos enfants et pour ne pas les troubler. En ces temps où l’on parle de pédophilie sans arrêt, il faut être vous-mêmes prudents pour savoir ce qu’il faut dire à tel enfant et taire à tel autre. L’éducation doit être personnalisée, ne l’oubliez jamais !

            Priez et lisez des vies de saints pour trouver des modèles qui aideront bien vos enfants. Maria Goretti pourrait être un excellent modèle de prudence pour les pré-adolescentes. Elle se méfiait beaucoup d’Alexandre, mais ce dernier a su profiter d’un moment où elle était toute seule pour la pousser au péché. Devant sa résistance, il l’a tuée.

            Faites découvrir à vos enfants que papa et maman prient Jésus et demandent conseil avant de prendre une décision importante. Beaucoup d’enfants foncent sans réfléchir, il n’est pas facile de leur apprendre à réfléchir avant d’agir ! La pratique de l’examen quotidien de conscience peut être une aide précieuse pour le développement de la réflexion personnelle.

S’il faut du temps pour développer les muscles du corps, il en faut encore plus pour développer les muscles de l’âme que sont les vertus ! Notre Fondateur n’a jamais cessé de rappeler aux éducateurs qu’ils devaient développer 3 vertus importantes pour leur belle mais difficile mission : « Patience, persévérance et confiance ». Il faut beaucoup de patience, en effet, pour répéter sans se lasser à son enfant : « Tiens-toi bien, sois prudent…. ». Il faut beaucoup de persévérance pour ne jamais baisser les bras. Il faut enfin une grande confiance en la grâce de Jésus : on ne doit jamais désespérer de la grâce !

            Comprenons mieux aussi ce que peut devenir un enfant qui n’a pas été éduqué aux vertus : il peut être semblable à Marie Magdeleine, la grande pécheresse ou à Charles de Foucauld, qui n’était ni tempérant, ni fort, ni juste, ni prudent. Beaucoup de jeunes délinquants d’aujourd’hui ne le seraient probablement pas, s’ils avaient été aimés par un papa et une maman et éduqués aux vertus dans l’Amour de Dieu. Comprenez la priorité de cette éducation pour vos familles mais aussi pour la France, pour le monde, pour l’Eglise. Notre Fondateur a compris cette priorité, c’est la raison pour laquelle il a fondé notre Famille Missionnaire dont le charisme est l’éducation spirituelle des cœurs à la ressemblance des Cœurs de Jésus et de Marie. Votre travail est important : il est nécessaire que vous gagniez ce qu’il faut pour faire vivre votre famille et, aujourd’hui, la vie d’une famille coûte cher ! Mais n’oubliez jamais que le plus important est l’éducation de vos enfants ! L’éducation est un divin métier, une mission divine.             Nous espérons que cette récollection vous aidera dans votre vie conjugale, votre mission de parents chrétiens et votre participation à la vie et à la mission de l’Eglise. La connaissance de l’histoire de l’Eglise est importante pour relever les défis qui sont devant nous. Soyons des instruments d’unité dans la vérité et la charité avec Jésus et Marie.

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