Mesurons la grandeur de l’homme…

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En parcourant l’Écriture… Les homélies d’Origène sur la Genèse (2/8)

1 – La Création

Avec cette série « En parcourant l’Ecriture« , nous voudrions à nouveau vous faire partager les richesses de la littérature patristique et nous vous proposons de découvrir cette fois les écrits d’Origène avec ses Homélies sur la Genèse.

Voici aujourd’hui un extrait de la 1ère homélie, sur la Création.

Le sixième jour

—  » Et Dieu dit : que la terre produise des êtres vivants selon leur espèce, des quadrupèdes et des êtres qui rampent et des bêtes de la terre selon leur espèce. Et il en fut ainsi. Et Dieu fit les bêtes de la terre selon leur espèce et tous les êtres qui rampent sur la terre selon leur espèce. Et Dieu vit que cela était bon. « 

L’explication littérale ne fait aucune difficulté. Car il est dit d’une manière évidente que c’est Dieu qui a créé les êtres vivants, les quadrupèdes, les bêtes et les serpents de la terre. […]

Puis quand, sur l’ordre de Dieu, par son Verbe, toutes les choses visibles eurent été faites, quand fut aménagé cet immense monde visible et qu’eurent été du même coup allégoriquement figurés par là les ornements de ce monde plus petit qu’est l’homme, alors l’homme lui-même fut créé, comme il est dit dans la suite.

 —  » Et Dieu dit : faisons l’homme à notre image et ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer et les oiseaux du ciel, sur les êtres vivants et sur toute la terre et sur tous les êtres qui rampent sur la terre. « 

Par suite de nos explications antérieures, c’est l’homme tel que nous l’avons décrit qui reçoit de Dieu ordre de dominer les bêtes nommées plus haut : oiseaux, êtres qui rampent, quadrupèdes et tous les autres.

Nous avons dit quelle interprétation allégorique leur donner, quand nous avons expliqué que l’eau, c’est-à-dire l’esprit de l’homme, avait reçu l’ordre de produire le sens spirituel, tandis que la terre devait produire le sens charnel, en sorte que ce soit l’esprit qui domine les animaux et non pas ceux-ci l’esprit. Car l’homme, ce grand  » ouvrage  » de Dieu pour lequel le monde entier fut créé, Dieu le veut non seulement pur et exempt, mais encore au-dessus de tout ce que nous avons dit.

Mais voyons maintenant par les paroles mêmes de l’Ecriture quelle sorte d’animal est l’homme.

C’est sur l’ordre de Dieu que toutes les autres créatures ont été faites, témoin l’Ecriture :  » Et Dieu dit : que le firmament soit « , et  » Dieu dit : que l’eau qui est sous le ciel se réunisse en une seule masse et que l’élément sec apparaisse « ,  » et « Dieu dit : que la terre produise une herbe de gazon « , et ainsi du reste. Mais voyons quelles sont les créatures que Dieu a faites en personne et, par elles, mesurons la grandeur de l’homme.

 » Au commencement Dieu fit le ciel et la terre.  » De même : «  Il fit deux grands luminaires « . Et maintenant :  » Faisons l’homme « . Ce sont seulement ces créatures, à l’exclusion de toute autre, qui composent l’œuvre personnelle de Dieu. Dieu n’a fait que le ciel et la terre, — le soleil, la lune et les étoiles, — et, maintenant, l’homme, tandis que tout le reste, dit l’Ecriture, a été fait sur son ordre. Considérez par là quelle est la grandeur de l’homme : on l’assimile aux plus grands et aux principaux éléments, on l’honore à l’égal du ciel, aussi bien a-t-il la promesse du  » royaume des cieux « . On l’honore à l’égal de la terre , aussi bien espère-t-il pénétrer dans une terre bonne, dans  » la terre des vivants où coulent le lait et le miel « . On l’honore à l’égal du soleil et de la lune, aussi bien lui est-il promis de resplendir  » comme le soleil dans le royaume de Dieu « .

 — Mais je distingue dans la condition de l’homme quelque chose de plus éminent encore, qui ne se trouve dit nulle part ailleurs :  » Dieu fit l’homme et il le fit à son image « . Cela ne se trouve mentionné ni pour le ciel, ni pour la terre, ni pour le soleil ou la lune. […]

Dieu fit donc l’homme, et il le fit à l’image de Dieu. Il nous faut voir quelle est cette image de Dieu et chercher à la ressemblance de quelle image l’homme a été fait. Car il n’est pas dit que Dieu fit l’homme à son image et à sa ressemblance, mais qu’  » il le fit à l’image de Dieu « . Quelle est donc cette image de Dieu à la ressemblance de laquelle l’homme a été fait ? Ce ne peut être que notre Sauveur. Il est  » le premier né de toute créature «, de Lui il est écrit qu’il est  » la splendeur de la lumière éternelle et la forme visible de la substance de Dieu », il dit de lui-même :  » Je suis dans le Père et le Père est en moi  » et  » qui me voit, voit le Père « . En effet, celui qui voit l’image de quelqu’un voit celui que l’image représente, ainsi par le Verbe de Dieu, qui est l’image de Dieu, voit-on Dieu. C’est donc bien la vérité quand Il dit :  » qui me voit, voit le Père. « 

C’est à la ressemblance de cette image que l’homme a été fait. Aussi notre Sauveur, qui est l’image de Dieu, ému de pitié pour l’homme qui avait été fait à sa ressemblance et qu’il voyait renoncer à son image pour revêtir celle du malin, ému de pitié, prit lui-même l’image de l’homme et vint à lui, comme affirme l’Apôtre en disant :  » bien qu’il fût dans la condition de Dieu, il n’a pas retenu avidement son égalité avec Dieu, mais il s’est anéanti lui-même en prenant la condition d’esclave, et, reconnu pour homme en tout ce qui a paru de lui, il s’est abaissé lui-même jusqu’à la mort « . […]

Ayons donc toujours les yeux sur cette image de Dieu, pour pouvoir être formés de nouveau à sa ressemblance. Car si l’homme, créé à l’image de Dieu, est devenu semblable au diable par le péché, en regardant, au rebours de sa nature, l’image du diable, il y a bien plus de raison qu’en regardant l’image de Dieu à la ressemblance de laquelle il a été fait par Dieu, il reçoive du Verbe et de sa vertu, la forme qu’il tenait de sa nature. Que nul, s’il découvre qu’il ressemble plus au diable qu’à Dieu, ne désespère de pouvoir recouvrer la forme de l’image de Dieu, puisque le Sauveur n’est  » pas venu appeler à la pénitence les justes mais les pécheurs « . Matthieu était un publicain et son image ressemblait au diable, mais en venant à l’image de Dieu, à notre Seigneur et Sauveur, et en la suivant, il a été transformé à la ressemblance de l’image de Dieu.  » Jacques, fils de Zébédée et Jean son frère  » étaient des pêcheurs et  » des gens sans lettres  » qui, pour lors, ressemblaient à l’image du diable, mais en suivant eux aussi l’image de Dieu, ils lui sont devenus semblables, comme du reste les autres apôtres. Paul persécutait l’image même de Dieu, quand il put en voir la beauté et la splendeur, cette vision le transforma tellement à sa ressemblance qu’il disait :  » Cherchez-vous le témoignage du Christ qui parle en moi ? « 

—  » Il les créa mâle et femelle, et Dieu les bénit en disant : croissez et multipliez, remplissez la terre et dominez-la. « 

Il paraît intéressant de rechercher ici en explication littérale pourquoi, tandis que la femme n’existe pas encore, l’Ecriture dit :  » Il les fit mâle et femelle. « 

Si elle devance l’avenir en disant :  » Et il les fit mâle et femelle « , c’est probablement, à mon avis, à cause de la bénédiction que Dieu leur donna en disant :  » croissez et multipliez « , car l’homme ne peut croître ni multiplier sans la femme. Pour qu’il n’y ait pas d’hésitation sur l’efficacité de la bénédiction, il est dit : «  il les fit mâle et femelle « . De la sorte, l’homme, voyant que croître et multiplier découlait de ce qu’on lui adjoignait une femme, pouvait garder une confiance plus assurée en la bénédiction divine. Si l’Ecriture avait dit :  » croissez et multipliez, remplissez la terre et dominez-la « , sans ajouter qu’ « il les fit mâle et femelle « , l’homme serait resté sceptique en la bénédiction divine, comme Marie répondit à la bénédiction de l’Ange :  » comment le saurai-je puisque je ne connais point d’homme ? « .

Mais si l’Ecriture dit en anticipant :  » Et il les fit mâle et femelle « , c’est peut-être aussi parce que toutes les œuvres de Dieu, par ailleurs, vont par groupes et sont unies, comme le ciel et la terre, le soleil et la lune , l’Ecriture a voulu montrer que l’homme est de même une œuvre de Dieu et qu’il n’a pas été réalisé sans le complément ni l’union qui lui convenaient.

Tout cela n’a fait que répondre à un problème d’explication littérale…

 — Mais voyons aussi ce que signifie au sens allégorique que l’homme a été fait mâle et femelle à l’image de Dieu.

Notre homme intérieur est constitué d’un esprit et d’une âme. On peut faire de l’esprit le mâle et de l’âme la femelle. Si ces deux éléments s’entendent et s’accordent entre eux, par leur union ils croissent et multiplient, ils engendrent des fils : les bons mouvements, les idées et les pensées profitables, au moyen desquels ils remplissent et dominent la terre. Autrement dit, ayant maîtrisé le sens de la chair, ils l’inclinent à de bons desseins, et ils le dominent en ne tolérant aucune insurrection de la chair contre la volonté de l’esprit. Si donc il arrive que l’âme qui est unie à l’esprit et pour ainsi dire mariée avec lui, s’écarte vers les plaisirs corporels et se porte aux jouissances de la chair, si tantôt elle semble obéir aux salutaires avertissements de l’esprit et tantôt cède aux vices charnels, cette âme souillée par l’adultère du corps, ne peut pas croître ni multiplier légitimement, au reste, l’Ecriture nomme les imparfaits des fils d’adultère. Cette âme divorcée d’avec l’esprit se livre tout entière au sens de la chair et aux désirs corporels, elle se détourne effrontément de Dieu et elle s’entendra dire qu’  » elle a pris un visage de courtisane et qu’elle s’est livrée sans pudeur à tout le monde « . Elle sera donc punie comme une courtisane et l’on ordonnera de  » préparer un massacre à ses fils « . […]

Et nous, selon la parole de l’Apôtre Paul,  » appliquons-nous à la lecture « , pour que nous puissions, selon ses propres termes,  » recevoir le sens du Christ  » et connaître  » ce que Dieu nous a donné « . Ce qui nous a été donné comme nourriture, n’en faisons pas une nourriture de  » porcs  » ou de chiens, mais transformons-le pour nous rendre dignes de recevoir dans l’asile de notre cœur le Verbe et Fils de Dieu qui vient avec son Père et qui veut faire en nous sa demeure dans l’Esprit Saint, dont nous devons être avant tout le temple par notre sainteté. A Lui, la gloire dans l’éternité des siècles et des siècles. Ainsi soit-il.

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