Perdre quelque chose pour Dieu, c’est le retrouver plusieurs fois

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En parcourant l’Écriture… Les homélies d’Origène sur la Genèse (5/8)

4 – Le sacrifice d’Abraham

Avec cette série « En parcourant l’Ecriture« , nous voudrions à nouveau vous faire partager les richesses de la littérature patristique et nous vous proposons de découvrir cette fois les écrits d’Origène avec ses Homélies sur la Genèse.

Voici aujourd’hui un extrait de la 8ème homélie, sur le sacrifice d’Isaac, demandé par Dieu à Abraham (Gn 22)

Et il arriva, dit l’Ecriture, que […] Dieu éprouva Abraham et lui dit : […]  » Prends Isaac, le fils très cher que tu aimes, et tu me l’offriras. Va sur un lieu élevé, et, là, tu me l’offriras en holocauste sur une montagne que je te montrerai.  » […]

 

Qu’en dis-tu, Abraham ? Quelles sont les pensées qui s’agitent dans ton cœur ? La voix de Dieu s’est fait entendre pour secouer et éprouver ta foi. Qu’en dis-tu ? Qu’en penses-tu ? Est-ce que tu hésites ? Est-ce que tu rumines et calcules ainsi dans ton cœur :  » Si c’est en Isaac que la promesse m’a été faite et que je l’offre en holocauste, je n’ai plus de promesse à attendre ?  » N’est-ce pas plutôt cet autre raisonnement que tu tiens, en te disant que celui qui t’a fait la promesse ne peut mentir et que, quoi qu’il arrive, la promesse demeurera ? […]

 

L’Apôtre Paul qui avait connu, je crois, par l’Esprit, les sentiments et les pensées d’Abraham, nous les a indiqués dans ce passage :  » Abraham ne broncha point dans sa foi, lorsqu’il offrit son fils unique sur qui reposaient les promesses, il estimait que Dieu était assez puissant pour le ressusciter des morts.  » (He 11,17). L’Apôtre nous a donc livré les pensées de cet homme de foi : car ce fut alors, à propos d’Isaac, la première fois que se manifesta la foi en la résurrection. Abraham espérait qu’Isaac ressusciterait, il croyait que se réaliserait ce qui n’était pas encore accompli. Comment donc peuvent-ils être  » enfants d’Abraham « , ceux qui ne croient point à l’accomplissement dans le Christ de ce qu’Abraham croyait seulement en espérance dans Isaac ? J’ajouterai, plus clairement encore, Abraham savait qu’il figurait d’avance l’image de la vérité à venir, il savait que le Christ naîtrait de sa descendance pour être offert en victime, véritable cette fois, du monde entier et ressusciter d’entre les morts.

 

—  Mais pour lors,  » Dieu, dit l’Ecriture, éprouvait Abraham et il lui dit : prends ton fils très cher, celui que tu aimes « .

Comme s’il ne lui suffisait pas de dire «  fils « , il ajoute  » très cher « . Passe ! Mais pourquoi ajouter encore :  » Celui que tu aimes ?  » C’est qu’il veut rendre l’épreuve plus pesante : par ces expressions de tendresse et d’affection plusieurs fois répétées, il ravive les sentiments paternels, pour qu’au souvenir vivace de son amour la main du père hésite à immoler le fils et que contre la foi de l’esprit toute l’armée de la chair entre en révolte.

 

 » Prends donc, dit-il, Isaac, ton fils très cher, celui que tu aimes.  » Passe encore, Seigneur, que vous parliez d’un fils à son père, mais que vous l’appeliez  » très cher « , quand vous lui enjoignez de l’immoler ! Ah ! Cela suffise au supplice du père ! Mais vous ajoutez encore :  » Celui que tu aimes.  » Et c’est là un supplice trois fois plus grand pour le père. Pourquoi faut-il que vous rappeliez encore son nom d’Isaac ? Abraham ne savait-il donc pas que son fils, son fils très cher, son fils qu’il aimait, s’appelait Isaac ? C’est pour qu’Abraham se souvienne que vous lui aviez dit :  » C’est en Isaac que résidera la postérité qui portera ton nom, et c’est en Isaac que se réaliseront pour toi les promesses « . Si le nom est mentionné, c’est pour qu’il lui vienne à la pensée de se défier des promesses qui furent faites en ce nom. Bref, tout cela, parce que Dieu éprouvait Abraham.

— Qu’y a-t-il ensuite ?  » Va sur un lieu élevé, dit l’Ecriture, sur la montagne que je te montrerai, et, là, tu l’offriras en holocauste. « 

 

Observez, dans le détail, comment l’épreuve augmente peu à peu.  » Va sur un lieu élevé.  » Est-ce qu’Abraham avec l’enfant n’aurait pas pu être conduit d’abord sur ce lieu élevé et placé sur la montagne que le Seigneur avait choisie, et là seulement s’entendre dire d’offrir son fils ? Mais non : c’est en premier lieu qu’il lui est imposé d’offrir son fils et ce n’est qu’ensuite qu’on lui ordonne de se rendre sur un lieu élevé et de gravir la montagne. Dans quelle intention ?

 

C’est pour que sur la route, chemin faisant, tout le long du trajet, il soit déchiré dans ses pensées, pour qu’il soit tourmenté tour à tour par le commandement qui le presse et par l’amour de son fils unique qui se révolte. C’est pour cela aussi qu’on lui impose le voyage et l’ascension de la montagne, c’est pour laisser le temps de s’affronter, au cours du trajet, l’affection paternelle et la foi, l’amour de Dieu et l’amour de la chair, l’attrait des biens présents et l’attente des biens futurs.

C’est donc  » sur un lieu élevé  » qu’on l’envoie, mais, pour un patriarche qui va accomplir pour le Seigneur une si grande action, il ne suffit pas d’un lieu élevé, c’est une montagne qu’on lui ordonne de gravir, et cela veut dire qu’il doit, à l’instigation de la foi, délaisser les choses terrestres et monter vers celles d’en haut.

 

—  » Abraham se leva donc de bon matin, sella son ânesse et fendit le bois de l’holocauste. Il emmena son fils Isaac et deux serviteurs, et parvint à l’endroit que Dieu lui avait fixé, le troisième jour. « 

Abraham se leva le matin — en ajoutant le mot  » matin  » l’Ecriture a peut-être voulu montrer qu’un rayon de lumière brillait déjà dans son cœur —, il sella son ânesse, prépara le bois et prit son fils. Il ne délibère pas, n’hésite pas, ne parle à personne de son dessein, mais aussitôt se met en marche.

 

 » Et il parvint à l’endroit que le Seigneur lui avait fixé, le troisième jour.  » […]

 

Ce troisième jour est, comme de juste, plein de mystères : lorsque le peuple sortit d’Egypte, c’est le troisième jour qu’il offre un sacrifice à Dieu et qu’il se purifie, la résurrection du Seigneur à lieu le troisième jour, et beaucoup d’autres mystères sont enfermés en ce troisième jour. […]

 

—  Ensuite,  dit  l’Ecriture,  » Abraham prit le bois de l’holocauste, le mit sur son fils Isaac, prit du feu dans la main, et le couteau, et ils s’en allèrent ensemble « .

 

Si Isaac porte lui-même le bois de l’holocauste, c’est que cela est une figure du Christ qui  » porta lui-même sa croix « , bien que, toutefois, porter le bois de l’holocauste soit l’office du prêtre : mais le Christ est à la fois la victime et le prêtre. Le mot qui suit : «  Et ils s’en allèrent tous deux ensemble « , se rapporte au même mystère. Tandis, en effet, qu’Abraham, s’apprêtant à sacrifier, porte le feu et le couteau, Isaac ne marche pas derrière lui, mais avec lui, montrant par là qu’il s’acquitte lui aussi, pareillement, de la fonction sacerdotale.

Quelle est la suite ?  » Isaac, continue l’Ecriture, dit à son Père :  » Père !  » — Voilà bien, à ce moment, dans les paroles du fils, la voix de la tentation. Imaginez-vous à quel point cette voix du fils qui va être immolé peut bouleverser les entrailles paternelles ? Aussi, malgré l’inflexibilité de sa foi, Abraham répond à son tour par un mot d’affection :  » Qu’y a-t-il, mon fils ?  » Et Isaac de dire :  » Voici le feu et le bois, mais où est la brebis pour l’holocauste ?  » A quoi Abraham répondit :  » La brebis pour l’holocauste, Dieu s’en chargera, mon fils. « 

Cette réponse d’Abraham, à la fois exacte et prudente, me frappe. Je ne sais ce qu’il voyait en esprit, car il ne s’agit pas du présent, mais de l’avenir quand il dit :  » Dieu se chargera de la brebis.  » A son fils qui l’interroge sur le présent, il répond en disant l’avenir. C’est que le Seigneur lui-même devait se charger de la brebis dans la personne du Christ : en effet  » la Sagesse elle-même s’est bâti une maison  » et  » Il s’est humilié jusqu’à la mort «, bref, tout ce que vous lirez du Christ, vous découvrirez qu’il l’a fait librement et non point par contrainte. […]

 

—  » Et Abraham, dit l’Ecriture,  étendit  le  bras  pour  saisir le couteau et égorger son fils. Mais l’ange du Seigneur l’appela du ciel et lui dit :  » Abraham, Abraham. Il répondit : me voici. Et l’ange lui dit : Ne porte pas ta main sur l’enfant et ne lui fais rien. Car je sais maintenant que tu crains Dieu. « 

A propos de cette phrase on nous objecte d’ordinaire que Dieu reconnaît maintenant qu’Abraham craint Dieu, comme s’il l’avait ignoré auparavant. — Dieu le savait, cela n’échappait pas à Celui qui  » connaît toutes choses avant qu’elles soient « . Mais c’est pour vous que ces choses ont été écrites.

 

 » Maintenant je sais que tu crains Dieu.  » Mais pourquoi donc ces paroles ont-elles été dites à Abraham, pourquoi avoir proclamé qu’il craignait Dieu ? C’est parce qu’il n’a pas épargné son propre fils. — Rapprochons de cela les paroles de l’Apôtre où il est dit de Dieu qu’ » il n’a pas épargné son propre Fils mais qu’il l’a livré pour nous tous « . Voyez avec quelle magnifique générosité Dieu rivalise avec les hommes : Abraham a offert à Dieu un fils mortel qui ne devait pas mourir, Dieu a livré à la mort pour les hommes un Fils immortel.  […]

 

—  » Et, se retournant, Abraham leva les yeux, et voici qu’un bélier était retenu par les cornes dans un buisson de sabec. « 

Nous avons dit plus haut, je crois, qu’Isaac figurait le Christ, néanmoins, ici, c’est le bélier qui semble figurer le Christ. Il est intéressant de savoir comment l’une et l’autre figure, Isaac qui n’est point égorgé et le bélier qui l’est, conviennent également au Christ.

Le Christ est le  » Verbe de Dieu « , mais  » le Verbe s’est fait chair « . Par conséquent, dans le Christ, il est une chose qui vient d’en haut et une autre qui vient de la nature humaine et du sein virginal. Or, le Christ souffre, mais c’est dans sa chair, il subit la mort, mais c’est sa chair qui la subit, dont le bélier est ici la figure. Comme le disait Jean :  » Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui ôte les péchés du monde.  » Le Verbe au contraire, c’est-à-dire le Christ selon l’esprit, dont Isaac est l’image, est demeuré  » dans l’incorruptibilité « . C’est pourquoi il est à la fois victime et grand prêtre. Car, selon l’esprit, il offre la victime à son père, et selon la chair, lui-même est offert sur l’autel de la croix. Il est également écrit de lui :  » Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui ôte les péchés du monde « , et :  » Tu es prêtre pour l’éternité selon l’ordre de Melchisédech.  » […]

 

Dieu n’a besoin de rien, mais il veut que nous soyons riches et il désire en tout notre profit. […] Ainsi, voyez-vous, perdre quelque chose pour Dieu, c’est le retrouver plusieurs fois. Et les Evangiles vous promettent même encore davantage, puisqu’ils vous promettent  » le centuple  » et, par dessus tout,  » la vie éternelle  » en Jésus-Christ Notre Seigneur,  » à qui appartiennent la gloire et la puissance dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il « .

 

Dans la même série : 

Introduction : il a écouté la Parole de Dieu et l’a mise en pratique

1 – Mesurons la grandeur de l’homme !

2 – Il en rencontre trois mais n’en adore qu’un

3 – Prenez Sara, c’est-à-dire la vertu, pour épouse !

4 – Perdre quelque chose pour Dieu, c’est le retrouver plusieurs fois

5 – En aucun cas on ne s’éloigne des puits, en aucun cas on ne cesse de puiser de l’eau !

6 – Si la philosophie n’est pas en opposition en tout avec la Loi de Dieu, en tout non plus elle n’est pas en accord avec elle

7 – Il ne doit pas craindre d’affronter les luttes de ce monde, ni les combats avec les démons ennemis, celui avec qui Dieu descend au combat.

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