Qualité, prix et exclusivité : les caractéristiques du message de l’évangile !

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Homélie du 7ème dimanche du Temps Ordinaire – 24 février 2019 (Fr. Clément-Marie)

Fr. Clément-Marie – St Pierre de Colombier, 24 février 2019

Quand on veut vendre quelque chose, aujourd’hui, on insiste sur la qualité, sur le prix peu élevé, et sur l’exclusivité du produit. Nous n’avons rien à vendre – Jésus n’a rien à vendre non plus. Mais voyons aujourd’hui cet évangile à l’aide de ces critères : la qualité de ces paroles est plus que supérieure : elle est divine. Le prix ? C’est gratuit. Ou plus exactement, ces paroles nous sont données gratuitement, mais à vivre, elles coûtent très cher ; ajoutons qu’elles rapportent infiniment. Quant à l’exclusivité, elle est absolue, et garantie sans contrefaçon. Qui d’autre que Jésus a pu dire : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient » ?

Ces paroles, qui sont le cœur de l’Évangile, nous impressionnent, même si nous avons l’habitude de les entendre. Et, soyons honnêtes, elles restent difficiles pour nous. Et pourtant, Jésus, va nous « coincer », en nous montrant que ces paroles sont « logiques » : « Si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs en font autant. » Ainsi donc, si nous sommes chrétiens, nous sommes bien dans ce monde, mais nous ne devons pas nous contenter de vivre « comme tout le monde ». Comme le disait saint Paul dans la seconde lecture, nous sommes faits à l’image d’Adam, nous sommes faits d’argile ; mais nous devons être aussi à l’image de Celui qui vient du ciel, Jésus, et vivre selon l’Esprit.

Revenons à ces paroles de Jésus. Elles posent une question fondamentale : qui est celui qui les prononce ? Pour dire des choses aussi exigeantes, et pour les dire ainsi, il faut une autorité particulière. « Aimez vos ennemis… » Qui a déjà fait des demandes pareilles, en-dehors de Jésus ? Personne ! Pourquoi ? Parce que pour demander cela, il faut d’abord le vivre soi-même. Il faut en donner l’exemple. Jésus le fera : « Père, pardonne-leur ; ils ne savent pas ce qu’ils font. » C’est peut-être là le signe le plus grand du caractère unique de la Révélation en Jésus : il n’y a pas de plus grand amour… Et cet amour est le signe de Dieu lui-même : « Lui, il est bon pour les ingrats et les méchants. » Ainsi, Jésus est Dieu lui-même. En Jésus et en Jésus seul Dieu s’est révélé.

Dieu veut que nous suivions Jésus. Voilà pourquoi, fidèle à toute la Révélation, l’Église enseigne le caractère unique de la Révélation de Dieu en Jésus. Dans un texte très important, donné par Joseph Ratzinger à la demande de Jean-Paul II, au cours de l’an 2000, a été rappelée la doctrine très claire de l’Église : « La révélation de Jésus-Christ est définitive et complète. (…) Il faut pareillement croire fermement la doctrine de foi sur l’unicité de l’économie salvifique voulue par le Dieu Un et Trine. (…) On peut et on doit dire que JésusChrist a une fonction unique et singulière pour le genre humain et pour son histoire: cette fonction lui est propre, elle est exclusive, universelle et absolue. Jésus est en effet le Verbe de Dieu fait homme pour le salut de tous. (…)il serait clairement contraire à la foi catholique de considérer l’Église comme un chemin de salut parmi d’autres. »[1] Ce texte a une importance doctrinale qu’a ainsi résumée le cardinal Ratzinger : « [Cette déclaration] indique comme contraignante (obligatoire) à tous les fidèles la doctrine de base indispensable qui doit guider, inspirer et orienter tant la réflexion théologique que l’action pastorale et missionnaire de toutes les communautés catholiques à travers le monde. »[2] Le concile Vatican II ne disait pas autre chose lorsqu’il rappelait : « Cette unique et vraie religion, nous croyons qu’elle subsiste dans l’Église catholique et apostolique… »[3] Le texte Dominus Iesus évoque également comme une menace pour la foi et la mission les  « théories relativistes, qui entendent justifier le pluralisme religieux ».[4] Joseph Ratzinger le définissait ainsi : « Le pluralisme rompt clairement avec la croyance que le salut vient du Christ seul et que le Christ et l’Église vont ensemble. La position pluraliste pense que Dieu lui-même a voulu le pluralisme des religions et que toutes peuvent au moins être des voies du salut. »[5]

Ainsi donc, c’est parce que Jésus est Dieu, l’unique Verbe du Père, et parce qu’il en donne lui-même l’exemple, qu’il peut être si exigeant. Et quels sont les fruits de cette exigence ? Ce sont les saints, innombrables, qui ont vécu ces paroles. Citons seulement la petite Maria Goretti, assassinée de 14 coups de poinçon par son voisin Alessandro, qui voulait abuser d’elle. À l’hôpital, le lendemain, peu avant de mourir, le prêtre lui demande si elle pardonne à Alessandro, et cette enfant de douze ans répond : « Oui, oui, je lui pardonne, Je veux même qu’il soit près de moi au paradis. » C’est ce qui arrivera puisqu’elle obtiendra plus tard, du ciel, la conversion de son assassin.

Nous allons donc faire maintenant, dans cette messe, un exercice pratique pour répondre à la demande de Jésus : nous allons prendre dans notre prière quelqu’un qui ne nous aime pas, et prier pour lui. Présentons-le au Seigneur. Demandons-lui de le bénir, et de le conduire vers le salut. Que la Vierge Marie nous y aide, elle qui nous demande de faire tout ce que Jésus nous dira.

[1] Dominus Iesus, nº 5, 11, 15 et 21

[2] Cardinal Joseph RATZINGER, Conférence de présentation de la Déclaration Dominus Iesus, 5 septembre 2000

[3] Dignitatis Humanae, nº 1

[4] Dominus Iesus, nº 4

[5] Joseph RATZINGER, Foi, vérité, tolérance ; le christianisme et la rencontre des religions, Parole et Silence, 2005, page 50

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