La Miséricorde est indissociablement liée à la Foi !

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Homélie du 2ème dimanche de Pâques – 28 avril 2019  (Fr. Clément-Marie)

 

Nous voudrions en ce dimanche approfondir le lien très étroit que la liturgie établit aujourd’hui entre la miséricorde et la foi.

Dans la seconde lecture, nous voyons saint Jean qui, pendant le jour du Seigneur, se situe en quelque sorte à une frontière – la frontière entre le monde visible et le monde invisible : il est sur l’île de Patmos, en exil, tourné vers les Églises auxquelles il va s’adresser de la part de Dieu pour les fortifier dans la foi. Et lorsqu’il se retourne, il est en présence du Fils de l’homme dans sa gloire – de Jésus, qui le réconforte dans son épreuve. Cette scène nous montre que, grâce à la foi, nous vivons à la frontière du monde invisible ; nous sommes en contact avec Dieu ; et sa miséricorde se penche vers nous pour nous fortifier dans nos épreuves et nous guérir de notre faiblesse : Jésus ressuscité pose la main sur chacun de nous et nous relève pour être ses témoins, en nous disant : « Ne crains pas… Je suis le Vivant… » C’est cette même rencontre avec le Vivant, avec celui qui est la Miséricorde, qui va permettre à Thomas de retrouver la foi.

Mais revenons d’abord à la première lecture. Elle nous touche, en nous décrivant cette première communauté chrétienne après la Pentecôte. Mais nous devons reconnaître qu’à certains égards elle nous fait aussi un peu mal : en effet, on y voit que le peuple fait l’éloge des croyants – on en est loin aujourd’hui. On voit également que des prodiges s’accomplissent par eux, et que de nombreux croyants se joignent à eux ; c’est là le signe d’un dynamisme qui, nous devons le reconnaître avec réalisme, n’est plus le nôtre aujourd’hui. D’où vient-il, ce dynamisme de cette Église naissante ? Le texte nous en donne un indice : ils ont un même cœur. C’est leur unité qui fait leur force. Et quel est le fondement de cette unité ? Un peu plus haut dans les Actes des Apôtres, saint Luc nous donne les caractéristiques de cette première communauté chrétienne : «  Ils étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » (Ac 2, 42). Autrement dit, le cœur de leur unité, c’est la foi – qui se vit par la fidélité à la doctrine, à l’amour fraternel, à l’eucharistie et la prière. Il y a quelques semaines, Benoît XVI, dans un texte très important, a rappelé que la foi est le bien le plus précieux de l’Église. C’est pourquoi il nous faut parler, d’abord et toujours, de Dieu. Benoît XVI écrivait : « Nous autres chrétiens et prêtres préférons aussi ne pas parler de Dieu, parce que ce discours ne semble pas pratique. » L’Église n’est pas fidèle à sa mission lorsqu’elle parle plus de politique, de société ou d’environnement que de Dieu et de l’Évangile. Car elle a pour seule mission de transmettre la foi.

La plus grande miséricorde de Dieu, c’est le don de la foi. C’est exactement ce que dit l’oraison de ce dimanche de la divine miséricorde : « Dieu de miséricorde infinie, tu ranimes la foi de ton peuple par les célébrations pascales ; augmente en nous ta grâce… » Et c’est ce que nous voyons Jésus accomplir aujourd’hui dans l’évangile pour Thomas : sa foi a été ébranlée – comme l’est aujourd’hui celle de nombreux baptisés. Or Jésus, dans sa miséricorde, veut ranimer la foi. Il le fait en montrant son amour, à travers les plains de sa Passion ; et en montrant sa puissance, puisqu’il est vraiment ressuscité.

L’Église, à son tour, est appelée à témoigner de la miséricorde. Comment ? Comme Jésus : en montrant l’amour de Jésus. En enseignant la foi en vérité. En sanctifiant par les sacrements : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. » Nous devons donc être fidèles à la foi de l’Église de Jésus. Benoît XVI ajoutait dans son texte : « Il devient évident que nous n’avons pas besoin d’une nouvelle Église de notre invention. Au contraire, ce qui faut d’abord et avant tout, c’est bien davantage le renouveau de la foi en la présence de Jésus-Christ qui nous est donnée dans le Saint-Sacrement. »

La foi, disait Jean-Paul II, nous fait recourir à la miséricorde de Dieu au nom du Christ et en union avec lui.[1] Le rôle de l’Église, c’est d’annoncer, inséparablement, la foi et la miséricorde de Dieu pour les âmes. Nous ne pouvons pas, en cette fête, oublier tout ce que Jean-Paul II a fait pour l’Église, en étant un témoin fidèle de la foi et de la miséricorde. C’est lui qui a institué cette fête de la divine miséricorde ; et Dieu l’a rappelé à lui en cette fête, il y a quatorze ans. Demandons-lui d’être, du haut du Ciel, un intercesseur pour l’Église qui a bien besoin de son aide.

Demandons enfin à la Miséricorde divine, à notre époque où l’on meurt du manque de foi, de faire de nous, par miséricorde, des témoins de la foi, des artisans de la mission de l’Église. La dernière phrase de l’évangile de ce dimanche résume à elle seule la mission de l’Église – sa seule mission : « … que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom. »

[1] Cf. JEAN-PAUL II, Dives in Misericordia, nº 2

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